L. POINSSOT
205, date de la transformation de la civitas Thugga en municipe (1).
e. Des quatre textes qui précèdent nous rapprocherons une grande inscription, dans laquelle nous croyons qu'à l'origine existait le surnom à'aurelia.
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Des trois blocs (un grand et deux petits) sur lesquels la dédicace était gravée, il n'existe plus que les deux premiers, celui de gauche connu depuis 1904 (2), celui de droite découvert en juillet 19H.
Dans le texte e comme dans le texte b l'ordre des deux premiers surnoms de l'empereur Commode est interverti. La même particularité se constate dans un autre texte regravé comme ceux-ci sous Septime Sévère, la dédicace du macellum[3). II est à peine besoin d'indiquer qu'ici comme dans les autres cas, le graveur chargé de la restitution ne s'est nullement préoccupé de rétablir le texte primitif. On peut voir par les nombreux blancs laissés entre les mots et en tête des lignes combien le second texte est plus court que l'ancien; faute de connaître exactement la date des monuments dont il restaurait la dédicace, le graveur a dû omettre certaines mentions, puissance tribunice et consulat par
(1) Des fragments nouvellement découverts et encore inédits confirment la date 205 que nous avons proposé d'attribuer à l'arc érigé pour célébrer la création du municipium Thugga (JV. /. D. 37, 38, 39 , cf. /. de T. 83 à 87).
(2) /. de T. 91,
(3) I. de T. 23 et 79, N. I. D. 35 et fragment inédit. Dans un mémoire (en préparation) nous proposons de cette inscription la restitution suivante : [Pr]o sa[lute itnp.caes. m.] aurelii commodi a[ug. pii sarmati]ci ger7na[nici maximi bv]Uann[icip. p. q. pà]cu[vius saturas fl. perp. augur c.]i. karlhag. [et nahania vi[cloria ejus fl. perp. portic]um macelli pag[opatriae exlrux]erunl et [excol]uerunt.
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exemple. Dans ces conditions, sans tenir compte de la présence de tel surnom dans la titulature de Commode, on attribuera la partie qui subsiste du texte primitif à la période 180-192.
A la suite du mot CIVITAS la pierre présente un espace soigneusement martelé ; il n'y a pas eu regravure.
Ce martelage qui est identique à celui qu'on observe dans les parties non regravées du texte a eu évidemment pour but de faire disparaître le début (une lettre) d'une épithète attribuée à la civitas Thiigga. On n'hésitera guère à admettre que cette épithète ^o'ii aurelia, la seule épithète donnée par les textes à la civitas et qui de plus figure dans les textes ô, c contemporains de Commode comme e.
Des textes que nous venons de reproduire quatre peuvent être approximativement datés, l'un du règne de Septime Sévère soit de 201, soit de 202, les autres de celui de Commode. D'autre part toute une série de bases gravées entre 166 et 169 ap. J.-C. (1) sont dédiées par pagus et civitas Thugg.^ aucune épithète n'étant accolée à Thugg.
La civitas Thugga n'a donc pu devenir aurelia qu'au cours des dernières années du règne de Marc Aurèle ou sous Commode. Diverses considérations permettent d'admettre Q^ aurelia rappelle le souvenir de Commode et non celui de Marc Aurèle (2).
(1) iV. /. D. 64 = /. de T. 121, 122 et ISl, /. de T., 130, 131, 132. Cf. N. I. D. 33 qui est de la période 163-169.
(2) De môme que l'intervention de Caracalla dans la vie municipale des cités africaines est indiquée tantôt par aurelium tantôt par aurelium antoninianum ou encore par anloninianum tout court, celle de Commode n'est pas toujours marquée d'une façon identique, et l'on trouvera tour à tour Aurelium [a], Aurelium Commodum [b) et Commodianum (c),
(a) Ce n'est que dans des circonstances exceptionnellement favorables qu'en présence de l'épithôte Aurelium on pourra discerner à quel empereur elle fait allusion; ainsi rien ne prouve que ce soit à Commode plutôt qu'à Marc-Aurôle que Aurelia Lambaesis et municipium Aurelia Vnio doivent leurs surnoms (C. T. L., Vlll, 959, 900, 901, 2949, 4300).
