‹ Mélanges biographiques et littérairesChapitre 14 sur 27 · Le 20 Juin · texte numérisé non relu

Le 20 Juin

nos IM^lLANCKS niOGRAPIITQUP.S.

(lisn)iii*s Hil «^ la Tois {çrnvo et 6n\u, éirvd sans cmphnso. ot au nivoau des souYonii*s qu'il rappelait, sans aucun eiïort pour apf^ravor outiï* mesure les impressions qu*il avait h nWeiller et qu*il l^'veilla en ('(Tel lrcnte-ciu(i ans apri^s l'odieuse et sublime tra^tidie qui en (Mait l'obji'l.

Tout en se livrant h celle vie littt^raire si aelivo et si h^conde, M. de Harante poursuivait, danslaChnuibro d(>s pairs, le cours de sa vie politique franche, judicieus(> et mod(!n^e dans l'opposition comme elle Pavait (*t(l dans l'adminislralion; toutes les grandes (|U(>stions dél)atlu(*s, toutes les grandes loispr<!sent(^(>s durant ct^ttc (^po(|ue, la loi du recrutement, la loi du sacril(^};:(\ la loi sur l(*s successions et le di*uit d*atnesse, la guerre (rKspa;;ne,rin<lemnit(l pour les émigr(*s, les nouv(dles lois sur les élections et sur la prrss(\ devinrent pour lui l'occasion de rapports et d(* discours qui portaicMit tous lo m(«me caractère <rin(lcp(M)dance impartiale, de constance dans les principes gf^néraux et d'i^tiuité morale comme d'esprit politique dans leur application aux circonstances du lcnq)s. In Tond de trist(*sseel d'in(|ui((tudc perce souvient dans ce. langage; siWèn; et réservé; M. de Baiante pensait et parlait alors en Iiomme qui sent dériver, de faute en faute, vei*s quelque abtmo In-

connu, rétablissement politique dans lequel il a place et dont il désire sincèrement le maintien. Je retrouve cette impression, plus vive et plus claire encore, dans les lettres qu'il m'écrivit après la formation du ministère Polignac : « C'est un étrange ministère, me disait-il le 29 ûoût 1829; on ne saurait se mettre sur un plus petit pied. Ils attendront peut-être la session sans se jeter dans la violation des lois. Je ne leur vois pas espoir de majorité à la Chambre. Toutefois je suis porté à croire que, lorsque arrivera, dans une situation quelconque, le moment de subir le joug de la Charte, de se soumettre à son effet positif et non plus seulement négatif, alors on deviendra capable des témérités les plus folles. Jusqu'ici il ne me semble pas que leur ancien parti les y pousse; il se tient fort tranquille dans nos provinces, et, pour dire le vrai, on ne l'excite encore nullement. Nous verrons ce qu'ils essayeront de faire sur les élections partielles du mois prochain. » Deux mois plus tard, le 22 octobre 1829, son inquiétude s'était encore aggravée; mais elle portait aussi bien sur les dispositions du pays que sur celles du roi Charles X et de son ministère : « Je crains que ce ministère ne soit difficile à déraciner; je ne conçois pas comment on se résoudra au len-

310 MÉLANGES OIOGnAPUIQUCS.

demain de sa chute. J'ai un fond d*inqulétude que ne dissipe point le sentiment des forces du pays; si CCS forces ne produisent pas un effet purement comininatoiro, s'il faut qu'elles se manifestent activcnicnl, je tiens tous nos progrès pour bien compromis. »

Il élail impossible do mieux prosscnlir les fautes proi)al)les des deux parts et la gravité de leurs con- Kii(|nenccs. La révolu lion de 1830 ne fut pour H. de Uaranto que la confirmation de son double prasscntimcnl; il n'y prit aucune part directe et octive, mais il en reconnut sans hésitation la nécessité; et quand elle fut accomplie, toujours d'accord avec SCS amis politiques dans leura diverses nuances, depuis le duc de I^roglie et luoi jusqu'à H. Holë, il donna à la monarchie nouvelle sa ferme adhésion et son loyal concours.

Il entra alors dans la carriôre que, dès sa jaunesse, avait souhaitée pour lui l'ambition de sa mère, et qui devait rester désormais la sienne jusqu^à la On de sa vie publique. Le 28 octobre 1680» il Ait nommé ambassadeur à Turin, poste plus important que grand depuis trois siècles pour la politiqna française, et qu'il ne quitta qu'en septembre lUS pour le poste, plus grand aloi*s qu'important, d*am-

