‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 7 sur 66 · AY · texte numérisé non relu

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• [xjawv T'/,py^Ta'.. [Ipoç toÛto to opxt.o[v Èàv ti à[ji.œoT£po!, xoiv^i]

[Y]v(0U.1f|t. TCpOa-9£lvai. £X toutou T£ T0[Ù OpX'loU £Ç£X£'ÏV 9£X(i>(Tt.v]

[£]^£TT(o • 0 8e av xaTa TauTa 7rpoa"8(I)Tt.[v ]

£V£(TTa>, 0 T£ av xaTa TaÛTa £^£Xtô[a-!,v £x toutou]

10 Tou opx'lou, 'éTï(ù<^\.y> TOUT(i) z[îù ô]p-/.ito [Tcpoo'YEyoau.uÉvovj

54 AUGUSTE JARDÉ

Notes critiques. — a. L. 2. Malsas : PinNNhOYA- <.--0J ^OPetc. — L.4. Matsas: ...ilA.. ETIOIMAPIOYYIO- CNHIIA-

KAA-«-- 2i avec la transcription ..éxto; Map-ou ulè[<; r]évT|[p]. axaX....;. — L. 5. Matsas : . .,.|||.|0Y<t>02- — L. 6. Malsas : YIOIK/|..Az...E/IO.YI..r.E2PEY2AN.l2..nN....AET.. La

fin de la ligne est restituée [è]7r[p]£!T[ê]£yaav [£]î[; 'P](ôîi.[ïiv]. — L. 7. Matsas : AIOIIIYM etc. — L. 9. La restitution àvâ [j.£<tov (= inter) est très douteuse ; je l'emprunte à Viereck, qui restitue ainsi les 1. 35-36 du traité avec Astypalaia : [ex twv] (juvôt.xGjv xa-

ôoxiiov [à xeTxat àvà [ji.éaov] xoîi or^fjiou xwv 'PwjjLatcov xal xoù o/^ijioo

xtôv'ÂTuuTraXaiétov. On trouve d'ordinaire un simple datif : xî^) Sr^jxcjj [x(ï> 'Pto|jiai]a)v [xai] xtï> o/,[j.(\> xt]) eupp£[ia)v], traité avec Tyrrheion, 1. 9-10; cf. traité avec Astypalaia 1. 23-24.

b. — L. 4-5. Matsas : •OIEiniANAO/'^IXNlMTOYTO I

• lATHIEITOlAN, d'où la restitution .o-., v! [ttJcoc av Sô[Xw

..dtTijâxrji, eI' ttwc av, etc. La lecture oôXto entraînerait vraisemblablement la formule SoXw Tza^r^pi^ (= dolo malo, cf. Viereck, p. 84), que l'on ne peut ni déchiffrer sur la pierre, ni reconnaître dans la copie de Matsas. — L. 6. Matsas omet le trait séparalif et par suite réunit le tout en une seule phrase. — L. 6-10. Les restitutions de Matsas donnent le sens, mais sont trop courtes.

L'inscription rentre dans la série connue des documents officiels rédigés en latin et traduits en grec par les soins de la chancellerie romaine (1). Il faut en rapprocher en particulier les traités conclus par Rome avec Astypalaia (2) et avec Tyrrheion (3).

(1) Ces textes ont été étudiés par Viereck, Sermo r/raecus quo S. P. Q. R. magislratusque P. R. usque ad Tiberii Caesaris aetatem iîi scriptis publicisusi sunt, Gôttingen, 1888. Depuis le travail de Viereck, la série s'est enrichie de nouvelles inscriptions, par ex. le sénatusconsulte de Tabae [BCII, XIII, 1889, p. 503), celui de Delphes de l'an 112 {BCH, XXIII, 1889, p. 1 et 303), le fragment de Perganie (.4</t. Mil., XXIV, J899, p. 191). 11 est intéressant de comparer ces textes à ceux de la période impériale réunis par Lafoscade, De epislulis imperatorum magislialuumque romanorum quas ab aelule Augusti usque ad Conslanlinum graece scriplas lapides papy rive servaverunl, Lille, J902.

(2) CIG, 2485 ; Viereck, XXI, p. 42.

(3) Cousin, BCII, X (1886), p. 165; Viereck, XXII, p. 45;

Du texte môme du traité, il reste peu de chose, quelques lambeaux du début et les formules finales qui autorisent les contractants à modifier le traité d'un commun accord, soit en effaçant certaines clauses, soit en en ajoutant de nouvelles. Nous avons rétabli le sens général en nous inspirant des passages analogues du traité avec Astypalaia, 1. 23-26, 39 et sq. Les phrases subsistantes sont trop courtes et trop mutilées pour qu'on puisse faire d'utiles remarques sur la langue, forme et style du document. Apparemment il n'était, comme les autres, qu' « un thème grec mal fait par un latin » (1).

L'intérêt de notre texte réside dans le préambule. Il débute par une date, le 6 avant les ides de novembre (8 novembre) (2), mais semble muet sur l'année. M. Matsas pense la retrouver dans le passage mutilé de la 1. 1 : il restitue i'i' (ou y) vso'j [àpy^ç £T]o[y]<; et rapporte cette date à l'ère d'Actium. Mais la formule qu'il rétablit semble étrange (3) et ne se retrouve pas ailleurs (4). A défaut de la solution proposée par M. Matsas, je ne chercherais pas davantage une autre ère locale en restituant [£]tou[;] Un document officiel, rédigé en latin à Rome, ne peut être daté autrement que par les noms des magistrats romains : les traités avec Astypalaia et Tyrrheion mentionnent dans leur intitulé les

(1) Colin, BCH, XXIII (1899), p. 312. Notons comme latinismes l'emploi de •j'-ôî, même lorsqu'il s'agit de Grecs (a, 1. 6), l'omission de l'article (xal St,[i.ou Kv'.Siwv, a, 1. 9; cf. Viereck, p. 60). Viota adscrit subsiste après H (6, 1. 7), manque après i2 {b, 1. 10) et après A (a, 1. 4, 5) ; il est téméraire de conclure d'après quelques exemples isolés que notre texte ne confirme pas ici les données habituelles ; dans la traduction d'une loi de l'an 100, retrouvée à Delphes, Viola existe toujours après A, le plus souvent après Q, rarement après H; M. Colin (ibid., p. 309), qui fait les mêmes remarques à propos du sénatusconsulte de 112, explique ces différences par l'influence de la prononciation sur l'écriture.

(2) Sur les formules de quantième, cf. Viereck, p. 81.

(3) On attendrait plutôt vsai; àp/f,; s'touî.

(4) On trouve à Samos stouî... tï,î Ka£aapo<; vtxT,<;, Ross, Insc. ined., II, p. 75; à Byblos sto-j;... v^>c•r^; Kai'japoî SESâtTTOu 'AxTiaxf,!;, Renan, Mis. de Phénicie, p. 241. Voir Kaestner, De aeris quae ab imperio Caesaris Oclaviani conslitulo initium duxerint, Leipzig, 1890.

36 AUGUSTE JARDÉ

consuls, le préteur urbain, le préteur pérégrin (1). On peut s'étonner qu'ici pareille mention fasse défaut. Quant à la lacune de la 1. 1, peut-être contenait-elle le nom de Fédifice où fut prêté le serment (2). Un nouvel examen de la pierre permettrait peut-être de résoudre la difficulté.

Une date approximative peut du moins être proposée d'après les personnages cités, Romains ou Cnidiens. Le premier des Romains qui ont juré le traité, Cn. Domitius M. f. Menenia Iribu Calvinus, s'identifie sans hésitation avec un personnage connu (3). Tribun de la plèbe en 59, préteur cn 56, consul en 54, il abandonne le parti de la noblesse pour celui de César et prend une part active aux campagnes contre les Pompéiens. Il est pontife, magister equitum en 43. En 42, il lutte contre la flotte des meurtriers de César, obtient en 40 un second consulat. De 39 à 36, il gouverne l'Espagne et mérite les honneurs du triomphe. On ne saurait dire s'il vivait encore à l'époque d'Actium (4).

Le nom du second romain est incomplet. Faut-il restituer Pompeiiis, Pomponius^ Pompilhis? La faible étendue de la lacune, une quinzaine de lettres environ, nous invite à choisir pour le gentilice comme pour la tribu les noms les plus courts : on lirait volontiers rvaïoç no[j.Tt[7Î'wç rvaio-j ulô; KoX]- Aiva 'Poûcpo;. Mais ce n'est pas là une certitude. Le cognomen Rufus se rencontre dans la gens Pomponia (5) comme dans la ffens Pompeia (6) ; nous avons même un Q. Pomponius

(1) Viereck, XXI, p. 43, 1. 13 sqq.; XXIF, p. 4S, I. 2 sqq.

(2) Dans les sénatusconsultes la date est suivie par la mention du local où. le sénat a tenu séance, p. ex., Viereck, XII, p. 17, 1. 9-10; XVIII, p. 36, 1. 5, 61 ; XX, p. 41,1. 3-5.

(3) Nous résumons la biographie donnée, avec les références, dans Pauly- Wissowa, 5. V. Domitius, n» 43, p. 1419 sqq.; cf. Dessau, Prosop. imp. rom., s. V. La tribu est mentionnée ici pour la première fois.

(4) Il n'est pas certain quil faille le reconnaître dans un Cn. Doni[itiu8], cité dans les actes des Arvales de l'an 21 {Ephem. epigr., VIII, p. 317), pas plus que dans un Domitius, qu'une inscription de Lydie {CIL, III, suppl. 7113) mentionne peut-être comme proconsul (1. 14 [ivÔuTîa'jTou ?)

(5) P. ex., Q. Pomponius Rufus, légat de Dalmatie en 93.

