‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 76 sur 139 · ANCIENS TA V · texte numérisé non relu

ANCIENS TA V

terminé par une pomme creuse en argent où il renferma une dent de saint André La description est celle d une férule, et cette férule fut son bâton pastoral, les saintes reliques le supposent.

Nous allons tout à l’heure revenir sur les deux têtes de dragons tristement penchées aux extrémités de la traverse. En attendant, nous en ferons remarquer deux presque semblables sur un autre tau dont on doit la connaissance à M. l’abbé Texier dans un article des Annales archéologiques (T. X, p. 177)- Tout en renvoyant le lecteur à la belle collection de M. Didron, qu un archéologue ne saurait feuilleter sans avantage, nous produisons ici une faible esquisse de la gravure de M. Gaucherel ( fig . 3y et 38). M. Texier a fait voir que ce tau était celui de

Gérard, évêque de Limoges, fds de Guy, vicomte de la même ville, et mort à 1 abbaye de Chairoux en 1022. Comme ce prélat était trésorier de l’abbaye de Saint-IIilairc de Poitiers, 1 auteur

1 Ap. Surium , 10 mai. T. III, p. 368. Fecit itnque Dunstanus inibi posuit, tum ut insuperabile munimen sibi sibi alium scipionem crassum et fortem , ac illius summi- præstaret contra incursus malignorum spirituum, tum tatetn argento circumposito decoravit. Quod argentuin in quia præ cæteris sanctis, dulci afîectu diligebat eumdem suprema parte sui in moduin concavæ sphæræ formatum, apostolum. dentem B. Andreæ apostoli gestat inclusum. Quem dentem

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

du mémoire émet la pensée qu’il a pu être enterré avec l’insigne de cette dignité, ou bien que les moines de Charroux ont pu déposer dans sa tombe un bâton autre que le sien, soit pour suppléer à l’absence de l’insigne, soit pour conserver une crosse plus précieuse. Je ne vois pourtant pas que rien oblige à ces suppositions, puisque les évêques ont porté des tau aussi bien que les abbés, bien qu ils l’aient peut-être fait plus rarement.

C’est en effet un tau que nous voyons à côté de l’abbé Isarn , sur son curieux sarcophage conservé au musée de Marseille1. Le mot de virga est inscrit sur la traverse ( fig . 3g), qui contraste par sa simplicité avec les précédentes; mais sa forme élémentaire se retrouve dans

le tau en ivoire trouvé à Saint-Germain-des-Prés dans la tombe de l’abbé Morard et conservé aujourd’hui au Musée de Cluny (fig- 4°)- Morard fut, dans sa prélature de ggo à ioi4, le fondateur de l’église actuelle et en particulier de la tour, d’après son ancienne épitaphe : Istam ecclesiam a paganis ter inocensam euertens , afundamentis novarn reœdificavit , turrim quoque cum signo On remarquera la distinction des entrelacs romans ouvrés à jour. Déjà publié par Alexandre Lenoir, dans son Album du Musée des Augustins, t. II, p. 28, cet ivoire la été de nouveau dans la Statistique monumentale de Paris, pl. XVI, par M. Albert Lenoir, qui

continue si dignement les services rendus à 1 archéologie par son père.

Est-ce à un évêque, est-ce à un abbé ou à un prélat revêtu en même temps de ce double titre qu’il faut attribuer le superbe tau en ivoire possédé par M. le prince Soltikol? Je n oserais prononcer avec le peu de renseignements que nous donnent les deux personnages ciselés sur la face inférieure de la traverse et placés les pieds contre la hampe. L’un et l’autre ont la tête

1 On lit autour de la tête :

Cerne precor que lex hoinini noxa protoplasli In me defuncto lector inest inisero.

Et sur la table qui couvre le corps :

Sacra viri clari sunt hic sita patris Isarni.

Membra suis studiis glorificata piis.

Quæ felix vegetans anima provexit ad alta Moribus egregiis pacilicis anirnis.

Nam redimitus erat hic virtulisspeciebus Vir Domini cunctis pro quibus est hilaris.

Quæ fecit docuit abbas pius atque beatus Discipulos que suos compulit esse pios.

Sic vivens tenuit regimen sed claudere limen Compulsus vite est acriler [et] misere.

Rexit bis dénis septemque fideliter annis Commissum que sibi dulcern gregem domini Respuit octobris transacta octava calendas Et cœpit rutili régna subire poli.

On lit enfin autour des pieds :

Sic que gemens corde die, die : Deus huic miserere.

Amen.

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