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Historia scribitur ad narrandum, non ad probandum

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une (époque de douto; les opinions absolues ont c^té él)ranlées; ce ne sont plus des systômes et des jugements qu'on attend de celui qui veut écrire Phistoire; on est las de la voir, comme uu sophiste docile et gagé, se prêter à toutes les preuves que chacun prétend en tirer. Ce qu'on veut d'elle, ce sont dos faits; on exige qu'ils soient évoqués et ramonés vivants sous nos yeux; chacun en tirera ensuite tel jugement qu'il lui plaira, ou même ne songera point h en faire résulter aucune opinion précise, Ciir il n'y a rien de si impartial que l'imagination ; elle n'a nul besoin de conclure. Il lui sudit qu'un tableau de la vérité soit venu se retracer devant elle. )> Mais comme s'il craignait qu'on n'abiisAl de ces dernières paroles, et pour bien expliquer le sens (|u'il y attache, il se hâte d'ajouter s u L'histoire ainsi racontée, lorsque les faits sont présentés avec clarté et disposés dans un ordre convenable, lorsque l'écrivain a soin de faire ressortir ceux qui donnent le mieux la connaissance du temps, doit suggérer au lecteur les réflexions et les jugements que Tauteur n'a pas voulu exprimer. J'espère donc, sans l'avoir traitée explicitement, ne pas être demeuré inutile à cette vaste question qui occupe et absorbe tous les esprits et qui se plaide

sur toute la surface du monde civilisé par la parole . ou par les armes, à cette question- qui embrasse aujourd'hui la politique, la morale, la religion et jusqu'à rintelligence humaine, à la question du pouvoir et de la liberté, ou, pour mieux parler, de la force et de la justice. Si donc les récits qui vont passer sous les yeux du lecteur lui font sentir combien plus de lumières, plus de raison, plus de sympathie et d'égalité entre les hommes, ont perfectionné, non pas seulement les arts et le bien-être de la vie, mais Tordre des sociétés, la morale des individus, le sentiment du devoir, rintelligence de la religion, s'il reste convaincu qu'à travers tant de vicissitudes et de calamités les peuples civilisés peuvent se coniparer avec un juste orgueil à leurs devanciers courbés sous des jougs pesants et retenus par tant de liens, je ne croirai pas avoir accompli une tâche inutile. Étudiés isolément, les exemples de l'histoire peuvent enseigner la perversité ou l'indifférence ; on y peut voir la violence, la ruse, la corruption, justifiées par le succès; regardée de plus haut et dans son ensemble, l'histoire de la race humaine a toujours un aspect moral; elle montre sans cesse cette Providence qui, ayant mis au cœur de rhomme le besoin et la faculté de s'améliorer*

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n'a pas permis que la succession des événements pi\t faire un instant douter des dons qu*elle nous a faits, n

M. de Barante était en droit d'avoir cette confiance dans le it'sultat de son œuvre. Aucun historien ne s*est plus abstenu de réflexions générales, de vues philosophiques, de jugements explicites et péreuiptoires : aucun ne s'est plus scrupuleusement renfermé dans le récit des faits puisés aux sources originales et i*emis tout entiei*s dans leur forme native sous les yeux des lecteurs ; Técri vain semblo ne s être proposé qu'une sorte de résurrection dramatique et anecdotique des événements qu il raconte et des acteurs qui les accomplirent. Et pourtant aucun ouvrage historique ne peint plus fidèlement ni plus vivement Tétat de la France, de ses mœurs et de ses destinées de la fin du xiv* à la fin du XV* sii^cle; aucun ne fait mieux comprendre Tabsolue nécessité d'une civilisation plus générale, d*un ordre social plus équitable et d'un gouvernement à la fois plus régulier et plus libre pour assurer la grandeur aussi bien que le bonheur intérieur de* la nation française. Le rapide succès de l'ouvrage montra quel vif intérêt d'amusement et d'instruction tout ensemble il inspirait au public; mis au

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jour par livraisons successives de 1824 à 1828, il était déjà parvenu en 1835 à sa sixième édition.

