‹ Mélanges biographiques et littérairesChapitre 16 sur 27 · Alors ministre dos afTaiieA élrangèroH à Turin · texte numérisé non relu

Alors ministre dos afTaiieA élrangèroH à Turin

Ce motif a peu de valeur dans la politique actuelle; Naples et la Sardaigne ont aux yeux de la France le même caractère. — Cependant, a repris M. de la Tour, je suis à peu près certain que, dans une conversation entre le comte Sébastiani et M. Appony, la Savoie fut prise pour exemple d'une intervention justifiée par le voisinage. — Est-ce à dire que FAutriche pourrait intervenir pour le Piémont et nous pour la Savoie? Ceci serait trop grave, trop nouveau pour que mon gouvernement me le laissât ignorer; nous regardons le royaume de Sardaigne comme un et indépendant; il n'est pas pour une moitié sous le patronage de la France, pour l'autre sous le patronage de l'Autriche. — De paroles en paroles toujours fort modérées, M. de la* Tour a pourtant fini par me dire : — L'intervention peut toujours se résoudre en une question de fait ; on intervient quand on le croit indispensable, qu'on est assez fort pour cela et qu'on en est requis. Mieux vaut une guerre qu'une révolution : l'une a des chances favorables, l'autre n'en a pas. — Nous avancions ainsi vers quelque chose de plus positif. — M^is, a continué M. de la Tour (j'extrais ces paroles significatives d'une conversation fort longue), Dieu nous préserve de toute intervention ! nous

n'en atous pas, nous n'en aurons nul lusoln: solon mol uôiis n*on avions^ pas besoin m(^nio on ISSl. Nous avons uno bonne arin^^o, nous pouTons maintenir ()u ri^lablir le bon ordn^ ohe/ nous; le n>I no veut pas (rinlerventlon. elle lui Ht^plairait l>eaucoup; avant iYy avoir it^eoiii'S, ri6us ferions tous les efforts possibles; nous avons \\i\ Jeune prince hardi et Iri'^s-di^cUtt*. — l\uir mol, je suis toitjdurs rosW sur le niOnie texte, qui est reteilii sons toutes led faces, et nous nous sommes qttiftt^^ on oxcollentos relations, comme de coutume.

« De tout cela, combine* avec ce que j'ai entroTU crailleui^s, je conclus que rAutrlche, ui<^nie avant les troubles de Mod^ne et de liologne, quVlle pn^ oyait et n'a pu empOcher, a oncbro une fois presse* la cour de Turlii de prendit» quotqu^ enKajîenuMil, qu*il lui a i*lt* n^pondu qu'on n'arnit pas besoin d'elle et (pfil valait mietix se (tasser de son secouis ; mais qu'A cette n^ponse on a Joint la prouiesse plus ou moins formelle de ne faire aucune concession constitutionnelle ni t>opuIalrt\ ôt (V«N cepler l'intervenlion plutflt que de consentir tk rtèn de pareil. Je pense que le prince do CariKunn a prte pour son compte un paivil en};agemen(.., CUmix qn connaissent beatu'oup ce |u*ince et qui lui sont alla

M. DE BÂitÂNTË. 323

ctiës dteéht qu'il a ittoîitréi dans sa première jGuriesse, un caractère génërèut^ un ^s^tit assez élevé, une ardetil* isincère potir le bien de son pàys^ mais que les circonstances malheureuses où il s'eôt trouvé lors deë trdUblès de I8ÈI4 Topinion, injiiste Selon lui, qu'oii s'est forhiëe de sa conduite, la situation où il est ici, eh butte à la méfiance des uns sàiis être soutenu par la cohfiance des autres, ses relations avec le rdi et la cour, Font dégoûté de tout et de toTlis, ont flëtH ëôfl âme et l'ont livré â Fhuttieut'et à retifaUi dôîit il paraît ôceablé^.. On assure iJUë lèfe évéïienients de Prâncë^ le trouvant dans cette disposition chagrine, bttt été jugés iJ^ar lui avec amertume... Ori àjOtite itièhie qu'il à dans cette obcasioh assuré le rei qu'il pouvait ix)mpter sur son dévouement, si jamiàis l'autorité royale était attaquée. Ainsi, soit dcms eette pensée, soit que l'activité iiiorale ait dîtoiAùé eh lui, il n'est nullement certaib qu'à son avénétheht il accueillit des conseils de t^éforhie, lot^ haême qu'il ne serait pas question de charte et de gouvernement représentatif; il hériterait purement et simplement du gouvernement ihërte de son prédécesseur. ïi

Trois tiibis après qhé M. de Barattte écrivait icette lettre, le prince de Carignan était le roi Charles-

