‹ Mélanges asiatiques;Chapitre 23 sur 31 · PAR M. STANISLAS JULIEN · texte numérisé non relu

PAR M. STANISLAS JULIEN

Il est resté peu de traces de cet usage singulier, que les premiers missionnaires avaient introduit, en e'crivant en latin sur l'histoire et la littérature des Chinois, d'ajouter des terminaisons latines aux noms des empereurs et des hommes célèbres, pour indiquer les rapports grammaticaux qui liaient ces noms aux autres parties des phrases où on les faisait entrer : une réforme presque complète a eu lieu à cet égard , et l'on s'est accoutumé à écrire les mots chinois à peu près comme on les prononce dans le pays. Deux noms seuls ont conservé la forme européenne qu'on leur avait donnée d'abord, ce sont ceux de deux philosophes anciens , Confucius et Mencius ; ce genre particulier de distinction qui leur a été accordé , est comme un signe de la célébrité plus grande qu'ils ont obtenue dans l'Occident, et peut même être considéré comme le sceau d'une sorte de popularité.

Confucius n'est pas seulement regardé à la Chine comme un grand philosophe et un excellent écrivain , on lui donne encore des épilhètes qui expriment le plus haut degré de perfection morale, et qu'on ne peut guère

rendre convenablement, que par les mots de saint et de divin. Dans ce pays, où la philosophie et la politique sont inséparables, et où les honneurs de l'apothéose se réduisent à des formalités purement civiles, le patriarche de la littérature a été élevé à la dignité impériale, et le culte qu'on lui rend n'est autre chose, en réalité, que la continuation des cérémonies par lesquelles se manifeste habituellement le respect profond que les Chinois de toutes les conditions doivent à celui qui occupe le rang suprême.

Sous ces différens rapports, Mencius est mis, par les savans de la Chine , à la place qui suit immédiatement celle qu'ils ont assignée à Confucius : il a reçu le nom de Ya chingj qu'on peut traduire par saint du second ordre. Son style, moins sublime et moins majestueux que celui du prince des lettrés, est peut-être aussi pur, et bien certainement plus élégant et plus varié. Son livre a été joint aux trois autres ouvrages où l'on a recueilli les apophthegmes de Confucius , et forme avec eux ce tetrabiblion , si connu de tous ceux qui ont quelque teinture de la littérature chinoise. Enfin, on a voulu rendre hommage au sage, et tout à la fois au pays qui l'avait vu naître, en décernant à Mencius le titre de saint prince de Thsou ; et l'espèce de culte qu'il reçoit en cette qualité, ne le cède qu'à celui qui est dû, parmi les rois, aux ancêtres de la dynastie régnante , et parmi les philosophes , an seul Confucius.

On voit que, sous aucun point de vue, Mencius n'était indigne de l'honneur qu'il obtient en ce moment, de voir son texte reproduit en Europe, dans une édition

élégante et correcte, et ses pensées sur l'administration des états, rendues généralement accessibles, dans une traduction exacte et fidèle. Les livres de Confucius ont été plusieurs fois publiés en latin ; deux de ces livres , sur trois , ont été imprimés en chinois , avec des versions littérales, l'un à Sirampouret l'autre à Paris. Le livre de Mencius, traduit une seule fois par le P. Noël, était le plus difficile à publier des quatre , parce qu'il est à lui seul plus étendu que les trois autres réunis ; et quoique plus facile, moins obscur, plus agréable à lire , il continuait à être peu connu. L'ouvrage destiné à réparer cet oubli, ne doit donc pas seulement être utile aux personnes qui se livrent à l'étude du chinois , et dont le nombre va croissant chaque année; il se recommande également à l'attention des hommes éclairés qui, pour prendre une idée juste et complète de l'ancienne philosophie chinoise , aimeraient à lire et à comparer les écrits des deux maîtres qui l'ont fondée \

La traduction latine du P. Noël n'était capable de satisfaire ni l'une ni l'autre de ces deux classes de lecteurs. Cette traduction obscure, verbeuse et prolixe, exige, de la part de ceux qui veulent la lire , une patience et une attention qui s'exerceraient avec plus de fruit , soit sur les formes du texte, soit sur le fond des idées philosophiques. De Pauw en compare le style au latin des mau-

1 Mcng-tseu vel Mencium inter sinenses philosophos ingenio , doctrina , norainisque claritate Confucio proximum , etluiit , la tin a interpretatione, ad interpretationem tartaricam utramque recensita, et perpetuo comracnlario c sinicis dcprompto illustravit Stanislaus Julien {Societaiis Asiaticœ et C** de Lasteyrie impensis) ; Lutetiœ Parisiorum y Dondey-Dvprè , i8a4, gr. m-8°.

