‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 34 sur 66 · VI. — Conclusions · texte numérisé non relu

VI. — Conclusions

L'étude des sépultures est notre seul moyen d'information pour connaître l'histoire primitive de la vallée supérieure du Tessin.

Cette vallée paraît n'avoir reçu ses premiers habitants stables qu'au vu^ ou vi*^ siècle avant notre ère. C'était une population tranquille et probablement d'origine ligure.

Vers 400 avant J.-C, cette région subit le contre-coup de l'invasion gauloise : une tribu appartenant aux Lepontii vint s'y établir, et absorba complètement les premiers occupants.

A la fin du n'' siècle avant notre ère, tout le pays qui s'étend des Alpes au Pô tomba au pouvoir des Romains; les habitants du Tessin essayèrent de défendre leur liberté, mais en vain. Cependant, les vainqueurs ne durent pas, dès le début, chercher à s'assimiler leurs nouveaux sujets. Ils se bornèrent probablement à les désarmer et au bout de quelques années à les placer sous la surveillance de leurs frères de la vallée du Pô, déjà en grande partie romanisés.

(1) J. Marquardt, Fm vie privée des Romains, Paris, 1892, I, p. 440.

(2) Ces objets, encore pour la plupart inédits, sont déposés dans le petit musée de Locarno.

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Cet état de choses dura jusqu'au moment où, au début de l'Empire, les Romains se furent rendus maîtres de la ligne du Rhin; ils créèrent alors une route directe, passant par la vallée duTessin, remontant celle de la Moësa,pour atteindre, en descendant le cours du Rhin supérieur, le lac de Constance.

Pour protéger cette voie, ils instituèrent une sorte de milice locale, placée sous le commandement de chefs indigènes. C'est une preuve que les habitants des vallées alpestres avaient fini par reconnaître la suprématie de Rome et que les Romains croyaient pouvoir se fier à leur loyalisme.

Dès lors, Tinfluencc romaine tend à devenir de jour en jour plus prépondérante. Les gens du pays adoptent la civilisation de leurs maîtres, sans cependant abandonner complètement leur propre civilisation. Ils demeurèrent en particulier attachés à leur langue, comme le prouvent les nombreux grafitti que l'on trouve sur leurs vases (1). Ils gardent aussi leurs croyances relatives à la mort : l'inhumation, pratiquée dès le début par les Gaulois, demeure le seul rite en faveur.

Quelques tombes à incinération nous montrent que l'élément purement romain fut toujours très peu important et surtout qu'il ne fut jamais représenté par les classes les plus hautes de la société.

Enfin, à partir de Vespasien, la route du Rhin perdit de son importance ; elle fut remplacée par d'autres voies plus commodes passant au travers de la Rhétie.

Somme toute, la conquête de la vallée supérieure du Tessin fut purement stratégique et commerciale. Jamais les Romains ne s'y établirent à demeure.

Zurich, novembre 1911.

D. VlOLLIER.

Conservateur au Musée National Suisse.

(1) G. Ilerbig, Kelloliqurische Inschrifte.n aus Giubiasco, in Anzeiger f. schw. Alt., 1903, p. 187.

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