‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 42 sur 66 · Q. XXVI · texte numérisé non relu

Q. XXVI

que se trouve reproduite la pierre de Mayence. L'dditeur la considérait comme un simple autel dédié à Jupiter etàJunon et il la signalait pour élucider un passage de Tite-Live (III, 17), relatif à la triade divine du temple du Gapitole (1). La planche ci-jointe donne un fac-similé de cette gravure à une échelle un peu réduite (lig. 1).

Après la mort de Klettenberg, la majeure partie de ses collections avait été achetée [ par l'antiquaire J. F. Ochs, de Francfortsur-le-Moin, et avait pris le chemin de cette ville. Il est probable que tel fut aussi le sort du prétendu autel de Jupiter et Junon ; en tout cas, depuis ce moment, on perd complètement ses traces et l'on ignore ce qu'il est devenu (2). Les auteurs qui, dans la suite, s'occupèrent de l'hisloire ou de l'épigraphie de Mayence citèrent l'inscription j^,.^ ,

dédicatoire d'après le texte donné par Hau- Oraviuedo iiaurisius. risius; tel fut notamment le cas de J. Fuchs, qui essaya le premier, mais saris succès, de lire et d'interpréter les dernières lignes de l'inscription (3). Steiner fut plus

C SAXLV5TI

EPECVII XII -ATG...

(1) !>c)'iptove.<i Uisloriae Romanae lalini veleres, nolis variis illiislrali, a C. IL de Klellenberg et Wildeck... in iinum corpus redacli, ...edente et accuranle B. C. Haurisio, t. I, lleidelberg, 1743, tab. XIX, fig. 3. Cf. ibid., p. 57, note

« Jovis, Junonis et Minervae sacra sistit Tab. XIX, num. 3 et A. Prius Arae formam liabel eum inscriptione ; allernm nescio an eandem ad formam revucandiim, quia suprema superficies concava. Utrumque in agro Moguntino reperlum et ex Clementissima munificentia Electorali gazophylacio meo adscriplitm ». La seconde inscription dont il s'agit avait été découverte en 1714; elle est également perdue aujourd'iiui; cf. C. I. L., XIII, 6746.

(2) Cf. IIaurisius, op. cit., t. I, p. 701, note. Voyez aussi C. I. L., XIII, p. 308, n. XXVI.

(3) J. Flchs, Aile Gesclnchle von Main:, t. I, 1771, pp. 30-32 (= éd. lut., 1, p. 32) : ...C. Salluslius Taurus e peculio .... libertorum Augusli. On trouve également dans cet ouvrage (tab. m, n. 14) une reproduction du monument exécutée d'après la gravure de IIaurisius. — Voyez aussi Lehne, Schriften, t. I, p. 170, no 33.

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heureux (1); il proposa une restitution qui fut adoptée successivement par Bramhach et par réditeur des inscriptions de Mayence au tome XIII du Corpus Inscriptiomim Latinarum^ K. Zangemeister (2). Le texte semblait dès lors définitivement établi comme suit : J{ov%) Oi^ptimo) M[aximo) et Junoni Reginae, C. Sallustius Taurus, [s\pecul[alor) l[eg[ionis) Vl]!! Aug[ustae)... L'inscription constituait un document d'une certaine importance au point de vue de l'histoire religieuse et militaire de la Germanie supérieure et c'est à ce titre qu'elle fut utilisée par M. Jules Toutain dans son ouvrage sur les Cultes païens dans f Empire romain (3), par M. A. von Domaszewski dans son mémoire sur la hiérarchie de l'armée romaine (4) et par M. René Gagnât dans l'un des savants articles qu'il donna au Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Saglio (5).