(6) P. ex., Q. Pompeius Rufus, consul en 88.

Q. f. Rufiis, praefectus alae dans un diplôme militaire de 64 (1), qui apparlienl précisément à la tribu Collina. Encore faudrait-il, avec l'un ou l'autre nom, identifier le personnage et je Fai vainement cherché parmi les Romains du 1" siècle (2).

Les deux Gnidiens qui ont juré le traité sont inconnus (3). En revanche, les envoyés de Cnide cités comme témoins (4) appartiennent aune illustre famille (5). G. Julius Théopompos, fils d'Artémidoros, auteur de traités mythologiques, avait reçu le droit de cité romaine de Gésar, son hôte et ami. De ses deux fils, le second, Hippocritos, n'était pas encore connu, mais le premier, Artémidoros, partageait la renommée paternelle : écrivain comme son père, il est lui aussi un familier de Gésar et cherche à le prévenir de la conjuration des Ides de Mars. De nombreuses statues avaient été élevées à ïhéopompos : une inscription retrouvée à Delphes nous en fait connaître une nouvelle (6) :

[rà'iiov 'IouX(.o]v ©EOTtOpiTrOV 'ApT£tJ.t,- [owpo'j £Ù(T£êei]aç é'vsxsv xal eùvoiaç ['A7tô).).ovi, riuJGitot.

Les noms de Gn. Domitius Galvinus et de G. Julius Théo-

(1) CIL, III, p. 846.

(2) Un Cn. Pompeius, qui fait partie de l'armée de César (Caes., De bel. gai., V, 36) est sans doute originaire de Gaule, puisqu'il sert d'interprète entre Titurius et Ambiorix; il faut peut-être reconnaître en lui Pompeius Trogus, le père de l'historien, qui fut secrétaire de Gésar (Justin, XLIIl, 5, 12).

(3) Le seul nom conservé est difficile à lire : je crois voir K>>tvtaî (= KXsivîaî) ou K)iiv£ftî; SeiÀLou est inconnu et douteux, peut-être peut-on lire [MjS'.[S]cou.

(4) Je ne sais comment restituer la fin de la 1. 6 et le début de la l. 1, où l'on a peut-être [Kv]t5tot.

(ii) Les textes littéraires et épigraphiques relatifs à Théopompos ont été réunis par G. Hirschfeld, C. Julius Theopompiis of Cnidus, Journ. of hell. st., VII fl886), p. 286-290.

(6) Inédit. Inv. n" 3872 ; 13 juin 1896, en bas de l'entrée principale. Base en calcaire noir avec deux trous de scellement pour pieds de statue sur la face supérieure. Haut., 0 m. 283; larg., 0 m. 95; ép., 0 m. 72; haut, des lettres, 0 m. 02 à 0 m. 025. Copie de P. Fournicr. Je remercie vivement M. Bourguet, qui a revu la pierre et m'en a envoyé une nouvelle copie.

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pompos nous ramènent l'un et l'autre à l'époque de César. Or, Plutarque nous renseigne sur les rapports de César et

de Cnide : Kalio-ap Kvwiojç ts, B£07i6[J.7C(o tw o-uvayàyovTi

Toùç fAuGouç ^ap'.^épicvo;, r,"À£u9£p(oa-£ (1). Le rôle particulier joué par Théopompos à la fois dans le passage de Plutarque et dans notre document nous invite à rapproclier l'un de l'autre. Notre traité ne serait-il pas un acte officiel confirmant les mesures prises par César (2)? Cnide n'aurait pas seulement reçu de lui à titre gracieux et révocable des privilèges comme la liberté et l'exemption d'impôts (3), elle aurait obtenu la garantie de ses droits par un traité engageant les deux parties contractantes. Elle n'est pas simplement une civitas libéra et immunis, mais une civitas fœderata. Le terme un peu vague employé par Plutarque trouverait son développement et son explication dans l'inscription de Chalcis.

Auguste Jardé.

(1) Plut., Cae*., XLVIII.

(2) On peut supposer que César a fait rédiger le traité une fois rentré à Rome ; il y revient, après la campagne contre Pharnace, en septembre 47 : or notre texte est du début de novembre. Si on le place en 47, on peut chercher là l'explication dun fait qui nous a surpris, l'omission dans le préambule de tout nom de magistrat. En l'absence de César, les élections n'avaient pas eu lieu ; aussi, en 47, Rome n'avait-elle ni questeurs, ni édiles curules, ni préteurs, ni consuls ; les comices consulaires furent tenus seulement après le retour de César et les consuls ne remplirent leurs fonctions que dans les derniers mois de l'année. Pour séduisante que soit cette explication, nous ne devons l'envisager que comme hypothèse.

(3) Une inscription de Cnide (G. Hirschfeld, /. l., p. 290, n. 2; Newton, Discov., p. 760, n» 47) mentionne réXsuespiaet l'àvtucpopîx. Sous l'empire, Cnide continue à être libre, Plin. //. N., V, 28.

J'ai entendu plus d'une fois ce vœu que chacune des provinces romaines fût l'objet d'une monographie détaillée. Il en est qui ne s'y prêtent guère, si pauvre est notre information. Du nombre est l'île de Cypre ; je voudrais cependant essayer de grouper quelques textes qui la concernent ; les lacunes mômes du tableau seront parfois instructives. A mes devanciers je ne dois que quelques éléments du travail : le plus utile est encore le vieux Meursius (1), avec sa compilation assez désordonnée et sans critique. Du point de vue géographique, une grande œuvre a été commencée (2), qui ne donne à peu près rien pour mon sujet, mais s'accompagne de la meilleure carte que nous possédions. Marquardt (3) s'est borné à une page, comme le dictionnaire de De Ruggiero (4).

La politique romaine était à longues vues; elle intervenait

{i)Joannis Meursi operiim vol. terlium, ex recens. Joannis Lamj, Florenliae, 1744 {Cyprus, col. 549-680 ; cf. surtout 652 sq.).

(2) Eug. Oberhuminer, Die Insel Cypern : Eine Landeskunde auf hislorischer Grundlage. I. Quellenkunde und Nalurbesclireibung, Munchcn, 1903. Cette première partie a seule paru.

(3) Organis. de VEmp. romain, trad. fr., Paris, 1892, II, p. 327.

(4) Dizionario epigrafico, 1907, s. v. (Vaglieri). G. d'Hugues, Une province romaine sous la République, Élude sur le proconsulat de Cicéron, Paris, 1876, concerne Cypre en quelque mesure, mais dépasse le sujet au lieu de l'approfondir, et abuse des réflexions morales à la Plutarque. Ath. A Sakellarios, Ti Kuîrp'.avti, fjTo: yswypasta, taxopîa xal -fKCiVzx xf.î vf,ffou Kûirpou dire tûv àp/a'.oTÎTwv /pôvwv [xe/pi sf,|jLEpov, Athènes, I (1890), juxtapose sans art, mais non sans erreurs, les textes fondamentaux.

discrètement d'abord, avec plus de fermeté ensuite, dévorant au besoin un manque d'égards, qu'elle notait soigneusement comme un grief pour une occasion meilleure. Les Romains s'occupèrent de Gypre longtemps avant de s'y installer : « Autrefois, ville par ville, les Cypriotes étaient soumis à des tyrans ; mais une fois les Ptolémées maîtres de l'Egypte, Cyprc aussi tomba entre leur mains, avec le concours souvent môme des Romains (1) ». Ces derniers mots indiquent une action continue. M. Bouché-Leclercq, dans son Histoire des Larjides, a égrené les témoignages qui s'y rapportent; reste à les réunir en y joignant les commentaires qui n'étaient pas de son sujet. Mais d'abord un coup d'oeil sur les compétitions autour de Cyprc dès la mort d'Alexandre fera saisir l'importance spéciale de l'île dans le bassin oriental de la Méditerranée.

L'ancien lieutenant d'Alexandre, Ptolémée, avait voulu, pour faire de l'Egypte une grande puissance maritime, prendre Cypre sur laquelle il ne possédait qu'un protectorat moralement acquis; il convoitait encore la Syrie comme « prolongement de l'Egypte et moyen d'attaque contre Gypre (2)». Démétrios Poliorcète s'empara de l'île; elle lui resta après Ipsos, mais, dès le début du m® siècle, fut reprise par Ptolémée (3), avec une partie de la Phénicie. Antiochos III de Syrie essaya sans succès de la conquérir sur Ptolémée Epiphane (4).

Nous pouvons maintenant sauter plus d'un siècle. En 168, le fils d'Antiochos le Grand, Antiochos IV Epiphane, avait déclaré la guerre aux fils de Ptolémée Epiphane, Philométor et Evergète (ou Physcon). Il envoya sa flotte vers Cypre et partit pour l'Egypte. Aux députés des Ptolémées il promit de rappeler ses navires et de ramener son armée, à la seule

(1) Strabon, XIV, 6, 6, p. 684 C.

(2) Appien, Syr, 52 : xal £Ttt5(£tpTr)[ia xaxà Kûi:pou.

(3) V. les textes dans Bouché-Leclercq, op. L, I (1903), pp. 70, 80.

(4) Tite-Live, XXXIII, 41 ; Appien, Syr., 4.

condition expresse qu'on lui abandonnerait Cypre et Péluso. Déjà alors Rome s'immisçait dans tous les conflits orientaux ; elle tergiversa un moment, la lutte contre Persée ne lui laissant pas liberté entière, mais aussitôt après Pydna prit parti résolument (4).

