LES ÉTRANGERS RÉSIDANT EN ESPAGNE A LÉPOQUE ROJIAINE
Caravaca, dans la môme région : inscriptions commémorant trois legs d'un personnage qui est dit : L. Aemilius M. f. M. nep. Quir. Rectus, domo Roma, gui et Carthaginensis et Sicellitan[iis) et Assotan[us) et Lacedaemon[ius) et Argivus et Bastetanus, scribia) quaestorius^ scrib{a) aediiîcius, donatus equo publ{ico) ab hnp. Caesare Traiano Hadriano Aug. A Carthagène, il est civis adlectus et a reçu l'édilité ; l'inscription de Caravaca le nomme patronus rei publicae Assotanor{um), et ce texte permet de situera Caravaca la ville d'Asso mentionnée par Ptolémée dans le pays des Bastétans (2, 6, 61). Ainsi que l'explique Hûbner, cet Aemilius est né à Rome, oiî il a été scribe ; puis sa carrière l'a fait passer par diflérentcs villes, en Grèce (Lacédémone, Argos) et en Espagne (Carthagène, Sicelli, Asso, Basti), où il est mort (1).
5. — C. L L., II, 4226 : ïarragone : C. Terentius Philetus, domo Roma, élève une statue à Q. Licinius Siivanus Granianus, flamine de la province, praefectus orae maritimae Laeetanae^ procurator Augusti.
6. — C. I. L., II, 4322 : Tarragone : épitaphe de Tib. Iulius Maternus^ domo Rom{a), âgé de 28 ans.
2° Italie :
7. — C. /. L., II, 2629 : Fuente Encalada (Asturies) : le texte transmis est le suivant : C. Pelusius C. f. Pop. Polent. On peut corriger, dit Hûbner, soit Pol[lia) Polent.^ soit Pomp{tina) Potent. Avec le premier texte, Pelusius serait de Pollentia en Ligurie (Polenzo) ; avec le second, de Potentia en Lucanie (Potcnza). La première correction est la plus vraisemblable, étant celle qui s'écarte le moins de l'ancienne leçon. Dans l'un et l'autre cas, cet Italien enseveli à Fuente Encalada ne peut être qu'un miles ou un veteranus^ comme on s'en assurera en comparant cette inscription aux autres
(1) Fernândez-Guerra voulait retrouver en Espagne toutes ces villes, y compris Lacédémone et Argos. Il n'y a pas à revenir sur cette hypothèse (voir C. /. L, II, 5941).
inscriptions de la même localité, et c'est ce qu'indiquait sans doute la fin de l'épitaphe.
8. — C. I. L., II, 2631 : Fuente Encalada : épitaphe de M. Volumnius, Crem{ona), miles leg. X.
9. — C. /. Z., II, 2983 : Calagurris Iulia en Cilérieure (Calahorra) : épitaphe de C. Variolemis Domitianus (les noms sont douteux), Bo?ionia, ?nil{es) lecj. VI.
10. — C. I. L., II, 2993 : Saragosse : d'après la restitution de Mommsen, qui est certaine, c'est l'épitaphe de Q. Vettius Ama..., d'Aquac Statiellae en Cisalpine (Acqui).
11. — C. I. L., II, 4165 : Tarragone : épitaphe de C. Tadius lanuarius, Pisaurensis, afTranchi d'un centurion de la legio VII gemina felix.
12. — C. I. L., II, 4171 : Tarragone : épitaphe de L. Valerius Secundiis^domo Albentibili, mil. leg. VII g. f. — Albentibili désigne Albintimilium (Vintimille).
13. — Ephem. Epigr.^ YIII, p. 524, n° 311 : Lucus Augusti (Lugo) : épitaphe de Philtale, ornatrix., domo Augusta Taurinis. Le monument lui est élevé par ses conserin.
J'ajoute à ce groupe d'inscriptions l'épitaphe d'un marin corse :
14. — C. I. L., II, 4063 : Tortose : L. Numisins Liberalis, mil{es) cl{assis) pr[aetoriae) Ravenn[atis), III (= trière) Mart[e], nat[ione) Cursican{us). Hûbner note (p. 535) : « classem Ravennatem ad Iliberi ostia interdum appulisse, ut consentancum est, indicat titulus )>.
3° Gaule :
15. —C. 1. L., II, 2912 : Herrcra de Pisuerga (en Citérieure, dans le conventus Ciunicnsis) : épitaphe de L. Antonius Pudens, [e]q{ues) dupl{icarius) , diomo) Ltigndu[no].
16. — C. 1. //., II, 3876 : Sagonte : L. Valerius Muntamis, Tarbcllus [If II Signanus (= Qiialttorsignamt.s), domu Narb... — Narb... représente probablement le nom d'une localité des Tarbelli qui ne nous est pas connue; on ne peut guère ad-
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mettre, avec llûbner, que rinscription indique successivement une patrie et un domicile distinct de la patrie, ni, comme le propose Mommsen, z'ôzW., que le territoire des Tarbelli,qui faisait partie de l'Aquitaine, ait été rattaché à la colonie deNarbonne.
17. — C. I. L., II, 4161 : Tarragone : épitaphe de Q. Moneius Verecundtis, Narbonensis, vet[eranu.s) lerj. Vil gem. fel.
18. — C. /. L., II, 4173 : Tarragone : épitaphe de C. Valliciiis Avilliiis, Nemauso, veteranus leg . VU g. f.
