‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 49 sur 139 · UN OISEL QUI EST APELÉS MERLE · texte numérisé non relu

UN OISEL QUI EST APELÉS MERLE

Phisiologes nos distdela merle, si dit que il est moult deduisans • oiscax. Li merles est uns oiseax tos noirs, mais il a le bec tôt jaune et moult très beax ex 3. Il est de tel nature que il chante merveilles haut, et si ne chante que 1 petit termine 4 l’an, le mois d’avril et de mai. Mais ses chans est si délitables que on L’aime moult à oir, et por che le tient on volentiers en jaiole 5.

Cist oisel est example del poure home qui lais est. et mesel 6 ou bochu , ou contrais ' ou awègle ; et Dieu 8 rent grâces de son mahaig 9 et prent en gré la povreté et la dolor qu’il a. Li boni qui la merle tient en jaiole, à qui si bien plaist son chant, nos sénéfie Dieu. Car il n’est si lais hom el monde, ne si povre de teriens biens, ne si bochu contrefais; que s’il sert Dex de tel bien com il a, que il ne plaist à Deu ausi ben comme le service d’un roi; et rechoit son don à

' Article omis dans R.

2 Divertissant, récréatif. Nous avons vu le mot déduit, et l’on disait jadis les déduits de la chasse.

3 II n’est point question des pieds; et si l'on en jugeait par les miniatures de P , cette partie du corps n’aurait compté pour rien dans l’ornithologie du moyen âge.

‘ Durée, terme.

3 Prison , cage , geôle; ESP. jaula.

6 Lépreux.

7 Ce mot est remplacé par contrefais dans la suite de l’article ; mais le surnom du célèbre Hermannus contractas montre que contrait a dû être usité anciennement.

8 S’il 11e faut pas lire à Dieu , c’est peut-être que rem grâces aura été employé comme un seul mot, à la manière de l’italien ringraziare.

3 Peut-être faudrait-il lire malaige (malaise).

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si grant gré. Le don et li bienfait que li povres fait, nos sénéfie le cant de le merle qui ne chante que i poi de termine en l’an. Car povres hom ne puet gaires doner. De roi doit venir don de roi, et de chascun oisel doit estre sa vois selonc sa nature. C’est à entendre que cascun hom doit avanchier 10 les povres selonc les biens que Dex li a presté en cest mortel siècle. Ce que li chans est si beax de la merle, encore soit ce qu’il est noirs et que il n’est mie si biax comme li autre oisel sont, sénéfie lame del povre homme; s’il est mesel ou awègles, ou ja ne soit si lais, bo'chus, contrefais , s’il a déservie la pardurable joie, que s’anme ne soit alsi clère et ausi hèle que d’un prince de terre; que ja soit li persone si lais ne si desfigurés en cest mortel siècle.

Tu, hom qui alcun grief as en toi, soit de cors ou d’avoir ou d’ami, ja por ce ne rai cose par coi tu aies pis. C’est à entendre que tu te gardes de mesdire, de totes males œvres, et ren grâces à Deu de tôt ce que il te preste; alsi bien de ta dolor comme de ta joie. Ensi poras tu à Dieu plaire. Garde toi de covoitise, d’envie, de luxure, de glotenie, de tôt altres mais visces. Dont seras tu mis en jaiole coin la merle por son dous chant; c’est à entendre en pardurable joie . a la compaignie des angles et des amis Nostre Segnor.

111 Aider , avantager.

7° (FiS- BS)- . LI ESCOUFFLES '.

Il ns oiseaus est qui est apelés escoffles , Phisiologes nos raconte chi de sa nature. Si dit que cest uns moult ort oiseax. Car il vit de moult orde cose : de ras et de soris, et de boiaus de poisons et de bestes, et de tels ordures que on gète hors des maisons des hones gens. Quant cist oiseax vole et quiert sa proie, si crie sovent ; et torne son col et regarde tôt environ lui sor la terre por veir se il peust trover rat ou boel, ou altre orde caroigne que on eust geté fors , et qu’il peust prendre tôt abandonéement. Car c’est li oiseaus del monde qui plus est en espérance de trover sa proie. Quer sa nature est tèle que totes les ores que il vole, si regarde il desous lui, etquide proie trover. Dont il avient sovent que il crie si com il vole, por la fain qui l’argue. Et quant il voit sa proie, si descent et le prend ; si s’envole atot 2.

