‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 36 sur 66 · XXXI, IV · texte numérisé non relu

XXXI, IV

(7) C'est ce qui explique la sécurité d'Ammien. 11 ne nous montre jamais de peuples entiers en mouvement. Quant aux Goths, des fugitifs, non des agresseurs, on était d'avis que leur introduction serait utile à l'Etat : « Au lieu de craindre, on se réjouissait... C'étaient, disait-on, de nouveaux conscrits que la Fortune offrait à l'Empire » (XXXI, iv, 4. — Sur ce sentiment des Romains et sur l'enrôlement des barbares dans les armées romaines, cf. Fustel, op. cit., p. 381 sqq.

l'état et le nombre des populations germaniques 253

Les Germains occupaient des pagi, cantons, et des villages, vici (1), lesquels ne se composaient pas de simples huttes, élevées rapidement et pour peu do temps, appropriées à la vie errante. Leurs maisons étaient « fixées » au sol; figere est le mot qu'emploie Ammien, tout comme Tacite deux siècles auparavant (2). A vrai dire, quoique certaines de ces demeures fussent solidement charpentées (3), elles étaient en général fragiles, basses, grossières, peu résistantes (4) ; mais cela tient à ce que les Germains bâtissaient mal, non à ce qu'ils eussent de la répugnance pour des établissements durables. Il en était déjà ainsi du temps de Tacite (5).

Ammien nous montre parfois les Germains manifestant des sentiments d'attachement pour le sol qu'ils occupent. C'est ainsi que les Sarmates Limigantcs refusent l'émigration que leur propose l'empereur Constance; ils veulent rester dans le pays otj ils ont « fixé leurs foyers » et où ils ^^s

se sentent en sécurité (6). De leur côté les anciens maîtres ^'^ ^ qu'ils ont chassés, les Sarmates Libres, n'ont qu'un désir : ^ revenir dans la contrée que leurs ancêtres habitaient et qu'ils regrettent. Exemple significatif de barbares se disputant le même territoire. Les Sarmates Libres triomphent grâce à l'aide des Romains et « Constance ramène enfin ces exilés dans les demeures de leurs aïeux, in avilis sedibus » (7). Ailleurs Ammien parle de Sarmates qui « propo-

( 1) XVI, II, 12 ; XV, IV. 1 ; XXX, m, 1 et v, 13 ; XVII, x, 7, etc..

(2) Amm., XVI, xi, 8; XVII, .\iii, 3 ; Tacite, Germ., 46 ; Ann., XIII, o4.

(3) XVII, XIII, 13 [nec quemquam casa vel trabibus compacta firmissimis pericule morlis exlraxit.

('J)Tac., Germ., 16. Fustol, op. cit., p. 286, n. 3.

(6) XVII, XIII, 3 : abnuere parati si juberentur aliorsum migrare ut gestibus indicabant et voltibus, locoriim confisi praesidio, ubi lares post exactes dominos fixere seciiri.

(1) XVII, XIII, 24 : .. .tandem reductos in avilis redibus conlocavil. Cf. encore XIX, XI, 1 : Limitantes Sarmatas quos expulisse paternis avitisque sedibus dominos suos unie monslravimiis.

sèrent aux Romains de se rendre avec tout ce qu'ils possédaient, leurs enfants, leurs femmes, et les terres qui étaient à eux, terrarumque suarum ambitu » (1). Voilà une offre qui ne pouvait guère être faite que par des populations sédentaires.

Mais le texte le plus caractéristique est celui où il est question des pierres frontières, terminales lapides^ qui délimitaient le pays des Alamans de celui des Burgondes en 359 (2). En 370 ces mêmes frontières existaient. « Les Alamans et les Burgondes avaient sans cesse des démêlés touchant les délimitations des frontières et la possession de certaines salines » (3). Des dissensions de ce genre semblent prouver qu'Alamans et Burgondes étaient loin d'avoir renoncé à l'état sédentaire.

Enfin l'insistance avec laquelle xAmmien a décrit les Huns, l'étonnement qu'ils lui ont inspiré et la minutie avec laquelle il note les traits qui caractérisent leur existence nomade attestent qu'il voyait en eux des hommes étranges et différents de tous les autres. Il le dit formellement. Les Huns étaient une race d'hommes extraordinaire, « telle que jusque-là on n'en connaissait point de pareille » (4). Ils effrayaient non seulement les Romains, mais les autres barbares, mais les Goths, pour qui des mœurs si dissemblables et cette vie errante étaient un objet de terreur (5). Les Germains se nourrissaient de blé ; les Huns ne mangeaient que des racines ou de la chair; les Germains avaient des maisons ou des chaumières [casa^ do?niciiium, tuguriiim) ; aucun toit n'abritait les Huns (6). Les Germains étaient

(2) XVIII, II, 15 -.cum venlum fuissel ad regionem cui Capellatii vel l'alas nomen est, ubi terminales lapides Alamannorum et Burgundiorum confinia distinguebanl.

(4) XXXI, 111,8 : inusitalum anlehac homiaum genus.

(5) Ibid.

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