‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 63 sur 139 · VU · texte numérisé non relu

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Mais, objecte D. Pitra , l’influence des missionnaires du milieu du IIP siècle dans les Gaules fut toute latine et dut détruire toute trace de la première église grecque des disciples de saint lrénée. Ainsi on ne peut pas faire descendre l’inscription d’Autun plus bas que aào.

Ces objections ne sont pas, ce me semble, fondées à un certain degré, en effet, nulle part, les nouveaux missionnaires ne cherchèrent à effacer la trace des prédications antérieures; a Vienne même, c’est là un fait dont on doit la première observation à M. Edm. Le Riant, jusqu à l’époque mérovingienne les inscriptions portent l’empreinte évidente de l’influence de saint lrénée. D’ailleurs, nulle part aussi, les nouveaux apôtres de la Gaule n’ont cherché à changer la nature des populations qu’ils évangélisaient. Or, la population d’Autun était essentiellement hellénique, comme celle de Marseille. Les écoles Méniennes, que l’empereur relevait à l’époque où nous croyons devoir placer Pectorius, dirigées par des rhéteurs venus d’Athènes, donnaient une éducation toute grecque aux nombreux jeunes gens qui se pressaient sur leurs bancs Le grec était même une langue si populaire chez les Eduens ’, qu’un certain nombre de mots de cette langue se sont conservés jusqu’à nos jours dans l usage du peuple de ce pays. Pour n en citer qu’un seul exemple, nous rappellerons que le cimetière d’où provient notre monument porte encore aujourd’hui son nom hellénique de polycindre, nofoacvâpiov.

Nous avons trouvé dans les inscriptions du baptistère delà Chapelle-Saint-Eloi un exemple fort curieux de la persistance de l’hellénisme dans la population et dans les écoles d’Autun. Sur les demi-tambours de colonnes, provenant du monument à Hercule-Mercure, qui recouvraient le mur à hauteur d’appui dont était entourée la cuve elliptique du baptistère, ou remarque parmi de nombreuses inscriptions tracées par les pèlerins la suivante, conçue dans un caractère fort curieux, qui tient à la fois de l’écriture des tablettes sous les premiers empe-

1 L’inscription votive conservée an musée d’Autun en est la preuve. Cf. Corpus uiscriptionum graecarum, r.° 6797.

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reurs, écriture dont les graffiti de Pompe! nous offrent de si beaux exemples, et du caractère cursif des chartes mérovingiennes sur papyrus :

Germanus hiç fui, anno CM régnante Chüdeberto1.

L'habileté de la main qui a tracé cette inscription dénote un personnage instruit, et qui dit un personnage instruit à l époque mérovingienne dit, avec beaucoup de probabilité , un évêque et un homme important. Or, la date de notre inscription, 46 du règne de Cbildebert, 55^ de notre ère, correspond a l’éclat de la vie de saint Germain, évêque de Paris. Aussi mon père n’a pas hésité à reconnaître une véritable relique de l'écriture du saint prélat, conseiller de Cbildebert I, qu’il avait accompagné dans son pèlerinage à Gisacus, au lieu où saint Taurin fut battu de verges par Licinius 2. Saint Germain était né à Autun, où il avait été longtemps abbé de Saint-Symphorien ; il avait dû encore recevoir une éducation grecque dans cette ville, car tout en écrivant en latin la mention de sa venue il écrit en grec la date de son voyage: anno cm 3.

1 Àthénaium français, 7 octobre 185 A . — Ch. Lenormant. Op. cil., p. 16 et 68.

2 Nous avons trouvé sur un autre demi - tambour de colonne le propre monogramme du roi Ghildebert.

Cf. Ch. Lenormant, Op. cil. , p. 3A.

» Cette date grecque intercalée dans un texte latin ré-

pugne à des personnes fort versées dans l’étude des inscriptions chrétiennes, car jusqu’ici on ne lui connaissait pas d’analogues.

Mon père avait d’abord cru devoir y lire ça, 36 (5A7 av. J.-C.), mais cela aurait donné une forme de A assez rare, tandis qu’en supposant que le second jambage du M était tracé sur le mortier du joint ou sur la pierre voisine, on obtiendrait une lettre qui, paléographiquement, convient très-bien à cette époque AA et une date qui concorde bien mieux que celle de l’an 36 avec les événements de l’histoire (Cf. Ch. Lenormant, Op. cil., p. 16) ; l’L de Childeberlo disparaît à la ligne suivante, comme le second jambage du M.

Maintenant aux personnes à qui cette date grecque, dans un texte latin de l’époque mérovingienne, paraît une chose impossible, nous leur demanderons ce qu’elles pourraient voir à cette fin de ligne. Je sais bien que dans le premier moment quelques-unes, comparant la forme du jambage qui suit le <T avec l’R, de Germanus et de Chüdeberto, croyaient devoir y reconnaître la première

INSCRIPTION D’AUTUN

Celte influence grecque se fit sentir à Autun jusque dans la liturgie, et elle est évidente dans le missel gothique , qui remonte à lepoque mérovingienne1. Plus tard encore, sous les Carlovingicns, on chantait à Autun, dans quelques cérémonies, le Gloria et le Sanctus en grec. C’est ce que prouve le dyptique connu sous le nom de dyptique d Autun et conservé au cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale2. A l'intérieur de ce dyptique, nous voyons écrits sur les deux feuilles d’ivoire en caractères du IXe ou Xe siècle, sur une des feuilles, le Kyrie, le Gloria et le Sanctus en grec, écrits avec des lettres latines3, et sur l’autre le Gloria et le Sanctus en latin. Toutes ces prières, tant latines que grecques, sont accompagnées du chant noté en neumes, ce qui montre quon les chantait encore à l’époque où elles ont été écrites.

lettre du mot régnante ; mais cette opinion n’est pas soutenable; on voit clairement la place de cet R, aujourd’hui effacé, au commencement de la troisième ligne dans l’alignement de l’F de fvi et du G de germants.

Au reste, je ne vois pas ce que cette présence des lettres numérales grecques dans une inscription latine a de si choquant ; le grand argument qu’on nous oppose consiste à dire que c’est sans exemple jusqu’ici dans l’épigraphie. Mais qui peut dire avec certitude qu’une chose est impossible dans les monuments de l’antiquité, parce que jusqu’ici on n’en a pas trouvé d’autres exemples? Ce serait une bien grande témérité et l’expérience de ces études apprend à se mettre en garde contre de pareilles assurances. D’ailleurs, la présence d’un caractère numéral grec, le ç, dans les inscriptions chrétiennes est certaine et ne peut être contestée par personne. Nous savons, de plus, que les chrétiens, en adoptant ce signe , n’ont fait que suivre une habitude de l’épigraphie antique et païenne. Or, nous trouvons parmi les graffiti de Pompéi , dans les planches de l’ouvrage du R. I’. Garrucci ( Inscriptions gravées au trait sur les murs de Pompéi, pl. XXVIII, il. A et 5) les deux inscriptions suivantes cjue j’ai expliquées le premier ( Correspondant , t. XXXIV, p. 721, Des inscriptions tracées à la pointe sur les murs des maisons de Pompéi , p. 29), et qui mêlent aux chiffres latins des chiffres purement grecs :

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