(iis oiseax est example de deable. Li rat et la caroigne c’on gète hors de la maison as hones gens, nos sénéfie cels qui vivent en péchié et ne s’en voelent retraire, ne le conseil croire de sainte Glise (sic)3. Car sainte Glise nos sénéfie mère et maison à totes bones gens. Car cil qui ne

4 Ancien nom du milan en français , et qui ne répond , 2 Avec,

que le sache, à aucun des mots par lesquels on désigne 3 Je me suis laissé dire en Valais que le village de Glis, cet oiseau dans les langues voisines de la nôtre. près du Simplon, devait ce nom à son cglise, qui sert de

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vit selon le paroles nostre mère sainte Glise, il est getés fors l’amor Nostre Segnor et de tos ses amis. Et quant diables voit Tomme en tèle fin finer , si vole à lui et en prent lame. Si l’enporte en perdurable tonnent où il est cascun jor dévorés, et sueffre mort sans morir; et lors s’en refait 4 diables et saole, si comme li escoffles fait de sa proie.

Tu hom, qui que tu es, comment es tu si hardis que tu oses péchier? Car Dex commande que tu ne faces à nului altre cose que tu ne volsis que on feist à toi. Dex fist por toi servir totes les coses qui sont el monde, et le soleil et la lune; et pus que Dex a tant fait por toi, il te covient faire por li. Use 5 ta vie, ce te commande il, selonc le conseil de sainte Glise; ensi poras tu à lui plaire. Car se tu es geté hors de sainte Glise et de son conseil, tu es li ras et la caroigne que li escolfles prent ; c’est à entendre diable qui prent l’âme de toi se tu muers en péchié. Dementres que tu es fors 6 et delivres7, quier mire 8 à tes plaies; si poras garir et seras saus. Encherche totes les défautes de ton cuer, de coi tu as l ame plaié; et pren médichine : c’est à entendre confession et penance, et vraie repentance. Ce enségne sainte Glise nostre mère.

paroisse au bourg de Brig, dont la population n’a point de curé propre quoiqu’elle soit plus considérable que celle qui habite près de la cure.

4 Nourrit , repaît. L’ancienne dérivation est encore visible dans réfectoire lat. reficere, refectio.

5 Ce verbe figure ici comme en italien son correspon dant usar (employer).

c Robuste , fort.

7 Libre, dispos, en état d’agir, comme nous disons délibérément.

8 Cherche un médecin.

V (Fig- BT).

Phisiologes nos dit qu’il est une beste que on apèle muscaliet \ Cèle beste converse en la contrée où li arbre sec sont, les quels III arbres qui parlèrent à Alixandre le poissant roi de Machedoine, et li disent (distrait?) le jor de sa mort1 2. Cèle beste si est de cors tels comme l lièvre, mais il

1 Cet article, qui manque entièrement dans R. et S. , n’a point de titre dans P.; et cette lacune pourrait bien être due à une hésitation fort louable du rubricateur; car l’espèce de rongeur qu’on y décrit semble désignée dans les écrits d’Albert-le-Grand (Opp. t. vi, 603) par le nom de musquelibet : c’est-à-dire , peut-être , vue espèce de rat indéterminée ou même douteuse. Et ce nom que le grand naturaliste du XIIIe siècle pourrait bien avoir employé avec quelque intention de faire toutes ses réserves sur le fond du récit, aura été traduit fort sérieusement en muscaliet par les candides compilateurs.

Déjà Vincent de Beauvais ( Specul . naturale, xix , 93; Duac. p. 1633) parlait d’un musqué libus , mais il désignait par ce nom l’animal qui porte le musc.

2 Parmi les quelques écrits que je connais sur les merveilles vues dans l’Inde par Alexandre ( Vinc. Bellov. , Specul. bist., iv, 33, 35, 36. — Jul. Valet-., Res gcstae

Alex. M., III, 36, 38-61. — Etc.), il n’est question que de deux arbres , consacrés , l’un au soleil, l’autre à la lune. Maison peut dire, à la décharge de notre auteur, que, selon la narration transcrite par Vincent de Beauvais , l’arbre du soleil parla deux fois, et l’arbre de la lune seulement une fois. Ce serait donc , sinon trois arbres qui parlent , du moins trois discours d’arbres. Et puis, le plus ou le moins de vérité dans un conte ne saurait prêter à grand scrupule. D’ailleurs il faut aussi faire la part aux inexactitudes du copiste , qui ne doivent point peser sur la conscience de l’auteur ((if. Pseudo-Callisthen., libr. II, cap. 27, 66; et III, 17; ed. Car. Müller, p. 88, 93, 123, 125; Didot, 1866; Arrian. ,etc.).