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vais prédicateurs, et ce jugement n'est pas trop sévère; il ajoute qu'il n'y avait pas de son tems trois personnes en Europe qui eussent lu jusqu'au bout le P. Noël, et ce nombre ne s'est pas beaucoup accru depuis cinquante ans. Ainsi, comme on l'a dit ailleurs, l'auteur chinois qui peut-être était le plus fait pour plaire à des lecteurs européens, est un de ceux qui ont été le moins lus et le moins goûtés. L'élégance, la vivacité , la concision, l'énergie , sont les qualités les plus marquantes du style de Mencius, et l'on ne craint pas d'affirmer qu'elles ont complètement disparu dans le travail de son premier traducteur. 11 est à la vérité très-difficile de les conserver dans une version latine ou française, sans déroger en quelque chose à cette fidélité qu'on exige en premier lieu des interprètes des livres chinois : il faut, pour ainsi dire; opter entre deux genres de mérite qui se repoussent et qui s'excluent mutuellement; car une traduction française de Mencius où l'on s'attacherait à représenter les mouvemens rapides et le langage animé de cet auteur, n'offrirait pas aux étudians tout ce qui leur est nécessaire pour résoudre les difficultés du texte.

C'est principalement ce dernier objet que M. Stanislas Julien a eu en vue. La version latine qu'il a rédigée ne ressemble en rien à celle du P. Noël, car elle est simple, précise et perpétuellement en rapport avec l'original. Si son plan lui eût permis d'y mettre de l'élégance, jamais contraste n'eût été mieux marqué ; mais il a préféré, avec beaucoup de raison, l'avantage des commençans a toute autre considération, et c'est aux savans à lui tenir compte de ce qu'il a fait pour que son travail

eût, sous ce rapport, le degré d'utilité dont il était susceptible.

En premier lieu , M. Julien s'est livré à une lecture assidue du texte de Mencius.; il a étudié le style de cet auteur, et s'est pénétré de tout ce que son langage offre de particulier. Une comparaison répétée de tous les passages qui contiennent quelques difficultés dans un même écrivain, suffirait souvent pour donner la clef du plus grand nombre : c'est ce qui arrive en chinois comme dans les autres langues. En conséquence, M. Julien n'a commencé à écrire sa traduction qu'après avoir lu plusieurs fois attentivement , et pour ainsi dire , appris par cœur Mencius entier, depuis le commencement jusqu'à la fin ; et ce soin préparatoire , dont il s'est acquitté avec le zèle le plus louable, était une avance considérable pour parvenir à une pleine et entière intelligence du texte.

Depuis que les Mandchous sont maîtres de la Chine, ils se sont montrés attentifs a tout ce qui peut faciliter l'étude des livres classiques, et les traductions qu'ils en ont fait faire, se distinguent par le mérite d'une exactitude qui va souvent jusqu'à la servilité. Une double version tartare de Mencius se trouvait à la Bibliothèque du Roi : M. Julien l'a soigneusement conférée avec le texte, et comme la grammaire mandchoue s'éloigne en plusieurs points essentiels de la grammaire chinoise, il a' a rencontré que rarement des passages qui offrissent une obscurité pareille dans l'original et dans les deux traductions. Ce secours, dont le P. Noël n'avait pas usé, donnerait seul à M. Julien, sur ce savant missionnaire, un avantage incontestable.

