‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 32 sur 66 · IV. — Les débuts de l'influence romaine · texte numérisé non relu

IV. — Les débuts de l'influence romaine

Connaissant la civilisation gauloise, nous allons maintenant pouvoir nous rendre plus exactement compte de ce que les habitants du Tessin doivent aux Romains, et comment s'exerça sur eux l'influence des vainqueurs.

(1) E. Bianchetti, / sepolcreli di Ornavasso in Alli délia societa di archeologia di Tovino, VI (1895), pi. XVIII 6 à 12.

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Il semble que cette influence eut une certaine résistance à vaincre. Il est d'ailleurs vraisemblable que les Romains se contentèrent d'abord d'une possession toute nominale de ces vallées reculées, car leur civilisation fut lente à y pénétrer, et elle ne se manifeste tout d'abord que par l'importation de deux genres d'objets : quelques bijoux en argent, métal que paraissent avoir ignoré les indigènes, et quelques poteries, que l'on rencontre dans les sépultures appartenant à la fin du La Tène II, c'est-à-dire postérieures de plusieurs dizaines d'années à la conquête.

Chose curieuse, c'est surtout la poterie qui tenta les Gaulois du Tessin, et cela s'explique probablement parce que cette vallée manquait de bonne argile plastique.

Pendant toute la troisième période du La Tène, nous constatons que la civilisation indigène continue à suivre le cours normal de son évolution ; la fibule devient massive (1), coulée d'une seule pièce, pareilles à celles que l'on trouve dans les différentes provinces du domaine gaulois. Les autres objets sont, soit des formes anciennes, déjà en usage au temps de l'indépendance, soit des dérivés de types déjà connus.

Seuls, les vases présentent un grand nombre de formes nouvelles, et non seulement les galbes sont plus harmonieux, mais les terres sont mieux traitées, et surtout mieux cuites, revêtues d'engobes de couleurs diverses.

Ce sont des urnes à panse sphérique, surmontée d'un long col et munies d'une anse ; des plats coniques entourés d'un large rebord dans lequel est ménagée une petite dépression qui permet de verser plus commodément les liquides ; d'autres urnes de formes élégantes, à large ouverture, sans anses ou avec deux anses. Enfin, les vases de métal commencent à faire leur apparition : poêles plates et larges, munies d'un long manche terminé en tête de cygne (2) ;

(1) D. VioUier, l. c, n» m et s.

(2) E. Bianchetti, / sepolcreLi di Oniavasso, in Atli délia societa di archeologia di Torino, VI (1895), pi. XVII, 9.

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vases bi-coniques avec anse terminée par un masque (1). Ces vases proviennent de fabriques existant au sud de l'Italie, dans les environs de Gapoue (2).

Fait étrange, les poteries d'Arezzo, dont la belle couleur rouge aurait dû, semble-t-il, attirer l'attention de ces barbares, font complètement défaut dans les tombes de cette époque.

Parmi les objets de métal, nous avons à signaler plus particulièrement ceux en argent : bracelets composés de six maillons tors (3), ou faits d'un fil d'argent décrivant des méandres compliqués (4) ; bagues fermées d'une spirale à plusieurs tours (5).

L'ambre, encore si abondant aux périodes précédentes, disparaît presque complètement. Mais on rencontre des colliers composés de perles de verre irisées, imitant la perle naturelle.

Une tombe d'une richesse exceptionnelle renfermait un petit vase en argent uni, avec deux anses, du môme type que le vase trouvé à Alesia (6) ou ceux de Bosco-reale (7).

Somme toute, pendant cette première période de l'occupation romaine, l'influence des vainqueurs est peu sensible. Il apparaît que les Gaulois du haut Tessin subissent surtout l'intluence de leurs frères du bas Tessin et de la vallée du Pô. C'est en eflct le groupe ancien de la nécropole d'Ornavasso dans le val d'Ossola, au sud du Lac Majeur (Piémont), qui se rapproche le plus de cette partie du cimetière de Giubiasco. Les mobiliers funéraires de ces deux nécropoles présentent la plus grande analogie ; mais tandis qu'à Ornavasso les monnaies consulaires sont très

(1) E. Bianchetti, /. c, pi. VIII, 1.

(2) H. W'illers, Die rômische Bronzeinduslrie, Leipzig, 1907. (3j E. Bianchetti, i. c.,pl. XII, H et 13.

(4) E. Bianchetti, l. c, pi. XII, 14 et 16. (.")) E. Bianchetti, /. c, pi. XIII, 22 à 26.

(6) S. Reinach, Guide illustré du Musée de Saint-Germain, fig. 49.

(7) A. Iléron de Villefosse, Le Trésor de Bosco-reale, Paris, 1903, fig. p. 8o.

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abondantes, à Giubiasco elles manquent complètement. C'est une preuve que les morts qui reposent dans l'une de ces nécropoles étaient déjà en contact fréquent avec les Romains, tandis que ceux qui dorment dans l'autre n'avaient pas encore subi leur influence.

De l'absence d'armes dans les sépultures postérieures à la conquête, nous pouvons, semble-t-il, conclure que les Romains s'étaient bornés à désarmer leurs nouveaux sujels alpins, et à les placer sous la surveillance des habitants de la plaine. C'est ce qui expliquerait l'influence subite et prépondérante au nord du Lac Majeur de la civilisation galloromaine qui florissait alors sur les bords du Pô.

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