324 MI^LAN(ii:S IWO(inAPIIIQD KS.

Albert. Les c^vdnmiienls so pressèrent en Italio; Tinsurreclion (iclntn A Modënc, A Pnrine, A Bologne; l(>s AulricliienH intervenaient, coniprlinniont, se rotiraic^nt, inlervenni<Mit de nouventi contre une nouv(^li('. insurrection. Le fçouvernenienl frau$mi8 tint alors f'ivc^c (^clal la conduite que, ùb» le dëbut, il avail annonc<le. Nous occupAtnns Anc6ne. M. de Harantc avail viv(tnienl conseill(i ni approuva haulonienl cel actn. H e.ul Irès-proniplenient le» rdsulfflts (|ue nous en allendions; Tinfluence française, sans dé|)ass(»r les principes de notre politique générale, ^(randit visiblement en Italie; elle était plus que jamais redoute el repoussi'je A la cour de Turin, cl le 10 octobre 1832 M. de Maranto écrivait au général Sébastiani : a il faul qu(} je revienne avec plus do d(>t;iil sur le caraclère du roi (iharles-Alberlct sur le train acluel de son K^)uvernement. J'ai, depuis prfe» d'un an, expose; A Voire. Excellence comment 11 a de |)lus en plus accordr*, je ne dirai pas de la confiance, c*esl un mol qui nn va pas au roi de 8ardaigne,mai8 du cn;dit A loule la Taclion congréganisto; elle est passionnr;ment liostiie A notre gouvernement, elle rxxupe in presrpie tous les emplois; dans le corps diplomatirpje, elle a deux auxiliaires dévoués; dans le minislAre, M. le comle de la Tour appartient par

ses alenloui^s, ses opinions et ses souvenirs, à ce parti; mais il est un homme si prudent, si éloigné de tout ce qui est décision et action, qu'il arrête plutôt qu'il ne sert les gens ardents. Ils n'en sont pas moins en possession de l'influence dominante ; cependant on ne peut pas dire que le roi Charles- Albert y cède aveuglément ; il y voit sa sûreté actuelle; il est sur cette voie et la suit, ne trouvant en lui-même ni une volonté ni une conviction suffisantes pour en sortir; mais il n'a ni illusion ni penchant vérital)le pour ce genre d'opinions. Dans son intérieur, dans les conversations particulières, et il n'en a jamais d'autres, il se laisse dire tout ce qu'on veut sur le parti qu'il favorise, sur les hommes qu'il emploie, sur ses ministres même; il renchérit sur les observations qu'on lui présente, si bien que j'ai vu parfois des personnes qui l'approchaient convaincues qu'il allait changer de direction. Pourtant il n'est pas à croire qu'il en ait la pensée actuelle; c'est de sa part une sorte, non pas de mobilité, mais d'indécision. Au fond, il est sans conviction aucune, et, sans avoir de malveillance active, sans avoir jamais nul plaisir à affliger personne, il ne sait ce que c'est que la confiance, l'aff^ection, l'attachement; il a les hommes en dégoût et presque en mépris; il

m MKLANGËS DIOGRAPIUQUES.

aime Ic3 convcrs^Uioiis ddiiigrai)(e3. Q|iant aux opi* nions, il n*y a pas plus do foi qu'ai^x personnes; c'est une sorte de. diicouragonionl et de dédain qui s'applique à toul et à tous; dix ans passt^^ (}ans 1^ co|i- Irainte ^i la dissimulation Tout acQoutpmé à ne pas aimer ce qu'il fait et à i)e pas tcnfr à ce qu'il pense. « C'est ce caractère q^l se r^trouYe dans j^s relations avec la France; il a I9 plus sincè^ cnvfc d'((^tre en paix avec i^ous; rjdi^ j^q If) guern^ l'épouvante aveiQ raison, ^I y voit i)^ril )[}'ii)>9sioi} et de révolu- ^on. Certaines idées d'agrandissement de ses États, (de royaume d'Italie, ont occupé son imaginatjon, et, quoique moins vives, elles ne sont pas dissipées; elles ne peuvent devenir des espérances qu'en s'axH puyant de notre amitié; il a passé sa première jeunesse en France, il y est connu, il voudrait y avoir l)onne et grande iicnommée; ce qui se fait c^ez nous fixe toute sou attention ; c'est presque son premier intérêt. En même lenips il garde une visible rancune de la révolution dp Juillet ; c*est à sci^ yeux un affront et un danger pour les races royales; il vit dans la crainte non-seulement do la propagande, mais des idées libérales; nos journaux et notre tribune lui déplaisent et rirritent. ISe ^)as nous heurter, ne pas risf^uer une i^f-ouilleilç ayec nous, et se