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Comme tous les ouvrages qui jouissent d'une grande célébrité , les livres de l'école de Confucius ont été de bonne heure examinés et commentés : tous les points obscurs qu'on y remarque ont été fréquemment repris et soumis à une discussion approfondie; les gloses, les notes , les scholies sur le texte de ces livres, se sont multipliées presque à l'infini, et l'on n'y rèleverait peutêtre pas une phrase qui n'ait donné naissance à plusieurs volumes. 11 y a des commentaires où Ton s'attache à faire connaître, avec exactitude, la signification particulière, et jusqu'aux variations les plus minutieuses de la prononciation de chaque caractère; il y en a d'autres où Ton développe le sens moral ou philosophique des principaux passages , et d'autres encore où l'on expose en détail les allusions aux mœurs, aux opinions, aux usages de l'antiquité, ou aux traits de l'histoire publique ou particulière. On prendra une idée de l'immensité de ces travaux d'exégèse, en apprenant qu un bibliographe chinois du XIII e siècle », comptait déjà vingt et une éditions critiques du livre de Mencius, et qu'il ne comprenait dans ce nombre ni les réimpressions qu'on fait chaque jour dans les provinces, ni les publications successives d'une même édition, qui ont souvent lieu à la Chine, sans qu'on ait changé autre chose que le titre, la préface et le nom de l'éditeur. Une fois qu'on sait la langue, on n'est plus embarrassé que du choix pour puiser, à des sources authentiques, tous les éclaircissemens dont on peut avoir besoin. M. Julien, quia trouvé dans la bibliothèque du Roi, et dans celle de Monsieur, les plus célèbres éditions

* n'en hian thoung khao , L. clxxxiv, p. i 7 et suivantes.

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de Mencîus , en a principalement distingué dix , qui représentaient , pour lui , le travail de quatorze interprètes des plus estimés, lesquels citent habituellement trente ou quarante auteurs plus anciens qu'eux. Il les a toutes lues et comparées, phrase par phrase, et, comme il arrive quelquefois aux commentateurs chinois de ne pas s'accorder sur le sens de passages intéressans , il s'est abstenu de prononcer entre de si graves autorités, et il a rapporté , en les désignant par les dix premières lettres de l'alphabet , les opinions diverses des plus doctes lettrés. A ces formes, empruntées des usages de la philologie classique , on reconnaît les résultats de recherche sactives et d'une laborieuse érudition. On y voit aussi, avec plaisir, un signe des progrès qu'a faits, dans peu d'années, une littérature où l'on peut dès à présent imiter, dans l'intérêt des étudians, les procédés des Heyne, des Wesseling et des Walckenaer.

Toujours occupé du soin de guider dans leurs premiers essais les personnes livrées à l'étude de la langue chinoise , M. Julien a voulu que sa version eût l'avantage d'une traduction interlinéaire ; il eût même pu lui donner cette disposition , si les embarras d'une impression à la fois typographique et lithographique ne s'y fussent opposés. Mais l'interprétation n'a rien perdu de sa fidélité, pour être placée sur des pages séparées de celles du texte. Le jeune et savant traducteur a observé avec scrupule l'ordre de la construction chinoise, et, pour le dire en passant,, une pareille entreprise n'était praticable qu'en adoptant la langue latine, dont les inversions et les désinences peuvent seules rendre intelligible une ver-

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sion littérale. Les particules ont été indiquées par des signes spéciaux, et il y en a eu pareillement d'affectés au cas où des mots chinois polysyllabiques n'ont pu être rendus que par des termes latins univoques, ainsi qu'à celui où plusieurs mots latins ont été indispensables pour exprimer le sens d'un seul caractère chinois. Grâce à toutes ces précautions on peut, sans savoir le chinois, suivre pas à pas le texte original , reconnaître la valeur de chaque expression isolée, et prendre une notion précise de la construction de chaque phrase. Des notes qu'on n'accusera pas d'être trop ménagées, suppléent encore , à chaque instant, à ce qui peut rester à désirer dans l'exposition du sens.

Le texte a été calqué sur une bonne édition chinoise , et le perfectionnement des procédés lithographiques a permis de le reproduire d'une manière satisfaisante. Un frontispice chinois, encore plus soigné que le reste du livre, offre, à la manière du pays, les indications bibliographiques qui peuvent caractériser cette édition européenne d'un livre classique à la Chine ; on pourrait le croire composé à Nanking, et tombé du pinceau de quelque lettré de la Colline cCOr Si le reste du livre eût pu être porté à ce point de perfection, on n'aurait rien à envier aux belles éditions du Taï-hio et du Tchoung-young que M. le baron de Schilling a fait exécuter à Pétersbourg.