Elle dépêcha des ambassadeurs qui près d'Alexandrie rencontrèrent Antiochos ; ici se place l'anecdote célèbre qui, vraie ou fausse, s'accorde avec le goût romain pour les manifestations théâtrales, propres à frapper les esprits : Popillius traçant un cercle sur le sable autour de son interlocuteur elle sommant de n'en point sortir sans s'ôtre déclaré. Antiochos, qui avait bravé les Lagides, se laissa intimider et abandonna ses ambitieux projets; alors les légats mirent à la voile vers Cypre et en éloignèrent les vaissaux d'Antiochos, qui avaient déjà vaincu la flotte égyptienne (2).

Rome, dès le principe, avait reconnu la valeur stratégique de Cypre. Cette île est comme la bissectrice de l'angle que dessinent le rivage sud de l'Asie Mineure et la Syrie, dont elle est deux fois plus rapprochée que de l'Egypte, et surtout d'Alexandrie. Ce vaste golfe est son orbite naturel, et ceux qui en détiennent les deux parts jettent fatalement les yeux sur elle (3). De plus, la marine séleucide était appelée à un plus grand essor que l'égyptienne (4), celle-ci bénéficiant

(1) Bouché-Leclercq, ibid., 11 (1904), p. 18 sq.

(2) Tite-Live, XLV, 11-12.

(3) Séleucos Nicator, pour peupler sa nouvelle capitale, Antioche, y avait transplanté notamment toute une colonie cypriote (Pausan. Damasc, ap. Malalas, p. 198 Bonn [Fraqm. hisl. rjr., IV, p. 469). Un courant de sympathies et de relations fréquentes pouvait en naître et se développer entre les deux contrées.

(4) Nous ne savons presque rien de la marine des Lagides; il est clair cependant qu'ils eurent quelque temps la maîtrise de la mer dans la Méditerranée orientale; elle leur échappa en 241, par une coalition rhodo-macédonienne, et passa à des puissances secondaires; la Syrie parut un instant devoir en hériter, car Antiochos III, en 220, s'empara des galères nombreuses ancrées dans les ports phéniciens (Polybe, V, 62), accentuant cette décadence navale de l'Egypte. Mais Rome veillait; la défaite de Myonnesos, en 190 (Tite-Live, XXXVII, 27 sq.), anéantit les espérances des Séleucides (W. S. Ferguson, Joiirn. of. hell. sliicL, XXX (1910), p. 189-208). Une précaution essentielle était

d'un moindre développement de côtes et la navigation ne trouvant à l'ordinaire, aux bouches du Nil, que des conditions défavorables. Les Romains s'ingénièrent donc à interdire Cypre aux Séleucides ; l'Egypte n'y pourrait conserver, par ses propres moyens, une domination sans troubles; et la Syrie, maîtresse des voies commerciales vers la Perse, aurait une menace perpétuelle pour ses débouchés, dans cette île, cause de discordes, d'usure pour les deux grandes monarchies, au profit d'un troisième larron.

Politique heureusement conçue, mais le hasard la compliqua; les conflits s'élevèrent moins entre les deux royaumes (1) qu'à l'intérieur de chacun d'eux, entre prétendants vainqueurs tour à lour. En Egypte, on essaya de la conciliation : les cadets des Lagides devinrent rois ou vice-rois de Cypre. Depuis la tin du n" siècle, le pays est dominé par les intrigues passionnelles et féminines; on voit de singuliers chasses-croisés, dûs à quelque reine omnipotente : un roi d'Egypte est envoyé à Cypre, et celui de Cypre rappelé à Alexandrie. Comment môme définir la situation véritable de l'île, officiellement réunie à l'Egypte, bien souvent séparée de fait (2) ?

Cette séparation de fait, Rome s'efforça de l'assurer : c'était affaiblir l'Egypte que de mettre obstacle à son unité. Il fut décidé que deux légats, ï. Torquatus et Cn. Merula, établiraient la paix entre les fils d'Epiphane en installant à

de leur interdire la possession de Cypre, comiue le comprirent les Romains. C'est de là que partit la flotte ^'gyptienne dans la o guerre de Laodice », d'après le papyrus de Gourob (Cf. Houché-Leclerq, I, p. 249).

(1) Par une dernière tentative, Démétrios V^ Soter réussit à corrompre le gouverneur de Cypre, Archias (155); mais celui-ci, dénoncé, se pendit (Polybe, XXXIII, 3'j. Réciproquement, cinquante ans après, Ptolémée Lathyros, installé à Cypre, devait faire contre la Cœlé -Syrie une démonstration également vaine; il ne serait point surprenant que Rome l'eût contrariée en secret, si elle eut le temps d'y pourvoir.

(2) Car Cypre devient « le fief de celui des deux concurrents qui, de gré ou de force, se contente de la seconde place » (Bouché-Leclercq, III (1906), p. 99) ; or il ne s'en contente pas longtemps.

Cypre le plus jeune, Evergèle, ywpU -oXluoj (1); lequel, escomplant une aide plus sérieuse, complotait déjà une expédition (2). On lui fit entendre qu'on ne l'aiderait que diplomatiquement, et qu'il eût îi entrer en possession à ses risques et périls; alors il se tint coi, sachant Philométor informé des vagues projets de Rome sur Cypre, puis essaya d'un grotesque artifice : il vint en Italie se plaindre d'une agression ourdie par son frère, et d'où il serait sorti tout sanglant. Le Sénat feignit d'être dupe, risqua un pas de plus : cinq légats (dont L. Minucius Thermus et le même Merula), accompagnés d'autant de quinquérèmes, eurent mission officielle d'introniser la «victime», mais toujours sans combattre; on écrivit simplement aux alliés de Rome, en Grèce et en Asie, qu'ils étaient autorisés à soutenir l'entreprise d'Évergète (3). Cette dernière échoua, par l'abstention des « alliés » et la prévoyance de Philométor, qui mit Cypre en état de résister; Evergète fut pris, mais son frère eut le bon esprit de l'épargner (4). Au surplus, les Cypriotes n'aimaient point Evergète, et un sentiment naissait chez eux : le désir de l'autonomie (5).

Entre temps, des troubles intérieurs, de graves difficultés sur d'autres théâtres obligèrent les Romains à laisser sommeiller la « question d'Orient ». Sylla la réveilla adroitement en 80, en imposant à l'Egypte un prétendant qui devint Ptolémée XII -Alexandre II, épousa sa belle-mère, seule héritière des Lagides, puis l'assassina et fut lui-même mis à mort dans sa capitale. Il n'y avait plus d'héritier légitime ; les Alexandrins fixèrent leur choix sur deux bâtards des derniers rois, l'un pour l'Egypte, l'autre pour Cypre (6). On apprit alors à Alexandrie que les Romains prétendaient déte-

(1) Polybe, XXXI, 18.

(2) Id. XXXII, 1.

(3) Id., XXXIU, 5.

(4) Id., XLII, 12; Diodore, XXXI, 33; Bouché-Leclercq, II, p. 33-43.

(5) Bouché-Leclercq, ibid., p. 96.

(6) Trog. Pomp., ProL, XL.

nir un testament, par lequel le roi Alexandre, tué récemment, leur avait légué son royaume. « Il est possible, dit M. Bouché-Leclercq, que Sylla, toujours pressé par les besoins d'argent, ait pris ses précautions avec son protégé et lui ait fait signer, avant de l'envoyer à Alexandrie, des engagements qui passèrent plus tard pour des legs testamentaires (1). » Assurément, et tant d'héritages étaient alors promis à Rome qu'une suspicion inévitable les atteint. Néanmoins ce nouveau testament n'aurait rien d'invraisemblable. Le premier en date, celui d'Attale, n'était point une supercherie : le roi de Pergame trouvait moyen par là d'écarter Aristonicos ; on ne voit pas qui Alexandre eût pu vouloir éliminer; ce ne sont pas sans doute les deux bâtards, futurs rois, dont on ne se préoccupait guère à cette date. Mais ce malheureux dégénéré n'attendait peut-être aucune progéniture d'une épouse de beaucoup son aînée; il voulut au moins consolider sa couronne : les Romains, protecteurs assez tièdes des princes acceptés pour « amis », ne lui procureraient-ils pas une plus ferme assistance s'ils escomptaient sa succession? Qu'il fût chassé du trône, et toutes ses dispositions tombaient de plein droit; elle ne vaudraient que s'il restait au pouvoir. Rome aurait donc intérêt à patienter et à le soutenir. — Conjectures, certes, mais que je crois très défendables.

Les événements déjouèrent tous ces plans. Aulètès devenu roi (Ptolémée XIII), qu'est ce que Rome allait décider? Le Sénat ne refusa pas le legs; il en ajourna l'exécution en tolérant ce qui se passait en Egypte. Une autre proie s'offrait: en 64, Pompée s'emparait à titre provisoire de la Syrie, elle même dès longtemps précipitée dans l'anarchie par les compétitions au trône —

On sait ce qui suivit : Aulètès, « roi d'Alexandrie », acheta à beaux deniers le bon vouloir des chefs romains,

(1) Op. t., p. H8-H9.

LES BOMAlNS ET CYPÎIE 68

leur laissant à dépouiller son frère Ptolémée (de surnom inconnu), le roi de Cypre. Une des lois que fit voter, en décembre 59, P. Clodius, tribun de la plèbe, décida qu'on allait recueillir une part de l'héritage de Ptolémée Alexandre, que Cypre deviendrait province romaine, et les biens de la couronne propriété de la République (1). Les historiens ne veulent voir dans ces mesures que des actes de politique intérieure : Clodius « donnait satisfaction au parti démocratique », à qui ne profitaient point les largesses d'Aulètès; « il trouvait de l'argent pour assurer le fonctionnement de la loi frumentaire, et il pourrait éloigner Caton — qui le gênait — en l'envoyant à Cypre (2) ». Peu importent les prétextes allégués : Ptolémée, homme perdu de vices (3), avare au point de marchander la rançon de Clodius enlevé en 67 par les pirates, car il n'offrit que deux talents, et les brigands ne lâchèrent leur homme qu'à l'approche de Pompée (4). Les auteurs anciens eux-mêmes ont été frappés avant tout des rivalités des factions et de leurs chefs. Mais le recul des siècles nous permet d'autres aperçus : dans les circonstances oii elle se présentait, l'acquisition de Cypre, préparée de longue main, arrivait à son heure. L'ordre des annexions, je ne vois pas qu'on l'ait remarqué, était celui-là même que suggérait la géographie.

