‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 19 sur 66 · C. FULVIUS PLAUTIANUS ET LA PRÉFECTURE DU PRÉTOIRE · texte numérisé non relu

C. FULVIUS PLAUTIANUS ET LA PRÉFECTURE DU PRÉTOIRE

licteur. Alors les courtisans entourent le cadavre, lui arrachent les poils de la barbe et l'un d'eux les va montrer à Julie, la victime du préfet, et à Plautilla sa fille.

Plautien périt dans un guet apens ; Dion Cassius qui, sénateur, connaissait la cour et ses intrigues, déclare que Plautien n'aurait pas osé donner une telle commission ni à dix centurions à la fois, ni dans Rome, ni dans le palais, ni pour un pareil jour (c'étaient les fêtes palatines), ni par écrit. Sévère lui-môme ne semble pas avoir cru au complot : c'est avec douceur qu'il interroge Plautien ; Ilérodien, qui accepte la version oiîicielle, affirme pourtant que Sévère soupçonna son fils et lui reprocha de telles machinations et qu'il ne fut persuadé qu'après avoir vu briller une cuirasse sous la robe du préfet, ce qui prouverait non la culpabilité, mais la prudence de Plautien. Enfin au sénat Sévère n'accusa que la faiblesse humaine, incapable de supporter tant d'honneurs, et lui môme, imprévoyant, qui les avait décernés. Sévère laissa se répandre le récit officiel de la conspiration : un Auguste, fils d'Auguste, ne devait pas être soupçonné d'un tel crime.

Quelle est la date de ce drame? D'après la Chronique d'Alexandrie (1), Plautien mourut le 22 janvier 203; Duruy et M. de Ceuleneer proposent le 23 janvier 204 ; Lenain de Tillemont le 22 janvier 205. Plautien ne peut avoir péri en 203, puisque ce fut l'année de son consulat et qu'une inscription le nomme le 22 août 203 (2). Ce ne fut pas davantage en 204 : on lit dans une inscription commémorative des jeux séculaires de cette année (3) : « Adsistentibus Geta Caes. et pr. pr. » selon la remarque de Mommsen, il y d^pr.pr. [praefecto praetorio) et nonpraeff. {praefectis). Comme la préfecture du prétoire après la mort de Plautien eut plusieurs titulaires simultanés, il ne peut s'agir ici que de Plautien.

(3) Eph. epigr., VIII, p. 295.

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De plus dans Tinscription gravée par les argentiers et les commerçants du forum boarium en 204 figurait très probablement le nom de Plautien (1). D'autre part, le 28 mai 205, les successeurs de Plautien étaient déjà installés (2) ; c'est donc bien en 205 que Plautien fut assassiné. Lenain de Tillemont fournit encore un argument : Coeranus banni comme confident de Plautien revint après sept ans et nous savons que les exilés furent rappelés au lendemain de la mort de Geta, ce fut donc bien en 205 qu'il fut chassé de Rome (3). Quant au jour le Chronicon Paschale donne le onzième avant les calendes de février, soit le 22 janvier. Duruy déclare (4) « il résulte de Dion (LXXVI, 3) que la catastrophe eut lieu au moment où les derniers spectateurs des jeux palatins sortaient du palais. Or ces jeux commençaient le 21 janvier et duraient trois jours, c'est donc le 23 janvier que la tragédie se serait accomplie », Dion ne dit pas que ce fut le dernier le jour des Jeux, mais simplement que c'était l'heure oii, la représentation finie, les spectateurs allaient dîner. Il semble bien que Plautien mourut le 22 janvier 205.

Après la mort de Plautien une réaction se produisit : ses biens furent confisqués au profit de l'empereur (5), son nom fut martelé sur les monuments; on exila son fils G. Fulvius Plautius Hortensianus (6) et sa fille Plautilla, à Lipari, oii bientôt ils furent mis à mort. Son ami Gaecilius Agricola dut se suicider, Goeranus n'échappa que par la fuite et Macrin fut sauvé contre toute espérance (7).

(3) Histoire des Empereurs, t. III.

(4) Revue historique, 1878, II, p. 288.

(6) Le nom de son fils nous est connu par une inscription. Cf. Merlin, Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1903, p. 474.

(7) Dion Cassius, LXXVIH, H. M. Joubez prétend [Bull, de VAcad. royale de Belgique, XXX, 1870, p. 140) que l'on éleva des monuments pour remercier

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