QUATRIÈME SCÈNE
L’ENTRÉE DE VIBIA.
Le jugement a eu lieu dans la scène précédente, et nous en contemplons le résultat dans celle-ci, où Vibia est introduite au banquet céleste : INDVCTIO VIBIES. Ce n’est plus le psychopompe Mercure qui l’accompagne, bien qu’une de ses fonctions fût de conduire les âmes pieuses jusqu’au séjour du bonheur.
Qui pias Iætis animas reponis sedibus.
Il est ici remplacé par le bon ange, ANGELVS BONVS. Je n’ai pas besoin de rappeler que dans la mythologie orientale, notamment en Perse, on distinguait les bons et les mauvais Génies, c’est à-dire les Ized, les Spènto mèny (les saints intelligents), et les Durugi, les Angr'o mèny (les intelligents trompeurs) : doctrine partagée par les Grecs, qui reconnaissaient des Ayaôoi et des Ilov/jpoi , des <ï>aùXoi Axiyovec. Les bons Génies s’appelaient aussi des anges (ÂyyeAot), parce qu’ils manifestaient aux hommes les volontés des dieux'. Messager de l’Olympe , Mercure prenait en conséquence le titre de d’ÂyyeÀoç où paviwvwv. Cependant, si divulguées que fussent les doctrines platoniciennes dans le monde romain, surtout au temps de nos peintures, il ne paraît pas que le nom d’ange soit passé dans la mythologie romaine, où l’on se servait, pour rendre la même idée, du mot de Genius, appelé sanclus, sans qu’il soit jamais question de Génies portant au mal. Si Servius fait allusion à ces derniers1 2, il
1 Q- ExcpxivovTotî tou ÆtayyéXXovraî toùç irpèj Ange chez les Grecs et les Romains , voyez Lobeck ,
ÈuÇwécxv xâvovxç. — Cf. Plut., de Is. et Osir. Cornutus, Aglaoph. de Nat. Deor., p. 65. Osann. Sur l’emploi du mot 2 Ad Æneid., VI, 953.
L’ENTRÉE DE VIBIA.
faut qu il ait emprunté cette idée aux mythes grecs, alors si confondus avec les mythes romains primitifs. Les mots de Genius et de Nuntius passèrent ainsi dans les traductions des premiers chrétiens, telles que l’ancienne version du Pasteur d’Hermas A part un passage de Labéon, cité par Kopp dans ses notes sur Martianus Capella (i 5, 3), un des plus vieux exemples de l’emploi du mot d’ange en latin par des païens, est l’endroit du même Martianus Capella, où, parlant des génies dans le sens des doctrines platoniciennes, il dit : Et quoniam cogitationum arcana supernce annunliat potestati, etiam Angélus poteril nuncupari.
A ces deux anciens témoignages on joindra désormais celui de nos peintures : ANGELVS BONVS. Mais, si je ne m’abuse, on ne fera pas mal de regarder cet Angélus bonus comme un emprunt fait aux croyances chrétiennes, et une vérité confondue parles syncrétistes avec le souvenir païen du Mercurius nuntius. La connaissance des bons et des mauvais anges était familière aux chrétiens instruits par l’Évangile. Dès le premier siècle, ils pouvaient étudier dans Hermas la différence entre les deux anges, celui de la Vertu et celui du vice, qui servent de compagnons de voyage à l’homme sur la terre. L’Ayy sXoç h. âe/.x icov ou t>5; âtxxioa vvr.c, et l’Ayyetaç zÿç novriplxc. J’ajoute que, dans la mythologie grecque, on ne rencontre pas d’Ày«0oç ayyeXoç correspondant à notre Angélus bonus et au Nuntius bonus de 1 antique version d’Hermas. L’esprit inférieur à Dieu et supérieur à l’homme est toujours appelé chez les Grecs, la bonne, la chaste intelligence, AyaQo; ôaipwv, Ayvô; oVuwv. C’est, je pense, parce qu’ils entendaient ce mot Astijaoûv sortir des bouches païennes, que les premiers fidèles, dans leur horreur pour l’idolâtrie, l’ont appliqué exclusivement aux esprits pervers qu’ils nommaient aussi Axi'pwiot. et AtaSoilot, réservant le nom d'ange pour le bon et fidèle gardien des âmes.
L’ANGELVS BONVS, qui introduit ici Vibia au banquet des heureux, porte autour du cou une guirlande de fleurs, sur la tête une couronne d’or, et tient une couronne de fleurs à la main. Moins riche était le Génie de Messala, que Tibulle invitait à se parer seulement d une double couronne de fleurs (L. I, el. VII, v. 5i, sq.):
Illius e nitido stillent unguenta capillo,
Et capite et collo mollia serta gérât.
s V. Rich. Russel , Notes sur le L. II, ch. VI, des SS. PP. Apostol. opp: gemina, Londini, 17â6.
>1 ÉL WG ES D’ARCH ÉOLOGIE.