19. — C. /. L., II, 4557 : Barcelone : la pierre, qui a disparu, portait quatre bustes, et, au-dessous, quatre noms : ...Riifo... iario... Tolosa\ Iulia C. l. Fausta; Iulia C. f. Primu{l]a ; C. Iulio C. f. Riifmo. — Il me paraît évident qu'il faut rétablir à gauche le nom du père de famille : [C. Iulio. f.] Rufo. Iulia Fausta est son affranchie, devenue sa femme; Iulia Primula et G. Iulius Hufinus sont ses enfants. Ce C. lulius Rufus, originaire de Toulouse, exerçait un métier que nous ne pouvons déterminer : dans les lettres .. jWzo, en effet, ainsi que l'indique Hûbner, « latet negotianlis alicuius officium ».
20. — C. I. L.. II, 6107 : Tarragone : épitaphe de Agathocules, ve[r]na Vienesù, ann[o]rum XVIIII, inaura[t]or, Cornel(iae) Cru.seid[is\ ser(vus).
21. — C. L L., II, 6149 : Barcelone : base d'une des nombreuses statues élevées à Barcelone en l'honneur deL. Licinius Secundus. Celle-ci lui estdédiée par son ami M. Antonius Antullus, cives Convena.
22. — Ephem. Epigr., VIII, p. 510, n" 291 : Emporiae : épitaphe, en grec, de ©icTi!.; 'Ap'.^TXoXéou MaacaXtyjr/iç.
4** Germanie et Pannonie :
23. — C. I. L., II, 484 : Augusta Emerita (Mérida) : base honorifique au nom de C. Titius Similis, Agrip[p]inensis, proc{iirator) prov(inciae) Lusitaniae et Vettoniae^ et curator reipublicae Emerit[ensium). Son cursus comprend des procuratèles et des fonctions militaires.
24. — C. I. L., II, 4147 : Tarragone : épitaphe de M. Aur[eHus) Liicil[r\us, Pœtovion[e)^ ex singularib{iis) imp[eratorù), qui a servi comme centurion dans plusieurs légions, en dernier lieu dans la VII gemina.
25. — C. L L., II, 6087 : Tarragone : épitaphe de M. Aureliius) Victorinus, hilia E?nona patria, evo[catus).
26. — C. I. L., II, 6153 : Barcelone : épitaphe de C. Domitius Maternus, Acucensis; Inde ordo Barcinonensium honorem decurionatus dédit. — Hiibner reconnaît dans Acucensis une déformation de Aqiiincensis (d'Aquincum en Pannonie inférieure) ; c'est en effet la seule interprétation possible.
5° Orient :
27. — CI. /y., II, 1739 : Cadix : épitaphe d'un opl{omachus) ., palmaru[m) XX, natione Bessus.
28. — C. /. L., II, 2984 : Galagurris Iulia : épitaphe de luliiis Longinus Doles., Bessus, eques ala TautQr(um) vic[trice) c(ivium) R[omanorum).
29. — C. I. L., II, 3354 : Jimena (en Citérieure) : épitaphe de Nusatita, puer, serve pronatus natione Tracie (c'est-àdire servae filius natione Thraciae).
30. — C. I. L., II, 4319 : Tarragone : épitaphe de L. Aemil{ius) Hippolyt[us), mort à 97 ans, q{id) fuit natione Graecus. Le monument est élevé collib[erto) et educ(atori) par L. Aemil[ius) Euhodus.
31. — C. L L., II, 224 : Lisbonne : épitaphe de C. Iulius Félix Cappad[ox]. — Cappadox semble l'indication de la patrie plutôt qu'un second cognomen.
32. — CI. L., II, 515 : Mérida : épitaphe de lustinus, Flavius Neapolitanus. Ce monument lui est élevé par sa femme et ses enfants. — Flavius Neapolitanus désigne un homme originaire de Flavia Neapolis, qui est Sichem en Palestine.
33. — C I.L., II, 1982 : Abdera en Bétique (Adra) : épitaphe d'une enfant d'un an et quatre mois, ...nia Salo[mo]' nula, ludaea.
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6" Afrique :
34. — C. I. L., II, 17 : Myrlilis en Lusitanie (Mértola, dans le sud du Portugal) : épitaphe de L. Firmidiiis Peï'egrinus Uticensis.
35. — C. I. L., II, 105 : environs de Pax Iulia en Lusitanie (Beja) : monument funéraire élevé par G. Blossius Saturnimis, Napoliianus Afer^ incola Baisensis, à sa fille. — Originaire de Iulia Neapolis, en Afrique proconsulaire, Blossius habitait Balsa(Tavira), sur la côte méridionale de la Lusitanie.
36.— C. /. /.., II, 2660 : Legio VII Gemina (Léon) : base consacrée à Diane par Q. Tullius Maximus, leg. Aug. leg. VU gem. feltcis. Dans une des inscriptions en vers gravées sur les trois autres faces, le dédicant est ainsi désigné : Tullius e Libya^ rector legionis Hiberae.
37. — C . I.L., II, 4263 : Tarragone : inscription au nom de L. Caec[ilius) Porc[ià\nus, ex prov[inc.] Africa, decuri[o ad]le[ct.] in col. Ta[rrac.] itcmq. aed...
38. — C. I. Z/., II, 4320 : Tarragone : épitaphe de Aufidia Prima, domo Cirta.
39.— C. /. L., II, 6075 (= 4518) : Tarragone : sarcophage sur lequel on lit : Cl{audio) SatU7'ni\no Cl[audius) Feli\cîssimus Afer \ saxo fab... ou paf... (« neque vero quid subsit inteilego », déclare Hûbner) | m[pnumentum) b[ene) m{erenti) f(ecit). — Quoiqu'à l'Index géographique du C. L L. (p. 1J54) on trouve Saxo avec un renvoi à cette inscription, il me semble qu'il est nécessaire de reconnaître dans Afer, non pas un second surnom de Glaudius Felicissimus, mais un adjectif indiquant son origine, et dans sa^o l'ablatif de saxum : je lirais, à la ligne 4, saxo fab[ricavit) \ m[onumentum).