Ce ne fut point là, de 1820 à 1830, le seul travail historique de M. de Barante; il prit, de concert avec moi, une part active à la rédaction de la Revue française, recueil périodique publié du mois de janvier 1828 au mois de juillet 1830; il y inséra plusieurs articles sur les principales publications récentes relatives à l'histoire de France pendant les xvii*^ et XVIII® siècles. Il projetait alors un grand ouvrage, plus important encore que son Histoire des ducs de Bourgogne; c'était V Histoire du parlement de Paris. Je trouve dans les lettres qu'il m'écrivait à cette époque, quelques traces de ses études et de ses réflexions préparatoires à ce sujet ; il me disait le 19 juin 1827 : « Je lis un peu mes registres du xiii« siècle et je deviens royaliste comme un vieux Français. C'est la bonne justice grandissant aux dépens de la mauvaise et l'ordre naissant peu à peu au seul lieu qui en renfermât quelques éléments. Si mes jugements ne se modifient pas, ce qui est possible en étudiant mieux, je ne tomberai pas dans les colères et les doléances de Boulainvilliers, Montlosier et Sismondi sur les légistes; d'autant que ce n'est pas la cour du roi qui est devenue le parlement, c'est la cour du

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sci^iKuir. L'inslitiilion me semble n'avoir point l)()v\{\ (fabord et habituellement un raractëre de centniliU!. J*ai fifnind besoin d'examiner tout cela par le menu. » VA le 10 juillet suivant : « Je m'enfonce de |)lus en i)lus dans mon travail, mais je ne puis avoir encore d'idc^es bien arrO.tdes. Les documents sont si dispersés que tout ensemble est une hypothèse, et il ne faut pas s'y attacher trop tôt. De preini('>re vue, il me paraît que le parlement s'est orée p(Mi ([ peu (^t ne s'c^st substitué A rien ; 11 n*y avait pns une telle chose ({u'une cour des pairs ou des barons qui serait devenue un tribunal de légistes. Plus on renionlet plus on trouve un conseil privé qui peu h peu prend un caractère et dos formes jadieiaires. Je ne vois pas non plus que ce soit Philippe le Del ((ui, ainsi que l'a dit Pasquier, ait i*ondtt le pnrh^ment sédentaire et constitué sa forme. Tout œ connneneement me coûtera assez de peine, etj*ai peur de me tromper. » Le 20 aodt 1820 enfin, peu npn'^s la formation du ministère Polignac: « Je sols tout distrait de ma besogne du parlement, et je n'avais pas besoin, pour cela, du changement de nnniHl('>re. Je me suis mis A lire les capitnlairos, la diplomatique de Mabillon, le recueil de Baluxe, etc., do sorte que je fais des recherches, Je prends des

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notes et ne commence pas. Cependant je ne veux pas faire une œuvre do discussion, et, après m' être formé une opinion, je ne me ferai pas honneur du soin que j'aurais mis à l'étudier. Je poursuis souvent beaucoup de choses qui me seront inutiles; mais, pour bien savoir un point, il faut connaître tout ce qui Tenvironne. n

Le Id juin 18284 M. de Barante fut élu membre de l'Académie française, en remplacement de M. de Sèze, mort le 2 mai précédent, et il prononça, le 20 novembre de la môme année, son discours de réception. La tâche élait difficile : l'acte de courage qui avait si justement illustré le nom de M. de Sèze était plus grand que le reste de sa vie et de ses œuvres; il fallait le maintenir à la hauteur où s'était placé le défenseur de Louis XVI et ne pas tomber dans Texagération sur le talent de l'avocat. De plus, M. de Chateaubriand venait de prononcer, à la Chambre des pairs S l'éloge de M. de Sèze, et, quoique son discours n'oftit que çà et là quelques traits de sa brillante et puissante éloquence écrite, la comparaison était dangereuse. M. de Barante porta dignement le poids de cette situation; son

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