L'impression du fascicule du Corpus consacré à la Germanie Supérieure était presque terminée, lorsque M. von Domaszewski, au cours de recherches sur la tradition manuscrite des inscriptions du Bas-Rhin, eut la bonne fortune de retrouver à la bibliothèque archiépiscopale de Prague, [larmi les papiers délaissés par l'bislorien Schannat, un dessin du monument de Mayence présentant de notables différences avec la reproduction publiée par ïlaurisius. Il s'empressa de faire connaître ce document dans un article qui parut en 1904 dans la Westdeutsche Zeitschrift (6).

Sans ôtre précisément un épigraphiste, Schannat savait apprécier l'importance des inscriptions; il en avait môme recueilli soigneusement un bon nombre, dont il se proposait

(1) Steiner, Codex inscripl. roman., t. I, 1851, p. 113, n° 31o. (2)Brambach, C. /. B/t., no 1098.— C. /. /.., XIII, n° C721. (3)T. I, 1" partie, Paris, 1903, p. 214, n. 5.

(4) Die Rangordnunq des roemischen Ueeres, ap. Bonn. Jahrb., t. CXVll, 1908, p. 32, n. 15.

(5) T. IV, 1910, p. 1422, s. v. Speculator.

{&) Ans Schannals Papieren, ap. Wesld. Zeilschr., 1904, t. XXllI, pp. 309- 312. Cf. ibid., p. 161 el Kotrespondenzbl., 1905, t. XXIV, pp. 186 et 216.

de tirer parti pour l'élaboration de son Eiflia illiistrata et d'autres ouvrages historiques, auxquels d'ailleurs il n'eut pas le temps de mettre la dernière main (i). Il en avait aussi inséré quelques-unes dans une sorte de Diarium où il consignait le récit de ses multiples pérégrinations; malheureusement, le manuscrit de ce Journal n'a pas été conservé en entier et Ton n'en trouve plus actuellement à Prague que sept feuillets détachés se rapportant aux années 1714, 1716 et 1717.

C'est en 1717, probablement au mois de septembre, que Schannat, se rendant de Liège en Bavière, passa parMayence et s'y arrêta quelques jours (2). Selon sa coutume, il ne manqua pas d'entrer en relations avec les principaux érudits de la ville et notamment avec le baron de Klettenberg, dont les collections jouissaient alors déjà d'une réelle célébrité. Il a laissé dans son Diarium une relation de cette visite; en voici le texte complet, que nous donnons d'après le manuscrit original, en respectant l'orthographe de l'auteur (3) :

[F. 43 (a. 1717)]... « Voici encore quelque pierres antiques que je remarquois chez Mr. le Baron de Wildeck, qui a encore de ces nummi hracteati^ entre autres de l'Emp. S. Henri et de Kunigarde sa femme, sur lesquels à la réquisition de l'Electeur de Mayence, il donnera quelques dissertations. J'oublie encore que ce gentilhomme dessine par excellence les médailles, et dans le goût antique ; avec tout cela, il paroit n'estre point trop accomodés des biens de la

(1) Voyez sur la biographie de Schannat : Léon IIalkin, Correspond, de Schannat avec G. de Crassier si DomE. Martène, ap. Bull, de la Soc. d'art et d'hisl. du diocèse de Liège, t. XIV, 1903, pp. 1-159, et Biographie Nationale, Bruxelles, 1912, t. XXI, pp. 588-598.

(2) Cf. Léon Halkin, Corresp. de Schannat, p. 46, et Supplém. à la Corresp. de Schannat, ap. Leodium, 1909, t. VIII, p. 136, n. 4.

(3) C'est grâce à l'obligeante intervention de M. le Prof. H. Swoboda et de Mgr. E. Schoolmeesters que nous avons pu obtenir communication du Diarium et des autres pièces principales du fonds Schannat. Que M. le Dr. Fr. Hrubik, secrétaire du prince-archevêque de Prague, reçoive également ici l'expression de notre gratitude pour son extrême complaisance.

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fortune tant il est vrai ce que dit si bien Pétrone : Amor ingenii neminon iinquam divitem fecit.