40. — C. L Z/., II, 6116 : Tarragone : épitaphe de Pulicius Ziocas (?), v[erna) Leptitanu[s), mort à 92 ans.
41. — C. I. L., II, 6157 : Barcelone : inscription du tombeau que P. Antonius Pudens^ Lixitanus (de Lixus en
Maurélanie Tingitane), fait conslruiie pour lui-môme et pour ses deux femmes, Baebia Novella et Cornelia Phaenusa (1).
42. — Ephem. Epigr., VIII, p. 367, n" 30 : Me'rida : inscription du tombeau que Antonius Satîir?iinus , Madmirensis^ fait construire pour lui-même et pour sa femme.
43. — Inscription publiée dans le Boletin de la Real Academia de la Historia, XLIII (1903), p. 453 : Tarragone (j'ai vu l'original, au séminaire) : épitaphe de [Vale]ria Melet[e], femme de [Mu]m7nms Satiirnin[i(s], Caesariensis. — Je ne crois pas qu'on puisse songer ici à une autre ville que Gésarée de Maurétanie.
A ces documents qui nous font connaître des individus résidant en Espagne, il faut ajouter trois inscriptions qui nous révèlent la présence en Espagne d'étrangers groupés en associations :
44. — C. I. /.., II, 2428 : aux environs de Bracara Augusta (Braga), un édifice a été construit par un sodalicium urbanoritm, c'est-à-dire par un groupement de gens originaires de Rome (2).
45. — C. I. L., II, 3244 : à Sorihuela, en Citérieure, un collegium urbamim élève le tombeau d'un de ses membres, âgé de 25 ans, qui se nomme simplement Laetus. Hiibner commente l'inscription en ces termes : « collegium urbanum ita nude posilum vix videtur ad aliam urbem referri posse quam ad Romam ipsam. »
46. — Une inscription grecque de Malaca (Malaga), publiée d'abord dans le C. I. Z., II, p. 251, et devenue le
(1) Baebia Placida, qui est nommée entre Baebia Novella et Cornelia Phaenusa, doit rtre une fille d'Antonius Pudens et de Baebia Novella, dont elle a gardé le gentilice.
(2) Une autre inscription de Braga (C. /. L., II, 2423) est une base honorifique élevée par les cives Romani qui negolianlur Bracar{ae) Augusl{ae) : mais l'expression de cives Romani a un sens juridique, et ne préjuge rien de l'origine de ceux qu'elle désigne. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que parmi ces cives romani il devait y avoir des membres du sodalicium urbanorum.
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n" 2540 de Kaibol, établit l'existence dans cette ville d'un [xoivov] 2ûpa>V|';£ xa[l 'Ao-wjvwv ('Adiavâiv est une conjecture très vraisemblable), association d'Orientaux amenés peutêtre à Malaga par le commerce des salaisons.
Ce sont là toutes les inscriptions qui attestent formellement la présence d'étrangers en Espagne. Il n'y a rien à tirer, en effet, de quelques autres textes, dont les uns ont été ou pourraient être interprétés à tort comme contenant des indications analogues, et dont les autres sont trop obscurs ou trop mal établis pour être utilisables. Avant d'aller plus loin, il convient d'éliminer ces inscriptions, qui ne fournissent aucune des données que nous cherchons :
C. I. L., II, 852 : Gapera en Lusitanie : cette inscription, copiée par Ponz au xvin« siècle, est l'épitaphe de Fulvius Rtifus, Sestaticnsis . — Hûbner la fait suivre de cette remarque : « Sestatiensis, si recte legit Ponzius, indicat Sextanlium sive Sexlantionem, Galliae Narbonensis oppidum. » Cette interprétation est acceptée par Hirschfeld, dans sa notice sur Sextantio (Substantion, près de Montpellier), C. I. L., XII, p. 507. Nous aurions donc à ajouter le nom de Fulvius Rufus à la liste des Gaulois établis en Espagne. — Mais une inscription de Sasamdn, près de Burgos, publiée dans les Comptes-Rendus de l'Académie des Inscrijitions (1911, p. 402-406), donne l'ethnique Suestatiensis : cet adjectif se rattache certainement à Suestatium, nom d'une localité du conventus Cluniensis, pour laquelle on acceptait antérieurement la mauvaise forme Suessatium. C'est donc Suestatiensis (probablement avec ligature de VE, comme dans l'inscription de Sasamdn) qu'il faut rétablir dans C. I. L., II, 852, et Fulvius Rufus est originaire d'Espagne (1).
(1) Une inscription d'Aquilée (C. /. L., V, 926), dont Mommsen a vu l'original, porte dom. Seslalio. Ici encore Sestalio désigne Suestatium en Espagne
C. I. L., II, 6115 : Tarragone : inscription du monument élevé par Lic[inia) Flaccilla Palent[ina) à sa sœur (née d'un autre père), Pom[peiaé) Paternae Viminaciensi. — lïûbner reconnaît dans Palentina une forme relativement récente de l'adjectif tiré du nom de Pallantia, dans le conventus Gluniensis; Viminaciensis désignerait Viminacium en Mésic supérieure. Des deux sœurs, l'une serait donc née en Espagne, l'autre en Mésie. — Mais Iliibner aurait dû se souvenir du commentaire qu'il avait donné lui-môme à une inscription de Léon (C. /. L., II, 2671), où Viminacium est mentionné : <* Viminacium non est Mœsiae oppidum notum, sed secundum Ptolemaeum (2, 6, SO) Vaccaeorum oppidum, inter Palantiam et Lacobrigam situm (itiner., p. 449,2, 453,9). » Licinia Flaccilla et Pompeia Paterna sont nées toutes deux au pays des Vaccéens.
