‹ Mélanges biographiques et littérairesChapitre 19 sur 27 · Le 13 décembre 1S · texte numérisé non relu

Le 13 décembre 1S

le bien possible, probable même, à travers des obstacles, des embarras, des ennuis, des échecs innombrables. Gela me suffit, et cela doit suffire à tous les hommes de iens ; la condition humaine n*est pas plus douce que cela. Quant à nos affaires au dehors, j'ajouterai peu de chose à ma dépêche officielle; elle vous dit, je crois, clairement l'attitude et le langage que je vous demande, car il n*y a en ce moment rien de plus à faire qu'une attitude à prendre et un langage à tenir. L'isolement n'est pas une situation qu'on choisisse de propos délibéré, ni dans laquelle on s'établisse pour tou* jours ; mais, quand on y est, il faut y vivre avec tranquillité jusqu'à ce qu'on en puisse sortir avec profit. L'isolement a pour nous aujourd'hui un grand mérite, la liberté. La nôtre est désormais entière. Nous ne devons rien à personne. Nous sommes en dehors de toutes les rivalités comme de tous les engagements. Nous verrons venir. Nous n'avons nul dessein de rester étrangers aux affales générales de l'Europe. Nous croyons qu'il nous est bon d'en être, et qu'il est bon' pour tous que nous en soyons. Nous sommes très-sûrs que nous y rentrerons. La France est trop grande pour qu'on ne sente pas bientôt le vide de son absence.

Nous attendrons qu'on le sente en effet et qu*on nous le dise. J*ai un dégoût immense de la Canfaronnade ; mais la tranquillité de l'attente et la liberté du choix nous conviennent bien. »

Je n'ai garde de revenir sur les négociations qu'amena cette situation; je les ai retracées ailleurs avec détail et précision ^ On sait qu'elles eurent pour résultat la convention du 13 juillet 1841, qui mit fin à Tisolement de la France et lui fit reprendre sa place dans les délibérations communes des grandes puissances sur leurs relations avec la Porte et les affaires d'Orient, devenues ainsi Tobjet du concert européen. Ce n'était point TaboUtion du traité du 15 juillet 1840, puisqu'il avait, quant à la question d'Egypte, reçu son exécution et atteint son but ; mais c'était la fin de la situation exceptionnelle et périlleuse que ce traité avait faite à la France et à l'Europe. En apprenant cette conclusion, M. de Baranlc m'écrivit * : a Le paquebot de LAbeck a apporté hier la convention 3ignée à Londres le 13 de ce mois par les plénipotentiaires des dnq grandes puissances. M. de Nesselrolde m*on a en-

1. Dans mes Mémoires pour servir à Vhistoir9 d$ mon Umpê, t. VI, p. 37-129.

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