‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 18 sur 66 · C. FULVIUS PLAUTIANUS ET LA PRÉFECTURE DU PRÉTOIRE 19S · texte numérisé non relu

C. FULVIUS PLAUTIANUS ET LA PRÉFECTURE DU PRÉTOIRE 19S

son nom (1), et les cohortes urbaines lui dédiaient des inscriptions en môme temps qu'à l'empereur (2) ; les particuliers, les villes, le sénat même lui dressèrent des statues (3) ; en Etrurie, à Padoue, en iVfrique, en Grèce, en Gaule (4), ses effigies s'élevaient si nombreuses que Sévère en fut importuné et qu'il ordonna de fondre plusieurs bronzes; les ennemis du préfet se hâtèrent d'en briser d'autres (5). Mais, dans un coup de théâtre, on apprit soudain que Plautien avait reconquis toute la faveur impériale ; on le vit monter au Capitole comme en triomphe et les iconoclastes, tel Racius Conslans, gouverneur de la Sardaigne, furent cités en justice. Son accusateur affirma que le ciel tomberait avant que Plautien souffrît quelque disgrâce de Sévère et Tempereur, se penchant vers Dion Cassius et les autres sénateurs qui siégeaient avec lui, déclara : « il est impossible qu'il arrive à Plautien aucun mal de mon fait » . Plautien était plus puissant que jamais.

Sévère repoussa de nombreuses et honorables alliances pour marier son fils, M. Aurelius Antoninus (Caracalla), avec Plautilla, la fille du préfet (6). Les villes élevèrent des statues à la jeune Augusta et frappèrent des monnaies à son effigie (7). Plautien se crut à l'abri de tout danger ; il prétendait à des honneurs orientaux : sur son passage deux coureurs écartaient la foule et défendaient de regarder en face le préfet du prétoire. Dion Cassius rapporte que pour donner à sa fille une suite d'eunuques il aurait fait châtrer

(1) Dion Cassius, LXXV, 14.

(3) Cf. la liste que nous donnons au début de cet article (note 1) des inscriptions honorifiques.

(4) L'assemblée des Gaules lui éleva une statue, cf. AUmer et Dissard, I, m, Revue épigraphique du Midi de la France, 1818, p. 29. Les Lyonnais firent de luême, ibid., p. 9, ainsi que les particuliers, ibid., p. 31. Renier, Mélanges, p. 39.

(5) Dion Cassius, LXXV, 16.

(6) Dion Cassius, LXXV, 15, LXXVI, 1. — Vita Severi, 14; Hérodien, T, 10, S.

(7) Cf. DE Ceuleneer, Vie de Sept. Sévère, p. 194.

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en secret des enfants et même des hommes mariés (1). Goinfre et ivrogne,, abusant des jeunes garçons comme des jeunes filles, et jaloux cependant de sa femme Hortensia (2) qu'il séquestrait, il fut atteint de tremblements nerveux et sa face devint si pâle qu'un jour au cirque le peuple crut qu'il avait peur (3).

Ces excès devaient pourtant avoir un terme. Plautien avait des ennemis : il avait fait mettre à mort des personnages considérables; avant de mourir Seplimius Geta, le frère de l'empereur, l'ancien collègue de Plautien au consulat, raconta à Sévère tout ce qu'il savait de son préfet et Plautien désormais vit sa faveur décroître (4). Parmi ses adversaires les plus acharnés était son gendre Garacalla. Caracalla, qui depuis sa jeunesse détestait Plautien pour ses cruautés, s'irrita après son mariage de la conduite de sa femme et de l'importune surveillance de son beau-père (5); il finit par machiner contre lui une accusation de complot. Trois centurions devaient déclarer avoir reçu de Plautien, ainsi que sept de leurs camarades, Tordre de tuer Sévère et Antonin. L'empereur écouta les délateurs, l'esprit encore occupé d'un songe qu'il avait ou la nuit précédente. Il manda Plautien qui vint en toute hâte au galop de ses mules, entraînant ses fidèles; le préfet, tout surpris, voit arrêter sa suite à la porte du palais ; il pénètre seul. Sévère commence par l'interroger avec douceur, Plautien s'étonne, répond, Antonin lui coupe la parole, s'emporte et le fait tuer par un

(1) LXXV, 14. M. Duruy met en doute la vérité de cette assertion déclarant qu'un tel crime fût difficilement resté secret {Revue hislorique, t. VII, p. 241). Mais, comme le remarque M. de Ceuleneer, c'était là un forfait défendu, puis Dion Cassius affirme avoir vu ces malheureux, ce qui prouve que le crime ne resta pas secret; enfin les courtisans, par crainte de Plautien, avaient pu cacher ce fait à l'empereur.

(2) Le nom de sa femme résulte de l'inscription publiée dans VAmiée épigraphique, 1906, 25.

(3) Dion Cassius, LXXV, 5, 14; LXXVl, 2.

(4) Ibidem, LXXVI, 2.

(5) Spartien, Caracalla, 1 ; Dion Cassius, LXXVI, 3; Herodien. r, X, 8.

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