C. I. L., II, 213 : Lisbonne : épitaphe de deux frères; à la ligne 5, les témoins ont lu : SMS • VRBE • ITALI — Hûbner restitue : si[t]is ou si[t]i s{uni) urbe IlaH[ca]. Je crois qu'il faut rétablir, comme dans une inscription de Complutum (C. /. L., II, 303^ = Ephe)7i. Epigr., IX, p. 121, n° 311), urbe Italia, c'est-à-dire {in) Urbe [in) Italia : il s'agit de deux Lusitaniens morts à Rome. En tout cas, ce n'est pas une indication d'origine qui est contenue dans urbe Itali.
C. I. L., II, 1397 : Marchena en Bétique : inscription funéraire, à la troisième ligne de laquelle aurait figuré le mot Roma. Ce texte est transmis sous une forme telle qu'il est complètement inutilisable.
C. I. L., II, 1655 : Alcalà la Real en Bétique : un antiquaire de la localité, au xvii* siècle, avait chez lui, si l'on en croit le manuscrit qu'il a laissé, « una piedra sépulcral de Fortunata Romana. » L'Index géographique du C. I. L. (p. H52) relève dans ce texte l'adjectif Romana^ avec un
(c'est l'épitaphe d'un soldat de la legio VII gemina, qui se recrutait surtout en Espagne), et non Sextantio en Narbonaisc, comme le supposent Mommsen, l. c, et Hirschfeld, C. /. L., XII, p. 307.
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point d'interrogation. Plutôt qu'un second cognomen, Romana pourrait être en effet une indication d'origine; mais en réalité il n'y a aucun parti à tirer d'une inscription transmise par un seul témoin, dont l'ignorance et la négligence sont manifestes (cf. 1G44, 1645, 1646, 1659).
C. /. L,, II, 5448 : Urso en Bétique (Osuna) : épitaphe de T. Talenu[s] Piidens, R. — Si l'on se reporte au commentaire de Hûbner, on verra que, pour l'explication de la lettre R, on a songé, entre autres compléments, à R[omanus) : mais aucune des hypothèses proposées n'est satisfaisante, et le débat se résume dans cette phrase de Hubner : « R quid significet ignoro. »
C. L L., II, 1038 (cf. p. 836) : Regina en Bétique (Reyna) : épitaphe de L. Rufinius Primus Italiens. — Gomme Rufinius est dit d[omo) Reginerisis, Italiens est un second cognomen, sans aucune signification d'origine.
C. I. L., II, 2639 : Astorga : épitaphe de Q. Cumelins Celer, Bric., vet. leg . Il ad{jiitricis). — Ilûbner proposait d'abord de reconnaître dans Bric, le nom d'une ville de la Gaule cisalpine, Brixia ou Brixellum. Mais par la suite (C. /. L., II, p. 911) il a reconnu que ces interprétations étaient impossibles, et que Bric, représente plutôt une localité espagnole.
C. L L., II, 4313 : Tarragone : épitaphe du médecin Tib. Cl{audiits) Apollinaris . Le monument lui est élevé par sa femme Inl{ia) Rhodine et par sa fille Cl{audià) Iiiliane Potentia. — Hubner remarque : « Potentia si alterum cognomen est, merito offendit, si patriam indicat, non minus insolenter positum est. » Je ne trouve pas non plus d'explication satisfaisante, mais il ne me paraît pas vraisemblable que Potentia indique la patrie de Claudia Iuliane, alors qu'aucune indication de ce genre n'accompagne le nom du défunt ni celui de sa femme.
C. L L., II, 5963 : Dianium en Citérieure (Dénia) : inscription funéraire pour laquelle Hubner adopte la lecture et
rexplication suivante : Capraria Valentis, Sesquiplicani et Rogatae /ilia, vixsit anis LI. Capraria serait la femme de Valens, la fille de Sesquiplicanus et de Rogata; Sesquiplicaniis serait un de ces gentilices terminés en -anus qui sont fréquents en Italie; « vix enim patriam indicare potest », ajoute Hiibner, qui cependant, à tout hasard, inscrit à l'Index géographique (p. 1154) Sesquiplicanus avec la mention : « ab oppido Italiae aliquo? » — L'original de cette inscription, dont Hiibner n'a vu qu'un estampage, est au musée de Valence; en l'examinant, je me suis assuré que les premiers éditeurs (Don Roque Chabàs et le P. Fita) avaient bien lu anis II, là où Hiibner voulait lire anis Ll. Dès lors Capraria est une enfant, dont le père est appelé Valens Sesquiplicanus. Sesquiplicanus est-il un gentilice placé après le cognomen, ou bien un second cognomen, ou bien un ethnique? C'est ce qu'on ne peut déterminer ; en tout cas rien n'autorise à affirmer que ce mot se rattache au nom d'une ville d'Italie, inconnue par ailleurs. J'admettrais volontiers que c'est un sobriquet, en rapport avec l'adjectif sesqiiiplex.
C. I. L., II, 2362 : Campanario en Bétique : inscription au nom de L. Valerius Silvanus Vict. Valerianus Vict. — Hiibner développe le premier Vict. en Victor^ second cognomen de Valerius, et le second en Victricensis : il rappelle que Camalodunum en Bretagne porte le nom de Colonia Victricensis dans une inscription de Nomentum (C. /. Z., XIV, 39SS). — Ce rapprochement n'est pas assez probant pour établir l'origine bretonne de Valerius.
C. L /,., II, 1016 : Badajoz en Bétique : épitaphe de P. Cincius Ruf{us). Le texte transmis pour la ligne 2 est vraisemblablement altéré; mais la conjecture Sarmizeg(etusa) pour A. M. LEG., hasardée par Mommsen, n'est guère acceptable.
