STELLA PARENS SOLIS CULTORES DIRIGE PROLIS
Cette dernière image de Marie n’a pas empêché l’artiste du XVIe siècle d’en encadrer une nouvelle dans la volute, au centre d’un ovale de nuages. Dans le nœud roman, la Vierge montrait a son Fils son sein maternel, dans la volute elle lui montre la pomme de la première Eve. C’est en devenant la Mère du Sauveur qu’elle est devenue la véritable Mère des vivants.
Il semble que dans le moyen âge avancé l’art ne pouvait se lasser de reproduire les doux traits de Marie. C’est encore son image qui embellit la crosse dite de l’abbaye d Estival et possédée aujourd’hui par M. le prince Soltikof (fvj- i42, !43, i 44). Plusieurs dispositions rappellent l’ivoire de Cluuy, un ange soutient également le feuillage, trois personnages garnissent de même l’œil de la volute; mais il s’en faut que l’exécution soit aussi belle. C’est que le XVe siècle est sans doute avancé dans sa course et, dans nos contrées du nord, l'idéal s’est quelque temps affaibli, les types se sont abaissés Si les expressions sont encore naïves, la beauté supérieure des traits a fait place au sentiment des réalités vulgaires. Cependant, à côté de quelques physionomies communes et de quelques poses forcées, vous trouvez encore des détails charmants de fraîcheur et de grâce, par exemple les petits anges qui viennent à travers le feuillage chanter leurs cantiques à la Vierge. Celle-ci a les attributs déjà remarqués, la fleur, Tentant, la couronne; seulement au lieu de caresser sa colombe l’Adam nouveau a reçu la pomme des mains de la nouvelle Eve.
On ne conserve plus qu’un fragment de la hampe d’ivoire : il est couvert de petites roses écloses aux pieds de la Vierge, et aux branches de rosier sont suspendus des écussons vides.
Fig. 142. (A. M., d’ap.l or. Voy. PI. XVIII.) Fig. 144.
.le me ligure qu’on voyait au sommet de la hampe les armoiries du premier propriétaire et
que les écussons inférieurs ont attendu, mais en vain, celles de ses successeurs.
Je joins aux ivoires précédents une crosse en émail translucide (fuj. 1 45), assez semblable par
la forme de sa volute aux crosses architecturales, dont elle diffère par son nœud. Elle appartient
comme la précédente, à M. le prince Soltikof. Sur le nœud des anges avec des phylactères en
main chantent des hymnes en l’honneur du divin Enfant et de sa Mère, tandis que celle-ci, IV. 32
M É L A N G ES D’ARC H ÉO LOGI E
Fig. 145.
M., d 'ap . l’or., 2/3)
caressée par son Fils, au centre de la volute, lui montre la pomme d’Ève, ou peut-être le sein qui donne à ses supplications, selon l’expression des Pères, une sorte de toute-puissance :
Ornnipotentia supplex.
Sur la crosse suivante en bois doré ( fi(j ■ i 46), conservée à Cologne dans l’église de Sainte-Ursule, si large que soit la part faite par l’artiste à l’architecture, la meilleure est donnée aux scènes centrales où l’abbesse de Sainte-Ursule a voulu réunir deux groupes analogues. Elle a fait mettre d'un côté sa patronne abritant sous son manteau royal ses compagnes de martyre et de l’autre, que nous voyons ici, sainte Félicité encourageant ses sept enfants à mourir avec elle pour Jésus-Christ.
Fig. 146.
A. M., d'ap. l'or., 2/3.)
renaissance et temps modernes.