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dépobcr $ tojute fl^mpp^lXfitfoif de bqnne intelligppce qui ne §prai|; piqis imcj[|sp<?psaf?|!e, yqii^ la com- Jjjqaispp, plus iQvpiQpJairç que calculée, de sa politique de spiivi^rj^jp py^fi §es impressiop^ per^onf^plfps. 4JP.^!t.Ç? ^ 9^}^ UR expeiBsjf amour-propre de spfiy^raippt^ ef fa ^çraintç de pe pas être pp fpi çqmvfi^ up .aplfjç, .4'être tr^lfç en ppissapçe d'ordrp jpférx,epr: î)

1} e^t iipppSÇiWe diç .d^P-^^S? ^^pc p^^s (}e pénétratipp et dç ppindrp ayeQ plus ide yérité Tesprit compliqpé ,et le iC^r^çtère flpttant de ce prince, voué d'abp,r|(| ^ upe ipipiobi|ité olf^tinée, (jupiqi^e scep- ;fi/jue^ ^^\ pfps tard, qua^d roçca^u lui sernbla fayoraljle, d'uiie vasjte aip^itfpp, ^glorieux dans la lutte et jusquQ d^ipp fa défaite, et fii^ant tput^ coup le trôpe et 1^ ponde pour j^Jler caç^ier e^t Ifpir d^pç un cloîtrp fo/ntaip m^ yjip plpin^ ,dç J^pgj^t^epfs, d'élans, de d!$couragei)3LQpts et ^e paéçpipptes. ^. de Barante assis^^ de ppès p,çp,4apt fjuatre ans au sRÇjtftacle de cette âpfp tpppjbfée et ides penchants 31 divers qui s'y laisi^alent dès lors entreypjr; et pepdant quatre am^ ij maiutj^t, en face de ,cç specta<el^ç, I4 pplitique de la yrao^e, poippliquée aussi, ip.a^ç fi-japcj^e 4 î^os^qjijjejj^ç, ^jis j^ais lia lajs^er fai- Wir s), saft? l'pngagpr a^ ^^ ^^ m^f^ims h^utÇ-

:m ivif:LANGKs diographiques.

ment diiclarées du ^gouvernement français. Nal u'iSiaii plus propre que lui à cette mission d'observalion et de conversation plutôt que d'action; il la comprenait aussi nettement qu'il la pratiquai^ et n'avait aucune envie remuante ou yaniteuse de la dépasser. Je trouve, sous, la date du 21 mars 1832, au moment où la question des réformes à apporter dans les Klats romains se débattait entre la cour de Home et les grandes puissances européennes, une lettre de lui au général Sébastian!, ainsi conçue : « Je me proposais depuis quelque temps de Ibire I)art à Votre Excellence de l'opinion où j'étais qa*ii était impossible de suivre & Rome, et au siège même du gouvernement pontifical, une négociation dont le résultat fût efficace. M. de Sainte-Aulaire me fait connaître que tel est aussi son avis, et que depuis longtemps il en a entretenu Votre Excellence. Les motifs qu'il a dû vous présenter sont, sans nul doute, d'un tout autre poids que ceux que j'aurais donnés; il voit par lui-même ce que je puis seulement conjecturer; mais M. de Sainte-Aulalrc ajoute qu'il a désigné à Votre Excellence Turin ou Florence comme des lieux où pourrait se suivre avantageusement une négociation relative aux affaires du gouvernement pontifical. Sur ce poiut, je ne partage

pas son opinion. Florence et même Turin sont encore trop rapprochés de l'influence du sacré collège; l'esprit qui anime en ce moment la plupart des cardinaux, et qui forme la plus grande difficulté de la négociation, se lërait sentir dans toute ville d'Italie; le parti qui se rattache à l'oligarchie de l'Église romaine réussit facilement à présenter cette questioa de politique et d'administration comme une question de religion. Avoir contre soi l'opinion de la cour chez laquelle on aurait fixé le lieu de la négociation, placer les membres de la conférence au milieu d'une société hostilement disposée contre le résultat qu'on voudrait atteindre, ne me semblerait pas une combinaison heureuse. J'ajouterai, s'il s'agissait de Turin, qu'il ne s'y trouve pas un corps diplomatique composé de manière à bien traiter une si grande affaire : j'ignore si Votre Excellence me jugerait suffisant pour une pareille mission , mais je ne vois pas que les ministres des autres puissances près la cour de Sardaigne aient assez de capacité ou d'importance pour en être chargés : il y faut évidemment des hommes d'un esprit à la fois éclairé, libre et ferme. En outre, il est indispensable qu'ils aient beaucoup de poids et d'autorité auprès des cabinets que chacun aurait charge de représenter.