Quelques lettres conservées dans les inscriptions C. L L., II, 4327 (Tarragone; ligne 3, ...ecus), 4443 (environs de Tarragone; ligne 7, ...grec...), 6185 (Emporiae; ...meni f{ilius) ...ius, « ut indicala fuerit patria hominis fortasse
LES ÉTRANGERS RÉSIDANT EN ESPAGNE A l'ÉPOQUE ROMAINE 309
Graeca ») ne permettent aucune restitution probable (1).
C. I. L., II, 1485 : Astigi en Bétique (Écija) : inscription connue par un témoignagne unique; le témoin est suspect, et d'ailleurs « titulorum descriptor neglegentissimus » (C. /. L., II, p. 201). Dans les mots Philo Cyprins Muticariemis, Hiibner propose de remplacer Muticariemis par Macariensis : Ptoléméc nomme à Chypre une ville de MaxapU (5, 4, 14). Mais la conjecture de Mommsen, Philocyrius Anticariensis, d'après laquelle le personnage serait originaire d'Anticaria en Bétique, est préférable. Pour mieux dire, il n'y a pas à faire état d'un texte trop mal établi.
C. L L., II, 830 : Capera en Lusitanie : inscription dont il n'existe qu'une copie très défectueuse. Si l'on acceptait une interprétation proposée par Hiibner, le personnage qui a élevé ce tombeau à son frère serait un Parthe, habitant dans une ville d'Antioche. Mais cette explication est extrêmement conjecturale.
C. L L., II, 22S3 : Cordoue : épitaphe de C. Val{erius) Avitiis, natione Tu... Il semble que dans une autre inscription de Cordoue, aujourd'hui perdue (C. /. L., II, 2243), ait été nommé aussi un C. Valeritts, natione l'u..., caelator anaglyptarius. — Il est impossible de compléter ce mot dont les deux premières lettres sont seules conservées ; l'emploi du terme natione indique que ce Yalerius ou ces Valerii n'étaient pas d'origine espagnole, mais on ne peut rien affirmer de plus.
C. /. L., II, 4323 : Tarragone : inscription connue par un témoignage du xvi® siècle, qui la rapporte sous cette forme : Quartus Satepilii f. \ domo Voltinia. — Voltinia n'existe que
(1) 11 n'y a pas à tenir compte des inscriptions où Tépithète de Gvaecus est donnée à un relo7' {C. 1. L., Il, 1738, Cadix) ou à un magister gramm{aticus) (C. /. L., Il, 2236, Cordoue). Graecus, ici, n'indique pas l'origine du professeur, mais le genre d'enseignement qu'il donne, ot grammalicus Gvaecus s'oppose à grammaticus Latinus : cette dernière fonction est celle que remplit, à Tritium Magallum en Citérieure, L. Memmius Probus, de Clunia (C. /. L., II 2892).
310 EDGÊNE ALBERTINl
comme nom de tribu, et aucune correction ne paraît possible.
Les données dont nous disposons se réduisent donc aux quarante-six inscriptions passées en revue plus haut. Encore ces textes n'ont-ils pas tous pour nous la même valeur. Ce que nous cherchons à déterminer, à l'aide de ces documents, c'est la nature et l'importance des relations qui unissaient l'Espagne aux autres parties du monde romain. Or, de ce point de vue, les inscriptions que nous avons réunies sont d'intérêt très inégal.
Tout d'abord, il est évident que nous ne pouvons pas conclure grand'chose des inscriptions qui signalent le séjour en Espagne d'un fonctionnaire originaire d'une autre province ou de Rome. C'était une habitude de l'administration romaine, de faire passer par les provinces les plus diverses, du nord au sud et de l'orient à l'occident, les hommes dont elle se servait. Ces fonctionnaires, sauf exception, ont traversé l'Espagne comme ils traversaient les autres provinces, en représentants du pouvoir central, sans attaches particulières dans le pays, et leur présence ne suffisait pas à créer des relations entre l'Espagne et la région où ils étaient nés. A ceux dont les inscriptions d'Espagne nous indiquent la patrie, on pourrait, en dépouillant la Prosopographia Imperii Romani^ en ajouter d'autres : cette liste ne nous apprendrait rien de ce que nous désirons savoir. — Des 46 inscriptions énumérées tout à l'heure, il convient donc de retrancher, comme peu utiles pour nous, celles qui se rapportent à des fonctionnaires amenés en Espagne par les vicissitudes de leur carrière : ce sont nos n"* 1,2, 4, 23, 36. L. Aemilius Reclus, que concernent les trois inscriptions groupées sous le n° 4, est un exemple typique du caractère cosmopolite que l'administration romaine donnait à ses fonctionnaires, même quand ils étaient, comme celui-ci, d'ordre modeste :
LES ÉTRANGERS RÉSIDANT EN ESPAGNE A l'ÉPOQUE ROMAINE 311
sans doulc il a (irii par se fixer en Espagne et par devenir un personnage influent dans la région de Carthagène, mais ce Romain était en même temps citoyen de Lacédémone et d'Argos.
Les épitaphes de centurions, de soldats ou de vétérans ne sont pas beaucoup plus significatives. Recrutés dans une partie du monde romain, transportés dans une autre, avec le corps où ils servent, par les ordres des empereurs, les militaires peuvent bien s'attacher à la province où ils tiennent garnison, s'y retirer, y fonder une famille, arriver aux honneurs municipaux : cela ne veut pas dire qu'il y ait des relations établies entre leur résidence et leur pays d'origine; ils ont abandonné celui-ci pour celle-là, et leur état civil seul garde le souvenir de l'endroit où ils sont nés. — A ce titre, j'écarterai comme peu probantes douze inscriptions, nos n-'S, 7, 8, 9, 12, 14, 15, 17, 18, 24, 25, 28. J'ajoute à ce groupe notre n" 11, qui concerne l'affranchi d'un centurion.
