LES PEINTURES. — VUES GÉNÉRALES
Si nous ne connaissions de notre tombeau que l'épitaphe, nous l’attribuerions sans hésiter à Vincentius et à lui seul; mais voici que dans les inscriptions jointes aux peintures, Vincentius ne paraît qu’une seule fois, et partout ailleurs figure un nouveau personnage nomme Vibia, dont il nous faut expliquer l’apparition.
J’ai d’abord supposé, et beaucoup l’ont fait avec moi, que le sépulcre était bisomum ; que Vibia, femme de Vincentius, y était descendue la première, et que son époux, après avoir orné sa tombe, était venu l’y rejoindre. En y réfléchissant , j’ai changé d’avis. Si le tombeau eût renfermé la dépouille de Vibia, comment son nom eût-il été oublié dans 1 inscription du pontife? Comment l’épouse n’eût-elle pas été l’objet d’un souvenir dans le banquet de sou époux, ([ue ce banquet rappelât ceux de la vie , ou bien le festin funèbre célébré par 1 époux survivant? Comment d’ailleurs supposer Vincentius survivant à l’époque d’une partie des peintures, quand toutes paraissent de la même main, ainsi que les inscriptions qui le déclarent décédé? Voici à quoi je me suis arreté.
Le tombeau est à mes yeux celui de Vincentius: Locus U/ncENTI, VINCENTIVS HIC EST; et la série des tableaux commence à droite, où le pontife sabazien assiste à un banquet sacré, dans l’exercice des fonctions de sa charge. Aussi bien, nul parmi les convives qui ne soit associé
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
a son ministère : SEPTEM-PII-SACERDOTES- On sait ([ne les anciens représentaient volontiers les morts dans les occupations les plus caractéristiques de leur profession. Il est donc naturel qu’on ait choisi pour un pontife sabazien les banquets religieux au sein de sa famille sacerdotale; d’autant que Vincentius, l’un des initiateurs aux mystères sabaziens, parait précisément dans l’exercice de son ministère.
Gela posé, la suite des aventures de Vibia ne se rattacherait à la personne de Vincentius que comme l’expression de sa doctrine et de ses espérances. La Vibia sabazienne pourrait bien netre qu’une allégorie du sort de l’âme1. Cependant la compagnie d Alceste me fait croire à un être réel, à une femme qui a existé; et si elle joue dans nos peintures le rôle d’un être mythique, c’est plutôt parce quelle aura compté dans la secte particulière dont il s’agit, comme un personnage capital , type des parfaits adeptes : c’est quelle aura joué parmi nos Sabaziens un rôle analogue à celui d’Hélène dans la secte de Simon, ou de Prisca et de Maximilla dans celle de Montan ; on que, non contente d’être comme celles-ci un instrument de perversion, elle aura inspiré elle-même les sectaires, comme firent la prophétesse de Marcion, la Philumène d’A pelle, et cette Agapé de Marc, qui faisait dire à saint Jérôme (Ep. ad Ctesipli.) : In Hispania Agapc Ilelpidium, millier virum, cæcum cœca duxit infoveam ' .
Le sort de l’âme après la mort dut être exprimé de diverses manières dans les diverses sectes ou écoles, selon qu’il fut exposé par des philosophes ou par des poètes, et c’est ainsi que, pour les premiers, dans le monde grec et romain , le cercle de la lune était le séjour des heureux, et l’enfer n’était autre que les régions sublunaires1, où nos âmes sont comme enchaînées dans des organes terrestres et mortels. Pour les poètes, l’enfer était au centre de la terre où nous vivons, et le séjour des récompenses était dans des îles fortunées cachées au sein des mers. Cette dernière image avait aussi sa raison philosophique, et laissait entrevoir la doctrine de la genèse des choses3. La dissolution des liens terrestres était symbolisée par une descente sous terre à travers les lacs ou les sources, et le passage de l’âme à une vie meilleure était indiqué par un voyage à travers les eaux de l’Océan. Il pouvait être bon de rappeler ces idées avant d’entrer dans l’explication des scènes suivantes.
1 On pourrait aller plus loin et trouver du mystère 2 Orph. H. 83, in Océan : AGx;àrwv~ Oîtôv yÔEo-iv Gvijjusque clans le nom de Vibia, en le formant de Vira. Le T„VT’, àv0pu7r&>v . Cf. Athenag. , Légat., c. 15.
changement du v c nb, alors commun, se retrouve ici cf Herac) Pont>> Apeg Homer., p. A92-93. Haie: dans vibg pour bibe, et dans vibes et béni, pour vives ’H * à
et VEJNI ; mais je ne saurais adopter cette conjecture.