« C'est une belle pierre, qui est placés dans son jardin ; elle doit avoir servi [F. 44] de pied-déstal à quelques divinités et l'autre a servi à couvrir un pot rempli d'ossement, qu'il a aussi. Les voici tous deux. »

Schannat donne d'abord le fac-similé très fidèle de l'inscription C. /. Z., XIII, 7082, dont l'original se trouve actuellement à Francfort-sur-le-Mein (1). Vient ensuite le dessin du monument dédié à Jupiter et à Junon, que nous reproduisons ci-contre (fig. 2). Schannat a soin de noter que la hauteur de la pierre est de cinq pieds et il ajoute ce dernier détail :

« Sur les trois fasces de la base, il y a un Mercure, un Hercule et un Mars ; les faces d'enhaut représentent seulement des têtes de quelques génies. »

Il faut reconnaître que le dessin de Schannat a été exécuté avec une certaine négligence ; il ne signale pas les détails de pure ornementation, comme par exemple les moulures qui sont si nettement rendues par la gravure de Ilaurisius. Par contre, il nous donne une vue d'ensemble du monument qui paraît plus fidèle et nous fournit une esquisse de l'un des bas-reliefs qui ornaient trois des côtés de la base. La supériorité de la copie prise par Schannat s'affirme également en ce qui concerne le texte de l'inscription, lequel est plus complet et sans aucun doute plus exact que chez Ilaurisius.

Fig. 2. Uessin de Schannat.

(1) On trouve également dans Haurisius {op. cit., t. I, 1743, tab. XXll, n. 3; cf. p. 78, note) une reproduction de cette pierre; elle recouvrait un tombeau dans lequel était déposée une urne funéraire dont Haurisius donne aussi le dessin, tab. LXII, n. 1; cf. p. 701, note.

Aussi M. von Domaszewski n'a-t-il pas hésité à lui accorder la préférence; il en a proposé la restitution extrômement ingénieuse et au surplus très plausible que voici : J[ovï) 0[ptim)o [Maximo) et Junoni Reginae, G. SaUustiiis Taurus \S]pecul[ator) l[eg{ionis)] [VIII] Aug[ustae) [basim] et [columnam cum\ statii{a) /[ecit]. Le même savant, s'inspirant d'une conjecture de Scliannat, émit l'avis que la pierre, loin d'être un autel comme on l'avait admis jusqu'alors, avait dû servir de piédestal à une Jupjntersaeide^ c'est-à-dire à une colonne au géant (1).

Par un singulier hasard, l'article de M. von Domaszewski passa presque inaperçu (2) ; sa publication échappa totalement aux auteurs qui, en ces dernières années, ont repris l'étude des colonnes au géant; ni M. Riesc, ni M. Hertlein n'en font mention dans leurs ouvrages d'ailleurs si consciencieux et si solidement documentés (3). C'est cette constatation qui nous a déterminé à attirer de nouveau l'attention des spécialistes sur la pierre de Mayence et à lui consacrer ces quelques pages.

On ne peut guère, nous semble-t-il, mettre en doute la nature et la destination du monument; dans son ensemble, comme dans ses diverses parties, il rappelle d'une manière évidente la forme ordinaire des piédestaux des colonnes au géant. Il a été taillé dans un seul bloc de pierre, d'environ un mètre et demi de hauteur (4); il se compose d'une base

(1) Wesld. Zeilschr., 1904, p. 312. — Il n'est pas douteux que, sous la plume de l'auteur, le terme Juppitersaeule soit synonyme du terme Jiippitergigantensaeule qui est aujourd'hui plus généralement usité pour désigner les colonnes au géant; voyez p. 276 et note 1. — Au sujet de la restitution de l'inscription, voyez aussi p. 276, note 2.

(2) 11 fut signalé sommairement par MM. Caonat et Besnier, L'année épigraphique, Paris, 1906, p. 50.