Enfin, je ne retiendrai pas non plus nos n°' 13, 26, 27 et 29. Un personnage originaire d'Aquincum en Pannonie, qui reçoit à Barcelone honorem dcciirionatus (n° 26), ne peut guère ôtre qu'un ancien militaire, de môme que les Pannoniens des n"' 24 et 23 : cette inscription rentre donc dans la catégorie précédente. Quant aux trois autres textes, ils mentionnent un gladiateur (n° 27), et deux esclaves femmes (n"' 13 et 29), c'est-à-dire qu'ils ne nous enseignent à peu près rien (1).
Tous ces textes une fois mis de côté, il nous reste vingtquatre inscriptions, dont trois mentionnent des associations d'étrangers, et vingt et une des individus d'origine étrangère,
(1) L'épitaphe de la femme de chambre Philtate, originaire de Turin (n" 13), a 6té trouvée à Lucus Augusti, chef-lieu d'un conventus ; le nom de Philtate est suivi, sur la pierre, de trois lignes martelées : un particulier dont le nom a été martelé est vraisemblableuient un fonctionnaire (Gagnât, Cours cCÉpigraphie latine, S» éd., p. 115), et l'on peut conclure de ce fait que Philtate était venue en Espagne avec la famille de quelque fonctionnaire d'origine italienne.
installés en Espagne, sans que leur présence soit expliquée par les hasards d'une carrière civile ou militaire. En récapitulant les renseignements contenus dans ces 24 inscriptions, nous trouvons :
Deux Romains, à Tarragone (n"" 5 et 6) ; un sodalicium urbanorum^ à Braga (n° 44) ; un collegium. urbamim, à Sorihuela (n" 43) ;
Un homme originaire de l'Italie septentrionale, à Saragosse (n° 10) ;
Cinq Gaulois, originaires de la Narbonaise ou de l'Aquitaine, à Sagonte (n" 16), Barcelone (n°* 19 et 21), Tarragone (n° 20) et Emporiae (n° 22) ;
Un Grec, à Tarragone (n" 30), et trois Orientaux, à Lisbonne (n" 31), Mérida (n° 32) et Adra (n° 33) ; une corporation d'Orientaux, à Malaga (n°46) ;
Neuf Africains, dont cinq à Tarragone (n"' 37, 38, 39, 40, 43) ; les quatre autres sont à Barcelone (n° 41), à Mérida (n° 42), et dans le sud du Portugal (n°' 34 et 35).
Dès maintenant, nous pouvons nous représenter comme il suit les rapports de l'Espagne avec les autres parties de l'empire :
Les Romains qui viennent en Espagne sont surtout ceux qu'y appellent les nécessités de l'administration; en outre des Romains se trouvent groupés sur les points où l'exploitation des ressources du pays a créé un foyer d'affaires actif: c'est le cas pour Braga, centre de culture romaine dans une région qui résista longtemps aux influences étrangères, mais qui était riche en mines et en pêcheries. De môme Sorihuela est située dans la région minière dont la ville principale était Castulo.
Les autres parties de l'Italie et les provinces danubiennes
LES ÉTRANGERS RÉSIDANT EN ESPAGNE A l'ÉPOQUE ROMAINE 313
sont représentées à peu près exclusivement, en Espagne, par des militaires.
Des gens d'origine orientale habitent dans les porls, et à Mérida, celle peut-être des grandes villes d'Espagne qui ressemblait le plus à Rome (voir C. 1. L., II, p. 53).
Des (jaulois viennent, des régions les plus voisines de l'Espagne, s'établir dans les villes du littoral méditerranéen, sans sortir du conventus Tarraconensis.
Enfin les Africains sont les plus nombreux, et se rencontrent non seulement sur la côte du conventus Tarraconensis, mais aussi en Lusitanie, soit à Mérida, soit dans le conventus Pacensis.
Or ce que nous connaissons par ailleurs de l'Espagne romaine confirme ces conclusions. Sans prolonger outre mesure cette enquête, il est possible d'indiquer quelques faits qui complètent les constatations tirées des inscriptions que nous avons utilisées.
En ce qui concerne Rome et l'Italie, le courant des relations semble avoir été beaucoup plus fort de l'Espagne vers l'Italie que dans le sens contraire. Les Espagnols qui ont fait le voyage de Rome, qui se sont installés à Rome ou aux environs de Rome, sont plus nombreux que les Romains établis en Espagne (d). C'est d'Espagne que venaient, en grande majorité, les amphores dont les débris ont formé à Rome le monte Testaccio [Ephem. Epigr., IX, p. 158-1 S9), tandis que les amphores dont la marque indique une origine italienne ne se trouvent en Espagne qu'en nombre très restreint (C. /. L., II, 6254, 10 et 18).
La présence d'Orientaux dans les villes commerçantes du littoral rappelle l'époque très ancienne où Phéniciens et Grecs ont mis l'Espagne en contact avec le reste du monde, installant leurs comptoirs sur la côte sans pénétrer profon-
(1) Voir C. I. L., II, 213 (cf. plus haut, p. 12), 319, 382, 3035, 6271 ; VI, 16100, 16247, 27198, 28624; XIV, 397 (un negolialor ex Hispania citeriore, probablement à Ostie), 2884 (cf. VI, 10048), 3795.
dément dans l'intérieur. L'empreinte de ces premiers immigrants est restée longtemps visible : au temps de Strabon, Mainakè conserve encore les traces de son origine grecque, Malaga a toujours l'aspect phénicien (Strabon, 3, 4, 2). Mais la domination romaine eut pour effet de supprimer ces différences, et d'effacer progressivement le souvenir des civilisations précédentes. Sous les empereurs, parmi les grandes villes de l'époque préromaine, les unes ont déchu sensiblement, comme Malaga (C. /. L., Il, p. 251), les autres n'ont maintenu leur rang qu'en prenant une physionomie toute romaine, où nul vestige ne subsiste de la colonisation primitive, comme Cadix (îô., p. 229). C'est pourquoi les inscriptions ne nous ont révélé des Grecs et des Orientaux qu'en faible proportion (1). On s'explique de même la pauvreté de l'épigraphie grecque en Espagne : les textes grecs sont localisés, comme nos inscriptions 30 à 33 et 46, sur quelques points de la côte (2) et dans les grandes villes comme Mérida et Tarragone (3).
