FAN
Ma-nou-che-nari , homme.
A-ma , mère.
Sou-fou-ti-li y fille bonne , ver-
Po-U-ya, femme, femelle.
Wang, ngo-b-kia, étoile.
Li-kiu, livre.
Kie-kia , rhinocéros.
Pi-cha-na, corne da rhinoccros.
Sing-kia, lion.
A-chi-ma-ke-po , la substance appelée en chinois Hou-pe.
Kdi- ma-lo -À ta , rubis ou frV/c/H de couleur rouge.
Ma-ni ou moni, pierre précieuse.
SAMSKRIT.
Mânoucha.
Ammâ ou ambâ.
Sou-poutrî.
Bhâryâ.
Bham, târakâ.
Lèkhâ, écriture, (rac. lik.)
Khadga (Kharga.)
Vichânam , corne en général.
Singha,
Aschmagarbham.
Kamalarâga *.
Mani.
C'est assez l'habitude des bons géographes chinois , en parlant des objets d'industrie des peuples étrangers, de rapporter les noms même sous lesquels ceux-ci les
1 Ce mot est incontestablement synonyme de padmardga, désignant une pierre précieuse rouge, dans TAmarasingha; car kamala est luimême un des nombreux synonymes du mot padma, nom le plus commun du nénuphar : et ragâ signifiant couleur, on peut, en annexant ce mot aux divers synonymes de padma, multiplier autant de fois les dénominations du rubis.
désignent. Ainsi Fauteur du Traité géographique, intitulé Kouang-iu-ki , décrivant brièvement le pays de Pang-ka-la {Bengale) , un des royaumes des Yin-tou orientaux , dit qu'on en tire des étoffes de laine ou tissus rouges ou verts nommés Sa-ha-la , schals ; il ajoute qu'on se sert dans ce royaume d'une monnaie d'argent nommée Tang-kia. Ce dernier mot , étranger à l'Hindou s tan , est dérivé du turc ou du mongol tamga, tamoga j manque distinctive j chose marquée , comme la monnaie > les sceaux , etc. x . Les anciens traités des Turcs avec les peuples de l'Occident , portent qu'ils ont été marqués du Tamga, ou scellés; ce mot est la racine du mandchou Temgetou a , qui a précisément la même signification. Ce sont les Turcs et les Mongols qui en ont porté l'usage en Perse et jusqu'au Bengale, où l'auteur chinois l'a retrouvé.
J'en viens à ma seconde assertion concernant l'existence de livres en langue samskrite imprimés à la Chine; je ferai observer d'abord que les mots fan ou samskrits rapportés plus haut n'ont pu être extraits , par l'auteur du Tching-tseu thoung, que d'un dictionnaire de cette langue accompagné de prononciations chinoises, et que c'est vraisemblablement un ouvrage de cette nature qu'il cite fréquemment sous le titre de Fan-chou, livre de la langue fan. Je rappellerai aussi que les deux volumes en langue de Si-thian de l'empereur Khang-hi, et même le cinquième tome du F ang-chi-me-ping dont j'ai parlé
1 Hisl. ge'ne'aJ. des Tatars, p. 54*. Instituts de Timour, p. 393. 3 Mandchou gisoun-ni boulekou bitkhe ; Cbsse des Décrets, Ord. I.
plus haut, offrent véritablement des textes samskrits imprimés en Chine ; on en peut dire autant du syllabaire dévanagari, tibétain et mongol, que Bayer avait reçu du docteur Messerschmidt à son retour de Sibirie, et dont il a publié les deux parties, chang et hia f , dans les Mémoires de l'Académie de Pétersbourg a ; mais ce fragment, qui prouve que les caractères dévanagaris n'étaient pas inconnus à la Chine, ne démontre pas que la langue samskrite elle-même y put être cultivée; le Mon, han j si-fan tsi yao, livre que j'ai cité plus haut, va mettre ce dernier fait en évidence.
Le titre chinois de cet ouvrage, qui a deux volumes, désigne un dictionnaire mandchou , chinois et tibétain; il ne présente en effet que les caractères particuliers de ces trois langues, et, d'après un examen superficiel , on pourrait croire qu'il n'en contient pas davantage. Cependant un des exemplaires de cet ouvrage porte en tête l'indication manuscrite suivante : V ocabulaire tangut, traduit en mandchou, enmongou et en chinois. Mais le P. Amiot, auteur de cette note, qui a bien su distinguer le mongol du mandchou, n'a pas fait attention à la division réelle du livre en cinq parties auxquelles répondent cinq lignes horizontales : les deux supérieures en lettres tibétaines dWou-djan ou carrées ; les deux intermédiaires en lettres mandchou, et celles d'en bas en caractères chinois ; le dictionnaire est véritablement pentaglotle , et contient les mots correspondans des lan-
1 Première et seconde en chinois.
3 Tomes III et IV.
gues samskrite et tibétaine, mandchou, mongole et chinoise
La première ligne de ce dictionnaire polyglotte est bien incontestablement du pur samskrit ; j'ajouterai que Tordre même des sections et leurs titres souvent obscurs ou même énigmatiques sont entièrement étrangers à la Chine , et me paraissent empruntés de quelque dictionnaire indien ; il est certain aussi , par le soin que l'auteur a pris de rapporter tout ce qui concerne la religion de Bouddha , qu'il devait être un des adorateurs de cette divinité, ou même une des personnes particulièrement consacrées à son culte.
Je crois avoir montré , par tout ce qui précède, que les Chinois ont, ou sont à portée d'avoir sur les langues étrangères des notions assez étendues ; et que leurs savans ont mis dans les recherches relatives à cette étude une attention et une exactitude dont on aurait, en Europe, peine à les croire capables. En finissant, je remarquerai qu'il en est de même pour toutes les branches de connaissances qu'ils ont cultivées, et qu'il serait extrêmement aisé de les justifier, sur un grand nombre de points , de l'imputation d'ignorance qu'on a souvent répétée contre eux. Souvent on les a rendus victimes des préjugés qu'on avait conçus , et on leur a prêté des erreurs pour être en droit de les prendre en faute.
1 Ce fait extrêmement singulier demandait , lorsque je le ils connaître pour la première fois , à être appuyë par des développemens multipliés. Il est aujourd'hui tout-à-fait superflu de les reproduire ; on peut voir la notice de'taillée que j'ai donnée sur le Vocabulaire pentaglotte, dans le tome I er de ces Mélanges , pag. i53 et suivantes.
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