‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 55 sur 66 · C. L L., VIII, 15590, près de Mustis {km Ghar Salah · texte numérisé non relu

C. L L., VIII, 15590, près de Mustis {km Ghar Salah

— Justinus sacerdos Cerealium.

73. Mémoires de la Société des Antiquaires, 1 897, p. 16 et 23, Carthage. — ... sacerdotes Cereal[ium?) (1) universi sua pecun[ia) fecer[unl) .

Rappelons encore la mention des Céréales ou des Cerealicii (2) dans des textes déjà catalogués ci-dessus (n"' 5, 9, 27, 28).

Pour nous en tenir à la série nombreuses des textes oii Gérés apparaît clairement, elle nous apprend que cette déesse avait des adorateurs jusqu'en des régions lointaines où nos documents ne nous permettent pas de dire si les Cereres étaient

(1) Je crois, avec M. Héron de Villefosse, la leçon Cerealium préférable à Céréales.

(2) Sur la distinction à faire entre les Céréales et les Cerealicii nous ne soDiuies pas encore bien fixés; cf. Toutain, op. cil., p. 353-354.

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connues — je parle des Maurétanies — mais surtout dans les provinces où leurs fidèles abondaient (Proconsulaire, Numidie, Byzacène). Mieux encore, on retrouve les deux cultes côte à côte dans certaines villes : à Tiddisen Numidie (n°* 18 et 47) ; en Proconsulaire, à Garthage (n°^ 21, 27 et S6), dans le territoire de la Gens Bacclmiana (n"' 8 et S4) et probablement à Uchi Majiis{n''^ 23, 24, 23 et 42) (1). C'est là une observation très importante. En effet les habitants de ces contrées et de ces villes connaissaient assurément la Démêler latinisée, devenue Cérès, puisqu'ils la voyaient invoquer par leurs concitoyens, tout près d'eux. En adressant délibérément leurs hommages aux Cereres n'entendaient-ils pas faire autre chose que de lui associer Perséphonè, latinisée elle aussi sous le nom de Proserpine ? J'ai peine à me le persuader : il leur eût été si facile d'ajouter simplement son nom à celui de sa mère? Aussi bien, comme le remarquent fort à propos MM. Pestalozza etChiesa (2), les races sémitiques, dont la civilisation carthaginoise avait fait pénétrer les idées et les habitudes en Afrique, ont une tendance très prononcée à concevoir la divinité sous forme multiple. En réalité, ceux des Africains qui invoquaient tout uniment Cérès pratiquaient son culte comme on faisait dans le reste du monde romain, sans trop se rendre compte des nuances. Le pluriel Cereres au contraire était employé par des fidèles plus instruits ou plus réfléchis, et tout ensemble plus attachés aux coutumes locales, qui apercevaient mieux la complexité de l'être divin vers lequel montaient leurs hommages.

Enfin n'oublions pas, car cette remarque corrobore singulièrement notre thèse, que les Cereres se rencontrent presque exclusivement en Afrique (3). Si ce pluriel s'appli-

(1) Si je fais ici une légère restriction, c'est que l'inscription relative à Cérès (no 42) ne provient pas d'Uchi Majus même, mais d'Hencliir el Khima, qui est dans le voisinage, à cinq kilomètres environ.

(2) Dans le Dizionario epigrafico de de Ruggiero, vol. II, parte 1, p. 207.

(3) Je dirais exclusivement, si l'on ne possédait un texte de Pouzzoles

AUG. AUDOLLENT

quait, comme on le prétend, au couple Dèmèter-Perséphonè, ne serait-il pas invraisemblable, personne ne le niera, qu'il ne fût usité dans aucune autre province? Puisqu'il est spécial à l'Afrique, c'est donc qu'il exprime un fait, un sentiment particulier aux populations de ce pays, c'est-à-dire, comme l'a bien indiqué M. Gauckler (I), « le désir d'unifier les croyances religieuses des Africains et de fondre dans une seule et même adoration les divinités opposées des mythologies carthaginoise et gréco-romaine. »

Ce désir se manifeste de mainte façon dans les inscriptions et dans les monuments figurés. Pour n'en citer qu'un exemple, qui se rattache étroitement au sujet que nous étudions, je rappellerai la brève inscription votive d'Henchir

Belda, donnée plus haut (n° 45), M. Cornélius C[ae]lesli

et Cereri fecit. Pour M. Gsell (2), « Caelestis représente la déesse punique Tanit et Gérés la déesse grecque Déméter. » Je l'ai contesté jadis (3) ; après le nouvel examen des faits auquel je viens de me livrer, je me rallierais volontiers aujourd'hui à cette opinion, et je retrouverais ici juxtaposés les deux éléments punique et gréco-romain que l'analyse nous a fait voir associés dans le pluriel Cereres. De telle sorte qu'en définitive il y aurait une équation à établir, autant du moins qu'il peut s'agir d'équation en pareille matière, entre la formule C[ae]lesti et Cereri fecit et les dédicaces Cereribus qui font l'objet de ce mémoire (4).