Les rapports étaient beaucoup plus suivis entre l'Elspagne et la Gaule méridionale. Il y a des Espagnols à Marseille (C. /. Z., XII, 412; voir aussi, ci-dessus, la note sur Emporiae), à Narbonne (C /. L., XII, 4536), à Bordeaux (C. 1. L., XIII, 612, 621); il semble qu'un quartier de Nîmes s'appelait i^egio Ispana {C. I. L., XII, 3363). La formule h[oc) m[onurncntmn) h[eredem) n[on) s[eqiiitur) n[ec) l{pcus) s[epiilturae), à la fin des inscriptions funéraires, est commune à la Gaule et à la région de Barcelone (C. /. Z,., II,
(1) Il va sans dire que les cognomina grecs sont nombreux : mais de tels surnoms, à l'époque impériale, ne prouvent rien sur l'origine des individus qui les portent. Tout au plus peut-on noter, avec Iliibner, la fréquence des surnoms grecs sur les côtes méridionales de la Lusitanie et à Lisbonne (C. /. L., II, p. 782,786,81!).
(2) CI. L., II, 5171 (Balsa). Il faut mettre à part Emporiae, où les textes grecs, d'ailleurs peu nombreux (ils sont réunis par Frickenhaus, Anuari del Instilul d'Esludis Catalans, MCMVIII, p. 196-198), s'expliquent par la continuité des rapports avec la métropole Marseille.
(3) C. /. L., H, 562 (Mérida), 4315, 6083 (Tarragone).
LES ÉTRANGERS RÉSIDANT EN ESPAGNE A l'ÉPOQUE ROMAINE 315
p. 599). La ascia si fréquente en Gaule se rencontre aussi en Espagne, et surtout dans la région où les Gaulois résidaient de préférence, sur la côte du conventus Tarraconensis (1). C'est à des fournisseurs gaulois le plus souvent que les Espagnols demandaient la poterie sigillée dont les tessons se trouvent en abondance sur l'emplacement des villes antiques, et particulièrement, toujours dans cette même région, à Emporiac et Tarragone (2).
Mais, ainsi que le faisait prévoir le dénombrement, d'après les inscriptions, des étrangers résidant en Espagne, c'est avec l'Afrique que les rapports sont le plus intimes et les points de ressemblance le plus nombreux. Lorsqu'un adjectif géographique est employé comme cognomen, il n'est pas permis d'y reconnaître une indication de patrie, quand l'individu qui porte ce cognomen n'en a pas un second; il n'est cependant pas sans intérêt de constater que parmi les cognomina de ce genre, Afer et Maurus sont très fréquents dans l'épigraphie espagnole (3). Des particularités
(1) La formule hoc misolio sub ascia est est signalée une fois, en Lusitanie (C /. L., II, 5144); la représentation de la ascia se trouve à Carmona en Bétique (ib., 1383) et à Castulo dans le conventus Carthaginiensis {ib., 3304) ; dans le conventus Tarraconensis, j'en ai relevé trois exemples à Valence (C. /. L., 11,3757; Ephem. Epigr., IX, n° 364; inscription publiée dans le Bol. de la R. Acad. de la Hist., LU, 1908, p. 178-181), où l'instrument est représenté sous une forme particulière (voir Eph. Ep., l. c), quatre à Tarragone (C. /. L., II, 4147, 4347, 4406, 6087; deux de ces inscriptions sont les épitaphes de deux Pannoniens, cataloguées plus haut sous les n"» 24 et 25), cinq à Barcelone (C. /. L., II, 4569, 6161, 6173, 6178; fragment anépigraphe, n° 1283 du Musée provincial : ce dernier exemplaire est analogue aux asciae de Valence).
(2) Voir la monographie de M. Cazurro sur la poterie sigillée d'Emporiae, dans VAnuari del Institut d'Esludis Catalans, MCMX-MCMXI.
(3) Dans l'Index du C. 1. L., IF, je compte (en laissant de côté l'instrumentum domesticum) 16 exemples d'Afer, Afva, Africanus, et 35 de Mau7'us, Maura, Maiirilla, Maurula; il y a encore 8 exemples de Gaetulus, Gaetula, Gaetulicus, 4 de Numida, 1 de Lybicus {sic). Dans deux inscriptions où figure Maufus, Hûbner considère comme possible ou probable que cet adjectif a bien une signification ethnique (C. I. L., II, 514, Mérida [cf. p. 52], et 1755, Cadix). — Avec les adjectifs qui se rapportent à l'Afrique, les plus répandus comme cognomina sont ceux qui se rapportent à la Gaule : je compte 50 exemples de Gallus, Galla, Gallica, Gallicanus: je note aussi un Narbonensis, un
d'onomastique sont communes aux deux régions : ainsi la terminaison des gentilices en -iciis (1), l'emploi de certains surnoms comme Boccims (2). Des similitudes remarquables se reconnaissent dans la forme et la décoration des monuments funéraires : des pierres identiques aux cupulae africaines se trouvent à Léon et à Palencia (3). Les symboles astraux (croissant lunaire, disque et rosace solaire, étoiles) sont considérés comme l'ornementation caractéristique des stèles africaines : beaucoup de stèles espagnoles présentent le même décor (4).
