‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 48 sur 139 · DEL VOLTOIB , ET DE UN VER GON APÈLE LIEES · texte numérisé non relu

DEL VOLTOIB , ET DE UN VER GON APÈLE LIEES

Pbisiologes nos raconte chi cl’un oisel qui est nomé voltoir. Si dist que sa nature est tèle que il sent une caroigne de m jornées de loing. Et si nos dit de i petit blanc ver 2 qui est apeles lieus. Sa nature si est tèle que il voit parmi les parois là ens il gist. Et sa vue par nature de lui— meistrie passe parmi les parois, où qu il est es parois; que ja n est-èle si espesse, et si légèrement passe sa veue parmi, comme li solaus passe parmi une verrière 3.

* Rien sur ce sujet dans R. Le ver apelc lieus a bien l’air de n’êlre que le lynx transformé en ver , par le même privilège qui avait autorisé notre prosateur à faire du chaméléon un oiseau , etc. ; car pour le fameux ver samir des rabbins ou thamur de Vincent de Bauvais et d’Albert-le- Grand (Cf. Bochart, I’. 11, lib. vi, c. 11 ; p. 841, sq.), ce n’est ici ni son nom, ni la propriété qu’on lui attribuait. Quant au lynx , au contraire , l’antiquité lui accordait une vue merveilleusement perçante (Cf. Plin. xxviu, 32; al. 8); assertion qui s’est enflée jusqu’à l’absurde sous la plume des commentateurs. Cf. G. Leopardi, l. cil. , cap. 18 (p. 293-296).

Pour qu’on ne nous accuse point de sévérité envers le naturaliste picard , convenons qu’il a pu être induit en erreur par le bestiaire de saint Pierre Damien (cap. 21) où le lynx se trouve placé près de la salamandre et des serpents. Mais comme la chèvre y paraît entre la salamandre et le lynx , un peu d’attention suffisait pour reconnaître que le docteur du xi' siècle ne prétendait nullement

grouper les animaux d’après leurs caractères zoologiques.

2 L’idiome picard a conservé cette affection pour le placement du modificatif avant le substantif modifié. Ainsi il dira encore du blanc fer, etc.; comme nous disons nousmêmes, à l’exemple de nos pères, une chauve-souris , un rouge-gorge , les pôles couleurs, un chaufournier , etc. Aujourd’hui , ce seraient des germanismes.

3 La représentation d’un fait si peu d’accord avec l’expérience commune, défiait les ressources ordinaires de l’art. Pour résoudre ce problème , le peintre a été obligé d’inventer des moyens insolites. Il fallait faire apercevoir le ver malgré la muraille, et laisser comprendre en même temps que l’animal seul possédait la faculté de percer ainsi la barrière par son regard. Si la réussite n’est pas entière, il faut tenir compte à l’artiste de la difficulté que lui opposant son sujet; ce sera, si l’on veut, un postulation rendu nécessaire par l’insuffisance du dessin dans un sujet trop compliqué :

« In mâgnis et voluisse sat est. »

BESTIAIRES (PI. XXIII)

Li voltoirs porte la sénéfiance de diable. Car il sent tos les pecheors que ja ne soient si loin};, et si les tient por sa caroigne. Si les sieut comme li voltoirs sieut les os et les tornois, que sa nature est tèle que il mangue la caroigne et la morte gent. Et si set tant de sens de sa nature meisme , que il set bien que il i aura bornes ochis es os (ost) ou es tornois; ou que il i aura alcune caroigne à mangier (Cf. supra , t. Il, pl. XIX, fîg. N, p. 1 46)- Car il covoite tote orde cose à mangier, et si ne goste onques de nète cose; tels est sa nature. Alsi ne puet diables onques aproebier à anme de net homme, c’est à entendre lame de just homme.

Phisiologes dit que li ver qui si elèrement voit, a une grant vertu de Deu. Et tu, home, pense à che que Dex voit si cler, que il n’est cose nule que il ne voit tôt en apert. Pusque Dex a doné al lieus vertu de veir parmi les pairois, ben te dois crémir de tes mesfais; que tôt seur soies (jue Dex voit totes les oevres del home. Avant que il les pense, les voit Dex poriraites el cuer. Iiom eschiève toi des vanités del monde, travaille ton cors à bones oevres por le Segnor qui te fist, et qui son cors laissa à grant martire traveillier; por coi il rechut mort et passion por toi. Car se tu seras rechut à sa cort , il te coviendra ton service mostrer de coi tu as servi ; et selonc ton service avras tes soldées, de bien et de mal.

69 (Fig. BR).

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