‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 80 sur 139 · LEX DEI VERA EST · texte numérisé non relu

LEX DEI VERA EST

Et sur les deux baguettes inférieures :

PER CRVCIS HOC SIGNVM FVGIAT OMNE MALIGNVIVI.

Cette dernière inscription explique un semis de petites croix gravées en creux et rapprochées de dix têtes, où, malgré le nombre, il serait possible qu’on eût

voulu représenter les apôtres. Au-dessus des deux pre- ^ig. 46. (a. m., d‘ap. l'orig. 2/3.)

rniers nœuds, un évêque ou un pape est assisté de deux évêques et consacre un quatrième

CROSSES A SERPENTS

prélat agenouillé devant lui. L’absence du pallium fait à bon droit douter à M. Labarte que le consécrateur soit un pape, d’autant plus que sa mitre conique n’a pas l’élancement donné aux tiares pontificales des hautes époques, .l’ajouterai avec le savant M. André Pottier, que les mitres coniques n’ont pas toujours été interdites aux évêques, et je joindrai aux faits qu’il cite (Willemin, T. I, p. 55) un tombeau du XVe siècle au musée de Toulouse. Debout contre la console où s’appuie le grand lion supérieur, deux petits lions broutent

I lierbe comme des animaux domestiques, et tiennent, je pense, à ce beau cycle du nouvel âge d’or dont j’ai dit un mot ; quant à la figure entourée de pierreries, elle doit être celle de l’enfant dont 1 innocence sera respectée parla férocité des bêtes. La signification du lion supérieur est nécessairement toute autre. A ses yeux si largement ouverts, vous vous rappelez l’animal qui, d’après le Pitj-siologus , dormait sans fermer les yeux, symbole en cela de la vertu de vigilance et image de celui dont la Providence veille jour et nuit sur les siens. Sur une superbe miniature du Mss de Charles-le-Chauve, fait à Saint-Denis et aujourd’hui conservé à Munich, se trouve, au commencement de l’évangile de saint Matthieu, un lion dans la même attitude.

II est entouré des quatre symboles évangéliques et a pour légende :

HiC LEO SURGENDO PORTAS CONFREGIT AVERNI QUI NUMQUAM DORMIT NUMQUAM DORMITAT IN ÆVUM.

Le lion de notre tau écrase une tête sous un pied de derrière : c’est ce qui se voit assez souvent dans les figures de lions sous les colonnes des vieux porches romans, par exemple à Notre-Dame d Embrun. A Chartres, dans le remaniement fait au XIIe siècle de la façade occidentale, deux lions de l'entrée, foulant également des têtes grimaçantes, ont été portés au sommet des contre-forts de la même façade. Puisque le lion est pris ici en bonne part, f’ennemi qu’il écrase ne peut être que le démon et les vices.

.l’ai dit que les tau conservés étaient rares. Il paraît, en effet, que les évêques latins les ont abandonnés vers le XIIe siècle. Les abbés semblent les avoir conservés plus longtemps, ce qui nous porterait à attribuer celui-ci à quelque riche monastère italien.

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