XIII. Del bestiaire ai [ mult à dire
Sunt1 2 essample et bone 3 matire Et sentence et bone raison.
Or vus dirai del Hériçon 4,
Que 5 est fait cum un porcelet Quant il alleite 6 petitet.
Mult parest richement armé,
Car de nature est espiné 7 ;
Et quant il ot, u veit 8, u sent Près de li 9 u bestes u gent,
En ces armes se clost 10 et serre ;
Puis ne dote 11 il guèresla guerre.
D’ommene se pot il défendre,
Mes si bestes le volent prendre.
Ne sai comment le dévorast Que malement ne s’enpeirast.
Mult est comtes li hériçons Qui meint en bois et en.boissons;
Une mult grant cointise fait Quant sa viande quère vait :
Tote sa petite aléure S’en vait à la vigne majore 12 ,
Tant fait qu’à la vigne est monté U plus ad de résins 13 planté.
Si la croule 14 si durement Que il chéent espessement.
Quant à terre sont espandu
1 X. El bestiaire a.
U et Y. Grant.
3 X. bêle matire; et au vers suivant, bêle raison.
4 Y. de li riçon (del iriçon ?) ; Z. del hyreçon.
5 X et Y. qui.
« Y . alaite ; un cochon de lait. Nous aurons ailleurs porccl allaitant (lactens).
7 Y. espinez et armez.
8 Y. ou voit , ou etc.
9 X et Y, lui ou.... ou.
10 Y. s’enclot.
11 Y. ne doute guaires.
i* Nous avons déjà rencontré (dans l’article fourmis) major pour mûr ; et sans ce nouvel exemple on pourrait y soupçonner une inadvertance de copiste. Du reste, cette fois encore X et Y ont méure.
,s Y. rasins ; lat. racemus.
14 Agite, ébranle ; ital. crollo. Y. croie.
45 X. voutre ; Y. voûte; franc, vautrer,
l® Y. fichié , et dougiè. Cf. supra, p. 119, note 27.
il Y. brocones; X. prochétes (sic) ; épines. Franc, broche, brochette ; ital. brocchetto.
18 X. dcugèes.
19 X. s’en tome tôt bêlement ; Y. s’en retorne droitement.
50 X et Y. crestien.
Et il est aval descendu,
Pardessus se croulle 15 et enverse Et al long et à la traverse.
Tant que les résins sont fichées16 Es brocimes17 qui sont dougées18.
Quant il est chargé durement,
Si s’en revent 19 tôt dreitement A son recet à ses foons ;
Et tant cum dure la saisons,
Des pontes fait il altresi Cum des reisins dunt jo vus di.
Bon cristiens20 qui reisons as,
Ceste essample n’obliez 21 pas :
Mès gaite 22 tei del Iteriçon 23 ,
Del traître 24 colvert 25 félon ;
Garde ta vigne et ton pomer 20 Del séduianz 27 laron fraiter 28,
De malfé qui toz jors enginne 29 Que il ait le fruit de ta 30 vigne.
Si nule bone overainne 31 as fête32,
Li déables 83 toz jors agaite Qu'il te ait tien 34 et enginné Et boté 35 en alcon pecché 36 ;
Tant qu’il poisse 37 le frait 38 escorre 39 Qui te deit aider 40 et socorre 4I.
Dès que li deables aprent Que la cure del moud te prent,
21 X et Y. n’oblie.
25 X et Y. garde; Y. toi.
23 Y. iriçon ; Z. hyreçon.
24 X. Y. Z. traïtor ; esp. traidor.
25 X. ouvert ; Y. couvert ; Z. cuivert ; perfide. Si ce mot vient du latin coluber ( fraus serpentina), Colbert aurait fort bien traduit son nom en choisissant pour armes parlantes un serpent (couleuvre).
26 Z. pumier.
27 Y. Dou traïtor laron franter ;
Z. Del traïtor cuivert frotier. Ce vers et le précédent manquent dans X.
28 Ce mot m’est inconnu. Aurait-il fallu lire fruitier ?
29 Y et Z. engigne.
50 X. la.
31 X. ovraigne ; Y. ovraige.
32 Y. faite.
33 Y. anemis.
*4 Tenu, saisi, pris. X et Y. t’ait traï.
35 Y. bouté an... péché.
56 X. aucun péchié , et en gin nié.
37 X et Y. puisse.
38 X et Y fruit.
39 Secouer, faire tomber ; lat. excutere.
40 X. édier.
BESTIAIRES (PI. XXI)
De bien boter enz tel se haste42.
Tes b uis espéritels dégaste,
Ta vigne et ton pomer escot 42; Issi 44 te guerroie-il 45 par tôt.
X et Y. secorre.
42 Les diverses variantes de ce vers ne m’oirrent rien de satisfaisant. Ne pourrait-on pas supposer : De se bouter enz toi, etc.?