En 102, Marc Antoine conquiert la Cilicie, domaine des pirates; et pour faire mieux valoir le service ainsi rendu à la police des mers, une loi de l'année 400 enjoint au consul d'adresser aux souverains de Cypre (5), Egypte, Cyrène, alliés du peuple romain, des lettres les invitant à prendre soin qu'aucun pirate ne puisse partir de leurs territoires ou s'y procurer des ressources (6). En 96-9S, c'est, loin de là (pour

(1) Tite-Live, Epit., CIV ; Dion Cassius, XXXVIIF, 30.

(2) Bouché-Leclercq, II, p. 137.

(3) Velleius Paterculus, II, 45.

(4) Strabon, Z. a7. ; Appien, Bell. civ.,U, 23.

(3) Les pirates étaient très actifs à Cypre (Appien, Bell. Mithr., 92; cf. 95). (6) D'après une inscription mutilée de Delphes, gravée sur le piédestal du

multiplier les bases d'opérations sans trop effrayer), Cyrène reçue par héritage, apparemment capté; laissée libre d'abord, puis réduite en province rattachée à la Crète (67). En 64, grâce à ces points d'appui nouveaux, conquête de la Syrie; en 58, Gypre tombe au pouvoir de Rome comme un fruit mûr. L'encerclement de l'Egypte est accompli; le moment venu, on l'aura. Rappelons ici un mot bien caractéristique de Cicéron. Quand elle apprit cette annexion, la populace d'Alexandrie somma Aulètès de revendiquer l'île ou de rompre avec les Romains; le roi, menacé, s'enfuit à Rome. Grave embarras pour ses hôtes; l'orateur, à la suite d'un entretien avec Pompée, écrivait à Lenlulus (1) : « Il n'y a aucun sénatus-consulte vous enlevant le droit de ramener le roi à Alexandrie. C'est à vous, qui avez en main la Ciiicie et Cypre, de bien examiner ce que vous pouvez entreprendre ». De médiocres anecdotiers, grecs et latins (2), n'ont vu dans cette affaire qu'une histoire de trésor mis à sac (3), de querelles individuelles entre protagonistes de la République romaine. Nous pouvons donc élaguer beaucoup dans leurs récits, mais quelques détails sont à relever. Au départ de Caton, Clodius ne lui donna oO vaùv, où orp aTtwTYiv, oj'^^ Ott^oéttiv; il n'eut que deux secrétaires, l'un voleur et scélérat, l'autre client de Clodius (4), destinés à jeter le désordre

monument de Paul Emile : Jardé, Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1904, p. 533.

(1) Ad famil., I, 7, 4-5 (fin juillet 56).

(2) Vell. Paterc, 11, 45, 4; Aurel. Victor, de vit: ilL, 80, 2; Plutarquc, Cat. mm.,XXXlV-XLV; Valère Maxime, IX, 4, 3, Ext. 1 ; add. IV, 1, 14; 3, 2; VIII, 15, 10; Sénèque, Cons. od Marc, 20, fi; Sidoine Apoll., Carm., Il, 473-474. Tite-Live paraît avoir mieux compris tous les aspects de la question, comme le donne à entendre son Epilomator (CIV) : Lege lata de redigenda in provinciae formam Cypro et publicanda peciinia regia.^

(3) Cicéron, deux ans après {Pro Sest., 27, 59), pour diffamer Clodius, s'apitoie sur « ce malheureux roi de Cypre...., un allié, un ami...., confisqué tout vif...». Une faut pas oublier que Clodius, en 59, « désespérait de faire bannir Cicéron, Caton présent» (Plutarqtie, Cat. min., XXXIV, 2). L'intérêt politique de l'occupation de l'île s'efface au regard de l'avocat.

(4) Plutarque, ibid., XXXIV, 3.

dans ses comptes. Ce très petit équipage indique combien peu Ton redoutait la moindre dilficulté sur place. Caton, moins rassuré, envoya de l'avant à Gypre un de ses amis, Canidius, conseiller à Ptolémée de céder sans combat; sa vie ne s'acbèverait point sans biens ni sans honneurs; on lui conférerait la prêtrise de Paphos. Ptolémée s'empoisonna; avec lui disparaissait un premier obstacle; mais qu'allaient faire les Cypriotes? Caton, toujours prudent, s'abstient encore de paraître, sans que Plutarque semble en soupçonner la raison (1), et détache son neveu Brutus. Craintes vaines; les habitants ne firent aucun mouvement; le point de vue dynastique leur devait être indiiïérent, et quant aux richesses convoitées, pouvaient-ils (enter de les retenir par la force ? Les gouverneurs des provinces voisines se tenaient aux aguets; nul secours à attendre d'aucun côté. On vendit donc sur place les biens royaux (2) ; Caton lui même poussait les prix et obtint le maximum sur chaque article ; les

(1) Dion Cassius (XXXIX, 22), dit avec quelque naïveté : « Les Cypriotes, alors esclaves et espérant devenir les alliés et amis des Romains, reçurent Cafon à bras ouverts ».

(2) Pourquoi sur place ? A Rome même, on eût trouvé peut-être de plus sérieux enchérisseurs. Le procédé parut sans doute, juridiquement, plus correct; il permettait aussi aux particuliers ou aux villes qui voudraient retenir dans le pays une part de ce patrimoine, à quelques égards national, de participer à la vente. Enfin le transport du numéraire devait être moins encombrant que celui du mobilier. Il n'empêche qu'un doute sérieux ne s'élève sur l'authenticité des 7,000 talents réalisés, au seul rapport de Plutarque {Ibid., XXXVin, 1). J'accorde que des acheteurs ont pu venir d'Egypte, d'Asie Mineure, de la riche Phénicie. Mais on est sceptique malgré soi sur l'opulence de cette couronne de Oypre, souvent transférée d'un prince à un autre, et dont relevait un bien petit territoiie. On croirait plus aisément aux trésors de l'Aphrodite de Paphos; à moins que les cadets de la souche des Lagides n'aient pressuré les populations; l'attitude de celles-ci, à la dernière heure, en deviendrait plus explicable. Florus, abréviateur de Tite-Live, dit aussi (I, 44 = m, 9) que Caton procura plus d'argent à Vaerarium qu'aucun triomphe antérieur; cela prouverait que les triomphateurs ne songeaient pas qu'à la République. Notons du reste que, dans l'avoir de Ptolémée, restèrent encore en dehors de la vente les esclaves, qui passèrent au service de l'État romain; Clodius voulait en effet qu'on les appelât Clodii ou Clodùini, en souvenir de la lex Clodia; mais Caton, sans insister pour leur ilonner son nom, obtint qu'ils fussent nommés Cyprii (Dion Cassius, XXXIX, 23).

êS Victor ciïAPôt

diœcètes royaux assistèrent à Tencan et furent d'utiles témoins contre les ennemis et sycophantes, quand les deux livres de comptes du magistrat romain eurent disparu, l'un par le naufrage de son atTranclii Philargyre, l'autre par l'incendie des tentes de Caton.

La nature môme de sa mission lui avait fait décerner le litre de questeur (1), mais renforcé de Vimperium prétorien. Les vicissitudes de l'opération à laquelle il avait présidé ont passionné les historiens de façon si exclusive qu'aucun ne nous dit à quel régime administratif il soumit lîle avant de la quitter, ni celui que Rome y organisa (2). Nous voyons, par la correspondance de Cicéron, que ce dernier, gouverneur de Cilicie en Sl-50, l'était de Gypre en même temps. Ce régime provisoire fut sans doute adopté dès le début, et l'île passa ainsi, probablement, tout d'abord sous l'administration de P. Lentulus Spinther, puis, sûrement, sous celle d'Appius Claudius Pulcher.

Que fut celle du premier? Relativement digne d'éloges; Cicéron, du moins, devait plus tard la présenter comme modèle (3). Celle d'Appius Claudius? Suspecte à première vue, car les publicains de la province se portèrent à la rencontre de Cicéron, pour le prier de transporter dans son édit quelques clauses de son prédécesseur (4). D'autre part, Pulcher, à peine reparti, lui reproche d'avoir empêché la venue à Rome de députés provinciaux qui devaient témoigner pour lui. En réalité, une délégation de notables avait demandé à Cicéron de réduire les dépenses de quelques villes très pauvres, notamment les indemnités excessives versées à ces députés; des magistrats complaisants, imposés sans

(1) Aurel. Victor, l. cit. : quaestor in Cyprum inissus.

(2) Strabon (Z. cit.) écrit que, dès l'occupation, l'île devint province prétorienne xa6' aùi-fyj. Faut-il traduire : « par elle-même », « à elle seule », cette forumle ambiguë? Rome n'aurait donc à l'origine songé à aucun rattachement ; mais rien n'est moins sûr.

(3) Adfamil., XIII, 48.

