‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 60 sur 66 · AUX · texte numérisé non relu

AUX

PAPYRUS DE THEADELPHIE

Les cinquante-neuf textes que j'ai publiés dans mes Papyrus de Théadelphie (i) ne constituent pas seuls la trouvaille saisie par le Service des Antiquités (2) ; il reste encore quelques débris, pour la plupart tout petits ou très mutilés ; quelques-uns sont plus étendus; les trois qui suivent sont complets, mais d'une lecture parfois difficile. En soumettant cet essai de déchiffrement à mon maître, M. René Gagnât, je devrais peut-être m'excuser de ne lui offrir que des glanures ; mais ne nous a-t-il pas appris tant par ses leçons que par ses exemples qu'on doit tirer parti des documents les plus humbles? D'ailleurs l'intérêt de ces archives Théadelphiennes n'est pas toujours limité au terroir du village ou même aux frontières de la province et deux des pièces que l'on va lire, par les formules de dates aussi bien que par des allusions à des réformes qui furent générales, peuvent sans doute passer pour des Papyri ad res romanas pertinentes.

(1) Papyrus de Théadelphie (P . Théad.), Paris, Fontemoing, 1911.

(2) P. Théad., préface.

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P. Théad., 58 a) 230mm x 55n>ni b) 230"" X 63°"" 23 décembre 324

ensemble 250"™ x 120"".

De ce papyrus je n'ai connu que la partie gauche ; la date restituée aidait à fixer la fin de la guerre entre Licinius et Constantin. Une bande de même longueur, mais plus large, est venue compléter le document qui est une quittance administrative. Si les données chronologiques ne sont pas très modifiées, à d'autres points de vue nous gagnons des renseignements précieux (1).

Aurélios Antonios dont je ne puis déchitîrer entièrement le titre, mais qui a certainement afTaire avec les boulangeries deMemphis, donne reçu, par l'intermédiaire de son frère Eirenaios, à Sakaon et à l'autre comarque de Théadeiphie : ceux-ci lui ont versé, pour 8 mois, de Pachon à Ghoiak, le salaire des journées d'ouvrier que le village doit fournir dans les boulangeries de Memphis ; le montant de la somme n'est pas exprimé, probablement parce que le taux du salaire était légalement ou administrativement fixé.

Ce document appartient, comme on voit, à une série assez largement représentée dans notre collection : parmi les quittances données aux comarques, on rapprochera surtout celles qui sont des attestations d'un travail d'ouvrier, c'està-dire 34, I, II ; 35; 36, i, et iv. On doit à Sir Frederick

(1) Je laisse au texte complet le n° 58, sous lequel, dans ma publication, figure seulement la partie gauche. Pour la question chronologique, vuir : Otto Seeck, Zeitschrifi d. SavignysUftung, rom. Ahth., 10 (1889), p. 190; Hermès, 36, p. 28 et suivantes; Geschichte des Unlergangs der antiken Welt, t. I. p. 173-182; E. Schwartz, Zur Geschichte des Athanasius, dans les Nachrichlen V. d. Kœnigl. Gesellschafl d. Wissenschaflen zic GœlUngen, phil. hist. kl., 1904, H. 3, p. 342-543; P. Jouguet, C. li. Acad. des Inscriptions, 1906, p. 231 et suivantes; Paul Viereck, Archiv fiir Papyrusforschung, IV, p. 156 et suivantes ; Otto Seeck, Rheinisches Muséum, 62 (190''), p. 517 et suivantes; P. Théad., 50, n. 28.

