‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 85 sur 139 · CROSSES A SERPENT ET AGNEAU · texte numérisé non relu

CROSSES A SERPENT ET AGNEAU

sées sur sa tête 1 , ses yeux arrondis par la fureur, rappellent mieux qu’ailleurs le draco ille magnus de la vision prophétique (c. XII, 9). enflammé d'une grande colère (ibid. , 12), parce qu'il sait n’avoir que peu de temps. Et voici que déjà sa fureur est vaine : Ils combattront l'Agneau et l’Agneau les vaincra ; car il est le Seigneur des Seigneurs et le Roi des Rois, et ceux qui sont avec lui sont les appelés, les élus, les fidèles ( ibid ., XVII, i4)- Toute cette rage vient donc se briser contre la croix, infranchissable barrière, et tandis que le bélier défie l’enfer d’un regard modeste et doux, on voit fuir devant lui le renard, le dévastateur de la vigne du Canliipie des Cantiques, le golpis du moyen âge, 1 esprit de fraude et de mensonge.

Sur les crosses suivantes, le vainqueur de l’ennemi de Dieu et des hommes est l’Agneau du sacrifice, l’Agneau d’Isa ïequi marche à la boucherie sans plainte (LUI ,

7), l’Agneau de saint Jean-Baptiste qui efface les péchés du monde (Job., I, 29 et 36), l’Agneau de Y Apocalypse qui a été immolé tanquam occisus (V, 5); mais qui n’est pas gisant sans vie, comme la souvent montré l’art inintelligent des modernes, car il revit, il est debout, stantem, tenant en triomphateur sa croix bien-aimée , dont la pourpre, ainsi que s’exprime saint Paulin 2 , contraste avec sa propre blancheur :

Sub cruce sanguine.1 nivao stat Christus in Agno;

Agnus ut innocuus injusto datur hostia letho.

Cest cette croix qui fait dire aux élus (Ibid., X. 1 2) : Il est digne, l'Agneau quia été mis à mort, de recevoir la puissance , la divinité, la sagesse, la force, I honneur, la gloire et la bénédiction. La crosse d’ivoire (fig. 5 9) si semblable à la précédente par le style et la pensée, passe pour avoir appartenu à Jacques de Vitry et se trouve dans le trésor des reliques des Sœurs de Sainte-Marie, à Nam ur.

Nul symbole de l’art ne pouvait rendre d'une manière plus sensible et plus touchante le

1 Apoc., XII, 11: Et vidi aliaai bestiam... et habebat 2 Epist. XII ad Severum. Aniuerp. Plant in , 1522,

cornua duo similia Agni. p. 155.

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contraste de la bonté divine et de la haine infernale, des humiliations du Calvaire et de la gloire des Cieux : aussi voyons-nous ce type singulièrement goûté dans le siècle que l’on a appelé théologique. Il se développe avec de légères variantes dans deux volutes en cristal de roche, enchâssées dans une orfèvrerie plus moderne et conservées à la bibliothèque de Versailles. Dans les deux scènes, l’Agneau s’avance vainqueur de la mort et tenant sa croix, trophée de victoire qu’il veut emporter dans les cieux, comme s’exprimaient les vers sibyllins (I,, VI), afin de revenir avec lui pour juger le monde :

O lignum felix, in quo Deus ipso pepcndit !

Ncc le terra capit, sed cœli tecta videbis,

Cum renovata Dei faciès ignita micabit.

! )atis la première crosse ( fuj. 60), le dragon, à barbe de bouc, ouvre la gueule, moins peut-être

pour assouvir sa haine que pour exprimer son désespoir. Dans l autre (Jig. 61), il dresse ses embûches et menace les pieds de l’Agneau : Insidias ponet calcaneo ejus (Gen. III, i 5) : mais le pied de l’Agneau écrase sa tête. Ici, le suppedaneum est indiqué au-dessous du croisillon, comme pour attirer l’attention sur les pieds divins ensanglantés et vainqueurs.

Il convient de rapprocher des crosses précédentes une auire (fuj. 62) qui ne m’est malheureusement connue que par une gravure de la collection diplomatique des Monumenla Boica , t. XI, p. 345. Elle appartenait au monastère de Metten et était attribuée à son premier abbé le bienheureux Utto, qui l’aurait obtenue du pape par l’entremise de Charlemagne, lors du couronnement de l’empereur en 801 . On lisait en effet sur le pied :

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