(4) Ibid., III, 8, 4.

doute par le gouverneur, favorisaient ces somptuosités inutiles. Que ces ambassadeurs aillent à leurs frais, s'ils le veulent, décide Cicéron (J). Contre ce dernier Pulcher, rendu à Rome, se répand en récriminations dont il est fait rapport à Atticus : « Il m'a adressé des lettres assez aigres, parce que j'ai annulé quelques-unes de ses dispositions. Un médecin, auquel on ôte un malade, trouve-t-il mauvais qu'un autre applique des remèdes ditîérents? Appius a traité la province par la saignée et me l'a remise épuisée ; je dois la remonter par un nouveau régime. Il l'a ruinée par son gaspillage : que dire de ses préfets, comités, légats, de leurs rapines? Ce matin même, je songeais encore à effacer quelques-unes de ses iniquités. » Il ne s'agit pas que de la Cilicie ; bientôt, grâce à Cicéron, il n'est pas de maison mieux ordonnée que toute sa province [tota) (2). Avant lui, chaque année, les cités prospères s'exonéraient à grands frais du logement des gens de guerre ; rien qu'aux Cypriotes il en coûtait deux cents talents attiqucs (3).

Sur son œuvre propre, Cicéron s'exprime sans modestie; mais heureusement pour nous, ses correspondants recueillent quelques données précises. Et d'abord il satisfit à la demande des publicains; sa lettre ne vise pas Cypre expressément, mais pour les brigands de la finance c'était terre vierge bien plus que la Cilicie; ils rie l'auront pas oubliée dans leurs opérations. Première capitulation; d'autres allaient suivre. Il arrivait en Asie à contre-cœur, pressé d'en repartir; avant môme d'y être, il conjurait ses amis de lui éviter une prorogation : tout plutôt que la provincialis molestia au-delà

(1) Ad fam., 111, 8, 2-5.

(2) Ad Att., VI, 1, 2. Faut-il croire qu'il exagère les malversations de son prédécesseur ? On remarquera la gradation de ses critiques: au début, il incline à l'indulgence; Pulcher, après tout, est un homme de sa condition, de sa classe; mais ensuite harcelé, agacé, il dit tout net ce qu'il sait. Voir plus loin l'afTaire de Scaptius. Cf. encore sur ces difficultés : Ad fam., lll, 7, 4-5; III, 10, 6-7.

{^) Ad Alt., V, 21,7.

d'un an (i) ! Cypre, chantier nouveau d'administration, eût dû, semble-t-il, rintcresser. Il ne s'y rendit môme pas; ses lettres le donnent clairement à entendre (2). Les Parthes sufïisaient-ils à absorber son activité? Songeait-il encore, malgré lui, que son exil, en 58, était une suite de cette affaire de Cypre qui avait éloigné son principal appui, Gaton? Et fallait-il enfin que le neveu de cet homme intègre, M. Brutus, vînt l'assaillir de tracas par ses opérations usuraires? On se rappelle que l'oncle l'avait envoyé des premiers dans l'île; le jeune homme n'y perdit point son temps : peu d'années après, il en était un des plus gros spéculateurs.

Il n'y paraissait pas ; on savait seulement qu'à Cypre il avait des amis. 11 en recommande deux à Cicéron, M. Scaptius et P. Matinius, créanciers de Salamine (3). Le gouverneur ne voit que le premier et lui promet qu'on le paiera, en considération de Brutus. L'usurier, par surcroît, demande une préfecture.

Il s'agit là d'une magistrature mal définie; le gouverneur pouvait librement créer des préfets en nombre variable ; Rome les ignorait et ne leur devait rien. Leur chef leur attribuait quelque indemnité et les employait selon les besoins. Fonctionnarisme, dirions-nous aujourd'hui. Ce point de vue était accessoire ; on ne souhaitait qu'une qualité officielle permettant tous les abus. Scaptius en avait été déjà

(1) Ad AU., y, 1; 2 et 9.

(2) 11 y délègue, pour très peu de jours, un de ses auxiliaires, Q. Volusius, dont il ne dit point le titre officiel, mais « homme sûr et étonnamment désintéressé », pour que les rares citoj'ens romains qui y font des affaires ne se plaignent pas d'être privés de tribunaux ; car on ne peut évoquer leurs causes: ils seraient obligés de quitter l'île [Ad AU., Y, 21, 6). Il ne dit rien de la justice rendue aux indigènes ; pour eux les jnges sont peut-être bien moins mirifice abstinentes.

(3) Pourquoi celle-ci était-elle obérée? Aurait-elle racheté une part des biens de Ptolémée ? La disette de blé [Ad AU., V, 21, 8) a pu affaiblir aussi ses facultés contributives; enfin et surtout il y avait le vecliqal praeloriutn (v. infrà)\ L'affaire de Salamine est résumée par G. Boissier, Cicéron et ses amis, p. 333, et W. Liebenam, Studteverwallu7if/ im rômischen KaiserreichCt Leipzig, 1900, p. 337 sq.

revêtu sous Appius, lequel lui avait donne' quelques turmes de cavaliers pour contraindre les gens de Salamine {i). Le successeur avait fait sortir ces troupes de l'île, et Scaptius se trouvait sans titre et sans pouvoir. Gicéron résista : il avait déjà refusé à d'autres, à des protégés de Pompée, de Torquatus, ne voulant attribuer ce titre à aucun negotiator opérant dans la province. Atticus appuya désespérément la requête, se fit même l'avocat d'une demande de 500 cavaliers. Gicéron s'en tira par l'ironie : « Mieux vaudraient des cohortes, ce serait moins cher; car Scaptius offre sans doute d'entretenir ces soldats. Il est donc devenu prodigue? » (2).

(1) La boulé de cette ville avait été ainsi bloquée in curia un certain temps, et cinq de ses membres y étaient morts de faim. Quand on sut dans cette ville l'approche du nouveau gouverneur, on envoya à sa rencontre une députation pour l'entretenir du scandale. Gicéron dut revenir plusieurs fois sur cette histoire, car Atticus s'obstinait à le solliciter pour Scaptius {Ad Ait., V, 21, 10; VI, 1, 6; VI, 2, 8).

(2) Ihid., VI, 2, 8. — La question des préfectures fait naître un petit problème : « Pour ces préfectures, que j'avais par vous promises à Brutus, j'en ai donné à M. Scaptius et à L. Gavius, qui font ses affaires dans la Gappadoce et n'en ont point dans ma province. H était convenu qu'il en pourrait disposer, pourvu que ce ne fût pas en faveur d'un negotiator [en Cilicie-Gypre]. Je lui en avais donné deux; ses protégés ne sont plus dans le pays » {Ad Att., VI, 1, 4). Quel M. Scaptius ? Non pas, a priori, le pseudo-créancier de Salamine; le gouverneur l'avait écarté (V, 21, 10); d'ailleurs (VI, 1, 6) : « Et maintenant Scaptius me présente une lettre de Brutus ....qui me demande une préfecture pour Scaptius. Je la lui ai offerte par vous ne negotiatori. A quelque autre, soit; à celui-là, non. » Il est extraordinaire que Gicéron ne précise pas, parlant de deux individus qui ont même gentilice et même prénom. Une faute de copiste est peu vraisemblable, car {Ad Att., VI, 3, 5) Scaptio, qui in Cappadocia fuit (c'est donc le compère de Gavius et non de Matinius), puto esse satisfactum. Is a me tribunatum cum accepisset, quem eqo ex Bruti litteris et detulissem, postea scripsit ad me se uti nolle eo tribunatu. Lié par sa parole, Gicéron cherchait, à défaut de préfecture, à calmer les appétits par quelque autre moyen. Et quant à Gavius lui-même, Gicéron lui avait accordé une préfecture, mais il s'arrangeait de façon à ce que ce fût un titre nu, évitant d'employer ce personnage suspect, qui n'avait alors aucun droit à réclamer les émoluments ordinaires {Ad Att., VI, 1, 6). Bien vaines les précautions du gouverneur le plus pointilleux. Les « hommes de paille » foisonnaient dans ces contrées livrées au pillage. Ges deux M. Scaptius sont sûrement de même famille et opèrent en parfait accord. Nous ignorons leurs cor/nomina, qui semblent avoir été peu usuels, puisque Gicéron les omet, et en tout cas ils n'auront pas sufli à masquer aux provinciaux l'entente faniiliale dans la concussion.

La contestation se poursuivit à Tarse, en présence de députés de Salamine, vivement irrités. Gicéron leur enjoignit de s'acquitter, « eu égard aux services qu'il avait rendus à la ville » ; ils avouèrent que l'économie du vectigal praetoriiim, grâce à son désintéressement, dépassait encore les exigences de Scaptius. Or ce dernier avait stipulé un intérêt mensuel de 4 0/0; mais Gicéron, dans son édit, ne reconnaissait que l'intérêt à 1 0/0. Une loi Gabinia refusait valeur juridique aux prêts conclus à Rome avec des provinciaux ; Brutus obtint un sénatus-consulte pour autoriser l'emprunt; un deuxième rendit l'obligation recevable en justice; les créanciers soutenaient en outre que l'intérêt à 4 0/0 se trouvait par là même approuvé ; pour Gicéron, la question du taux restait en dehors et soumise à l'édit. L'écart des prétentions, vu l'arriéré (six ans), était colossal : 200 talents selon Scaptius; 106 d'après les autres. Le premier demande à Gicéron de laisser l'affaire en suspens; le malheureux gouverneur, informé sur le tard qu'il n'avait affaire qu'à un prête-nom de Brutus et refoulant son indignation, obtint que les Salaminiens ne fissent point de sommation et que l'argent ne fût pas déposé dans un temple. « Mais qu'adviendra-t-il d'eux, ajouta-t-il avec mélancolie, si Paullus [Paul- Emile, beau-frère de Brutus] est nommé ici après moi ! »

Nous ignorons comment se dénoua le différend ; il est permis de le soupçonner. L'eût-il réglé, Gicéron s'en fût sans doute applaudi dans sa correspondance. Plus avisés, les usuriers auront patienté et obtenu satisfaction d'un magistrat moins scrupuleux. Détail piquant : Salamine était in jide Bruti (1 ) .