Aux détails bibliographiques qui étaient nécessaires

1 Bourgade célèbre par le grand nombre d'hommçs savans auquel elle a donne naissance. Elle est maintenant renfermée dans les murs de Nanking.

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pour qu'on pût apprécier son travail , M. Julien a voulu joindre quelques particularités sur la vie de Mencius et le caractère de ses ouvrages, et il a traduit en latin une vie de son auteur qui avait été précédemment écrite en français. Nous nous croyons d'autant plus dispensés d'analyser ce morceau, qu'il se trouve dans un ouvrage qui est entre les mains de tout le monde 1 . La seule chose que nous voudrions y prendre serait la citation d'un passage qui prouverait que quand M. Julien n'a pas été contenu par les entraves que lui imposait son désir de composer une version rigoureusement littérale, il a su s'élever, dans sa latinité, à un certain degré de correction et d'élégance. Ce fragment aurait encore l'avantage de donner une idée juste de la dialectique de Mencius, de ce ton d'ironie avec lequel il poursuivait les vices de son tems , jusque chez les personnages les plus élevés en dignité; de cette hardiesse de pensée et de cette liberté d'expression qui peuvent par fois sembler excessives , et que peu de personnes s'attendent à trouver dans un écrivain d'un pays qui passe pour être gouverné despotiquement. Mais , sans être obligé de répéter ce qui se trouve déjà ailleurs, il sera facile de prendre au hasard, dans le même Mencius, une autre citation qui fera juger son esprit et cette manière toute socratique d'argumenter dans ses entretiens philosophiques , et de contraindre ses adversaires à reconnaître d'eux-mêmes leurs erreurs.

Un des petits princes dont les prétentions ambitieuses et les querelles continuelles désolaient la Chine au tems

1 La Biographie Universelle, tom. XXVIII , p. 3aa. — On trouvera la vie de Prémare dans le quatrième volume de ces Mélanges.

de Mencius, voulait, par des discours adroits, amener le philosophe à lui prêter l'appui de sa popularité. « Celui » qui saura véritablement aimer son peuple, avait dit » Mencius, pourra rétablir Tordre et régner sur tout » l'empire. — Croyez-vous, demanda le roi, que j'aie en » moi ce qu'il faut pour aimer mon peuple ? — Vous » l'avez , répondit Mencius. — Comment le savez-vous ? » — J'ai appris d'un de vos ministres qu'étant un jour » assis dans votre palais, vous Vîtes des hommes traînant » un bœuf déjà garroté, qui passaient presqu'au pied de » votre trône. Vous demandâtes où l'on conduisait cet m animal, et l'on vous répondit qu'on allait l'immoler, » pour enduire de son sang une cloche neuve. Lâchez-le, » reprîtes-vous ; ses terreurs, ce tremblement pareil à » celui d'un innocent que l'on conduit au supplice, m'ont » ému et attendri, lâchez cet animal.— Mais, sire, dirent » ceux qui le conduisaient, nous manquerons donc à » l'usage d'enduire la cloche de sang ? — Pourquoi y » manqueriez-vous (1)? dit V. M. : prenez une brebis à » la place du bœuf. La chose, sire, s'est-elle passée de » cette manière? — Précisément, dit le roi. — Le mou- » vement que vous avez éprouvé suffit pour montrer que » vous êtes digne de régner. 11 est vrai que vos su- » jets ont supposé que vous aviez agi ainsi par avarice ; » mais, moi, je suis persuadé que vous avez cédé à un » mouvement de sensibilité Ne vous étonnez pas,

1 II y a ici une légère inexactitude dans la traduction de M. Julien : il rend la phrase chinoise par ces mots : Numquid hic ritus pote s t omitti ? Les Chinois , comme les Écossais, repondent presque toujours a une question par une autre question.

