‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 58 sur 66 · LE CHATEAU E'EAU DE MACTARIS · texte numérisé non relu

LE CHATEAU E'EAU DE MACTARIS

Lorsque Victor Guérin, dans son Voyage archéologique dans la Régence de Tunis (1), énumère les différents édifices de Mactar antique, il mentionne « un édifice à arcades bâti en partie avec de petites pierres et en partie avec de gros blocs rectangulaires », édifice qui contient, à l'intérieur, « plusieurs fûts de colonnes... debout ou renversés ». M. Salomon Reinach, en mettant si heureusement à jour les dernières notes du manuscrit de Tissot, reproduit la même description (2). Presque un demi-siècle après l'apparition du Voyage de Guérin, trente ans après la publication de la Géographie de Tissot, on ne possédait sur un ensemble important des ruines de Mactar aucune indication plus précise. Deux séjours dans la région m'ont permis, grâce à la diligente obligeance de M. Merlin, de pratiquer plusieurs sondages aux abords et à l'intérieur de cet édifice de destination alors incertaine. N'ayant pu, dans un rapport sommaire, qu'exposer les résultats d'observations relatives à ce monument (3), je voudrais ici décrire celui-ci en détail et préciser sa destination. Si modeste que soit une semblable étude, il n'est que juste de la présenter au maître à qui les moindres ruines de l'Afrique romaine sont familières, à l'archéologue

(1) Paris, Pion, 1842, in-8°. T. I", p. 410.

(2) Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, (Paris, Irapr. Nat. in-4°.), t. II (1888), p. 623.

(3) L. Châtelain, Académie des Inscriptions^ Comptes rendus, 1911, p. 511-513.

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et à l'épigraphiste qui doit lui-même à la grande province plus belle série peut-être de ses découvertes et de ses publications.

Au printemps de 1909, alors que la moisson n'était point faite encore, on distinguait, au milieu dun vaste champ d'orge, la baie d'une porte ou d'un portique en grand appareil, un parement de mur en blocage, et une portion plus considérable d'un autre mur de même espèce, enclavée dans une construction parasite.

A l'automne de 1910 le terrain dénudé permettait une observation minutieuse et des pluies récentes avaient tassé le sol. Outre les ruines de tout temps visibles, on apercevait, à treize mètres à l'est de la petite porte, la naissance des trois voûtes; ce sont les « voûtes effondrées » signalées dans l'excellent plan du Service topographique dressé par M. Baronnat (1). Dans la même direction nord-sud et un peu en retrait, on retrouve, à six mètres et sur une longueur de sept mètres environ, le parement de mur en blocage signalé plus haut. Ce dernier apparaît encore à l'extrémité sud de la construction ; un pan de ce mur s'est détaché de l'ensemble; les deux fragments sont recouverts de branchages et soutiennent un gourbi. On possède ainsi sur une étendue qui dépasse 34 mètres, toute une partie de l'édifice. Afin de rendre plus claire notre étude, nous considérons, jusqu'à preuve du contraire, cette ligne des voûtes en grand appareil et du mur en blocage comme étant le milieu de ce vaste ensemble. Je décris maintenant l'édifice tel que l'ont dégagé dans ses grandes lignes les divers sondages pratiqués.

Une première tranchée, longue de onze mètres, a déblayé les voûtes jusqu'à 2 m. 10 de leur extrados. Une seconde tranchée, perpendiculaire à la première, a débarrassé de ses décombres un mur de grand appareil qui semble constituer

la n

(1) Sur ce plan, conservé à la Direction des Antiquités de Tunisie, voir Comptes rendus de l'Académie des Inscnptions, 1910, p. 506-o07.

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l'extrémité septentrionale do l'édifice. Long de 4 m. 16 à cet endroit, bien conservé, ce mur, que je supposais se prolonger ou réapparaître dans la direction orientale, se retrouve en effet, à 8 mètres à l'est, sur une longueur de plus de cinq mètres ; puis un autre pan de mur, de môme appareil, mais d'un travail moins régulier, sans doute d'époque postérieure, s'étend vers le nord sur 2 m. 60 ; il n'offre rien d'intéressant. Par contre, en dégageant ces différents murs, je ne tardai pas à retrouver toute une partie de l'édifice. Elle est parallèle aux voûtes. Après avoir suivi cette nouvelle construction sur un parcours de trois mètres, on rencontre, la continuant, le cintre d'une nouvelle voûte, large de deux mètres et placée en face d'une des trois voûtes, — celle du milieu, — dont on a parlé plus haut. La construction se retrouve encore sur une longueur de 1 m. 60; le voisinage d'un gourbi m'a empêché de la repérer plus avant.

On saisit dès maintenant le plan de l'édifice dans ses parties essentielles. Sans examiner, comme je ferai plus loin, ses dispositions au point de vue de l'élégance ou de l'agrément, il est possible de reprendre et de justifier une hypothèse sur sa destination.

C'est à peu près une règle générale qu'en l'Afrique romaine tout au moins la plupart des édifices construits en blocage aient eu comme destination de conserver ou de distribuer les eaux, — nymphées, thermes ou citernes de toute espèce. — Tandis que les temples et les mausolées sont entièrement construits en gros blocs de pierre, le grand appareil alterne avec le blocage dans cette première catégorie d'édifices. Non loin de Mactar, au milieu des ruines de l'antique Sîifes, Sbiba (contrôle de Thala), l'exemple est typique : les deux grandes constructions en blocage qui dominent l'ensemble des ruines sont les thermes et le château d'eau, ce dernier ainsi décrit par Guérin : « une belle

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fontaine demi-circulaire, construite avec de petits moellons en blocage, mais revêtue extérieurement d'un appareil de magnifiques blocs rectangulaires (1) ».

Bien que l'état des voûtes ne permette point l'espoir de dégager les citernes de la construction de Mactar, il semble légitime de voir en celle-ci, comme je Fai fait, un château d'eau, ou, pour être plus exact, un castellum d'arrivée (2). Il y a plus, et cette hypothèse est doublement nécessaire pour expliquer deux points inconnus de la topographie de Mactar. Je n'avais pu retrouver, en 1909, la canalisation qui alimentait d'eau les thermes de Mactar. D'autre part, en dépit de l'étude complète et minutieuse que M. Drappier a consacrée à l'aqueduc qui amène à Mactar Teau de l'Ain Saboun, près de Souk-el-Djemâa (3), l'on ignorait à quel point aboutissait ce monument. A le prolonger par une ligne idéale dans la direction est, on l'aurait amené jusqu'à la source de la pépinière des Ponts et chaussées. Vain el bab qui naît dans le fond du ravin, et c'eût été commettre une absurdité. L'infléchir vers la gauche, c'est-à-dire vers le nord-ouest de la ville antique, c'eût été le conduire au centre de la nécropole A (4); enfin, le diriger complètement à l'ouest, c'eût été lui faire desservir uniquement les exploitations agricoles qui devaient se trouver à l'endroit où se tient le marché du Mactar moderne, inutile supposition, puisque l'on connaît la source, habilement captée, qui fournissait d'eau ces parages (5). Il serait donc contraire à toute logique de ne point admettre que l'aqueduc de Souk-el-Djemâa, aussitôt après avoir longé le temple de Diane, tournait vers le sud et

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