‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 13 sur 139 · LE JUGEMENT DE VJBIA · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT DE VJBIA

Ce rapprochement me frayant la voie, je reviens au nom cl ABRACVRA. Il me semblerait expliqué d’une manière plausible par les mots orientaux d'abra (élevée) et de glium (lumière de la raison)'. La liante lainière de la raison serait un digne titre de celle qui aurait mission de

faits à l’Asie dans la célébration des mystères, principalement à l’époque du syncrétisme des divers cultes, je puis citer deux noms de Mithras écrits sur des marbres de l’Occident, h l’époque à peu près de nos peintures.

On lit dans une inscription romaine publiée par le P. Oderico ( Sylloge Iriser., p. 181) :

INVICTO D'NAVAR • 2E TERENTIVS PRISCVS P. F :

EVCHETA CVRANTE ET SACR4TIS D D C • B ■ I

Le P. F est pour ProFeta, et D • E • C ’ B • I • pour De-

dicabit ( Dedicavit ).

Le savant éditeur proposa de lire : Invicto Dco navarchorurn Zephyriensium, et son explication eut l’approbation de Zaccaria ( Institut . lapid., p. 319). Marini a bon droit se montra plus sévère (Iscr. Alb., n. 16) et déclara qu’il restait toujours à découvrir ce que signifiait Ncivarzes. Il l’écrit en même temps d’un seul mot et l’applique avec justesse à Mithras. Il aurait pu appuyer sa conjecture sur un précieux rapprochement, si cette fois une inscription donnée par Reinesius n’avait échappé h sa profonde érudition. Dans cette inscription (p. 243), le même dieu, c’est-à-dire haioc miqpac actpobfontoc est appelé, avec une variante légère, nabapahï. Reinesius s’est donné un peu trop de liberté en changeant NaSap&içen Ka6ap<îixa, nom d’une Minerve indiquée dans Gruter (p. 81, n. 8, — p. 106, 93).

A mes yeux, la découverte de l’identité du navar-zes et du Mithras nabapahs me fournit un puissant motif de supposeràNAVAH-ZES une provenance orientale. Et, pour pousser plus loin la conjecture, je soupçonne que ce mot est tiré du nom du mois consacré plus spécialement à Mithras. Rien de plus conforme aux habitudes orientales. Ainsi, chez les Syriens et les Hébreux, le mot Tanins indique à la fois le mois et le Dieu ; Dieu vénéré peut-être même en Etruric, où l’on trouve un dieu VTI1AO. En Perse, le mois de Mithras était le deuxième mois de l’année, avril, comme nous l’enseignent les nombreuses initiations célébrées à cette époque de l’année ; or avril s’appelait en persan, j Ly y ( nau bahar), nouveau printemps. Il ne serait pas étrange que l’on eût quelquefois uni à ce nom le nom hébreu du même mois TT abrégé, selon les rabbins, de TÎm”' mois de La splendeur des fleurs,

prononcé par les Syriens zijo et par les Arabes y. Si nous rapprochons de ces racines le nom mithriaque de Navarzes ou nabapahx des Persans, nous devrons l’écrire y, nouveau printemps de la splendeur ,

splendide printemps nouveau. A moins qu’on ne préfère

voir dans ce mot l’acclamation ( namberzin ) , louange à Berzin, ce qui correspondrait à NamZad et NamaSebesio.

( Varezem ) est, en persan, le feu, symbole solaire, image de Mithras. Le changement du Z en D n’a rien que d’ordinaire dans ces langues où l’on prononce indifféremment adur et azur {CA. Lobeck, Aglaoph., 296, note 2).

Le second nom de Mithras, auquel j’ai fait allusion, est celui de cavto pâte, qui a fait dire à un insigne philologue, Labus {Letl. ail’ Orelli, Inscrip. latin., p. 447) : « Ce dieu Cauto pâte m’a presque rendu fou ; je le retrouve à Aquilée, à Rome, ailleurs encore, etc. » A force de recherches , Labus finit par se convaincre que ce nom indiquait le soleil {Ann. dell' Istit. , a. 1840, p. 248, et Bibl. liai., t. XIV, p. 224). Voyez aussi les Mar mi antichi Bresciani, p. 58, où il est question de l’inscription découverte dans le duché d’Assia : o* I* M. cavto pat. : ce qui nous autorise à nous demander si ce Dieu ne se confondrait pas avec Mithras. Deo invicto Mithrce cauto pati. Les monuments recueillis par Labus offrent des variantes. On y voit cavto. pati , cavti tout seul , deo. cavto. pat. et deo cavte. Ce n’est pas autre chose, bien probablement, que h; Lv=>. Ujltoda pat), Dieu toutpuissant et roi, titres donnés ailleurs au soleil. La locution emphatique Deus cautus ou Coules pâtes, correspond exactement aux mots orientaux de Malachbelus, de Chrormihr, de Mihrmatoum, composés de la même manière et dans le même but.