(3) A. RiESE, die Gigantensaeulen. . . und ihre Literatur seit ISSAjS, ap. Einzelforsch. ueber Kunsl-u. Allertumsgegenstaende, Francfort S/M., 1908, pp. 17-33. — Fr. Hertlein, Die Juppitergiganlensaeulen, Stuttgart, 1910.

(4) On connait une dizaine d'autres piédestaux de colonnes au géant qui ne forment qu'un bloc avec le socle supérieur; cf. Hauo, Wesld. Zeitschr., 1891,

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cubique surmontée d'un socle hexagonal de dimensions plus réduites; dans ce socle est pratiquée une profonde cavité oii s'engageait la colonne; la dédicace faite conjointement à Jupiter Optinms Maximus et aJuno Regina est très commune sur les colonnes au géant, et elle ne se rencontre jamais sur les simples colonnes de Jupiter (1); la fin de l'inscription mentionne les trois éléments essentiels des monuments de ce genre : la base, la colonne et la statue (2); enfin, le lieu d'origine est Mayence, oiî les colonnes au géant se rencontrent avec une fréquence extrême et où il semble bien qu'il faille placer le centre de diffusion de ces monuments dans les contrées voisines.

Il y a cependant certaines particularités qui distinguent la pierre de Mayence et lui assurent une physionomie propre. C'est d'abord l'ordonnance générale de la base, laquelle n'est décorée de bas-reliefs que sur trois de ses faces, tandis que la quatrième porte une inscription; elle appartient donc en réalité à cette catégorie de pierres dites « à trois dieux » [Dreigoettersteine], dont on connaît actuellement une bonne vingtaine de spécimens (3). La description de Schannat nous apprend que ces divinités étaient Mercure, Hercule et Mars ; on peut conjecturer qu'elles se succédaient dans cet ordre en allant de gauche à droite (au point de vue de l'observateur),

t. X, p. 340, n. 59; Hertlein, op. cit., p. 122. — La hauteur moyenne de ces piédestaux (sans le socle) est de 0 m. 85; cf. Haug, ibid., p. 340.

(1) Cf. RiESE, Westd. Zeilschr., 1898, t. XVII, p. 28. Hertlein, op. cit., p. 158.

(2) M RiESE, Die Giganlensaeulen, p. 32, n. 6, cite deux inscriptions analogues, d'Udelfangen (Haug, 160) et de Rottenburg (C, Xlll, 6367), où l'on a restitué le mot signitm; il se demande s'il ne faut pas plutôt lire : slaluam; le texte de la pierre de Mayence fournit un nouvel argument à l'appui de cette conjecture. — D'autre part, comme ces deux inscriptions, et aussi celles de Niederstotzingen (Haug-Sixt, n» 28) et de Heidelberg (C, XIII, 6397) font mention d'une ara, il conviendrait peut-être de restituer aram au lieu de basim sur la pierre de Mayence; au surplus, voyez sur ces formules Hertlein, op. cit., p. 159, n. 1.

^3) La liste en a été dressée par Hertlein, op. cil., pp. 105-106 ; cf. pp. 117 et 125-127. — Une pierre à trois dieux a été récemment découverte à Koengen; cf. RÔm.-Germ. Korresp., 1912, t. V, p. 8.

car il paraît bien que c'est Mercure que Schannat a voulu représenter sur son dessin, à gauche de l'inscription; ce dieu y figure dans l'attitude qu'on lui donne d'habitude sur ces monuments : la tête, tournée vers la droite, est ornée d'ailes ; le caducée qui est, avec la bourse, son attribut ordinaire semble reposer sur son bras gauche (1). C'est d'ailleurs régulièrement à droite de l'inscription que Mars apparaît sur les pierres à trois dieux (2). Quant à Hercule, il occupe toujours la face du piédestal opposée à celle qui porte l'inscription et doit être considérée comme la principale (3). Mercure et Hercule sont au nombre des dieux que l'on rencontre le plus souvent sur ces bases; Mars y est représenté plus rarement (4). Au surplus, ces trois divinités, que le sculpteur a placées ici côte à côte, ne se rencontrent ainsi groupées que sur deux autres bases, et ce sont des pierres à quatre dieux (S) ; notre exemplaire est donc unique sous ce rapport.

