‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 105 sur 139 · CROSSES A DRAGONS DANS LA VOLUTE, LE NOEUD OU LA DOUILLE · texte numérisé non relu

CROSSES A DRAGONS DANS LA VOLUTE, LE NOEUD OU LA DOUILLE

Ceux-ci font défaut sur une autre crosse du Louvre (fig. (08), où ie serpent maudit reparaît pour reconnaître son éternel vainqueur dans Jésus-Christ, assis sur son trône, le livre de 1 Evangile en main, et couronné roi immortel des siècles.

Je dois à M. de Chalendon, de Lyon , la communication d’une crosse émaillée (fit). 109) qui

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Fig. 109.

doit prendre place à côté des précédentes, car on reconnaît aux écailles azurées de la volute que celle-ci se terminait primitivement par une tête de serpent, et qu elle devait en porter à la douille. La tête de la volute a été remplacée par du feuillage, afin de mieux asseoir la scène centrale représentant la lapidation de saint Etienne. Le martyr est revêtu d’une riche dalmatique de diacre et contemple, agenouillé, les deux ouverts, d’où descend la main de la toutepuissance et le rayon de la grâce. Trouvée à Lyon, cette crosse aura probablement appartenu à un archevêque de Lyon du XIIIe siècle, désireux d’honorer saint Étienne, second patron de la cathédrale.

Une douille cantonée de serpents aux queues enroulées nous fait ranger à la suite des monuments que nous venons d’examiner celui (fig. 1 10) qui a déjà été lobjet d’une précieuse étude dans la Revue archéologique de M. Leleux (t. VIII, p. 8 1 6); il a fait autrefois partie du cabi-

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net de M. Dugué, et se trouve aujourd’hui en Angleterre. Ici les émaux de la douille et du pied de la volute sont remplacés par des filigranes à jour terminés par des rosettes et séparés par des pierres. Au lieu d’être en métal comme le reste, le nœud est de cristal ; mais la grande particularité consiste en ce que la tige se divise en trois branches, dont deux sont recourbées en volutes semblables, mais opposées, et la troisième, élevée en colonne, se termine par un chapiteau et une statuette. La statuette, conçue de manière à dominer totalement l’ensemble, représente le combat de saint Michel, et au-dessous se développe dans les deux volutes un même sujet, la légende de sainte Valère, ressuscitée par saint Martial de Limoges. Rien de plus neuf, comme on le voit, dans la série des anciennes crosses, que la forme générale de celle-ci, et j’ajoute (pie, pour la dimension, les volutes n’ont guère que la moitié de celles que nous rencontrons ordinairement au XIIIe siècle. Que dire donc du monument? Est-ce l’attribut d’un évêque ou celui d’un ministre inférieur? Un des antiquaires que l’Europe érudite met à juste titre au premier rang, M. de Longperrier, n’a pas dédaigné de s’occuper de cette question, où il a été frappé de curieux rapports entre la forme de 1 insigne et certaines monnaies contemporaines. Dans son opinion ( Revue arcli., 1. c.), 1 insigne est une double crosse pastorale, emblème d’une double autorité, et cette conclusion a pour base les monnaies, où deux autorités réunies sont indiquées par deux crosses rapprochées.

Ces derniers monuments ne sont pas très-rares, notre savant ami cite d’abord le denier de Rainaud, évêque de Meaux (i i 5.8-6 1 ) , frappe par un prélat qui avait été abbé de Jouy-sur- Morin, et que 1 histoire représente comme ayant conservé dans l’épiscopat son caractère monacal. Ce denier est le seul qui porte deux crosses dans toute la série des monnaies meldoises. ( Revue mon., ann. 1 8/jo, p. 1 4o.) Vient ensuite une maille de Saint-Omer ( fig . 1 1 i) (XIIIe siècle).

Fig. 111. Fig. 112. Fig. 113.

Sur un denier bractéate de Luitpold, archevêque de Mayence et tout ensemble évêque de Worms(i 202- i 7), ce prélat a devant lui l’écu blasonné de la roue de Willigis et tient une crosse de chaque main (fig. 1 12). Ou voit enfin des monnaies où les deux volutes partent, comme sur notre monument, delà même tige: témoin ce denier bractéate de Constance ( fig . 1 i3), frappé au XIIIe siècle. Pourtant, si curieux et si remarquables qu’ils soient, ces rapprochements ne m apportent pas, oserai-je le dire, une conviction complète. Et d’abord, il me semble que sur le denier de Constance les deux bâtons à double volute pourraient n être que des tau assez semblables à ceux qui ont déjà passé sous nos veux (fg- 4? 7? 1 3, t3 surtout). Partout ailleurs

les deux hampes sont séparées sur les monnaies, quand il eût été si naturel de les unir et d’autant plus naturel que des crosses en usage eussent fourni à l’art des modèles. Nulle part enlin sur les monnaies n’apparaît l’appendice qui donne à notre monument, dans ma pensée, un caractère tout à l'ait différent de celui des tau et surtout des crosses, je parle de la branche centrale et de la statuette du sommet. Rien de semblable ne s’est fait jour jusqu’à présent parmi les textes et les monuments que nous avons pu recueillir, si ce n’est lorsque nous avons traité des férules. C’est qu’en effet, si les textes ne paraissent pas autoriser à compter parmi les insignes spéciaux des pasteurs aux époques avancées du moyen âge les bâtons terminés par un ornement vertical, tel est, au contraire, le caractère donné par les descriptions anciennes au bâton des chantres ou aux férules de même nature (voyez pages 17 1 et 172, note). Le docteur Roch paraît fondé à conclure de tous les textes connus que les bâtons cantoraux n étaient pas autre chose que des tau au centre desquels on plaçait une pieuse image ' ; or, rien ne peut mieux répondre que cette description à la forme de notre double crosse.

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