‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 64 sur 139 · IIII VI · texte numérisé non relu

IIII VI

Vil in

< zv

Pourquoi n’admettrait-on pas que les chrétiens, qui empruntaient h l’épigraphie païenne l’usage du ç, ont pu y emprunter aussi cet usage dont les inscriptions que nous venons de citer prouvent l’existence chez les Romains au Ier siècle de notre ère , et que le R. P. Garrucci a déjà signalé ( Op . laud., p. 56) : « Ce me semble un usage in- « traduit même à Rome dès l’époque d’Auguste, de mêler

« les éléments numéraux grecs à des signes latins. Ainsi ,

<■ on écrivait Iç pour XVI. »

Dans le second des graffiti que nous avons cité, l’usage essentiellement hellénique de renverser les chiffres et d’écrire les quantités les plus faibles d’abord et les plus fortes à la droite (comme çl, çM, et mille autres exemples que fourniront les médailles et les inscriptions grecques), a influé sur les chiffres latins qui sont eux aussi placés à l’envers: XI pour IX, VI pour IV. Ce renversement dans les dates latines se trouve assez fréquemment dans les inscriptions chrétiennes, par exemple pour le nombre IA, IIIIX, au lieu de XI II I , et prouve d’une manière certaine l’adoption de tous les usages de l’épigraphie païenne sous ce rapport et la possibilité de l’existence d’une date en lettres grecques dans un texte lapidaire des siècles chrétiens, surtout quand ce texte, comme le nôtre , est tracé par un homme né à Autun , la \ille grecque des Gaules.

1 D. Mab. , De liturg. Gallic., Missal. gothic., XXXVI, p. 2 A 7.

2 Millin, Voyage dans le midi de la France , t. I , p. 339.

s Nous donnerons ici le Gloria comme échantillon de ce curieux texte liturgique encore inédit : Doxa in ipsistis teho kepigis yrini epantropis cudocliia. Etumense. Eulogumense. Proschinutnense. Doxalogumense. Eucharistumensi charin megalinsu doxan Kyrrie Basileu epouranie lepalir panto kerator. Kyrrie Yemonogeni Isa xpistc agion pneuma Kyrrie Otheos oannos tutheu o ...os tu patros o erontas amartyan tu cosmu eleysonymas E routas amartyan tu cosmu presdeche tin deysimmon ...menas endechia tupalros eleysonimas. Olyssumonos

umonos Kyrrios sumonos ipsistos Hisu xpos ke agion

pneuma hysdoxan tlwu patros Amyn.

On remarquera les mots Jsu Xpiste- agion pneuma, \r,nrA XoioTs, ây.ov irnvtnx, Jésus-Christ Saint-Esprit , qui rappellent tout à fait la grande inscription dédicatoire du baptistère delà Chapelle-Saint-Eloi :

sPlRpto] SVS[c/pe] OR[aO']ONE[/n .Vostram.]

Sur ce titre de Jésus Esprit, Cf. Ch. Lcnormant, Op. cit., p. 31.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

Je n’ai pas besoin d’autres exemples de la persistance de l’influence grecque à Autun pour montrer comment on a pu encore y exécuter, au commencement du IVe siècle, une inscription conçue dans la langue qui y avait si longtemps régné et qui y régnait encore. D’ailleurs ce n’est pas seulement à Autun, c’est aussi à Lyon, à Vienne, à Trêves, c’est dans bien d’autres localités de la Gaule, jusque dans le fond de la Normandie, à la Chapelle-Saint-Éloi, que nous trouvons des inscriptions chrétiennes en langue grecque et souvent postérieures de deux siècles à celle de Pectorius.

VIH.

Mais, si nous plaçons à une époque comparativement récente l’exécution du titulus d’Autun, nous avons distingué deux parties bien distinctes dans ce texte, dont lune forme un petit poème à part, dogmatique et mystique, qui est indubitablement plus ancien que l’autre partie. Les six premiers vers présentent un rapport si étroit avec la tournure des ouvrages de saint Irénée , avec lesquels ils ont aussi tant d’expressions communes, qu’il nous est presque impossible de ne pas les donner à son école. Rien ne peut empêcher un esprit impartial d’y reconnaître l’œuvre d’un des compagnons, grecs de naissance, de saint Irénée. Ces vers, dont l’origine était si respectable, auront probablement été conservés dans la tradition de l’église Éduenne ; il est ainsi facile de concevoir comment à l’époque de saint Rhétice, qui lutta contre les hérétiques, de même que saint Irénée, un habitant de cette ville d’Autun, si grecque de tendances., ait choisi pour graver sur la tombe de son père cette profession de foi, écrite dans la langue qu’on professait aux écoles Méniennes, et contenant à la fois l’expression des principales vérités de la religion chrétienne et une réfutation éclatante des grossières erreurs des hérétiques contre lesquels les Irénée et les Rhétice combattirent toute leur vie.

Je termine ici ce travail, espérant avoir pu convaincre les esprits sans préventions. Comme on vient de le voir, tout me semble confirmer l’opinion que j’ai émise dans les Mélanges d’ Archéologie sur la date de ce monument.

Qu’on n’aille pas croire pour cela que je veuille diminuer son importance. Au contraire, j’ai voulu qu’on ne pût plus révoquer en doute l’autorité de cette inscription et profiter contre nous de ce que nous la faisions remonter à une date trop haute. Les dernières années du IIIe siècle ou les premières années du IVe sont déjà une assez belle antiquité pour un monument- de cette importance. C’est une époque assez rapprochée des temps apostoliques pour qu'une preuve aussi éclatante de la perpétuité des croyances de l’Église ait une grande importance historique, surtout si Ion songe que la partie de dogme, quelle soit ou non de lecole de saint Irénée. est en tous cas indubitablement plus ancienne que le reste de 1 inscription

François LENORMANT.

LETTRE T)E M. CHARLES LENORMÂNT

Page 1