On sait que le petit socle [Zwischensockel)^ qui couronne le piédestal proprement dit et supporte directement la colonne, affecte des formes assez diverses ; tantôt il est cylindrique, tantôt il compte quatre, six ou huit faces ; mais en règle générale, il est orné des figures des sept divinités de la semaine, lesquelles y sont représentées soit

(1) Voyez Haug, Westd. Zeilsehr., 1891, t. X, pp. 307-308.

(2) Hertlein, op. cil., p. 133.

(3) Hertlein, op. cit., p. 136. — Nous ne connaissons aucune exception à cette règle; sur la base découverte à Maestricht il y a quelques années, Hercule apparaît entre la Fortune et Apollon; mais comme la quatrième face est fruste, il ne s'agit peut-être pas d'une véritable pierre à trois dieux ; cf. Léon Halkin, La pierre à quatre dieux de Derg-lez-Tongres, ap. Bull, de Vlnstit. urch. lié(/eois, 1911, t. XLI, p. 230, n. 1 ; Luc. Renard, Chron. arch. du Pays de Liéfie, 1912, pp. 86-89.

(4) Voyez Haug, Westd. Zeitsch., 1891, t. X, pp. 304, 307, 311 et 322; A. Riese, op. cit., p. 23. Sur les pierres à trois dieux, Mars ne se rencontre que trois fois (Hauo, ibid., a°^ 1, 26 et 36); cf. Hertlein, op. cit., p. 135,

(5) Haug, op. cit., n<" 128 (à Mayence, avec Junon) et 177 (à Arlon, avec Jupiter; cf. Hertlein, op. cit., p. 113). Voyez sur le groupement de ces trois divinités Zangemeistbr, Neue Heidelb. lalirb., 1893, t. V, p. 46 et Riese, op. cit., p. 25.

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en pied, soit, mais plus rarement, en buste (1). On ne peut évidemment songer à voir, dans les cinq bustes qui décorent le socle du monument de Mayence la représentation des dieux planétaires ; l'examen de la gravure de Ilaurisius et du dessin de Schannat ne permet pas de les identifier avec quelque chance de succès ; au surplus, les socles hexagonaux sont relativement rares et le nombre de ceux où figurent des divinités autres que celles delà semaine est encore plus réduit (2).

Le monument de Mayence présente encore cette autre particularité d'avoir été érigé par unspeculator, c'est-à-dire par un sous-officier. D'ordinaire, ce sont de simples particuliers, voire des indigènes de condition plutôt modeste qui élèvent les colonnes au géant. Ce n'est que par exception que les dédicants appartiennent à l'armée ou que les débris de ces monuments sont découverts aux emplacements occupés par les camps ou les castella (3). En province, les speculatores, qui formèrent dans le principe la garde du corps des gouverneurs, furent ensuite employés par ceux-ci à certains offices d'ordre judiciaire, notamment comme bourreaux pour l'exécution des condamnés à mort (4). La présence de speculatores en Germanie Supérieure n'était attestée jusqu'ici que par une seule inscription, remontant au règne de Tibère (C, XIII, 6884). Comme le grade existait encore

(1) Voyez sur ces monuments IIauo, Die Wochengœtlersleine, ap. Wesld. Zeitsclir., 1890, t. IX, pp. 17-53. E. Maass, Die Tagesqœlter in Rom und den Provinzen, Berlin, 1902, pp. 169-236. Hertlein, op. cit., pp. 82 et suiv. Boll, ap. Pauly-Wissowa, Real-Encyclop., t. Vil, 1912, col. 2376, s. v» llebdomas.