'Le mot abra est assez connu par les noms mystérieux, d 'Abraxas, d ’ Abracadabra, d ’Abravand, sur lesquels il serait hors de propos de nous étendre ici, et le mot ghura vient de y>! s'élever, surpasser. L’aile se dit, en hébreu, JTQN; la force et l’énergie, T3N

Bien que la Proserpine de Phrygie, épouse de Bacchus Sabazius, se confonde avec Cybèle, comme Sabazius le fait avec Mithras, je ne puis pas m’appuyer ici sur un rapprochement épigraphique où, d’après l’ingénieuse explication de M.- Léon Renier ( Mélanges èpigr., Paris 1852, p. 30, 31), le nom d’ABRACVRA de notre Proserpine serait donné à Cybèle. A mes yeux, l’inscription votive d’Announah, conservée au Louvre, dans le Musée Africain, présente cette lecture très-certaine :

TERRAE • MATR AERECVRAE • MA TRI • DEVM ' MAG NAE ' IDEAE POPILIA • M ' F L MAXIMA ' TAVRO BOLJVM ’ ARAM POSVIT ' MOVIT FE CIT

11 est , dans mon opinion , bien probable que le nom

juger les actions des hommes d après leurs rapports avec les principes éternels de la sagesse inaccessibles à l'influence des intérêts et des penchants. Et ici se retrouverait le fond de la doctrine de Platon touchant l’imputabilité des actions humaines1. Mais un tel sens serait-il bien conforme au génie de notre secte? J’ai peine à le croire, et je préférerais faire dériver Abracura de l’arabe abra, belle, et cuva, nymphe. Cette seconde opinion me sourirait d’autant plus que, dans les mystères, les initiés prenaient le nom d’époux (vv/xœioi, vvuyoa). l/acclamation reçue dans les mystères était : Salut, nymphe; salut, nouvelle lumière 2. Ce «pion représentait dans ceux de Sabazius était précisément des noces, celles de Jupiter et de Cybèle, ou de Pluton et de Proserpine, et comme les acteurs du drame ne s’en tenaient pas à une simple représentation3, ces orgies ( Nyclclia sacra ) furent interdites par les Romains, à cause de leurs turpitudes4. Voilà ce que des sectes gnostiques, comme celles de Carpocrate et de Marc, eurent l impudence de vouloir combiner avec des vérités et des rites chrétiens. Les noces de Sabazius s’appelèrent parmi eux les noces spirituelles (mevuxrc/.oç yapèç. S. Irènée, I, 18).

Nous comprenons maintenant de quels mystères Vincentius était le pontife pieux, et a combien de titres le nom de nymphe convenait à la déesse, type des initiées ( nympltœ ). .1 irai jusqu à exprimer la pensée que Vibia pouvait avoir été la nymphe de Vincentius. Ce genre de relations permettrait d’expliquer et l’absence du nom de Vibia dans l’inscription de Vincentius et la présence ici de l’Alceste, dont nous avons maintenant à parler.

En face des deux Parques, conduites par le Fatum, s’avancent deux femmes, guidées par Mercure : MERCVRIVS NVNTIVS, VIBIA, ALCESTIS. Ici, point d incertitude. On a célébré dans tous les temps, et dans les chants et sur la scène, l'héroïsme conjugal de cette belle épouse d’Admète, modèle accompli d’une fidélité difficile à imiter, ainsi que s’exprime Valère Maxime,

d ’Aerecura provient du lieu particulier où l’on honorait cette Cybèle. Cette opinion aurait pour elle l’analogie de quelques autres villes terminées de la même manière, comme: Amaccura (S. Aug., c. Donat., VI, AO) ; Ascurum, en Mauritanie (Hirt. , de B. Afr., 23) ; Ausocurro, en Numidie. Des noms propres avaient aussi en Afrique la même désinence. Plaute nous donne une Ampsigura (Poenul. , V, 2, 105, 108). Je ne crois pas devoir rejeter tout à fait une autre pensée, celle de donner à aerecura une origine toute latine. Les poètes appellent aéra tout l’attirail de cymbales et de clochettes que les Galles de la grande Mère agitaient dans leur délire fanatique. Acre se retrouve dans aerefodina, aerenervus, aerescriptura. Je ne parle pas A’aër, parce que ses composés sont formés en o et ne se combinent pas avec des mots latins : aerophobus, aeroïdes, aer ornant ia. Quant à la terminaison, le mol viocurus, admis par Vai ron et confirmé par les inscriptions

de Sora et d’Aufina , serait un composé analogue.

1 On connaît sa formule célèbre : AITIA eaomenu sic 0EOS an ait 102. Voyez mes observations dans les Monum. Reip. Ligurum, p. 18, n. 27, et ma dissertation sur VHermas de Platon dans l’ouvrage de Viola : Tivoli nel deccnnio, Roma, 18A8, p. 240-298. Mon explication a précédé celle de M. Boëckh.

2 (Firmicus, de err. prof.Rei, p. 38) XaTpe mpfie, yoiïpz veov

3 Diod., Sic., L. IV, 15. — Val., Max., I, 3, 2.

4 Servius, Æn., IV, 303. — Cf. Aiaxrar,ydnr[-t ix xr,; cuwxtcia;, de l’endroit de Diodore déjà cité. Dans les mystères phrygiens de Cybèle et d’Altis, la formule des initiés: u7r'o xô'j 7racx ov vkzovo'j , ne renfermait pas un autre sens ( Clem.. Alex. Cohort. , I , 2, 13. — Cf. Lobeck, Aglaoph., 25.)

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