Kenyon une interprétation très vraisemblable, basée sur le montant des salaires connus par P. Lond., 1177 et sur la mention de fractions d'ouvrier (cf. 34, 1. 18 : toû r,|jLi<70uç roui èpyàxou) : èpyàTYis désignerait dans ces textes non pas « un ouvrier » mais « une journée d'ouvrier » (cf. P. Théad.^ 34, n. S, p. 183). On notera que, dans le présent texte, il n'est pas donné quittance du travail mais du salaire. Faut-il admettre que 58 ne dit pas autre chose que 34, 35, 36, qu'il est seulement plus précis dans les termes, et que la prestation due par le village n'était pas le travail mais le salaire d'un ouvrier? On le croira difficilement si l'on compare P. Fior., 3(= Wilcken, Chrestomathie^ 391, cf. Grundzûge, p. 338) oii l'on voit le comogrammate désigner (àva5i- Sôvai) des ouvriers pour les carrières d'albâtre, en se portant garant qu'ils ne se déroberont pas à cette corvée et qu'ils y sont aptes; mais on se demandera si le village devait fournir à la fois travail et salaire ou s'il fournissait tantôt l'un, tantôt l'autre. Tout parle pour cette dernière hypothèse : l'exigence d'un {ji.(.a-9ôç au lieu du travail est une manière d'adaeratio et l'on trouve Vadaeratio appliquée à l'époque arabe dans des cas analogues (aTtapyjpta-aôç) . Cf. H. I. Bell, P. Lond., IV, p. xxxii, et Wilcken, Grundzïige, l. c.

La corvée consiste à cuire le pain dans les boulangeries de Memphis, àpToxoTcàa Ms^x'^sw?, v. n. adloc. 36 mentionne des journées d'ouvrier fournies aux boulangeries d'Alexandrie et il y avait aussi à Arsinoé des fours oii l'on faisait le pain pour les troupes (31, 2 et la n. 27-29; P. Fior., 60). On peut se demander si les boulangeries d'Alexandrie et de Memphis dont il est question dans ces documents sont militaires ou municipales. On sait que les euthéniarques étaient chargés de l'approvisionnement des marchés et de l'alimentation de la ville et un texte d'Oxyrhynchos (P. Oxy., 908 = Wilcken, Chrestomathie, 426) montre que plusieurs euthéniarques pouvaient s'associer pour organiser une boulangerie ; la X"?*» d'autre part, était le grenier d'Alexandrie et il

PIERRE JOCGUET

n'y a rien d'étonnant à voir les bourgs des nomes fournir du froment et des ouvriers aux boulangeries de la capitale; de même Memphis pouvait avoir une situation privilégiée (Wilcken, Grundzûge, p. 367). Mais le fait que Tannée en usage dans notre texte est l'année consulaire romaine (cf. 1. 10) commençant en janvier et non l'année égyptienne commençant en Thoth (août-septembre) nous incline à penser qu'il s'agit de boulangeries militaires : l'année municipale paraît avoir débuté au 1" Thoth, puisque c'est à cette date que le gymnasiarque reçoit l'investiture du stratège (Wilcken, Chrestomathie^ 41, n, 1, 6 et^suivantes ; Jouguet, Vie Municipale^ p. 320, n. 4); dans Farmée on suit généralement le calendrier romain. Toutefois cette considération nest peut-être pas tout à fait décisive.

Notre reçu est en forme de lettre, comme plusieurs quittances de cette collection (31, 32, 33,.... 36 et P. Fior., 60). Mais il en diffère : 1° par l'absence de la formule 6 osiva <T£f7Yi[jL£Îcù|jiai, visa de la personne qui donne quittance ; 2° par la présence de la stipulation. Cf. e. g., P. Leipz, 57 ; 61 ; 62 ; 63, etc.

AÙp7)XlO; 'AvJT(!)V!.[o]ç ... .vis àpToxo[7ti-]

(i)v Mé[ji.c5£:{o; Sià E'.pT,va[[ou

AùpTiXiot.? 2a:xà(ov[!. . . . .].vt. à^'fo TÉoo'.ç xtotxjàpyaic xomï]ç ©saSe)^»^?

jyaîpet,v "ÂTTsa^ov: -rcap' 6|ji.[c5v t]oÙ<; pn-a-Oeùs ToG alpobijvTo; ujxï[v (Jtjépouç èpvaTOU Twv aÙTJwv àpTOXo[7T;ito]v M£p.cp$wi; UTrèp uLJïivwv oxTw TO'J":' ettiv kuo nà^wiv £ti)ç Xo'lax -rriç £[v]£oTwcnfiç UTtaTEiaç Tzk-ripr\ç xai empwOyiTEl:*; c[)[ji.oA6Y7i(Ta •