(b) Dans des noms comme colonia Aurelia Commoda IHa Félix Augnsta Pupput (Gauckler, Compte» rendus de l'Acad. des Inscr., 1899, p. 367 et suiv.), colonia Jtilia Aurelia Commoda Thuburbo Majus {C. J. L. Vlll, 648), les épithôtes Aurelia Commmoda consUtuenl un tout qui
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On a plus haut constaté que dans le texte e le mol civitas était suivi d'un martelage destiné, avons-nous supposé, à faire disparaître le surnom aurelia. Le martelage ne s'explique que si l'épilhète aurelia se rapporte à Commode. De même que dans les inscriptions en l'honneur de Commode, les noms autres que le cognomen Commodus étaient tantôt respectés, tantôt martelés, de même le surnom aurelia put être effacé dans certains textes, maintenu ailleurs. D'autre part, nous avons, scmble-t-il, la preuve qu'après la mort de Commode et tant que sa mémoire fut condamnée la civitas Thugga cessa de porter le surnom aurelia. Dans la dédicace du temple de Saturne (1) qui est de 195, on trouve en effet à une place oii une omission est absolument inadmissible, pagus et civitas Thuggensis d. d. dedicavit.
Notons, par contre, que lorsque Septime Sévère aura réhabilité la mémoire de Commode, le surnom aurelia reparaîtra puisque nous le trouvons donné à la civitas dans le texte a qui est de 201 ou de 202.
L'épithète qui rappelait les bienfaits de Commode ne devait point survivre à la conversion de la civitas Thugga en municipe. Dans Texpression municipium septimium aurelium liberum Thugga, pas plus que septimiwn, l'épithète aurelium n'est un legs du passé ; le groupe de mots septimium aurelium rappelle la fondation du municipe par les deux empereurs Sévère et Caracalla (2).
(1) /. de T. 48, N. /. D. 18.
(2) Du règne siûiultané de Septime Sévère et de Caracalla (198-21 J) datent de môme les épithètesse/j/imn/m aurelium du municipiian Septimium Aurelium Severianum Auqustum Apollinare Sululilanum {C. I. L. VIII, 12341), septimia aurelia de la colonia Septimia Aurelia Auzienziiim [C. I. L., VIII, 9062),
se rapporte à Commode ; je considère môme qu'en ce qui concerne les surnoms de Puppul, il y a lieu de voir dans tous la transposition des noms et surnoms de l'empereur et je n'Iii^sitcrai pas à ne placer la fondation de la colonia Piipput qu'à une date postt^rieure à celle où Commode prit les noms de Pius et de /'eto (c'est-à-dire après 185 ; contra Gauckler, /. c). On ne doit pas rapprocher de ces textes le n» 123i(i (= 822) du C. I. L., Vlll (cf. Gagnât, Bull. arch. du comité, 1893, p. 209).
(c) Les inscriptions nous font connaître un burgum Commodianum Specidatorium (C. I. Lat., Vlll, 2495). A en croire Lampride (17) Cartilage aurait été dite Alexandria Comrnodiana. Cf. en dehors de l'Afrique, l'épithète comrnodiana donnée à Rome (Lampride, 8) et à Jérusalem.
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Un texte récemment découvert nous a appris qu'une constitution de Marc Aurèle et de Vérus avait reconnu au pagiis Thiiggensis la capacité de recevoir les legs (1). On ignore quels sont les privilèges qui valurent à la civitas Thugga son surnom à'aurelia\ nous rappellerons seulement la prospérité de Thugga à l'époque de Commode. C'est alors en particulier que s'achève la décoration du forum (2). Sous Antonin, le forum avait été encadré d'un grand portique aux colonnes de marbre; sous Marc Aurèle, à l'angle nord-est de la place s'était élevé le Capitole. Sous Commode, une sorte de plate-forme partiellement entourée d'un portique à exèdre se dresse au sud du Capitole, et, d'autre part, une nouvelle place, celle que l'on désigne actuellement sous le nom de place de la Rose-des- Vents, vient s'ajouter au forum, comme une sorte d'annexé ; au nord de cette place on construit le temple de Mercure (3), au sud le macellum (4).