Quoi qu’il en soit, s’il faut s’en rapporter au texte qu’a reproduit Vincent de Beauvais (Cf. Epist. Alex AI.... de mirabil. Indiae, Bonon. 1601. — Apec. hist. , I. c. cap. 33) , et qui semble avoir dirigé le miniateur, voici ce que

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csti poi plus petit. Si a pies et jambes et coe comme uns escurels; mais sa coe est plus grande, et si li le porte ensi comme escurels ; et envole bien de l’une brance sor autre, par la force qu’il a en la coe qui si est longhe et grande et velue. Il a une teste tote réonde , et les oreilles petite comme une rnostoille ; et si a le musel lonc et agu com une talpe. Si li pert3 1 dent à cascun lés * horsdelmusel,si comme de sengler. Etsiasoie entor musel, si comme porceax a sor le dos. Cèle beste est si damageuse que nule plus de lui. Car èle est de tel nature que il n’est nul arbre qui ja soit si haut ne si fort à monter, que èle ne le rampe amont si isnèlement comme altrc beste cort par les cans 5 quant on le cace por prendre. Et quant èle est sor alcun arbre montée , èle en essille les fuelles et les Hors et les fi nis. Cèle beste a les ongles de ses piés si agus et si tenans (jue il tiènenten totcs les coses où ils tochent, si comme piet de moske font, et plus soutilment, par force de sa nature. Et si a les dens si trenchans que il en cruese les arbres de sous terre en la rachine tôt contremont6 par deseure, tresqu’as branches. Et iluec fait cèle beste son ni et son repaire en quel arbre quele hante. Cèle beste est si calde de nature , que li arbre en covient perdre son fruit par force; et si le covient périr et séchier, parche que il est tôt crues 7 et tôt rongiés en la rachine et cl cuer. Eors chiet li arbres et est tôt porris et perdus.

Tu boni, tu es essample del arbre. Ti fait, soient bon ou mal, nos sénéfient les fuelles de! arbre et les Hors. Li fruit del arbre est example de Fannie. La beste qui tant est damageuse et rampaus , et qui l’arbre cruese de la rachine tôt contremont el cuer tresqu’as brances, nos sénéfie orgoeil que li boni a el cuer. Li dent de la beste qui tant sont agu et trenebant, sénéfie les aspres paroles que curauté ( cruauté ) fait dire. Les piés qui si sont tenant où que il touchent, est example que crualté ne laira ja escaper qu’èle tient, se force ne li fait faire. C’est à entendre que la mort abat l’orgoeil par force. Dont est li arbres perdus, si porrist par la beste qui si la cruese, et fueille et flor et fruit perdus lonc tans devant; c’est à entendre ke li boni orgoeillous, almones qu’il face, ne juners, ne veilliers, riens ne li profite; et tôt si dons et si travail muerent ains de lui, s’il maintient orgoeil en lui tresqua sa fin.

devrait être le musquilibet : « Mures vulpibus similes, quorum morsu quadrupedia statim exspirabaut ; hominibus autem non usque ad interitum nocebat idem morsus. » Selon Julius Yalerius (/. cit., cap. 34; ed. Mai, p. 167, sq.) ce serait un animal bien autrement redoutable, et il s’appellerait ynilalopica (u.uaXu-r.S, peut-être, ou vuxToiterr.Ç, chez l’auteur primitif). Cf. Berger, Tradit. têratolog. , p. 309-312. — Pseudo-Callistb. , libr. lit, 17 (p. 122).

Faisons observer en finissant , que le Spéculum liistoriale ne donne pas à ces rats précisément la taille du renard, mais une ressemblance quelconque (de formes ou de pelage) avec ce carnassier. Pourtant le poème français

que je citerai tout à l’heure (dans les observations) est d’un autre avis.

3 Pousse , perce.

4 Côté; lat. latus.

5 Champs. Les Picards ont continué à parler comme écrivait, au XIIIe siècle, l’auteur de ce bestiaire.

6 De bas en haut. Expression de la même famille que aval et amont.

7 Nous avons rencontré , quelques lignes plus haut , cruese pour creuse; el cette différence pouvait bien n’être qu’une affaire d’orthographe , à moins que ce ne soit une forme comme celle que je signale p. 86, not. 8.

