DUNOYER
'( P. S. Au moins, si je n'ai pas le plaisir de te voir, ne me refuse pas la satisfaction de recevoir de tes chères nouvelles. »
(î) Journal petit in- fol. oblong, imprimé d'un seul c6ié de la feuille :L formant ainsi une grande page k chaque numéro. M^^e Dunoyer le lablia sans interraplion depuis 171" jusqu'en 1729.
Arouet alla-t-il à ce dernier rendez-vous? On peut en douter, car il craignait un guet-apens de la part de M"'^ Dunoyer, Il était, d'ailleurs, aux arrêts dans sa chambre et il ne pouvait se rendre, le soir, chez la cordonnière qui prêtait complaisamment sa cuisine aux tôte-à-iête des deux amants. Hélas! Arouet, accompagné de M. de M***, qui le gardait à vue, quitta La Haye le lundi 25 décembre 1714, à huit heures du matin, et ne revit jamais sa chère Pimpette. 11 lui écrivit encore de Paris, mais ses lettres furent interceptées par M°'® Dunoyer, et il ne reçut pas de réponse.
Pimpette le croyait infidèle, ingrat, et s'était bientôt consolée; lui, à travers bien des amours de passage, il pensait toujours à Pimpette; car, deux ans plus tard, lorsqu'il fut mis à la Bastille pour avoir composé la pièce satirique des J'ai vu, le commissaire qui était chargé de l'arrêter et de le fouiller trouva sur lui, dans son portefeuille, cette lettre de Pimpeite , la dernière qu'il avait reçue d'elle en partant de La Haye.
Mais, dira-t-on, l'original de cette lettre a dû se retrouver dans les archives de la Bastille? Elle est certainement parmi les papiers provenant de cette prison d'État et conservés aujourd'hui à la Bibliothèque de l'Arsenal, où M. Félix Ravaisson, après les avoir classés, en publiera les plus intéressants? Non, cette lettre est imprimée (qu'on se le dise) dans la préface de la seconde édition du Miroir des
.Savons, par M™^ de Saint-Surin (Paris , Levasseur, 1834, in-8°), et cette spirituelle dame, qui Ta publiée d'après Torlginal, nous apprend que cet original faisait partie alors de la magnifique collection d'autographes du savant M. de Monmerqué, conseiller à la Cour royale de Paris.
GUERRE AUX FAUX AUTOGRAPHES l
Guerre! on Ta voulu; je ne le voulais pas, car je suis d'avis de laisser en repos les méchants qui ne nous empêchent pas de vivre et qui nous permettent de les oublier. Le monde est assez grand pour que les moutons et les loups y aient place presque côte à côte, sans se rencontrer jamais. 11 y a beaucoup de faux autographes de par le monde. C'est affaire aux amateurs, aux collectionneurs, aux experts, de s'en garer et de leur dire leur fait, en leur tournant le dos.N'y a-t-ilpas aussi de faux billets de banque? Il y en aura toujours, quoique la Banque de France soit la première intéressée à leur donner la chasse, quoique la loi punisse des travaux forcés à perpétuité les contrefacteurs. On punirait de mort les fabricateurs de faux autographes, que ce genre de contrefaçon ne cesserait d'avoir cours, à l'étranger sinon en France. Résignons -nous, et félicitonsnous, dévoués que nous sommes au culte des auto-
graphes, des autographes authentiques et incontestables, de déclarer que les faux autographes deviennent de jour en jour plus rares et moins facilement acceptés. La science a remplacé la défiance, et les plus crédules ne s'y laisseraient pas tromper maintenant, car ils ont acquis, peut-être à leurs dépens, l'expérience, qui doit être la compagne obligée de la passion des autographes.
Noble et utile passion! je me glorifie de l'avoir éprouvée, de l'avoir comprise, de l'avoir acclamée, lorsqu'elle ne faisait que de naître, et que bien des préjugés, bien des malveillances, lui disputaient sa place au soleil des curieux. Eh bien, le goût des autographes s'est propagé sous le patronage des esprits les plus éclairés et des personnes les plus considérables : il est aujourd'hui apprécié et respecté comme il mérite de l'être; ce n'est plus un joujou, une amusette sans portée et sans but : c'est une étude, c'est une science, c'est l'auxiliaire des études historiques, c'est une source abondante et inépuisable d'informations nouvelles sur les hommes et les événements du passé. Yillenave avait bien raison de dire, en parlant des autographes, qu'il aimait et dont il savait faire usage mieux que qui que ce fût : « On demande souvent : Où est la vérité de l'histoire? Elle est là! »
Je ne crains donc pas qu'on m'accuse de vouloir décourager, dégoûter les amateurs, en m'attachant à dénoncer et à démasquer quelques faux auto-
graphes qui se sont glissés dans des collections célèbres , et qui semblaient pouvoir impunément braver la critique. J'attaque ces faux autographes au point de vue de Térudition : je n'ai rien à y voir en fait de calligraphie. Nous avons des experts à Paris, des experts instruits, intelligents et, qui plus est, honnêtes. Je n'empiéterai pas sur leurs attributions.
Je mets la plume au vent pour aller en guerre contre les faux autographes historiques et littéraires. Dieu fasse que celte guerre-là ne prenne pas les proportions de la guerre de trente ans!