Gertes, les bonnes intentions ne faisaient pas défaut à Gicéron venant remplir sa charge. « Mon édit est court; il n'a que deux objets : l'un concerne les comptes des cités, dettes, intérêts, obligations; l'autre les héritages, nomina-

(1) Ad Att., VI, 1, 5. — Et de Caton, qui comptait môme toute l'Ile dans sa clientèle {Ad fam., XIV, 4, 15).

lions des magistrats, ventes; je n'y ai rien écrit quant à la justice, sinon qu'à cet égard j'adapterais mes décisions aux edicta urhana (1). J'ai plu à tout le monde jusqu'ici.... » Il se glorifiait surtout d'avoir permis aux cités de refaire leurs finances. Nous ne savons rien de plus précis sur le profit que Cypre, spécialement, retira en général de son administration ; rien non plus sur la gestion du questeur Coelius Caldus, qui vint relever ce gouverneur impatient de rentrer à Rome (2), ni sur les gouvernements qui suivirent (3).

Peu après, Cicéron écrivait à Sextilius Rufus : « Je vous recommande tous les Cypriotes, particulièrement ceux de Paphos, et d'autant plus volontiers que vous êtes le premier questeur en cette île; il importe donc à votre réputation, que je tiens à favoriser, d'établir un régime que d'autres suivront », et il l'engage à imiter Lentulus (4). Le premier questeur en cette île? Gomment l'interpréter? Zumpt (5) a vu dans Rufus un questeur de Cilicie, maisun second, expressément affecté à Cypre, l'autre restant sur le continent. Or nous n'avons connaissance que pour la Sicile de deux questeurs en fonctions, la même année, dans une seule province. Sigonius (6) estimait qu'avant Rufus aucun questeur de Cilicie ne se rendit à Cypre ; le Volusius délégué par Cicéron n'était donc pas questeur, mais peut-être plutôt cornes ou préfet. L'innovation qui se produisit, semble-t-il, sous le gouvernement de Domilius Calvinus (49-48) (7), indiquerait

(1) Ces termes désignent évidemment l'édit du préteur urbain de Rome. Il avait fait aussi de nombreux emprunts à l'édit de M. Scévola, proconsul d'Asie, donnant toujours le dernier mot à la bona fides {Ad Att., VI, 1, 15).

(2) Il dut se justifler de ce procédé vis-à-vis de ses amis, car le questeur était jeune et inexpérimenté ; cf. ad Att., VI, 4, 1 ; 5, 3; 6, 3 sq. ; VII, 1, S ; ad fam., II, 15, 4.

(3) P. Sestius, etc.. Cf. De Ruggiero, Diz. epigr., s. v. Cii.icia.

(4) Ad fam., Xlll, 48.

(5) Commentalion. epigraph. ad anliquil. Roman, pertinent., Berolini, Il (1854), p. 211.

(6) De antiquo jure provinciarum {Opéra, Mediolani, V (1736), col. 527).

(7) Cf. Bûlz, De provinciarum Romanarum quaestoribus qui fuerunt ab U . C. 672 usque ad U. C. 710, Leipzig, 1893, p. 61-62.

que la nécessité dtait enfin comprise de donner à Cyprc un administrateur spécial, en résidence sur son territoire. Le gouverneur de Gilicie devait lui avoir laissé une certaine liberté de décision, puisque les règlenicnts à prendre paraissent dépendre surtout de lui.

Faut-il croire que tout fut remis en question parles grands problèmes politiques? et que le peuple alexandrin déplorait la perte de Cypre au point d'induire César à une promesse de restitution en faveur d'Arsinoé et Ptolémée le jeune, autres enfants d'Aulètès (fin 48 ou début de 47)? Nous n'avons aucun moyen de contrôle sur le témoignage, unique et discuté, de Dion Cassius (i). Du moins en 43 Cypre était soumise au gouverneur égyptien Sérapion, et sa flotte, venant au secours de Cassius, non de Dolabella, joua par hasard un rôle important dans les guerres civiles (2). Enfin Antoine, après avoir remis celte île à un affranchi de César, Démétrios (41), en fit don à Cléopâtre (3). Cet apanage eut le même sort final que tous les autres présents accordés à la célèbre reine d'Egypte. Lors du partage des provinces qui suivit Actium, Auguste garda Cypre dans son lot (4) et l'on ne voit pas si elle resta unie à la Cilicie ou à l'Egypte. Il importe peu, puisque dès l'an 22 l'Empereur la rendait au Sénat, comme n'ayant plus besoin des armes romaines (5) ; elle acquérait enfin un régime stable, définitif, et formait une province à elle seule.

Si les Alexandrins la regrettaient, il ne semble pas que ses habitants aient gardé à l'Egypte la même fidélité. Les marques d'obédience envers Rome ne se firent point attendre ;

(1) XLII, 35; cf. le résumé de la controverse dans Bouché-Lcclercq, op. laud., II, p. 193, note 13, et 213, note 4.

(2) Appien, Bel. civ., IV, 61 ; V, 9; Sérapion est dit chef des troupes de Cléopâtre en Cypre ; Bouché-Leclercq, ibid., p. 226.

(3) Dion Cassius, XLVIII, 40, 5 6; XLIX, 32 et 41 ; Strabon, XIV, 6, 6, p. 685

(4) Dion Cassius, LUI, 12.

(5) Id., LIV, 4.

des calendriers, soumis récemment à une élude approfondie, en sont un curieux exemple (1). Le premier, établi entre 21 et 12 avant Jésus-Christ, ouvrait l'année en mai avec le mois d'Aphrodisios: mais l'Aphrodite dont ce dernier tirait son nom, était-ce bien celle de Paphos? ou n'était-ce pas plutôt l'aïeule lointaine des Julii, de la race d'Auguste? Il dut plaire aux Cypriotes de laisser croire à une fusion des deux patronages. Les noms des autres mois, du moins, ne permettent pas d'hésiter : Anchisaios, Romaios, Ainéadaios, Kapélolios, Séhastos (2), x\grippaios, Libaios, Ociabios, loulaios, Néronaios, Drousaios. Il en est peu dans le nombre où l'on puisse lire un hommage à Rome même ; honorer Anchise, c'était honorer en même temps Iule et ses héritiers; ces flatteurs visaient seulement Auguste et sa famille; peut-être aussi entrait-il un peu de gratitude dans cette ferveur, car, à la suite d'un tremblement de terre en l'an 15, les habitants de Paphos reçurent du prince des largesses en argent, et en vertu d'un sénatus-consulte ils appelèrent alors leur ville Augusta (3) ; j'inclinerais à placer en cette année l'organisation complète de leur calendrier. Il fut encore changé peu après ; des deuils répétés, des dissentiments de famille, des hontes même avaient réduit ou dispersé l'entourage de l'Empereur. Une adulation redoublée donna à Auguste une place presque exclusive; ses lilulatures prêtèrent des noms à plusieurs mois : Kaisarios, Autokralorikos, Démarchexousios, Pléthypatos, Archiéreus, débaptisés par suite de ces regrettables événements. Ce calendrier de

(1) Cf. Boll-Usener, Calai, cod. aslrol. gi'aec, II, p. 139 sq. ; W. Kubitschek, Ja/ireshefle des œsterr. Inslituls, VIII (1905), p. 111-116 ; A. von Domaszewski, Der Kalender von Cypern {Archiv filr Religionswissenschaft, XII (1909), p. 335- 337 = Ahhandlunr/en zur rom. Religion, Leipzig, 1909, p. 234-236).

(2) Au besoin, pour accentuer encore la déférence, on ajoutait à ce nom celui de l'Empereur régnant; ainsi paraît devoir s'expliquer, comme le fait Kubitschek (p. 113), la formule Tt6£puiou SegaTTOû a = l^r jour du mois Sébastos, et non l""» année d'une ère libérienne, qu'on a fait remonter à la ratification du droit d'asile [Inscr. gr. r. rom. perl., III, 941).

(3) Dion Cassius, LIV, 23, 7.

Paphos, capitale, dut s'étondre à la plus grande partie de l'île; Salarnine pourtant garda le sien, où, même sous la domination romaine, pullulaient les mois égyptiens.

A partir de l'époque impériale, l'histoire de Cypre demeure plongée dans une assez profonde obscurité (1). Elle connut alors, doit-on croire, plusieurs siècles d'existence facile, fort rarement assombrie par des crises passagères : quelques catastrophes sismiques (2), dont elle paraît avoir bien moins souffert que l'Asie Mineure, une invasion de sauterelles vers 180 (3), un coup de main, peu réussi, il est vrai, des Scythes en 269 (4), la tentative de tyrannie, en 323^ d'un aventurier obscur, Kalokairos, qui fut brûlé vif (5), une sécheresse exceptionnelle, que suivit une famine meurtrière (6), dans la première moitié du iv^ siècle. La plus grande épreuve semble avoir été subie en 117, quand les Juifs révoltés, sous la direction d'Artémion, devinrent maîtres du pays, saccagèrent et détruisirent Salamine ; avant que Rome ne parvînt à les soumettre, ils auraient fait périr 240,000 habitants. Ce chiffre de Dion Cassius (7), qui représente à peu près la population actuelle de toute l'île, est fort invraisemblable (8). Du moins, l'alarme fut chaude, car les Juifs, si

(1) Nous ne répétons pas ici la prosopographie des proconsuls et autres magistrats supérieurs (légats, questeurs, etc.), qu'on trouve clans le Dizionario de De Ruggiero, s. v.

(2) Voir la nomenclature dans Obcrhummer, op. l., p. 138.

(3) Puisqu'elle est soi-disant prédite par des oracles rédigés sous Commode {Oracula Sibyllina, V, 154).

(4) Treb. Poil., V. Claudii, 12, 1.

