‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 100 sur 139 · CROSSES A DRAGONS DANS LA VOLUTE, LE NŒUD OU LA DOUILLE · texte numérisé non relu

CROSSES A DRAGONS DANS LA VOLUTE, LE NŒUD OU LA DOUILLE

son école. Je ne trouve pas, il est vrai, dans la crosse de Lyon toute la délicatesse des œuvres du maître, mais je reconnais la disposition ordinaire de ses feuillages, la manière de ses nielles, les combinaisons de ses nœuds • n'estce pas assez pour m’autoriser à soupçonner que notre monument vient des Flandres et est sorti des ateliers de quelque disciple de Frère Hugo, vers le milieu de la première moitié du XIIIe siècle.

CROSSES ÉMAILLÉES A DRAGONS DANS LA VOLUTE, SUR LE NOEUD OU SUR LA DOUILLE.

Vers le temps que nous venons d’indiquer, une nouvelle forme de crosses émaillées apparaissait quelque part en France et conquérait, grâce peut-être à des procédés faciles de fabrication, un succès répandu au loin et prolongé longtemps. Voici que le serpent va reparaître à l’extrémité des volutes, où des écaillesémaillées d’azur simuleront son corps.

De l'arbrisseau que nous avons souvent vu multiplier ses branches ou épanouir sa fleur il ne restera plus qu’une mince tige fleuronnée, servant eu quelque sorte d épine dorsale au serpent. Celui-ci, en se repliant sur lui-même, ne formera jamais qu’un seul cercle destiné à encadrer une scène dont il fera ordinairement partie. Eu voyant la volute surgir de son nœud, on croira voir un reptile se soulevant de la moitié du corps au milieu de son odieuse couvée. En effet, sur les deux hémisphères du nœud vont grouiller de petits dragons découpés à jour et s’enlaçant entre eux comme pour former une chaîne infernale; c’est-à-dire que la tête de l’un passera à travers une sorte de nœud coulant formé par la queue d’un autre. Ce n’est pas tout; ainsi que la volute et le nœud, la douille aura ses serpents, et ceux-ci descendront entre les rinceaux émaillés de fleurs, la gueule entr ouverte et pareils à des gargouilles vomissant leurs poisons sur les passants. Telle est la crosse suivante 99), découverte à Provins, dans remplacement du cime-

. ,,n ' . . , • 1 • , , • • 1 Fig- 98. (A. M., d’ap. t'ôr., 1/2.)

tiere de 1 abbaye de Saint-Jacques et dont je dois le dessin a mon honorable collègue de la Société des antiquaires, M Bourquelot, professeur de l’Ecole des Chartes.

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I.a crosse île Provins est complètement pareille à celle que j’ai pu étudier dans le trésor du chapitre de Troyes, et que l’on a trouvée dans le tombeau de levêque Ilervée, fondateur de la cathédrale, mort en 1223 Dans cette crosse, le lion a la queue dans la gueule du serpent,

comme l’agneau de la figure 54, et l’attitude du noble animal est d’ailleurs toute semblable à celle des agneaux vainqueurs si souvent reproduits sur les crosses romanes. Ces circonstances me porteraient à penser que le lion est pris ici en bonne part, et qu’il faudrait moins voir dans la scène représentée laudace du serpent mordant la queue du lion, que le dédain du lion frappant le serpent de sa puissante queue, comme nous verrons tout a l'heure saint Michel le frapper de son glaive. Nous ne devons pas oublier que plusieurs images familières au langage cle l’Écriture sainte, et devenues par là même familières à l’art chrétien, doivent être prises en sens contradictoire, en raison des circonstances, et comme dans 1 Écriture c’est au contexte qu’il faut demander le sens de l’Esprit saint, dans les monuments, c’est aux accessoires qu’il faut recourir pour reconnaître le sens entendu par l’artiste. Rien de plus constaté que cette loi de l’ancien symbolisme, ainsi que l’on peut s’en assurer en ouvrant les nombreux traités du moyen âge sur les allégories. Prenons, par exemple, dans Rhaban Maur l’allégorie du lion (Opp. T. V, p. 791 ) : « Le lion est Jésus-Christ, d’après cette parole de l’Apocalypse: Vicit leo de tribu Juda (Ap. V, 5), c’est-à-dire que le Messie, fils de la tribu de Juda, a triomphé du démon... et le lion est le démon rugissant, avide de dévorer les fidèles. »

En supposant que le lion remplace ici l’agneau, nous nous retrouverons en présence du contraste souvent signalé entre le triomphe du Fils de Dieu et la défaite de l’ennemi des âmes, fia défaite du chef est celle de tous ses satellites, aussi leur attitude sur le nœud et sur la

Fig. 99. (1/2 gr.) ’

douille n’exprime pas moins leur humiliation que leurs dispositions malfaisantes. A l’aspect étrange de la double chaîne formée par l’entrelacement des dragons, tel sera peut-être tenté de supposer un simple caprice d’artiste; mais cette fois encore ce serait s’appuyer sur son

’ Notice sur les objets trouves dans plusieurs cercueils de pierre à la cathédrale de Troyes, par Arnaud.

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