SUPPLÉMENT AUX PAPYRUS DE TliÉADELPHIE 411

TTraTS'laç TJwv S£T7î[ot](ov ■Ajji.wv

Kpyîo-Tcou xal Kcovo-Tavxwou

Twv £JTT:t.çpav£(TTàTwv Kato-àptov 15

TO y' XoLjax y.r\. Aùpv^Xioç

'AvT(ov:[!,]o; oi' èfxoû Eipr,vaîou

àûsÂ^où : àitsoyov Toùç |ji.t.-

aÔoùç TcjXvîp"/]? w[ç] •rtpoxiTai •

AùpTÎXwjç 'A[ji.[ji.wvt,oç Ssp/j- 20

vou è'vpaj'ja uTOp auTOÙ àypajji.-

L. 2. Je ne reconnais pas aSeXcpou dans les traces de lettres subsistantes. — L. 3. Après v, x, X, ou 8. — L. 7, spyaTo'^ P. — L. 14. xwvxavTtvo'-' P. — L. 16. xpt] Tov 1" édition. Mais pas de traces de xpt à la 1. précédente, et un nouvel examen du texte me montre que j'avais lu N une lettre qui est bien un r.

Aurélios Antonios... des boulangeries de Memphis, par l'intermédiaire d'Eirénaios à Aur. Sakaon et Aur.... tous les deux comarques de Théadelphie, salut.

J'ai reçu de vous la valeur totale des salaires destinés à rémunérer la part qui vous incombe des journées d'ouvriers travaillant dans les mômes boulangeries de Memphis, pour huit mois, de Pachon à Ghoiak de la présente année consulaire, et sur interrogation j'ai stipulé. Consulat de nos maîtres Grispus et Constantin les très nobles Césars, pour la troisième fois, 28 de Choiak. Aur. Antonios, par mon intermédiaire à moi Eirénaios son frère, j'ai reçu la valeur totale des salaires comme ci-dessus. Aur. Ammonios fils de Sérénos, j'ai écrit pour lui illettré.

L. 1 . — On attendrait lTz:iKekr\TriÇ ; cf. 36, i. 26. Mais la lacune est trop courte.

L. 1-2. — Dans 31, 1. 35 j'ai lu dq -ràpToxoirtai; et interprété £'.ç T<àç> àpTOxoiriaç, et dans 36, 1. 24 j'ai écrit àpToxoTîi.wv.

PIEHRE JOUGUET

Mais la forme féminine est inconnue à nos lexiques. Ai-je eu tort de l'introduire dans nos textes? 31 qui est ma seule autorité semble bien donner TapTo>coTxi.aç : la haste de V^k se termine par un petit crochet dirigé vers le bas, tout à fait semblable au ; final bien connu d'ailleurs et en usage dans le môme texte. D'autre part les papyrus connaissent aussi àpToxoTO~,ov. Est-ce ce mot que Ton doit rétablir partout? lapToxo- Tiiaç serait-il dû à un caprice du calame? Ou bien doit-on établir une distinction entre àpxoxoTteU, fabrication du pain, et àpToxoTiewv, boulangerie? Môme en admettant l'existence des deux termes, et en laissant àpToxoTieiaç dans 31, j'écrirais plus volontiers ici et dans 36àpToxoTTi{ov.

L. 3-4. — Sur les comarchies de Sakaon, cf. P. T/iéad., inirod., p. 32-33; 44-45. On savait que Sakaon avait occupé la charge la 12« indiction (323-324) et la 13* (324-.325).

L. 13-14. — Sur ce consulat, cf. Willy Liebenam, Fa^^z Consulares, année 324. Le 28 Choiak répond au 25 Décembre. x\ cette date l'Egypte reconnaît l'autorité de Constantin. Jusqu'au début de septembre, ou jusqu'à la bataille de Chrysopolis, l'Egypte paraît avoir daté ses documents par la formule prudente to^ç £!TojjL£vot.ç uTiàxoiç to ô', V. C. R. Acad. Inscr. 1906, p. 231 et suivantes et P. Théad., 50, n. 28.

p. Théad., 60

250™m X llS"""

IV» s.