(2) Cf. Haug, Westd. Zeitschr., 1890, t. IX, pp. 28, 29, 47 et 48 ; IIehtlein, op. cit., p. 83, n. 4.

(3) Cf. Haug, Westd. Zeitschr., 1891, t. X, p. 336. J. Toutain, Les cultes païens dans l'Emp. rom., t. I*»", 1905, p. 213. Riese, op. cit., p. 33. Hertlrin, op. cit., p. 56. RÔm.-Germ. Korresp., 1912, t. V, p. 8.

(4) J. Marquardt, Organis. militaire, tr. fr., Paris, 4891, p. 289. Dessau, Jnscr. lai. sel., t. I, 1892, n"' 2372-2382. Von Domaszewski, Die Rang ordnung, etc., ap, Bonn. Jahrb., t. CXVII, 1908, p. 32. R. Gagnât, Dict. des antiq. gr. rom., t. IV, 1910, p. 1422.

dans l'armée romaine après la réorganisation opérée par Dioclétien, il est difficile, en l'absence des indices chronologiques que l'étude directe des bas-reliefs et des caractères de l'inscription aurait pu révéler, d'assigner une date quelque peu précise au monument de Mayence ; il est probable cependant qu'il doit être attribué à la fin du n° ou au début du ni* siècle, c'est-à-dire à cette époque au cours de laquelle les colonnes au géant paraissent s'être particulièrement multipliées.

L'interprétation des colonnes au géant a suscité dans le monde des archéologues des discussions extrêmement vives et a donné lieu aux systèmes les plus divergents. Ce n'est pas le moment de les rappeler ni de prendre parti dans cette controverse. Il suffira de signaler ici la thèse soutenue par l'auteur qui, en dernier lieu, s'çst occupé spécialement de la question. S'engageant délibérément dans une voie hardie, que M. Toutain avait d(^'à indiquée dès 1902 (1), M. Hertlein a entrepris de démohtrer que ces monuments d'un caractère si original ne pouvaient s'expliquer que par des conceptions religieuses d'origine germanique; dans le cavalier qui écrase un géant anguipède sous le poids de sa monture, il croit reconnaître Ziu, le Jupiter germain, le dieu du Ciel qui tient subjugué le dieu de la Terre ; quant aux trois ou quatre divinités qui sont représentées sur les faces de la base, elles personnifieraient les saisons de l'année ; celles qui figurent sur le chapiteau de la colonne symbolique seraient les quatre divisions principales de la journée, comme celles du socle président aux différents jours de la semaine (2). M. Hertlein a allégué, à l'appui de son système, des arguments qui paraissent extrêmement solides et sa démonstration est des plus séduisantes. Néanmoins, on a

(1) Observations sur quelques formes relig. de loyalisme, particulières à la Gaule et à la Germanie romaine, ap. Beitr. zur ait. Gesch., t. II, 1902, pp. 202-204.

(2) Hertlein, op. cit., pp, 51 et suiv.

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élevé récemment contre certains points essentiels de sa thèse des objections très graves, dont il conviendra de tenir compte (1); la discussion reste donc ouverte; il est probable que les défenseurs de Finterprétation historique tiendront aussi à rentrer en lice et essayeront de maintenir leurs positions si sérieusement menacées. L'examen du monument de Mayence auquel ces pages sont consacrées, ne fournit aucun argument décisif qui permette de se prononcer entre les théories en présence. Cependant, nous avons la conviction que la solution si ardemment cherchée ne pourra plus se dérober longtemps encore aux investigations des érudits. Qui sait si le hasard heureux d'une découverte archéologique ne viendra pas, plus tôt qu'on ne semble l'escompter, projeter une lumière inattendue sur les données de ce problème plein d'intérêt et en dissiper définitivement les obscurités ?

Liège, juillet 1912.

Léon Halkin.

(1) KoEPP, Rôm.-Germ. Korresp., 1912, pp. 30-32; Woch. filr Klass. Philol., 1912, pp. 623-630. Haug, Berl. philol. Woch., 1912, pp. 117-120.