M. DE BÂRANTE. 311

bassadeur à Saint-Pétersbourg. Ce fut ainsi auprès des deux cours les plus coptraires au gouvernement du roi Louis-Philippe qu'il fut appelé à le représenter et à le servir. Par ses traditions légitimistes et absolutistes comme par ses liaisons intimes avec TAutriche, la cour de Turin, malgré sa réserve et ses fluctuations habituelles, était alors vouée à la méfiance et à l'hostilité envers le régime issu en France de la révolution de 1830; et Tempereur Nicolaç, dans uoe boutade aussi obstinée qu'irréfléchie d'orgueil et d'alarme despotique , s'était comme voué lui-même à une relation malveillante et embarras^ sée avec le nouveau roi constitutionnel de la France. Par une conséquence naturelle de ces deux situations, M. de Barante n'eut, pendant ses deux ambassades à Turin et à Saint-Pétersbourg, point de lien politique à former, point de négociation importante à conduire et à conclure entre le gouvernement français et ces deux cours : maintenir avec elles, à travers les difficultés et les incidents de leur humeur, des relations régulières, pacifiques et dignes, telle était, à vrai .dire, toute sa mission, et il s'en acquitta avec l'habileté prévoyante d'un esprit remarquablement juste, fin, sensible aux nuances, et la vigilance tranquille d'un caractère à la fois élevé

31^ MKLA>UKS RIOCRAIMIIQUKS.

Cl ii^servi^ Jo no veux citer de sa correspondance diplomatique h cette (époque que quelques traits qui mettent en lumiùiH> d'une part la constante convenance de son attitude, de l'autre sa p(^nétration et la justesse des inrormations qu'il transmettait A son propre gouvernement sur les dispositions et les vues de ceux auprt^s des(iuels il nmdait.

Peu apr(^s son arriviV A Turin, au milieu desf^tes qu'y provoquait le mariage de la princesse Marianne, nièce du roi Charles-Félix, avec le roi de Hongrie, il écrivit * au gi^ni^ral S(U)astiani, alors ministre des afTaires (^ti^angùii's : a La plus grande nouveauté de cette semaine, c'est un bal donné par la noblesse à la bourgeoisie do Turin. Kn Fi*anc4>, et marne depuis longtemps, la seule idée d'une telle réunion aurait quelque chose de blessant et constaterait une dilTérence et une division que les mœurs effacent et que l'opinion repousse. Je nesuis pas bien convaincu que la bourgeoisie de Turin sache beaucoup de gré ù la noblesse do cette politesse un peu hautaine; cependant rinlention était sinc{^re, et l'effet m*a s(Mablé bon. La fôle a été animée; on y était fort bien et fort natiia>llement mcMé; l'égalité entre les

i. Lc'iOJanviur 18J1.

toilettes était complète, et les uns n'avaient pas meilleure façon que les autres. Le roi y est venu. La princesse de Carignan y a dansé. J*ai entendu les personnes les plus aristocratiques regretter qu'elle n'ait pris pour danseurs que des gentilshommes. On blâmait aussi la reine douairière Marie-Thérèse de ne pas avoir laissé danser sa fille. En somme, ce besoin de ménager et d'honorer la classe moyenne, ce sentiment plus ou moins instinctif qu'il faut trouver quelque moyen de transition pour passer à un état de société nouveau, m'ont singulièrement frappé. La bourgeoisie rendra un de ces jours à la noblesse la fête qu'elle a reçue. »

A côté de ce travail instinctif d'innovation sociale qui, dès son arrivée à Turin, frappait M. de Barante, le fait contraire, l'esprit d'immobilité, précisément sur le même point, sur les rapports de la noblesse et de la bourgeoisie piémontaise, ne tarda pas à le frapper également. Trois mois après les fêtes du mois de janvier 1831, le roi Charles-Félix était mort *; le roi Charles-Albert montait sur le trône : (( Je puis montrera Votre Excellence par un exemple peu sérieux, écrivait M. de Barante au général Se-

i. T^ 27 avril 1831,

314 MÉLANGES BIOGUAPUIQUES.

hastiani S jusqu'à quel point on lui impose le respect (lu statu qxio. Le thciâtrc est attenant au palais. Le roi fournit une sul)venlion à l'entreprise; lorsqu'on allait à rOp<*ra, on était censé ôtre chez le roi. De là c'était le roi qui distribuait les loges; on les payait h l'onlrepreneur, mais c'était une laveur de cour, un privilège arislocrati(iue; pas un bourgeois n'avait la permission do louer une loge; la uiagistrature elle-mOme et la seconde noblesse n*avaicut guère que des ([uarts de loge aux derniers étages. Grand sujet de petites intrigues, de vanités» de jalousies I La Hcsiauration rétablit cet usage choquant, et cliu(iuo ann(!e, à l'entrée de l'hiver, c'était toujours un sujet de mécontentements et de murmures plus prononcés «lue pour choses plus sérieuses* Le feu roi n'avait pas un plus grand plaisir que la comédie; il n'y manquait pas une seule 8oii*ée, de sorte que ce tripotage de loges l'occupait et l'amusait. Au contraire, le roi Charles-Albert a le spectacle en d(*plaisance; il n'y mettra peut-^tre pas les pieds; rien ne va moins à son caractàre réellement sérieux (]ue de se mêler d'une telle chose; elle est ridicule, blâmée de tous les gens raisonnables; c'est

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