Ordre de versement en nature. Apollonios avertit son frère d'avoir à verser à Sakaon et aux autres sitologues de la 9* indiction, à Théadelphie, pour la contribution dite xw^jiy;- Twv la somme de 25 arlabes et demie, représentant le terme de Pharmouthi.

.[• .]av. . 'ÂTîoXXwvtoç 7a'lp[etv] •

àTt[o 0£]aô[£]Xco'lai; Zaxà(ov[i. ...]....<;

Twv UTîèp $apjji.oC»9t. pirivoç

(T'Itou àpTàj^aç £^'/,xovTa ttsvxs rifxi[(r YÎ(v£Tai) 0 ^£s' • Ippwo-Oai (7£ £uyopi.at

L. 2. 1. Tcotr^CTEti; — yaip traces de lettres après le p; mais les fibres sont brouillées. — L. 3. 8ouv[a]i possible mais cf. n. ad loc. — L. 5. es P. — L. 8. ri ô^É s', un trait semble avoir été mis par erreur sur le chiffre de l'unité et le signe de la fraction.

A mon seigneur et frore Sal... Apollonios, salut. Tu feras bien de donner aux sitologues de Théadelphie pour la 9® indiction, Sakaon et ses collègues, sur l'impôt dû par les habitants des bourgs, le terme de Pharmouthi, se montant à soixante-cinq artabes et demie de blé, soit art. 65 1/2. Je te souhaite de te bien porter pendant de longues années.

L. 3. On attendrait 8otj[ç to]1[ç. La lettre qui suit u ne semble pourtant pas un <t. Tq\c, paraît bien nécessaire devant h-Tzh 0£ao£À<pLaç.

L. 4. Sur les variantes orthographiques de ce nom, v. P. Théad., introd. p. 2o-26. Peut-être doit-on restituer Zaxà(ov[t xal xoîç xotvwvol]; ; cf. 30, 1. 3-4; 31, 1. 3-4, 14-15, 30. Généralement on nomme deux sitologues, et non un seul.

L. 5. 0 ivôixTitovo;. Je fais dépendre ce génitif de (Jiiokô-^oi^, les sitologues entrant en charge au début de l'indiction (Payni-Epiphi) ; mais on pourrait peut-être entendre (uTrèp) 9 Ivouxitovoç.

Les neuvièmes indictions pendant la durée de la vie do Sakaon tombent en 305/306, 320/321, 335/336, 350/351. Le P. Fior., 60 montre qu'il était sitologue en janvier 319 ; il a donc occupé cette charge pendant la 7* indiction, 318/319. D'après nos textes, c'est entre 312 et 327 qu'il aurait le plus

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souvent exercé des fonctions publiques. Par l'ëcriture notre texte se placerait bien dans cette période ; il serait donc de 320/321. Mais d'autres possibilités ne sont pas exclues.

L. 5-6. x(0[jir,TÙ)v. Il s'agit probablement de l'impôt foncier payé par les habitants des bourgs et qui s'oppose à l'impôt foncier payé par les citadins (7ro)ÀTai,) ; cf. Wilcken, Grundzûge, p. 220-221. Dans la levée de cette taxe le présent texte représente le premier stade : le contribuable s'apprête à faire verser sa redevance aux sitologues. Ceux-ci avaient déjà dû jouer un certain rôle, probablement avec les comarques, dans la répartition de la taxe. Les sommes emmagasinées, ils en faisaient le compte détaillé, cf. P. Théad., 30 et, à certaines époques, adressaient des rapports au stratège sur les rentrées dans leurs greniers (sur ces rapports v. 28, introd. et les textes et auteurs cités), puis ils versaient le produit de cet impôt aux apodectes ou épimélètcs dont les fonctions sont difficiles à distinguer (31, n, 1 et 32, n. 1-2) et qui sont en général des curiales ou tout au moins des personnes choisies par la Bouay] (31). Sur les sitologues (28, n. 4; 30, introd.).

p. Théad. 01

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