BESTIAIRES (PI. XXIII)

OBSERVATIONS

Je ne saurais quelles observations faire sur un sujet où je n’aperçois pas le moindre fondement réel. A défaut d’autres recherches, voici dans le Romans dAlixandre (ed . H. Michelant, Stuttgard , i8/j6, p. 290) ce qui me paraît ressembler le plus au muscaliet.

« Indiènes suris

Es herbèges se mètent , grignor suni de lioupis (goupis) :

Xe mordent riens, fors hommes, sempres ne soit ocis,

Mais li home en sunt tost et sané et garis.

Des somiers et des bestes lor ont mult desgarnis,

Ouar por les grans morsures en i ot mult péris ,

Et il en i a tant com ce fuscent formis. >

Dans le même poème (p. 338, 3 5 1 —3 56, 507, etc.) la prophétie des arbres et son exact accomplissement sont relatés en détail. Mais je ne vois pas grande utilité à la reproduire ici.

72 (Fig. BU).

Phisiologcs nos raconte chi d’un oisel ‘ qui est en la contrée d’Inde. Chis oiseax si hante en la mer darenoise 1 2; si est de moult diverses plumes, et moult est de grant beauté. Il a le col et la poitrine tele comme 1 paons, et la teste del oisel a une creste de sore 3, si comme paons; mais il a le bec tel comme un aigle. Et si est de cors et de coe tels comme une grue. Mais li oiseax est de plus diverse plume ; car ses èles sont rouges et bians et noirs. Chis oiseax a les piés

1 Cet article est sans titre dans P et n’existe pas dans

R. Pour retrouver le nom de l’oiseau dont d s’agit (si c’est

vraiment un oiseau) , la description ne peut pas être d’un grand secours; car à quel résultat les zoologistes ont-ils jamais été conduits par le signalement bien détaillé du phénix que nous ont transmis les anciens auteurs? Ici, certains détails de la narration pourraient absolument faire croire que l’Alcyon a prêté quelques traits au tableau : mais c’est bien peu de chose , si même cette conjecture a quelque fondement. Rappelons-nous que le même écrivain a transformé le caméléon en oiseau (ci-dessus, p. 78 ; n° 67 , note 2), et que Philé place la salamandre entre l’ibis et le rossignol , presque au milieu d’une série formée uniquement d'animaux ailés. Or ce pourrait bien être cette fois encore quelque chose de tout semblable : les œufs de la salamandre aquatique tombent ordinairement sur la vase

dès qu’ils sont pondus; mais il arrive parfois qu’ils sont amenés à fleur d’eau , soulevés par des bulles d’air qui entraînent la matière visqueuse dont ils sont entourés. Que si vous voulez bien prendre la salamandre des marais pour un oiseau aquatique , voilà presque toute l’histoire mise à flot par cette seule concession. Elle revêt une autre forme, mais dont je ne suis point responsable, dans la prétendue lettre du Prestre-Jean (/. cit., p. 199).

2 Si darenoise, doit signifier quelque chose, ce pourrait bien être une altération de tyrrhenum (ou même tyrium) mare; quoiqu’il soit difficile de dire par où cette mer touche à l’Inde. Cependant il faut se rappeler qu 'Inde et Libye sont presque synonymes dans bien des passages d’auteurs anciens. Cela tenait à des traditions antiques que les eihnographes éclairciront sans moi, s’ils veulent m’en croire.

3 Dessus. Précédemment nous avions deseure.

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fais comme dunes. Il est de tel nature, quant il doit ponre, que il pont ses oes en la mer; et al si tost com li oes est hors de son cors, que il l’a pont, alsi tost i a il un pochin tôt vif en l’oef dedens l’escaille. Li oisel set tantdesens de nature de lui meisme, que il voit hen et conoist lequel oef ara le meillor pochin eus. Et li oef par droite nature demostera à la mère en quel manière li pochin se proveront '; car li oiseausestde tel nature et ses oes, queselonc che que li pochin seront bons et amiable, si avalent li oef en la mer petit desous lor mère. Car li oef qui depu taire5 pochin a enlescaille, et qui sâ mère n’amera, cil oef avale el fons de la mer sor le sablon; et iluec le cache 0 tem peste alcune fois desous le sablon, et altre fois desore. Et li oiseaus par nature de lui meisme se tient tos dis sor l’ewe, droit desor ses oes, que ja par vent ne par orage ne par nul tempeste tant soit fors que li oiseaus ne se remuera de desore ses oes. Ains se tient tos dis en 1 point trestos cois, droit desore comme une ligne, tant que li tans sera d esclore. Et quant li tans est d’esclore li oef où li profitable pochin sont ens, il montent amont desous lele de la mère, et iluec escloent desous lor mère; et lors enmaine la mère les pochins à grant joie à lor père. Et li oef où le deputaire pochin sont ens, cil escloent el fons de la mer desous l’ewe el sablon. Et par droite nature escloent li oef alsi tost el fons de la mer, ou desous la mer el sablon , comme cil qui ( <jue ) la mère tient desous ses èles; et tôt li oef qui el sablon escloent, il i demorent à tôs jors desous en ténèbres. Et iluec a li pochins sa peuture 7 et son vivre par nature, et vit à grant dolor ; et ne poet morir par cose que il i endure, ains vit en cèle oscurté et en celes mésaises alsi longement comme cil qui furent esclos desous lele de lor mère.