(5) Théophane, I, p. 43 ; Gedrenus, I, p. 'ô\9, Bonn.

(6) D'après Léontios de Néapolis ; cf. Oberhummer, p. 437-438.

(7) LXVIII, 32. 11 n'est révoqué en doute ni par C. de La Berge, Essai sur le règne de Trajan, Paris, 1877, p. 184, ni par Em. Schurer, Geschichle des jûd. Vol/ces, Leipzig, I* (1901), p. 666. Paul Orose, VII, 12, 8 ; Eusèbe, Chron., éd. J. Karst, Leipzig, 1911, p. 219; Syncelle, I, 657, Dindorf, ne donnent pas de chiffre pour les victimes, mais parlent du carnage accompli à Salamine seulement.

(8) Peut-être d'ailleurs a-t-il conduit à une méprise les commentateurs modernes. Dion écrit : "Ev te AlyjTTa) -itoWvà èSpaaav [ot 'louSaîot] ojioia, xal èv ■cfi Kûitpo), T,You[i.£vou a-fi(Jiv 'Apxeiiiwvoî • xal àitwXov-o xal £X£Ï [lupiâSsî TÉiaa-

nombreux à Cypre antérieurement (1), en furent bannis à perpéluité, sous peine de mort, sans exceplion pour ceux qu'une tempête aurait jetés à la côte (2). On ne sait par quelles mesures le gouvernement romain vint à bout de cette insurrection ; on est tenté d'en rapprocher la présence, non loin de Salami ne, de la [c]oh[or.s) VII Bre[ucorum\ c[ivium) R[omanorum) eq{uitata), alors commandée par le préfet M. Oct(avius) Ru[fus], et qui normalement campait en Pannonie (3).

Les rares inscriptions de l'île comportent notamment des hommages et dédicaces aux Empereurs et aux princes de la dotnus divina (4), la plupart dépourvus de signification précise. On voit cependant qu'à Lapétlios un temple, dans le gymnase, avait été élevé à Tibère (5), bienfaiteur en outre de Paphos, dont le droit d'asile fut confirmé dans l'enquête

p£î xai Etxoai. 'Exîî pourrait bien s'entendre à la fois de Cypre et de l'Egypte; dès lors la question changerait d'aspect.

(1) Act. Apost., Xlll, 5; Josèphe, Ant.jud., XVII, 335; Bell, jiid., II, 108 ; Philon, Leg. ad G., 36. Aussi linscription de Paphos, lnscr.gr. r. r. p., III, 938, me paraît-elle concerner plutôt un Ilérode de Judée, suivant la conjecture de Bœckh (C. i. gr., 2628), qu'Hérode Atticus.

(2) Du reste, à moins que Dion n'ait été induit en erreur, cette prescription devait bientôt demeurer lettre morte, car une inscription (sûrement postérieure à Trajan), gravée sur une colonne et trouvée récemment à ALhiènou, nomme un prttre Joseph et laisse supposer une synagogue. Cf. S. Ménardos, rôXyot xal 'Eêpatot ('AOT.vi, XXII (1910), p. 417-423, pi. 3).

(3) C. i. l., III, 215 ; à moins qu'elle n'ait fait que passer pour aller prendre part à la guerre parthique (Cichorius, s. v. cohors, ap. Pauly-Wissowa), mais les termes de l'inscription rendent cette hypothèse moins probable ou la font croire insuffisante.

(4) Je relève dans les Inacr. gr. r. r. p., 111, les dédicaces à Livie (984), à Julie (940), à Marcia, cousine d'Auguste (939), à Tibère (933, 941-942), à Néron (986 et peut-être 985, où j'aimerais mieu.v restituer tôv éauToû ':i[axpwva] que Tz[a.'zépx]), à Claude (971 ; cf. pour Nerva : C. i. L, III, 216, dédicace de la civitas Ciliensium) , à Doraitien (944), à Trajan (987-988), à Hadrien (934), qui visita l'ile en 129 (989), pour Antonin (? 931), à Marc-Aurèle (929), pour Commode (? 946), pour Septime-Sévére (937j. Le temple d'Aphrodite a Paphos semble avoir contenu un grand nombre de dédicaces aux Empereurs, à côté de celles des Empereurs à la déesse [cf. celle de Domitien (945)], et à d'autres personnages, comme proconsuls, grands-prêtres et leurs femmes (947-960).

(5) Ibid., 933.

78 VICTOU CHAPOT

do l'an 22 (4). Kition appelait Nerva son fondateur (2) ; il se peut qu'il ait contribué à la relever tardivement des désastres qu'aura causés le tremblement de terre de 77 (3). 11 est à présumer que Cypre reçut aussi quelques bienfaits de Titus (4), qui, se rendant en Syrie, eut la curiosité de visiter en passant le célèbre temple de Paphos, car l'oracle, par lui consulté, lui dévoila sa haute destinée (5).

Du culte impérial, pas d'autre trace que la commémoration d'un grand-prêtre, pour Cypre^ du dieu César (6) ; mais cette religion trouvait évidemment un terrain des plus favorables dans une contrée longtemps soumise aux Ptolémées; ce grand-prêtre, notons-le, fut en fonctions vers l'an 11 av. J.-C. (7), presque dès le début du régime nouveau ; peut-être aussi des honneurs religieux furent-ils rendus, en 19 et 23, à Drusus Junior, fils de Tibère, et à ses deux enfants Tibère et Germanicus (8).

De la vie des cités en Cypre (9), nous ne savons à peu près rien : les villes y avaient leurs divertissements ordinaires dans les gymnases, qui semblent nombreux (10). Les

(1) Tacite, Ann., III, 62.

(2) Inscr. gr. r. r. p., 976; cf. C. i. l, III, 216.

(3) Orose, VII, 9, 11,

(4) La ville de Paphos devint Flavia : Inscr. gr. r. r. p., 94".

(5) Tacite, Hist., II, 2-3; Suétone, TU., o. A cette occasion peut-être fut transféré en Cypre un atelier monétaire impérial, auparavant à Antioctie sur rOronte (B. Pick, Zeilschrifl fllr Nurnismalik, XIV (1887), p. 296).

(6) I. gr. r. r. p., 994 (Salamine).

(7) Date où il exerça gratuitement les fonctions de gymnasiarque; cf. 961 : mention de la femme d'un ancien grand-prêtre des Empereurs.

(8) Cf. l'inscr. mutilée 997 ; add. les monnaies au nom de ce Drusus : G. F. Hill, Catalogue of the greek coins in the Brilish Muséum, Cyprus, London, 1904, pi. XIV, 7, et la tête, trouvée à Kérynia, qui probablement le représente : Ibicl., p. cxxi.

(9) V. dans Pline, Hisl. nal., V, 31, 130, la liste des cités cypriotes à l'époque romaine, corrigée et complétée, d'après d'autres auteurs et les documents ecclésiastiques, par Emile Kuhn, Die studlische und bUrgerliche Verfassung des rôm. Reiches bis auf die Zeilen Juslinians, Leipzig, II (1865), p. 311-314.

(10) /. gr. r. r. p., 933 (Lapéthos), 930 (Paphos), 980, 982 (Kition), 993-994 (Salamine). Plus intéressante est l'indication d'une bibliothèque publique à Soloi (930).

classes de citoyens, suivant l'âge ou la condition, n^ont laissé d'autre souvenir que deux mentions d'éplièbarque (i). Le régime ploutocratique, maintenu là comme ailleurs, ne se manifeste que dans les éloges décernés à ceux qui ont volontairement et gratuitement assumé dos charges (2) ; parmi celles-ci, magistratures ou liturgies, l'épigraphie ne rappelle guère que les grandes-prêtrises (3) ; pourtant un texte de Kition nomme un citoyen àp^j:vT[a] tt^; TiôXeto; (4), et l'on croirait que les principaux fonctionnaires de celte ville formaient, comme sur bien des points d'Asie Mineure, un collège d ' àpy ovtî; ; mais cette autre formule, trouvée à Soloi : [ol TaJuLia». apçavTs; (5), ne permettra guère, si elle est heureusement restituée, de croire à une hiérarchie bien rigoureuse. Les Empereurs durent intervenir dans les finances urbaines et l'on rencontre à Kition ce titre, si fréquent au ni'-' siècle, de logiste ou curateur (6).

Pas de redondances dans les titres des cités; à Salamine suffit cette mention : /i tiôXi.; (7), cependant Lapéthos et Paphos (8) nomment leur îiou)//) (9) et leur Sylpio;. En somme, bien que la rareté des exemples oblige à quelque réserve, il saute aux yeux qu'on ne doit guère, à propos de Gypre, parler de vanité municipale ; la capitale, Paphos, s'intitule sans plus d'emphase : r, Ispà a7,-:pô:roX!,; twv xa-rà KuTrpov

(1) A Lapéthos {ibiiL, 933) et Chytroi (933). La première de ces villes avait aussi un gymnasiarque des enfants; on entrevoit la division ordinaire : Tiaî5c;, EcpT.êoi, .véoi (?).

(2) Gymnasiarque (933, 982, 993-994), ambassadeur auprès du prince (980, 982).

(3) Ibid., 948, 930-931, 961 à 963, 993.

(4) Ibid., 982.

(5) Ibid., 929.

(6) Ibid., 977. Sur la façon dont les Romains tâchèrent d'accommoder le système de mesures national avec le leur, notamment pour rétablissement du cadastre et la fixation des impôts, cf. 0. Viedebantt, Hermès, XLVl (1911), p. 18-32.

[1] Ibid., 987; cf. 971 : Ko-jpiÉwv -f, t.ôIk;.

(8) 934, 939, 933. A Kition une dédicace émane de la seule ^ouX-^i (981).