Les inscriptions que portent les deux stèles dont il va être question me permettent de dédier ces quelques lignes à Tépigraphiste que fête ce recueil, mais je n'ai rien à ajouter à leur commentaire. Ce sont les figures qui me touchent. Elles sont d'ailleurs connues. Trouvés en 1895, à Sarrebourg, par M. de Fisenne, ces monuments ont été publiés immédiatement par M. Michaelis (1), puis commentés l'année suivante par M. S. Reinach dans la Revue Celtique (2).

Du savant commentaire de M. S. Reinach et des notes que M. d'iVrbois de Jubainvilley a jointes, j'adopte presque tout. Je me propose seulement d'y ajouter un peu en expliquant, si j'y réussis, les attributs des dieux représentés et leur juxtaposition.

Nos deux monuments sont des autels votifs^ trouvés côte à côte et ayant appartenu vraisemblablement au même sanctuaire.

Sur le premier (fig. 1) sont figurées deux divinités : le dieu au maillet avec ses attributs ordinaires, maillet et olla;

(1) Michaelis, Jahrbuch der Gesellschaft filr lothringische Geschichte und Alterlumskunde, t. VH (189j), p. 128-163.

(2) S. Reinach, Sucellus et Nanlosuelta, in Revue Celtique, 1896, p. 45 sqq. ^- Id. Cultes, mythes et religions, t. I, p. 217-232.

une déesse qui tient de la main gauche, levée dans un geste répétant celui du dieu, une hampe surmontée d'un édicule et fait de la droite, avec une patère, une libation sur un autel. Au-dessous, un corbeau ; au-dessus une inscription :

DEO • SVCELLO • NANTOSVELTE • BELLAVSVS MAS SE FILIVS-V-S-L-M-

Cette inscription a fait jusqu'ici tout l'intérêt du monument, car on y lit le nom ou l'un des noms gaulois du dieu au maillet, Sucellus, et celui de sa parèdre, Nantosuelta. Sucellus, selon d'Arbois de Jubainville, est le « bon frappeur » : Su = bien ; -cellos = kël-do-s, d'un thème verbal parallèle à celui du latin cello [percello] (1). L'étymologie, pour spécieuse qu'elle soit, n'est pas tout à fait satisfaisante et n'explique pas la diphtongue de la variante Sucaelus, donnée par une inscription de Maycnce (2). Dans le nom de Nantosuelta, d'iVrbois de Jubainville a reconnu un premier élément Nanto-, qui est le thème du nom du Mars irlandais Net (gén. Néit) (3); le deuxième élément serait une forme participielle d'un verbe suel, « briller » (4). C'est une déesse belliqueuse, « brillant dans la bataille », une sorte de Nemetona.

Le deuxième autel (fig. 2) montre une déesse, qui s'appuie, de la main droite levée, sur la môme hampe, au même édicule, que Nantosuelta; dans sa main gauche baissée, une cabane, apparemment ronde, au toit de paille sans doute. Au-dessus du toit on aperçoit un oiseau, peut-être un cor-

(1) S. Reinach, l. c, p. 50 : Forme développée de la racine KH, représentée dans les langues celtiques par gallois clèdd, cleddyf, vieil irlandais clàidëb, anc. breton clezeff, breton klêzé, épée.

(2) C. /. L., XIU, 6730.

(3) Irlandais néit, combat, bataille, blessure. — Les Celtes d'Espagne avaient un dieu de la guerre Netos. Cf. Roscher, s. v. III, 902. Est-ce le même dieu et le même nom ?

(4) Irlandais Sûil, œil.

beau, peut-être un coq. Dans l'angle gauche du cadre, aux pieds de la déesse, se voient, très nettement sur le relief, mal sur la photographie, trois objets circulaires, en tas, qui n'ont pas été commentés. Sur la base se lit à grand peine l'inscription :

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