‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 77 sur 139 · ANCIENS T AV · texte numérisé non relu

ANCIENS T AV

nue et une large tonsure; tous deux portent sur une simple aube une chasuble courte pardevant, comme on la voit à l’archevêque Stigant sur la tapisserie de Bayeux (Willemin,

Fig. 41.

Fig. 42. (A. M., d'ap. l'orig., grand, nat.)

T. I, pl. 43); mais l’un tient un tau de la main gauche et bénit de la droite, tandis que l’autre tient de la droite une crosse et porte de la gauche un livre. On remarquera, de plus, que la chasuble du premier se distingue par un ornement qui peut n’être qu’un orfroi, mais où l’on peut voir aussi un pallium primitif. Ces différences m’inclinent à penser que les deux figures représentent deux hommes différents , c’est-à-dire le riche prélat auquel l’art a consacré le Fig. 43. religieux bijou, et, malgré l’absence du nimbe, son Fig. u.

patron et celui de son église. Que ce patron eût été, par exemple, un saint Martin, l’évêque par excellence dans les Gaules, on se rendrait compte du pallium et aussi du tau, puisque c’était un tau qu’il léguait au jeune Victrice, depuis évêque du Mans. 11 lui donna, dit le chro-

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niqueur, le bâlon sur lequel les prêtres ont coutume de s'appuyer au chœur1 2 ; mais fort probablement le bâton, à cette époque toute primitive, servait entre les mains du pasteur à un double but, comme il le fait encore dans l'Eglise d’Orient, et n’en était pas moins un bâton d honneur pour être un bâton d’appui. Vis-à-vis de son patron, le prélat recevait sa bénédiction au lieu de la donner lui-même à ses ouailles, et c’était dès lors de la main droite qu’il devait tenir l’insigne de son autorité, pendant que sa main gauche portait le livre d*e la doctrine : enseignement et vigilance, tout son ministère était la.

Mais pourquoi tout autour des deux personnages la représentation d’un zodiaque? Ceci ne peut surprendre ceux qui savent avec quel soin le calendrier était et est encore placé au commencement des livres d’offices où le cours de l'année solaire détermine l'époque des fêtes dans l’année ecclésiastique. Ce qui servait de règle aux travailleurs rustiques,, remarquait au XIIe siècle l’abbé Rupert5, devait servir de guide aux hommes de prière, et c’était dans leurs rapports avec le service divin que l’Église envisageait la succession des saisons. Ici l’indication des mois était d’autant plus à sa place que le tau rappelait par son origine les offices du chœur. Nous avons pour point de départ le mois où s’ouvre l’équinoxe du printemps, c’est-à-dire mars et le Bélier (Ovid., Fasl., I, i63) :

Principium capiunt Phœbus et annus idem.

On voit le Bélier essayant de gravir le premier échelon comme le soleil commence à s’élever audessus de l’équateur. Ee Taureau d’avril indique également, par son attitude, la marche de l’astre vers les régions supérieures. Avec les Gémeaux de mai nous terminons la première ligne, et la première saison s’achève. Il faut reprendre à gauche et sur la crête du tau pour trouver le Cancer de juin, dont les deux pattes de devant jointes près de la bouche indiquent, je pense, le repos du solstice d’été au tropique boréal. Placé un peu plus bas, le Lion de juillet exprime l’idée d’un premier pas sur le plan incliné de l’éclyptique : il ne le fait pas sans regarder derrière lui, et comme avec regret, les hauteurs qu’il abandonne. Plus loin, la Vierge d’aoùt forme le geste antique de 1 effroi , serait-ce à la vue des régions méridionales où 1 invincible loi du temps contraint l’astre de descendre? Nous nous arrêtons ici près de l équinoxe d'automne et il nous faut passer au côté opposé pour parcourir l’hémisphère austral. Pour nous avertir que nous y sommes, septembre indique du bout du doigt le plateau inférieur de sa Balance. Octobre et le Scorpion, novembre et le Sagittaire nous conduisent au solstice d’hiver placé,

1 (Mabill. , De Cursugallic., p. 435). Gui (S. Victurio) rusticana plebecuia, magis ad serviendum cleo religiosa con-

Martinus dédit baculum seu siisteniaculum super quod siderat ecclesia et secundum ipsum variantur veris, æstalis soient sacerdotes fusis orationibus sustentari. atque autumni et hyemis tempora.

2 Rupert Opp. De Trinit. L. c. 45: Quas cum observet

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