LE JUGEMENT DE VI B I A
La seconde scène nous a fait assister à la descente aux enfers; dans la troisième, nous suivons Vibia au tribunal de Pluton.
Du haut de son trône de pierre, Piutou semble, à l’approche de Vibia, interroger les Destins. Nous touchons ici un point où les anciens ont singulièrement varie, tantôt en assujettissant les Destins à Jupiter, tantôt en les élevant au-dessus, en quelque sorte, de son pouvoir. Mais, dans notre peinture, la prééminence du dieu n’est pas douteuse; puisque debout, près du trône élevé où il siège, les Destins se tiennent dans l’attitude de serviteurs
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
timides, prêts à recevoir les ordres d’un maître redouté. Or, c’est précisément le rôle (pie Claudien fait jouer à Pluton , lorsqu'il le représente essayant de consoler Proserpine. Le dieu promet à sa nouvelle épouse, en échange des joies terrestres, l'honneur de s’asseoir sur son trône de juge, de prononcer sur le sort des bons et des méchants, et d’avoir, dans l’empire du Léthé, les Parques pour servantes1. Ce sont, en effet, les Parques que nous croyons voir dans les deux jeunes femmes voilées : on sait qu’elles ne figuraient quelquefois qu’au nombre de deux. Quant à leur compagnon, ce sera, je pense, le Fatum, fils de l’Érèbe et de la Nuit2, présenté quelque part comme le guide, l introducteur des Parques ÇMoipxyéveç ôsdy twv).
Entre les faits nouveaux et curieux révélés par notre monument, nous signalerons le nom inouï jusqu’à ce jour de la compagne de Pluton, ABRACVRA. Où en trouver l etymologie et le sens? ( )n a eu recours au grec pour l’expliquer par délicate jeune fille: Aëpa et Ivsûpa ( y.opr, dans le langage ordinaire); mais ces expressions indiqueraient une condition servile 3, qui convient mal à lépouse du juge des morts. Pour supposer une signification plus noble, il faudrait que 1 expression eût été reçue par emphase dans le culte de Proserpine, comme l’étaient celles d A yvé et d ’È-aivvb Cherchons donc ailleurs, et n’oublions pas dans cette recherche que, si les croyances représentées devant nous sont en partie grecques et romaines, il s’y trouve évidemment des emprunts faits aux dogmes et aux pratiques de l’Asie; témoin le titre de pontife sabazien, les vêtements orientaux, la tiare phrygienne. De tels rapprochements n autorisent-ils pas à chercher dans les langues asiatiques 1 étymologie de ce nom, ABRACVRA, inconnu dans les mvthologies de l’Occident? Nous aurons d’autant plus droit de le faire que le nom même de Proserpine, ou Perséphoné, est d’origine orientale, et vient, selon moi, des mystères où elle était appelée 1IEP0<I>ATA, expression archaïque équivalente à la forme postérieure IIEPPOd>ATTA et IIEPSOMTTA : colombe persane. La déesse était signalée par son symbole b
J l)e rapt. Proserp., 1. II, v. 302:
Tu damnatura nocenles,
Tu requiem latura piis ; te judice, sorles Jmproba cogentur vilæ rommissa faleri.
Accipe lethæo famulas cum gurgite Panas;
Sit falum quodeumqué voles.
ïlvgin. , Praef. Le Fatum était un serviteur de Pluton, npo7roLr nXoÛTwvoç, comme les Parques étaient les servantes oe Proserpine, nporroXoi r7,~ 0-a;. Cf. Alciphron, I, ep. 20. On lit dans l’hymne orphique à ia Vénus céleste, la Proserpine de Phrygie : K où xparUt j roio-cSiv poTpuv. hymn. V, v. 5, ed. Hermann.
k’j pot correspondrait à Tzpnvr, dont Visconli a déterminé le sens ( Op. var. , T. II, p. 72, éd. Mil.), évidemment d’après les observations recueillies par les académiciens d’Herculanum (T. I, Dronzi , p. 2A6).
4 En Persan, le mot (Pars) signifie la nation,
et ( faghta ) colombe. Les mots grecs tpicra et cpâ-rra
n’ont pas d’autre origine, et peut-être Servius, employait-il le même mot dans Itys in phassarn (d’après quelques manuscrits). Si Wilford et Koeppen sont ici désapprouvés par OuvarolT ( Essai sur lesmyst. d’Eleusis, p. 1 1A) et M. Lajard (T. XIV, M. Acad, des Disc., p. 97), c’est uniquement parce qu’ils faisaient h tort dériver Proserpina du mot sanscrit Prosarparni, qui n’a jamais été appliqué à une divinité des mystères. Creutzer (368, Guigniaut) pense que l’unique racine de Perse phone est Pcres ou Pars, lumière, d’où l’on a fait Parsi. clair, pur, brillant, et le nom de la Perse : pays de la lumière. Le reste du mot ne serait qu’une terminaison , comme celle de Persidicus. C’est qu’il n’a pas rapproché Perscphone de Persophatta, d’où il me semble découler , comme Proserpina de Persephone.
Pour appuyer ce que nous venons de dire des emprunts