(C. /. L., X, 1585), de 199 à 208 après Jésus-Christ, où une prêtresse (peutêtre un prêtre) des Cérès fait un don à un Ihiasiis Placidianus en souvenir de son entrée en charge : Slla[ccia] ou Stla[cciiis] sacerdos Cererum inlroit[us causa] Ihiaso Placidiano donavit. Le donateur est italien, son nom l'indique ; mais Pouzzoles est une ville maritime, en relation avec l'Afrique, dont elle a pu ici subir l'influence directe. Quant à l'inscription de Rome, (C. /. L., VI, 87) où Mommsen propose de lire [C]ereres ca{stae), la restitution en demeure trop incertaine pour qu'on puisse la faire entrer en ligne de compte ; cf. Wissowa, dans Pauly-Wissowa, Real-Encyclopàdie, t. III, col. 1977.

(1) Bulletin archéologique, 1901, p. 146.

(2) Chronique archéologique africaine, 1898, p. 91, n. 1.

(3) Carthage romaine, p. 394, n. 4.

(4) A l'appui de cette opinion il sera sans doute utile de noter l'existence

CERERES

Dès lors le caractère provincial de cette religion des Cereres\ qui se retrouve d'une manière constante dans nos documents (1), ne doit plus nous étonner. Il résulte d'un accord nécessaire entre Têtre adoré et ses adorateurs. On ne le comprendrait guère si les Ccreres n'étaient pas autre chose que Démêler et Perséphonè; il est au contraire conforme à la nature des choses si ce mot servait à exprimer un double aspect de Gérés, divinité composite, gréco-romaine sans doute, mais aussi et surtout peut-être punique (2).

Aug. AUDOLLENT.

dans le culte de Caelestis comme dans le culte des Cereres d'une hiérarchie sacerdotale désignée par les mômes termes. A côté d'une Sacerdos Cererum loci primi (ci-dessus n" 17), on connaît une Sacerdos Caelestis Sittiane loci primi, à Constantine (Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de Constaîiline, t. XL, 1906, p. 430, n» 463).

(1) M. Toutain, op. cit., p. 352, a noté surtout la qualité et les noms des dédicants, et même dans un cas l'emploi du punique à côté du latin; je me borne à renvoyer à sa judicieuse analyse.

Dans une inscription d'Henchir Salah (n» 61) il est question de la maceriam dom{us) Cereriiim); MM. Gagnât et Gauckler pensent (Les temples païens, p. 37) qu'il s'agit « d'un péribole autour du sanctuaire consacré aux Gérés ». Ainsi les temples des Gérés, comme ceux de Saturne et de Caelestis, auraient été construits à la manière orientale plutôt qu'à la manière romaine; cf. Gagnât, Bulletin archéolorjiqne, 1892, p. 485-486. Ge serait encore une confirmation précieuse des idées que je viens de développer. Je m'abstiens cependant d'invoquer cet argument, parce que la lecture du mot Cerer{um), admise par MM. Gagnât et Merlin (Rapport sur les inscriptions de la Tunisie, dans Nouvelles archives des missions scientifiques, XIV, 1907, p. 138) ne me parait pas indiscutable; on pourrait aussi bien proposer Cerer(is].

(2) Le Service de la Tunisie a déblayé récemment à Thubiirbo Majus (Henchir Kasbat) un temple de type oriental, comprenant une cella au fond d'une grande cour entourée de portiques, analogue par conséquent aux temples de Saturne à Dougga, d'Apollon à Bulla Regia. M. Merlin, qui a bien voulu me communiquer ces renseignements, conjecture, d'après deux inscriptions mutilées, l'une punique, l'autre latine, extraites des décombres, qu'il était dédié â Baal-Saturne et à Tanit-Cérès. La présence d'un porc sculpté près de la porte d'entrée rend la seconde partie de l'hypothèse assez vraisemblable; cet animal était en effet consacré à Dèmèter-Gérès. Si elle venait à se confirmer, le caractère oriental de ce sanctuaire de Gérés pourrait être invoqué en faveur de la thèse que j'ai soutenue dans ce mémoire.

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