m MÉLANf.KS IUOG|\APHIQUES.

u Jo innx^i} ([Uiî la uôgpciatiou se suivitiit beaui!OU|) aùi'ji.iv ii Parit) quo nulle part ailleurs; seulement il faudrait y l'aire arriver beaucoup d'infurmations I^ji^ales, s'entourer nie toutes le^ lumières nt^cessaii^es, et pi*ouQM^-ci' sur toutes les questions avec une oonnaissa^oo couiplùte de Têtat de Fltalie. » . On ne renconta' guùro dans les l'onctious publi- ({ues, même chez les plus bQunét^s gens, un tel di'^a^ement df} touti; prtSteMtîgu ou vauilO persouuelle, et uue si si^rieii^ prêoccuputiou du fond même des choses et des jcbappes de sugcôs.

Kn septeml>i*e 1^35, (a duc de Bi'ogMe, rentré depuis peu au miuisLèi*e dos affiiires êtra^ijfèries» eut à l'aliv un assez grand mouvement ^ns te corps diplomatique iVanyai^. La couuaft^pçe pejq^nnelle (luMl avait et Têpreuve déj4 faite à Turin de la sagacité impartiale et de la dignité trauquMIe (f}e M. kU' Harante lui tirent peu;H>r que nul m cpnvenait mieux ù Tambassade de Saint-Péleycsbourg. t /était là>en elfet, pour lo gouyeriieweiit d|^ 1831), bien plus encore que Turiu, liue mission de bonne attitude et (robservation atlei^jtive, non d*acdon directe et positive ; le seutiui^ent manifesté ^ la position prise par Tempei^^ur iNicol<)is ei^yers le roi Louis-Philippe êoartaiiL'ql (putp idde i}P relations

If. D6 BAjRANip. 331

intimes et de concert piuç 014 moins efliqace; il n'y avait alore entre 1^ fronce let l^ pijssie point 4'jfltérêt national en jeu, poinf de gravp question pendante. Depuis ses rpvera de 18^1, la Pologne sommeillait : la forfiaatÎQn poppprtée 4u roy^upe ,d^ Grèce avait ipi^ pi^ t^lûps f^'arriê): dan^ les aJTaires d'Orient ; la cpur 4^ 8^ç$i^ n'était pullepiept engagée, comme prtie de .Sardaigwei da«s les lro^^)^e^ •c^es États sq^ vofejp*, î^'^mbjgiSfayÈle 4e S.^jpt-Pétersbourg jetait va pqstç çpR^idçr^ble, mais poipt chargé (J'embarraç ^t dQ pr9j)lème?î il y faljait ypir de haut et regarder ^u fpw; jpai^ il ij'y ayait rien à faire dans le présent, rii^n d'urgept à préparer pour l'avenir. M. de B^r^nte y fut jepvoyé.

Pepd^ntsif an^j, 4e J835 à 4j8U, ^uf quelque? i^res intervalles de cppgé, il r,ésida eifecfiivement à Saint-Pétersbojijrg, ejt il y tint cpnstaipmept la même attitu4e, l^e m^m laflgage; il y jouait constamment de la mpTm WP^dj^ratJoa qu'il y ^yait promptement obtenue* jL'iOiqapereuir {^iep}a;$ i^^a^ix peu de goût pour ies étrapger^> ppur ie^ a^ns d'esprit et pour les fdsprit^ ipdépeii(iaDts; mais quand ils ne lui dsÇmanidiaieotirieJ^i, i)e ji'iDquiétaieot point et gardaient len^ers bii une f*.éserve respectueuse, il prenait quelque pteis^r à les ^ypîr aupré$

:m MKLANGRS BIOGRAPHIQUES.

ti*ois OU quati^ cent mille hommes. Il est temps de 110 s^occuper que du bien des peuples. Vous yerrei ({uo je vous |)nrle sincèrement et que je n'ai point d*arrièro-pensée, ma politique est toute de francbise et de loyauti^ » — Il prenait ma main en la serrant, et continuait: — <i On parle de guerre r mais elle ne se fait que par nécessites ou volonté; par ni^cessité, il n'y en a aucune; pei*sonne ne veut rien; il n'y a nulle aiTaire, nulle difficulté; par volonté, ni moi, ni aucune auti*e puissance ne veut la guerre. )> — Tout cela était entremêlé de quelques mots de moi ; j'appuyais sur ce qui, dans les paroles de rempereur, me semblait utile à remarquer, je donnais aux choses une nuance qui se rapportât mioux à notre politique française ou à notre situation. Cependant je craignais que cette audience ne se passât sans qu'il y eût un mot dit sur le roi, œ qui eût été grave; il me semblait même que, pour échapper à cette obligation , l'empereur avait donné ce tour vif à la conversation et en avait fut une causerie familière; je guettais une occasion. Gomme je tenais à la main mes lettres de créance, l'empei^eur les a prises en disant : — « Il faut que je vous débarrasse de cela, » — et il les a posées sur une table. Je lui ai dit alors que dans sa bonté

