‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 83 sur 139 · V. 19. In oculis ejus quasi liaino capiel eurn... V · texte numérisé non relu

V. 19. In oculis ejus quasi liaino capiel eurn... V

. saint Grégoire cet hameçon fut l’humanité de dévorer dans la Passion et qui fut sa perte. 1 avide pour engloutir sa proie et cette proie céleste , gorge du monstre quelle étouffe. En ceci, saint

I S. Greg. , Ed. Ven., 1769, t. Y, p. 352.

Cum Behemoth efTrenalas vires... indicasset , prolinus unigeniti filii sui... coininendat adventuin et quo ab illo ordine Behemoth iste sit perimendus insinuât.

Dominus noster ad huinani generis redemptionem venions velul quemdam de se in necem diaboli hamum fecit. Assumpsit enitn corpus ut in eo Behemoth iste quasi escam suam mortem carnis appeteret...

In hamo ejus incarnationis captus est quia dum in illo appétit escam corporis transfixus est aculeo divinitatis. Ihi quippe inerat humanitas quæ ad se devoratorem duceret ; ihi divinitas qu æperforaret; ibi aperla infirmitas quæ provocaret ; ibi occulta virtus quæ raploris faucem transfigeret. In hamo igitur captus est; quia inde interiit unde devoravit.

In hamo captus est quia in Redemptore nostro dum per satellites suos escam corporis momordit, divinitatis ilium aculeus perforavit. Quasi hamus quippe fauces glulienlis tennit, dum in illo et esca carnis patuit, quam devorator appeteret, et divinitas Passionis leinporc latuit quæ necaret.

Plus loin, Satan est peint: ad omnium mortem inhians, vitam pene omnium vorans... 11e ergo iste humanis mortihus cetus insidians , quos vellet ultra devoraret; hamus hic raploris fauces tenuit et sese mordentem momordit.

S. Jérôme avait dit auparavant (Ed. Martianay, t. V, p. 790) : Hamum ipsum Salvatorem Filium Dei carne vestitum intelligamus, etc.

S. Odon de Cluny ( Bib . Max. PP., t. XVIII, p. AA8) ne fait que répéter en d’autres termes tout ce qu’il a lu dans S. Grégoire... Dum per satellites suos escam corporis momordit, divinitatis ilium aculeus perforavit. .. S. Brunon d’Asli en fait autant ( Sentent . , 1. III, ch. 8, et 1. V, ch. 2).

Ainsi pour Rhaban Maur , populaire dans les écoles comme le sont les compilateurs (Opp., t. V, p. 779), hamus est humanitas Christi.

II ne sera peut-être pas inutile de rapprocher de nos textes et de nos crosses une peinture d’Aquilée (Fig. 57), assez ancienne; mais plus récente que nos crosses et qui rend d’une manière différente une idée au fond la même : J.-C. est en croix, l’arbre qui circule autour de son corps est l’arbre de vie et la ligne qui part du cœur

20. An extraliere poteris Leviathan hamo? Pour sainte de J.-C. «que le dragon infernal essaya ,e saint nous montre la bête ouvrant une (gueule pareille à une arme moi telle, s'arrêtant dans la Grégoire ne fait, que développer ce que saint

doit être, si le peintre a puisé, comme je n’en doute pas, aux sources indiquées, la généalogie du Sauveur : Ilujus hami linea, dit S. Eudon de Cluny, (I. c.), Christi est genealogia. Nam cum dicitur: Abraham genuit Isaac, etc., usque ad Mariam Virginein quasi quædam linea torquetur, in cujus extremo incarnatus Dominus, id est hamus ligaretur quem in bis aquis humani generis dependentem aperto ore iste cetus appeteret. Et en effet, la reine qui sc tient a dextris in vestitu deaurato ne peut être que la Vierge Marie soutenant l’extrémité de la ligne où Léviathan est suspendu.

Ne dirait-on pas que S. Brunon d’Asli avait cette peinture devant les yeux quand il disait (Sent., I. V, c. 2):

Mors per Evam facta est, vila per Mariam reddita est? Ilia a diabolo victaest, hæc diabolum ligavit et vieil. Cum enim ah Eva usque ad ipsam linea extendatur, in ipsa tandem ille hamus ligatus et incarnatus est per quem captus est ille Leviathan... O bealissima... cujus hamo Leviathan captus est... in carne enim quæ et ipsa nata est quasi hamus in esca Verbum incarnatum... Quid igitur Verbum in carne nisi hamus 111 esca? liane escam vidit Leviathan, concupivit, nihil intus latere cogitavit, purum hominem esse credidit, linguam extendit, quæ videlicet lingua suæ perditionis fune iigata et suspensa est. >< J.-C. crucifié complète la défaite de Satan sur la terre, défaite que S. Michel avait commencée dans les cieux, et que les princes chrétiens, comme Constantin, continuent sur la terre. Mais cette défaite , la synagogue se détourne pour 11e pas la voir.

Je 11e serais pas surpris que plusieurs cherchassent dans le même chapitre de Job et dans ses commentateurs, l’explication du tau de S. Héribert et des entrelacs de la mâchoire du monstre: In sudibus, est-il dit dans Job (v. 19), perforabit nares ejus... (v. 21) Nunu/uid pones circulum in naribus ejus, aut annilla perforabit maxillam ejus? Tout en préférant mon explication comme plus littérale, je ne nierai pas que celle-ci soit assez naturelle et peut-être coexistaient-elles. Le théologien, le prélat, n’avait sans doute en vue que l’Écriture ; mais l’artiste, en rendant l’idée scrip turale, pouvait accorder quelque chose à des traditions populaires qui s’en écartaient si peu , qu’il y a lieu de les croire dérivées de cette source primitive.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

Jérôme avait indiqué avec sa sobriété ordinaire, et comme l’image était saisissante, elle passa de l’exégèse dans l’art, et fit loi dans cet art sérieux des grandes abbayes qui florissait sous le même toit que la science et recherchait l’intérêt dans les idées non moins que le beau dans les formes. L’humanité de J.-C. dans la Passion, c’était son corps en croix comme nous l’avons vu (fuj. 4p); c’était aussi d’une manière plus concise sa croix toute seule. Mais, comme beaucoup d’autres images mystérieuses et graves, celle-ci fut bientôt oubliée lorsque la sécularisation de l’art commencée au XIIIe siècle eut accompli son œuvre, et nous en sommes venus à voir les hiéroglyphes égyptiens mieux compris de nos contemporains que les symboles de l’art de nos pères, c’est dans la science un vide à combler.

Page 1