UNS POISSONS EST QUI EST A PELÉS ESSINUS
Phisiologes nos clist d’un poisson qui est en la mer d’Ynde, que on apèle essinus. Uis poissons est menres 1 2 d’un pié. El si a si grant vertu en lui que il ne trueve nule si grant nef ne si isnèle, se il se prent à la nef, qu’èle se puet ja pus removoir n’arier n avant. Et quant grant tem peste est en la nier, il a vient lien par aventure que il se met de sous alcune nef. Et lois est la nef tote seure; car èle ne puct périr ne enpirier, ne cose nule qui dedens soit. Et alciinos en sont garies , des nef et des gens qui dedens ont esté, par la vertu del poison (sic) qu’il se prist à la nef.
Cist poissons est example de Nostre Segnor; la mer est example del monde. La nef sénéfie l’ome qui en cest monde est; les ondes de la mer sénéfient les temptations que Ii justes honi suefre et endure en cest siècle, qui par sa vraie créance et par bone espérance qu il a en l)eu le sostient et governe que il ne périst. Nient plus que la nef ne poet périr (por la vei tu del poisson) à qui li poissons se prent en la mer. C’est à entendre qui en Deu met sa cure et qui le sert, que Dex se prent à lui; par coi il en nule manière ne poet périr.
1 Cet article ne se trouve point dans le ins. R. t. iv, p. 81) dit : « Echeneis, parvus et semipedalis jns-
Le nom semble indiquer que l’on a confondu ïechinus ciculus, etc. »
(oursin) avec l’ echeneis rémora. 3 Sauvées, tirées d’affaire.
2 Moindre. S. Isidore ( Eiymol . libr. xii, cap. vi, n°34;
OBSERVATIONS
Comme désormais ce n’est plus du véritable Physiologus qu’il s’agit, mais d’une compilation arbitraire faite vers le déclin du moyen âge, les observations manqueraient de portée, et nous les supprimerons presque entièrement. Nous nous y étions proposé de faire voir comment, à l’origine de la littérature chrétienne, bon nombre de faits acceptés par la science païenne, sont devenus le thème d’un livre ascétique destiné à l’enseignement (plus ou moins orthodoxe) de l’Evangile; mais dès que nous nous trouvons transportés à d’autres époques, notre tâche cesse, et nous n’en sommes pas assez enthousiastes pour la prolonger au delà de ses bornes naturelles.
Un mot donc seulement sur la rémore. Pline montre bien avec quel sérieux il adoptait les idées exposées dans cet article sur lechéneis, quand il déploie toute 1 enflure de son style (xxxii, î) pour peindre 1’impuissance des plus grandes forces contre la résistance invincible d’un si petit poisson. Selon lui ce fut là ce qui décida de la bataille dActium : la galère prétorienne d’Antoine se trouva fixée par ce mystérieux obstacle! Elien (il, 17), avec moins
BESTIAIRES (PI. XXIII)
de pompe, est tout aussi explicite; et si l’on veut d’autres témoignages classiques , les commentateurs de Suétone (in Cnio, xux), d’Elien et de Pline en indiqueront plus d’un.
Ce n’est donc pas l’ignorance de la littérature ancienne qui a multiplié les récits apocryphes d’histoire naturelle au moyen âge; c’est au contraire le respect pour ce qu’avait affirmé l’antiquité. Ces hommes qui, comme Albert-le-Grand , osèrent accuser Pline de tout croire, ouvraient une voie de progrès qui fut suivie trop tard.
65 (Point de miniature).