Aussi les mesures administratives qui multiplient les liens entre l'Espagne et l'Afrique ne sont-elles pas l'effet d'un hasard ni d'un caprice : elles répondent à la nature des choses. A l'époque où la Maurétanie n'était pas encore province romaine, c'est à la Bétique qu'étaient rattachées les colonies romaines du littoral maurétanien(5). Dans le même temps, le roi Juba est duumvir à Cadix (Avienus, Ora mari-
Bocontius; Hiibner indique en particulier Atacina (C. /. L., H, 4627, Emporiae) comme ayant gardé peut-être sa signification propre. — Ainsi, dans la mesure où les cognomina uniques peuvent entrer en considération, ils confirment ce que nous pouvons apercevoir par ailleurs.
(1) Voir C. I. L., II, 514 ; Eph. Ep., Vlll, p. 402, n» 115.
(2) C. L L., Il, p. 803; voir aussi Uninitus {C. L L., II, 3352, cf. 3302, et VIII, 8604).
(3) C. I. L., II, 5691, 5769, 5770. Les cupae de Barcelone (C. /. L., II, 6178) ont la même forme, mais l'inscription, au lieu de couvrir un des petits côtés, occupe le milieu d'un grand côté, et est entourée d'un cadre ornemental : cette disposition, d'ailleurs, n'est pas sans exemple non plus en Afrique. Sur les cupulae d'Afrique, voir Joh. Schmidt, Philologus, XLVI, 1888, p. 163- 167 ; Héron de Villefosse, Bulletin archéol. du Comité des Travaux hist., 1899, p. 180; Gsell, Les Monuments antiques de l'Algérie, II, 1901, p. 46-47.
(4) Pour les stèles d'Afrique, voir Toutain, Revue des Études anciennes, XUl (1911), p. 165-175 ; pour les stèles d'Espagne, voir C. /. L., 11, Index, p. 1204, s. v^'* astra et luna; JuUian, Rev. des Et. anc, XII (1910), p. 89-90; Brutails, ibid., p. 189-192.
(5) La Blanchère, De rege Juba régis Jubae filio, Paris, 1883, p. 52-53; — Detlefsen (Die géographie der taiTaconensischen provinz bei Plinius, dans Philologus, 32, 1873, p. 609) admet que les Icositani mentionnés par Pline comme contribua rattachés à la colonie d'Ilici (Elchc) sont les habitants d'Icosium en Maurétanie (Alger). Cette hypothèse est hasardée; il faut remarquer qu'Ilici n'est pas en Bétique, mais en Citérieure.
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tima, V. 27S-283), duumvir quinquennal à Garthagène, dont il est patron (C. /. L., II, 3417); son fils Plolémée est aussi duumvir à Garthagène (Eckhel, 4, 160). Une fois la Maurétanie réduite en provinces, il y a beaucoup d'attaches entre les provinces maurétaniennes et les provinces espagnoles : la Tingitane porte un moment le nom de provincia nova Hispania citerior Tingitana (1). L'Afrique et l'Espagne, pour certains services, sont réunies en une même circonscription (2). Dioclétien innove dans la forme plus que dans le fond quand il fait de la Tingitane une partie du diocèse des Espagnes. Inversement, c'est sous le nom de Maurétanie seconde que les empereurs byzantins, au vi* siècle, grouperont leurs possessions de Tingitane, celles d'Espagne et les Baléares (3). La propagation du christianisme en Espagne manifeste encore les relations constantes qui unissent l'Espagne à l'Afrique (4). G'est d'Afrique que viennent saint Félix, qui évangélise Gérone (5), saint Donat, qui fonde au Gabo Martin le plus ancien monastère d'Espagne (6). G'est en Afrique que se trouvent les prototypes des premiers monuments chrétiens d'Espagne, comme ce tombeau de Dénia couvert d'une mosaïque oii est inscrit le nom de Severina (7), et la cella memoriae d'Emporiae (8).
Avec Rome et l'Italie, relations d'exportation plus déve-
(1) Voir Mispoulet, Revue de Philologie, 1910, p. 302 sqq.
(2) C. /. L., II, 1180 : Sex. Iulius Possessor est praef{ectus) annon{ae) ad oleum Afrum et Hispanum recensendum. — Cf. aussi C. /. t., XIV, 2516 : . . .provinciarum V, llispaniar{um) Irium et M[a]Mre[<]ania?*(wm) duar{um).
(3) Diehl, L Afrique byzantine, 1896, p. 469-470.
(4) Sur cette question, voir Puig y Gadafalch, L'Arquitectiira romànica a Catalunya, 1, Barcelone, 1909, passim, et particulièrement p. 272 et p. 297.
(o) Espana Sagruda, touie XLIII (Merino et de la Canal, 1819), p. 279.
(6) Espana Sagrada, tome VIII (Florez, 1752), p. 59.
(7) Puig y Gadafalch, o. c, p. 295-297. — Cf. aussi le pavement de mosaïque de Minorque mentionné ibid., p. 232.
(5) Puig y Gadafalch, o. c, p. 268 sqq.
loppées que les relations d'importation ; avec l'Orient, relations assez superficielles, presque nulles en dehors de quelques villes maritimes; avec la Gaule, relations suivies, mais limitées presque exclusivement à la région de l'Espagne la plus voisine de la Narbonaise ; avec l'Afrique enfm, relations étroites et permanentes, — telles sont les formules qui semblent résumer la place de l'Espagne dans le monde romain. Elles se traduisent d'une façon sommaire, mais exacte, dans les inscriptions qui nous font connaître quelques-uns des étrangers résidant en Espagne.
Eugène Albertini.