‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 46 sur 139 · CI C II I E N S · texte numérisé non relu

CI C II I E N S

Plusors manières sont de chiens; li un prennent les bestes, li autres oiseaux, li autres gaitent ' les maisons. Et par ce aiment tant lor segnors que il avint jadis c uns rices hom lu pris de ses anemis, et si chien l’en ramenèrent devant ses anemis. Itel amor a li 1 2 chiens. Ci chiens est de tel nature que se il a plaie sor son cors, et s’il i puct avenir de sa langhe, il saine sa plaie par léchier. Il mangue 3 petit, et se on lit le petit chaiel à ventre qui plaiés soit, moult i valt et moult le sane dedens. Il est de tel nature quant il rent par la bouche, qu’il y repaire et le remangue. Et s’il avient qu’il trespast aighe, et il porte pain ou char en sa bouce et il en voit l’ombre, il quide que ce soit altretel 4 cose comme il porte; lors oevre la bouce, et pert ce que il i tient ens. Sa nature est tèle [que?] se ses sires l’a férus, et il le rapèle et li fait lie cliière, il revient à son segnor et s’umélie devant lui 5.

Ce que li chien sanc sa plaie par sa langhe, sénéfie 6 che que li apostles sanèrent nos plaies, ce sont nos péciés, par lor langes (sic); ce est par lor prècement 7 de confession. Ce que li chiens loiés est sor le ventre qui plaiés est, et lors sane la plaie dedens; c’est que la parole del prestre esvoie 8 les segrès del cuer à l'orne. Ce que li chiens mangue petit, est ce que li hom se doit esciver de trop mangier et de trop boire. Car par nule entrée n assaut li anemis le crestien si tost comme par gloutcnie de la bouce. Et ce que li chiens repaire à ce que il a rendu, sénéfie ccls qui repairent folement à lor péciés dont il èrent devant confès. Ce que li chiens lait clieoir en l’aighe ce qu’il tient en sa bouce par la covoitise de

1 Veiller, surveiller, observer, catal. aguaitar; ital. guatar, agguato

2 R. a eu chiens.

3 Cette phrase, quoique la moralité en parle , n’est

point dans R:... par lécliier. Li chiens a tel nature qu’il

remenjue ce qu’il rent. S’il avient qu’il trespast ève. etc.

R. autre; si oevre la bouche pour prendre, et

celi pert qu’il tient. — Ce que li chiens , etc. , etc.

6 Cette phrase n’est point dans R ; et , de fait , elle ne mène à rien pour la moralité.

6 R. Ce sont li prestre qui lèchent nos plaies , — ce sont tios pêchiez , — por lor langues ; ce est , etc.

7 R. prêchement.

8 R. esme les secrez.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

l’ombre qu’il voit; c’est la séncfiance des non sachans et des fols homes qui par la covoitise des coses (pie il ne conoissent, laissent 11 ce que lor j)ropres est. Dont il avient qu’il ne poent ateindre ce qu’il eovoitent, et ce perdent que il guerpissent ,0.

,J Ce mot a été oublié dans le ms. de l’Arsenal. Nous n’avons plus en français que déguerpir.

10 Abandonnent, rejettent, laissent; I’lam. AVerpen. Là se termine le Bestiaire du ms. R.

OBSERVATIONS

On sera beaucoup plus indulgent pour la thérapeutique professée par notré compilateur picard, si l’on veut bien songer aux innombrables remèdes de bonne femme dont Pline a fait collection au profit de la postérité.

Quant au symbolisme exposé ici, tout bizarre qu'il semblera, c’est celui de plusieurs saints Pères et de quelques grands artistes. Mais comme, à vrai dire, les monuments ne le reproduisent pas souvent, il suffira de renvoyer à ce que nous en avons dit ailleurs. Cf. vitraux de Bourges, n° 1 43 (p. a38).

66 (Fig. B O).

Page 1