Tu, hom crestiens, ebi dois oir et entendre. La mer nos sénéfie cest mortel siècle, li oisel est example de nostre mère sainte Glise; li oef qui est en la mer nos sénéfie lome qui est en cest monde. Li oes est example del borne, et li pochins qui est en l’uef 8 est example de lame. Quant li hom vient primes en cest mortel siècle et il est en sains fons baptisiés et levés, lors le keuve sainte Glise desous lui , desi à l’ore que il pèche; et quant li hom pèche, alsi tost le cache tempeste amont et aval sur le fons de la mer : c’est à entendre de l’une mal oevre en l’autre en tel siècle, se il ne quiert mire 9, c’est confession et vraie repentanebe. lies tempestes de la mer nos sénéfie les temptations del monde. Li hom qui les temptations ne puet contrester ,0, ce est li oes qui est cachiés el fons de la mer par tempeste; et li pochins qui est en l’uef si tost com il est pons, sénéfie l’âme del home si comme il est devant H. Li pochin qui est esclos el fons de la mer et desous el sablon , sénéfie l ome qui muert en cest siècle en mortel péchié; et lors vit

* Se montreront, se comporteront.

’ Dégénéré , déloyal.

‘ Le pousse , le chasse.

' Nourriture, pâture.

s OEuf. Orthographe ou prononciation , cela rappelle la

forme espagnole uevo, muerto, etc.

9 Médecin.

10 Soutenir, repousser; ITAL. contrastare; franç. contraste (opposition).

11 Précédemment, plus haut.

BESTIAIRES (PI. XXIII)

li âme de lui en ténèbres d’enfer à tos jors. Li oes qui esclot desous l'èle de sa mère, est example de celui qui trespasse de cest siècle en penance et en vraie repentance par le conseil de nostre mère sainte Glise. C’est à entendre qui ensi muert que il est menés à son père Jhésu Grist, à grant joie et à grant compaignie d’angèles; si comme li oiseaus maine ses pochins à grant joie à lor père, quant ils sont esclos desous son èle.

1 u hom, qui chou ’ 2 as oï, tu ne le dois oblier; mais tu dois chertainemeut croire que Dex rendra à tos homes lor soldées selonc ce que il aront deservi de bien et de mal.

12 Cela; ital. cio ; picard, cho.

P. S. Je m’étais jadis proposé d’ajouter 'a celte publication des bestiaires une table des mots français les plus éloignés du langage actuel dans les deux textes du prosateur Pierre et du rimeur Guilliame. Il me semblait aussi que les estampes jointes à nos textes pouvaient être l’occasion de quelques remarques utiles à divers égards. Tout cela s’est un peu modifié, depuis quelque dix ans que mes tristes bestiaires ont passé en portefeuille, car ils ont largement suivi le conseil d’Horace:

« Nonumque prematur in annum. »

Aujourd’hui, je suis plus aise encore peut-être que le lecteur lui-même, quand je m’en vois débarrassé, après un si long délai ; d’ailleurs, le loisir et les livres me manquent trop actuellement, pour que je cède le moins du monde à l’envie (que je n’ai plus guère) d’allonger ce travail. Je ne dis pas que si la démangeaison m’en reprenait, je ne m’y laissasse aller un jour, comme à d’autres fantaisies, en publiant ailleurs les textes grecs de cette composition singulière. Au cas où d’autres s’en chargeraient, ainsi qu’on pourrait bien le conjecturer en voyant l’attention qui s’est éveillée sur le pliystologus, pendant que ce premier essai continuait sa marche à pas lents, qu’ils veuillent bien prendre sur eux le reste de la tâche tout entière, afin qu’une troisième et quatrième reprise ne trouvent pas le public trop saturé d’un ingrédient si insolite.

Charles CAHIER.

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