PRÉFACE. V
immortel que dans le souvenir de Dieu et dans la courte mémoii^e de ses semblables, ombres fugitives comme lui, en qui la conscience de leur être n'est « qu'une communion passagère avec IHinivers. »
Les plus ingénieux esprits et les plus habiles écrivains épuiseront sans succès leur force et leur art pour satisfaire, par ce prétendu Dieu et cette prétendue immortalité, aux instincts du genre humain et à la foi naturelle que consacre et complète la foi chrétienne. On ne donne pas le change à Tâme de l'homme sur ses vrais besoins par des mots et des images sans réalité, pas plus qu'à son corps par des aliments sans vertu nutritive. Qu'ont à attendre les hommes de ce Dieu qui n'est que le monstrueux accouplement du néant et de la vie ? Et que vaut, pour toute créature humaine, cette perspective d'une immortalité qui n'est que l'absorption de Fânie dans ce néant universel qu'on appelle Dieu , ou la trace momentanée que laisse notre vie dans la mémoire fugitive de générations éphémères ? Essayez de déterminer les hommes à élever les yeux, à plier le genou, à prier, à 'espérer, à s'appuyer et à se confier dans ce faux nom de Dieu que vous donnez à la nature universelle; vous verrez le peu de cas qu'ils feront de votre offre, et
VI PRI^FACB.
dnuB t\nt\ froid isô^etiient elie tes laissera. Exhortez ie» pèn's, ies mères, les frères, les sœurs, ies époux, les amis à ie contenter, en mourant, de vivre encoi^ quelques jours dans la mémoire de ceux qui les oht connus et aimés un moment, ou de se plonger à jamais dans le souvenir du Dieu-néant qui les attend : ils vous répondront que, sur la terre, Toubli vient vite, et qu'au deU*^ peu leur importe ce que vous appelez le souvenir de ce Dieu dont le sein n'est que le tombeau universel. 11 n'y a i;ien là qu'illusion et vanité savante, rien qu'un mirage trompeur offert à Tàme humaine en attendant le mécompte de la mort.
Je porte aux morts un {.rofond respect et je prends un sérieux plaisir à conserver et à honorer leur mémoire. C'est Tinstincl naturel et univei^el du genre humain. Mais c'est la croyance dans rimmortalité pei-sonncile, dans ses espérances et ses mystères, qui donne au respect des morts sa raison et son empire. D'ofi viendrait co sonliinent et que vaudrait-il si l'homme n'était qu'une poignée de poudre, dispersée presque aussilôl (|iio rccunillie, « sur laquelle on jetle quelcjucs peilel(»os de terre, et en voilà pour jamais?» Aussi Je m'attriste autant que je m'étonne eu voyant des esprits rares so
PRÉFACI'. VII
consumer en vains elTorls pour suppléer, par des illusions slëriles, aux croyances attirmatives qu'ils repoussent, et pour échapper aux conséquences des négations destructives qu'ils admettent.