(9) A Soloi, un xtjiT.TEÛjaî tt|V 3ouX-/,v (930), ce qui jette un certain jour sur le mode de recrutement de ce corps.

uoXewv (1). Sûrement, dans celte île, l'adaptation des institutions grecques resta très imparfaite, comme en Egypte et en Syrie. Fait très remarquable, sur lequel les numismates s'abstiennent de réflexions : à l'époque romaine, Gypre ne connaît pas la monnaie municipale ; les pièces qu'on y a exhumées (et qui peut-être n'y furent pas toutes frappées) ont été émises par le koinon provincial ; les types usuels qu'elles portent, le Zeus Salaminios et le temple de Paphos, unissent ainsi les deux cultes principaux, sans jalousie apparente des autres cités. Cette bonne entente se manifeste notamment dans une inscription (2), par laquelle le koinon des Cypriotes honore un ménage, les fondateurs du Tychaion de Paplios, pour les services qu'ils ont rendu à la province et à la patrie (c'est-à-dire sans doute à leur propre cité) (3). L'insularité a souvent ce résultat de faciliter et fortifier le sentiment national ; ce sentiment semble s'être accru, durant les longues années de domination égyptienne, quand les habitants obéissaient, de bon gré à vrai dire, à des chefs qui n'étaient point de leur race. Relevons, sans en exagérer l'importance, quelques détails symptomatiques : il existait une k^ydotio. twv xarà Kùirpov AT,{j(.riTpô;; Upwv (4), de tous les sanctuaires de Démêler dans l'île ; les sanctuaires devaient être municipaux; cela suppose un arrangement amiable. Le grand-prêtre provincial du culte impérial a pu s'appeler officiellement àp^^^upeù; twv Ssêao-Twv (S), mais on trouve aussi àp-y^ispeù; Tf,ç vt^tou (6), qui ne peut s'entendre clairement que du même dignitaire.

(1) 947 et 967.

(2) Ibid., 962.

(3) Opposer Vtle à la province eût été trop peu courtois à l'égard de l'autorité romaine.

(4) Ibid., 950 (i" siècle).

(S)/6îd., 961.

(6) Ibid., 981, inscr. qui doit être du i^r siècle, comme 961 : dans l'une un Flavius, dans l'autre un Tiberius Claudius. Le titre remonte à l'époque royale : Journ. ofhell. studies, IX (1888), p. 230, n» 107 (vers l'an 200). Noter les honneurs rendus par le koinon au citoyen qui fut à ses frais ambassadeur

La prospérité de Cypre tenait pour une bonne part aux mines de cuivre que son nom évoque ; sur leur exploitation à l'époque romaine les renseignements n'abondent point. Il est clair que ce fut et resta une entreprise d'Etat, confiée par lui au besoin à des particuliers. Sous Auguste, le roi Hérode se vit attribuer la moitié des revenus qu'elles donnaient et l'administration de l'autre moitié (1). Au n*" siècle, le médecin Galien qui, en sa jeunesse, parcourut l'île par deux fois, en quête de médicaments nouveaux, y trouva des produits minéraux pour son art, principalement dans les mines de cuivre, et il a résumé ses impressions. Il avait pu entrer en rapports avec le procurateur (6 Trpoeo-xwç etcItoottoç toû jjieTàX- ÀoL>) et emporter nombre d'échantillons. Le centre d'extraction qu'il visita était dans la région de Soloi, à trente stades de cette ville. Une xwjjlti, sans doute résidence des mineurs, avoisinait le chantier. Une construction s'élevait à l'entrée de la galerie conduisant aux filons, galerie large et haute où trois hommes eussent circulé debout et de front, sans se heurter; elle descendait, d'une pente irrégulière, sur une longueur de près d'un stade, à un étang formé par l'eau verte et tiède qui, goutte à goutte, ruisselait en permanence. Des esclaves recueillaient le liquide dans des amphores et, revenus au jour, le versaient dans des piscines carrées de terre cuite, oii le minerai se déposait. L'atmosphère était lourde dans le fond; par instants les lampes s'y éteignaient. L'eau épuisée, on allait creuser ailleurs ; une fois la voûte s'effondra et écrasa tous les manœuvres. Galien visita également les foyers où se traitait le métal (2j. Les persécutions

auprès du prince ÛT:[èp] rf,; v/^aou. Par contre, les restitutions de 986 proposées par Tubbs iJourn. of hell. stiid., Xll (i891j, p. 184, n» 22): [Ku-irpJwv-fi vfjjaoç Tw lôîw Ôew xal dwrî^pt sx toS ['.Sbu] ne me paraissent pas sûres, surtout ISiov pour toute une province.

(1) C'est ce que paraît indiquer un texte peu clair de Josèphe, A7it. jud., XVI, 128 : .... Kaïffap 5è aÛTiô toû ^zxiWou xwv KuzpCwv yjx\yio\> x-^,v f.ixbôiav zpôaoôov xïi rr.î f,;jLtactaç t-t^v lirt[xs>»eiav è'Swxev.

(2) De simplicium medicamentorum temperamentis , IX, 3, 8; 21, 25, 34 = pp. 214, 226, 234, 238 sq., Kuhn. Pline, llist. nat., XXXVII, 94-136, donne

82 VICTOH CHAPOT

contre les chrétiens, au début du iv'' siècle, amenèrent le transport en masse en Gypre, par l'administration des mines, de travailleurs employés à celles de Palestine; les fidèles de la nouvelle Eglise étaient moins nombreux dans l'île, plus éloignée elle-même des grands souvenirs bibliques (1); on jugea qu'en Gypre leur agglomération offrirait des dangers moindres (2). L'exploitation cypriote en dut éprouver un regain d'activité.

Devant la pénurie des documents, il n'est point aisé de dire de quels bienfaits généraux Gypre a été redevable à l'occupation romaine, quelle fut l'œuvre d'ensemble de celleci. Des Romains s'installèrent et vécurent dans celte province, comme dans toutes celles de l'Empire; dans une inscription (3), [ol èv] Ilàcpwi 'Ptopiawi, — [qui Pajphi nerjotiantur rendent hommage à l'Aphrodite du lieu; mais, faute de témoignages, on ne voit pas si, de même qu'en Asie Mineure, il y eut entre eux et les indigènes cette sympathie de surface, cette régularité de relations qui se traduit par des actes en commun. En beaucoup de régions, l'initiative gouvernementale se révèle notamment par la construction des célèbres routes romaines. Les mentions qui s'y rapportent sont rares en Gypre (4); il est certain qu'une voie longeait à peu près le rivage sur tout le pourtour, car les villes

aussi sur ces minerais de cuivre des détails techniques et d'ordre pharmaceutique, sans rien qui intéresse Thistoire.

(1) Mentionnons pour mémoire un curieux détail qui intéresse les origines du christianisme. L'apôtre Paul, qui s'appelait Saûl, changea de coqnomen lors de son séjour dans l'île (H. Dessau, Hermès, XLV (1910), p. 347-368) et adopta celui du proconsul Sergius Paulus, qui lui avait fait bon accueil; peu auparavant, un autre gouverneur, C. Ummidius Quadratus, avait permis à des Cypriotes de prendre son nom complet (/. gr. r. r. p., III, 950-951).

(2) Eusèbe, De martyr. Paluest., dans Migne, Patr. gr., XX, col. 1513; parmi ces déportés figurait saint Spyridon, condamné aux mines sous Galère [Martyr. ro7n., Dec. 14).

(3) /. gr. r. r. p., III, 965 ; cf. C. i. l., III, 6051 : [cives Rom]ani qui in Salam[ine negot]iantur, et peut-être X, 3847 : \c{ives) Riomani) in provi]ncia Cypro (?)

(4) Cf. C. i. /., III, 6732 : près de Salamine, voies nouvelles exécutées par Vespasien; Constance et ses associés à TEmpire les ont restaurées.

principales s'étendaient presque toutes au bord de la mer. Mais on constate par la Table de Peutinger (1) qu'en dehors de cette route côtière une seule voie était tracée entre Gito (Kition) et Soloeae (Soloi); c'est aussi la seule route digne de ce nom qui ait été entretenue de notre temps par l'administration anglaise. Comme cette dernière, Rome paraît en définitive avoir vu dans celte île une base stratégique importante, bien plus qu'un champ de colonisation et d'exploitation. Ainsi s'explique le mieux l'extrême simplicité de son histoire durant les sept siècles de domination romaine.

Quelques menus faits viennent encore à l'appui de cette opinion : d'abord l'existence, au i" siècle (2), d'un limena[rcha] Cypri (3), chargé de la surveillance des ports, fonction et titre dont il reste, pour tout l'Empire, fort peu de traces (4); et aussi la curieuse combinaison, toute temporaire, par laquelle Justinien plaça sous l'autorité de l'sTiapyoç eTÔ-rr,;; twv S/uButôv ouvàjjiswv ou quaestor exercitui^ résidant à Odessa, la Scythie, la Mésie, la Carie, avec les Gyclades, Rhodes et Cypre (5). Comme il a été dit (6), on se l'explique malaisément; mais je crois reconnaître du moins dans ce groupement l'indication d'une ligne stratégique maritime jugée de premier rôle et dont l'île qui nous a occupés formait l'un des aboutissements.

Victor Ghapot.

(1) Reproduite notamment Jans Oberhumnier, op. l., p. 403.

(2) Pour la date, cf. Prosop. imp. Rom., s. v. laberivs, n" 2.

(3) C. i. L, VI, 1440.

(4) Paul, Digeste, XI, 4, 4; Arcadius Charisius, ibid., L, 4, 18, § 10; Code Justinien, VII, 16, 38 (a. 294).

(3) J. Lydus, De magistrat., II, 28-29.

(6) J. B. Bury, A Histoi'y of the laler Roman Empire, London, II (1889), p. 28.

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