‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 33 sur 66 · V. — La vallée du Tessin sous l'ExMpire · texte numérisé non relu

V. — La vallée du Tessin sous l'ExMpire

Ce n'est qu'après la mort de César, ou au début du règne d'Auguste, que l'attention des Romains se porta sur la vallée supérieure du Tessin.

Les pays situés sur le Rhin venaient d'être conquis (11 av. J.-C.-9 après J.-C.) (1), et il importait aux vainqueurs d'avoir des routes rapides et sûres au travers des Alpes. Or précisément, une des routes les plus courtes pour se rendre de Milan au Rhin et au Danube passait par la vallée du Tessin.

Pour protéger cette route, il semble que les Romains eurent l'idée de créer une sorte de milice locale, recrutée sur place et commandée par des chefs indigènes. On trouve en effet, dans la nécropole de Giubiasco, une dizaine de sépultures qui sont celles de chefs, armés de l'épée et de la lance de fer, du bouclier, et coiffés d'un casque de bronze ou de fer. Ces armes nous montrent que ces chefs n'étaient certainement pas d'origine romaine. Si quelques-uns portent

(1) p. Guiraud et G. Lacour-Gayet, Histoire romaine, p. 321.

GiuBiAsco. Casques trouvés dans les sépultures gallo-romaines Tombe n° 90 (bronze).

Tombe n« 273 (fer).

• Tombe n« 425 (fer).

Tombe n» 71 (bronze et fer) Tombe n" 110 (bronze).

Tombe no 32 (fer).

Tombe n» 423 (bronze).

Tombe n" 222 (bronze et fer).

Tombe n" 262 (bronze).

Échelle ijS.

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le gladms, la plupart d'entr'eux ont encore la grande épée de fer gauloise ; et les casques forment une collection des plus disparates. Les uns sont en bronze, coulés d'une seule pièce (Fig. 8 et 9). Leur forme est celle des casques en usage déjà au iv*" et au v* siècle av. J.-C, puisqu'ils coiiïent une statuette de bronze découverte dans le cimetière d'Idria di Barca en Istrie (1) et une tête humaine qui décore le pied d'une fibule gauloise de Giubiasco (2).

Les autres sont en fer : il y a un casque conique du type du Béru (Fig. 1) (3). Un autre est un casque de légionnaire romain (Fig. 2).

Bien que ces casques appartiennent à des époques très différentes, il est cependant certain que les tombes dans lesquelles ils se rencontrent datent de l'époque d'Auguste ou de ses successeurs immédiats.

Dès ce moment, l'influence romaine devient prépondérante dans le Tessin. La poterie locale tend à disparaître complètement, remplacée par des vases importés, aux formes plus élégantes, à la pâte plus fine. La terre sigillée devient très fréquente, mais, chose curieuse, ce sont toujours des vases de formes simples (4). Les beaux bols avec décor en relief font défaut.

A côté de ces vases à vernis rouge, on trouve des imitations locales. Ce sont des vases dont les formes rappellent celle des vases arétins, mais dont le vernis est noir. Cette couleur est le résultat de l'inhabileté du potier. Celui-ci avait recouvert ses produits d'un beau vernis rouge qui, dans sa pensée, devait imiter celui des pièces importées. Mais une fois passée att feu, la belle couleur rouge avait tourné au noir. Nous avons la preuve de cette transfonna-

(1) R. Forrer, Reallexikon, Berlin (1908), p. 341, fig. 260.

(2) D. VioUier, Fibules de l'dqe du fer, pi. IX, fig. 146.

(3) A. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise, Paris, 1889, p. 359 et fig. 104.

(4) Ce sont particulièrement les formes 3, 4, 25, 31 et 36 de Dragendodf, Terra sigillala, in Donner Jahrbùc/ier, XCVI (1895) qui se rencontrent.

GIUBIASCO

tion : pour être cuits, ces vases étaient empilés les uns sur les autres. Or, au fond du vase, la partie qui était recouverte par le pied du vase placé au-dessus a conservé sa teinte roug-e (1).

Ces tombes renferment aussi des tasses en terre très fine, noir ou gris foncé, avec ou sans anse, ornées à la roulette ou de motifs à la barbotine.

Les vases et les flacons en verre sont encore rares.

Les objets de métal sont toujours plus directement soumis à l'influence gauloise. Cependant on trouve quelques fibules de type romain, quelques bagues avec pierre gravée.

Les monnaies sont rares : elles appartiennent à l'époque d'Auguste, de Claude et de Galba. Une seule remontait au règne de Marc-Aurèle.

Les armes sont assez rares : quelques épées et umbos. Beaucoup plus fréquents sont les lances et les grands couteaux de chasse.

De l'étude de ce mobilier funéraire, il apparaît que ce fut surtout à partir de Tibère, sous les règnes de Claude et de Néron, que l'influence romaine se fit le plus vivement sentir. A partir des Flaviens, il semble que le haut de la vallée du Tessin retombe dans l'oubli.

Pendant toute cette période, l'immigration de l'élément romain fut toujours très faible. C'est ce que prouve avec certitude, la composition des mobiliers funéraires et l'étude des rites.

La présence dans ces sépultures de nombreux objets d'origine locale nous est une preuve que ce sont bien des Gaulois qui reposent là. Ces Gaulois avaient conservé leurs rites funéraires : leurs morts étaient inhumés.

Quelques tombes à incinération, appartenant à cette époque, sont peut être des sépultures de Romains. On sait

(1) Des vases semblables se rencontrent à Ornavasso. Cf. E. Bianchetti, l. c, pi. XXY.

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qu'à partir du i^"" siècle de notre ère l'incinération était devenue de règle à Rome (4).

Ces tombes à incinération sont les plus pauvres de la nécropole et nous indiquent que l'élément romain qui s'établit dans celte contrée n'appartenait pas aux classes les plus fortunées.

Par contre, il semble que les bords du lac Majeur devinrent à cette époque un centre important et un lieu de réunion des riches Romains. On a en effet trouvé aux environs immédiats de la petite ville de Locarno de nombreuses tombes avec un riche mobilier funéraire (2).

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