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» toutefois, que le peuple vous ait soupçonné d'avarice, » car en vous voyant mettre un moindre animal à la place » d'un plus grand, comment pouvait-il deviner votre » motif? Si vous aviez été touché de Pinnocence dubœuf , » quel crime avait fait la brebis pour la substituer à » l'animal qui allait périr?.... Mais c'est là une sorte de » subterfuge d'humanité : l'un des animaux était sous » vos yeux ; vous n'aperceviez pas l'autre. Le sage ne peut » voir égorger les animaux qu'il a vus vivans ; quand il » a entendu leurs cris lamentables , il ne peut se nourrir » de leurs chairs. C'est pour cela que le sage relègue les » cuisines en un lieu éloigné de sa demeure, »

Le roi , très-satisfait, s'écria : « Il y a, dans le livre » des vers , un passage qui dit : Ce qu'un autre avait » dans la pensée , j'ai pu le deviner. Maître , vous » venez d'exprimer une chose dont j'avais peine à me » rendre compte. Mais , dites-moi , cette sensibilité dont » j'ai ressenti l'influence, est-elle effectivement propre à » me faire régner ? — Si , reprit Mencius , il existait un » homme qui vînt dire à V. M. : Je puis soutenir un » poids de trois milliers, et je ne puis soulever une plume; )> mes yeux aperçoivent la pointe du duvet automnal , w et je ne puis distinguer un char rempli de bois à brû- » 1er , ajouteriez-vous quelque foi à ses discours ? — En » aucune façon, répliqua le roi. — Et cependant, dit le » philosophe , votre humanité s'étend aux animaux , et » elle ne s'arrête pas sur vos sujets. Comme cet homme » qui. ne pouvait soutenir une plume légère, ou distin- » guer un char de bois a brûler, vous avez envous

» ce quil faut pour régner, mais vous n'en faîtes pas » usage »

Mencius poursuit avec véhémence cette argumentation, que j'ai considérablement abrégée et que j'aurais dû peut-être abréger davantage. Son livre, écrit le plus souvent sous la forme du dialogue, offre, en beaucoup d'endroits, un mélange piquant de finesse et de vigueur; des discussions animées, des apostrophes hardies, d'élégantes similitudes et des paraboles ingénieuses. Il n'y avait donc point d'auteur qu'il pût être plus convenable de choisir, pour le mettre entre les mains des amateurs de la langue chinoise, ni qui fût aussi propre à les récompenser de la peine qu'ils prendront pour l'entendre.

Nous nous reprocherions de passer sous silence les circonstances honorables pour M. Julien, qui ont préparé et rendu facile la publication de son édition de Mencius. Sa traduction n'était d'abord qu'un de ces essais que les personnes qui étudient les langues orientales doivent faire pour s'accoutumer au style des bons auteurs. Mais M. Julien avait à peine suivi six mois les leçons du Collège royal, qu'il s'était mis en état d'entendre les livres même qui n'avaient jamais été traduits; et, tout en avouant qu'un tel résultat tient surtout aux dispositions vraiment étonnantes que M. Julien avait apportées à l'étude du chinois, il doit être permis d'y voir aussi un éclatant démenti donné à ces idées autrefois si généralement répandues, et qui commencent seulement à se rectifier, sur les prétendues difficultés de la langue et de l'écriture des Chinois. Des personnes qui prennent un grand intérêt à ce genre de littérature, et qui avaient été

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témoins des progrès rapides de l'auteur , l'ayant encourage' à entreprendre une traduction complète du livre du philosophe chinois, parlèrent de ce travail au conseil de la Société' Asiatique, et cette compagnie, persuadée de l'utilité d'une version critique de Mencius, voulut publier celle-ci à ses frais. En outre, M. le comte de Lasteyrie, avec cet empressement qu'on lui connaît pour tout ce qui peut être avantageux aux lettres et aux sciences, s'est chargé, de son côté, de faire lithographier le texte, et c'est par cet heureux concours d'interventions bienveillantes, que M. Julien s'est trouvé en état de publier le fruit de ses veilles. Il y aura en tout quatre livraisons, dont la première, texte et traduction, est déjà entre les mains du public. 11 faut remarquer que le Mencius chinois-latin est le premier ouvrage qui ait paru sous les auspices de la Société Asiatique. C'est le second livre chinois qui ait vu le jour en France , avec une traduction littérale; et si, comme on doit l'espérer, le jeune et laborieux éditeur met à achever son entreprise autant de zèle et de talent qu'il en a montré d'abord, son livre pourra, sans contestation, être mis à côté de tout ce que les différentes branches de la bibliothèque orientale ont produit jusqu'ici de plus solide et de plus estimable.

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