‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 17 sur 66 · C. FLLVIUS PLAUTIANUS ET LA PRÉFECTURE DU PRÉTOIRE · texte numérisé non relu

C. FLLVIUS PLAUTIANUS ET LA PRÉFECTURE DU PRÉTOIRE

grécité peu sûre et la correction, Hirschfeld Ta montré, est assez inutile (1). Faut-il écrire xàieiov, mais si l'on traduit par « charges de comptables », c'est revenir au sens précédent, si l'on entend « des charges de quelque importance », autant valait garder le premier texte. Le sens est vague, sans doute, il serait plus vague encore s'il s'agissait, comme le croit Hirschfeld, de la domesticité impériale. Que pouvaitelle comprendre? des subalternes militaires, judiciaires et financiers : que le grand juge de l'empire • et le chef de l'armée commandât aux premiers, on pouvait s'en douter ; mais qu'il eût sous ses ordres des agents financiers, voilà qui semblait nouveau et voilà pourquoi Dion l'indiqua, en spécifiant toutefois qu'il ne s'agissait pas des sous-auxiliaires des subalternes financiers. Comment le préfet du prétoire acquit-il cette compétence? Depuis Septime Sévère les soldats remplacèrent les affranchis dans les fonctions A'officiales ; il n'est donc pas étonnant que les officiales soient devenus les subordonnés et les justiciables du chef de l'armée.

On voit de quels pouvoirs s'enrichit sous Septime Sévère la charge de préfet du prétoire. Est-ce trop s'aventurer que de voir en Plan tien l'auteur de ces quelques transformations? Nous ne le croyons pas : nul préfet ne joua sous ce règne pareil rôle et nous savons que Plautien était si jaloux de ses privilèges judiciaires que l'employé chargé d'introduire les causes refusait à Sévère lui-même de les appeler sans la permission de Plautien (2).

Plautien accrut encore cette puissance par son crédit auprès de l'empereur, sa richesse, sa clienlèle.

Compatriote et parent de Sévère, il en était fort aimé. Hérodien prétend que celte affection était née de la communauté de leurs vices ; en tout cas Sévère lui sacrifia sa

(1) Die Kaiserlichen Verwaltungsbeamten, 2* éd., p. 460.

(2) Dion Cassics, LXXV, 15.

194 LOUIS HAUTECŒUR

femme Julia Domna, désignait presque Plautien à sa succession et déclarait, au dire de Dion Cassius : « J'aime cet homme au point de souliailer mourir avant lui» (1). Sévère se plia aux volontés de Plautien : allait-il le visiter? il devait laisser sa suite; désirait-il môme quelque plat fin? il devait s'adresser à lui, et Sévère, savamment espionné par Plautien, ignorait tout de sa conduite; bref^ dit Dion, Plautien semblait l'empereur et Sévère le préfet.

Plautien était très riche, il avait avec Flavius Juvenalis employé des procédés commodes : ils proscrivaient de gros propriétaires pour s'emparer de leurs dépouilles (2). On prétendit même qu'il avait fait voler les zèbres qui étaient consacrés au soleil et élevés dans une île de la mer rouge (3). Septime Sévère lui avait fait cadeau de plusieurs fabriques de poteries avec leur personnel (4). Plautien eut sa maison sur le Quirinal, il eut ses intendants. La dot que reçut sa fille Plautilla eût suffi, disail-on, à cinquante filles de rois et les bijoux de la jeune femme qu'on promena par la ville éblouirent les yeux du peuple. Aux jeux que le préfet offrit alors, soixante sangliers luttèrent au commandement, un « corocolès » parut dans l'arène et des éléphants, des ours, des lions, des panthères, des bisons y furent égorgés.

Plautien eut à sa dévotion une immense clientèle. Des hommes comme Caecilius Agricola, capable de payer un vase 200,000 H6, comme P. Ilelius Coeranus, le premier égyptien qui entrera au sénat, étaient de ses amis. Il remarqua Macrin et se l'attacha. Ce fut un titre d'honneur que d'être cornes Plautiani (5). Les sénateurs, les soldats, jurèrent par

(1) Ibid. et LXXVI, 24.

(2) Getae vita, 4.

(3) Dion Cassius, 76, 14.

(4) C. I. L., XV; cf. la notice de Dressel au n" 47. Le personnel avait auparavant appartenu à l'empereur, cf. en effet, XV, 183, 184, 183, 47, 176, 177. — Ces poteries, ces tuiles, portent des marques diverses. Cf. les no' 106, 184, 185, 240, 241, 197, 47, 406.

Page 1