M. DE DARANTE. 333

ser à l'empereur quelques paroles, sinon solennelles, du moins un peu officielles; mais il m'a reçu dans son cabinet, seul. A peine étais-je entré que je me suis trouvé près de lui, et il m'a sur-lecbamp adressé la parole avec une familiarité tout obligeante, parlant avec une sorte de volubilité facile et élégante qui ne laissait plus aucune place à ce que je me proposais de dire. La conversation a commencé par des compliments tout à fait personnels; l'empereur a assuré qu'il se ressouvenait de m'avoir vu à Paris, ce qui n'est vraiment pas possible; puis il m'a parlé des emplois que j'ai occupés, de la préfecture de la Vendée, des missions que j'ai eues comme auditeur. La conversation continuait toujours à son gré et telle qu'il la voulait; il a parlé de la diplomatie, qui ne ressemblait plus à ce qu'elle avait été : — « Maintenant on se dit tout; chacun a la même intention, chacun veut la paix ; elle fait le bonheur de toute l'Europe ; vous avez vu combien l'Allemagne en profite, et combien elle souhaite sa conservation ; quoi qu'on pense et qu'on puisse dire, c'est de même ici; la Russie aussi a besoin de la paix ; elle a fait quatre guerres depuis vingt ans; elles ont coûté beaucoup de millions, et, ce qui est plus regrettable, la vie de

trois OU quatre cent mille hommes. Il est temps de ne s*occuper que du bien des peuples. Vous yerrez que je yous parle sincèrement et que je n'ai point d^arrière-pensée, ma politique est toute de franchise et de loyauté. » — Il prenait ma main en la ser— rant, et continuait: — « On parle de guerre r mai^ elle ne se fait que par nécessité ou volonté; nécessité, il n'y en a aucune; personne ne yeul rien; il n'y a nulle affaire, nulle difflculté; pas* volonté, ni moi, ni aucune autre puissance ne yent la guerre. » — Tout cela était entremêlé de quelques mots de moi ; j'appuyais sur ce qui, dans les paroles de l'empereur, me semblait utile à remarquer, je donnais aux choses une nuance qui se rapportât mieux à notre politique française ou à notre situation. Cependant je craignais que cette audience ne se passât sans qu'il y eût un mot dit sur le roi, œ qui eût été grave; il me semblait môme que, pour échapper à cette obligation , l'empereur avait donné ce tour vif à la conversation et en avait lait une causerie familière { je guettais une occasion. Gomme je tenais à la main mes lettres de créance, l'empereur les a prises en disant : — « n faut que je vous débarrasse de cela, » «^ et il les a posées sur une table. Je lui ai dit alors que dans sa bonté

H. DE BURANTE. 335

il atâlt ôlë à ïua prëséfaMtion tout caractère d*étiqiletté* de sorte que je n'avais pu lui adresser aucunêi pardlfe officielle, ni lui porter l'expression des sentitïiettts du rciij La flhrase qui avait précédé se rapportait au désir dd la paix* de sorte que le mot smiïfit&nt pouvait être pris dans son sens politifiùe. Alors remperëur s*eàt exécuté dé bonne gràeëj sans embarras i sans aigreur^ mais aussi sanë rièti d'affeètueux^ il a parte du roi, de ce que rteurope !iii doit pour la conservation de la paix, dfe la tâche difficile qu'il a entreprise, des succès qu'il y à bbtenus; de son habileté, de sa sagesse. J'aidais à feiire arriver toutes ces paroles et à prolonger cet article de la conversation. Il a parlé alors de l'attenM du 28 juillet^ en fort bons termes^ avec horreur, mais toujours avec un fond de froideur, ne rappelant ni le calme et le courage du roi, ni ce que la reine avait dû éprouver; rien ettfln rie ressetoblait à ce que j'ai entendu à Berlin. Puis il a ajouté î -^ U Oe fcriané a dessillé tous les yeux, et la situation ^n est devenue meilleure. » -<- J'ai parlé des Ibis de septembre et de leur parfaite conformité avec l'opinion générale. — « Il en fau-

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