43 X et Z. escout (secoue).
44 Z. Eiisî.
43 Z. gerroie ; X. guerreie de bot.
OBSERVATIONS
Faut-il s’étonner si les mœurs d’animaux étrangers ont été l’objet de maintes contestations ou d’un scepticisme moqueur, lorsque nous voyons Bufï'on douter si le hérisson monte sur les arbres et s’il emploie ses pointes à recueillir le butin qu’il veut transporter dans son réduit? Bien que ce petit quadrupède choisisse volontiers les ténèbres pour faire ses excursions, il ne faut pas du moins de grands voyages ni une application bien minutieuse pour étudier sa manière de vivre. Mais, à défaut des naturalistes modernes, les chasseurs et les agriculteurs confirment à peu près les relations des auteurs anciens. Cf. Ælian. III, 10, — Bochart, P. I, libr. III, c. 36 ; t. I, p. 1038. — Antholog. græc. libr. VI, tit. 7, epigr. û, 5 (ed. de Bosch, t. 111, p. 98). — Tychsen, p. 69-73.
— KKK) — ^
31 (Fig. AII).
UN OISEL C’ON APËLE YBEX *.
Uns oiseax est qui est apelés ybex. üe cestui dist Phisiologes que il n’est mie2 nés 3 oiseax. Car il vit tos jors de caroingne4 morte, qu’il trueve sor le rivage de la mer ou d’autres aiglies. Et quiert par jor et par nuit les mors poissons ou la charoigne qui est jetée5 hors del rivage. Car il n’ose entrer en l’aighe, por ce que il ne set noer. Ne il ne n’i G met mie paine à l’aprendre, por le délit des caroignes, et por ce ne poet il aler as hautes ondes où li poisson sont net 7 ; ains fuit les pures aighes 8 ou il ne poet vivre se à grande caitiveté non 9.
Tu, hom crestiens, qui d’aighe 10 et dou Saint Esperit es rengénérés M, entre les esperitels aighes 12 ; c’est en la haltèce del mestier 13 Deu. Et iluec pren les esperitex viandes et les nètes, que li Apostres reconte14; qui dist15 : Li f mis de t’ Esperit est charités , paix , pacience.
1 Ibis. Cf. supra, p. 170, note 1.
2 S. qu'il n’est pas net oisel.
3 Propre, net.
4 R. charoignes ; S. ckarongnes.
5 R. qui porrie est gelée fors de l’ève.
6 R. ne il ne set, ne il ne met mile paine, etc.
7 R... sont net, et où il peust vivre nètement. 8 1\. èves.
9 Si ce n’est en grand inalaise.
10 S. d’iaue et de...
11 R. qui d’ève et de saint Esperit iès nez.
12 R. les espéritueus choses ; S. espérileux yatus.
13 Enseignement, doctrine ; lat. magisterium. Ue là sont venues les maîtrises et les métiers.
14 R. raconte; énumère, récite.
15 Galat. v, 22.
MÉLANGES D’AIICHÉOLOGIE.
bontés*'', bénignités, fois, tempérance, contenance, castées , et autres vertus. Et se tu ne vels entrer ès hautes àighes à prendre de ces esperitex viandes, dont ières 17 tu encraisiés18par defors des ordes caroignes et des mortex 19 dont li x4.postres dist 20 : Les oevres (le la car sont apertes. Quels 21 sont clés --? Fornication, luxure, ivrèce, avarice, covoilise. Ce sont les arnels et les mortels viandes dont les maleurouses âmes sont nories à sofïrir paine.
Tu boni apren à noer en ceste mer : c’est en cest siècle où il a tant debestesrampans, qu’il n’en est nombres ; c’est de contrariétés, ne tu ne pues sormonter se par signe de crois non. Quant tu dois aorer 23, tent tes mains as ciels ; car la vertu de la crois defTent totes ores les orans qui dient24 : Sire, saignié est la lumière de ton volt 2l sor nos. Car se li solaus n’estendist ses rais, il ne luiroit mie; ne la lune, s’èle ne se descovroit; ne li oisel meisme ne poent 20 voler se il n’estendent lor èles ; ne les nés 27 corre, se li voille ne sont dréchié al vent. C’est à entendre que nos ne poons vaincre les contraires ondes de cette mer, — c’est la volentés de cest monde, — se nostre voille ne sont levé et drécié, et se nostre cuer ne sont levé en bones oevres. Tant comme Moyses tenoit ses mains droites et levées, tant venquoit il Amalec et son pople qui contre Dieu ert28; et quant il les tenoit basses, dont venquoit Amalec. C’est à entendre tant que nos atendons 29 droit en bones oevres,, tant vencons nos le diable. Et quant nos retraions nos cors 30 de ben faire, dont nos vaint li diables. Li saint sont figuré à cest example, qui sormontèrent la mer, — c’est le monde; — et vindrent à droit port, c’est as règnes des ciels. Cil qui ne sèvent noer espéritelment, nagent51 ès mortels oevres, et sont fors clos del célestiel règne; et il sont mort et périssent avoec les mors dont Dex dist en l’Ewangile 52 : Lai si é s 55 les mors ensevelir les mors.
16 S. pcicicnce, commence , foy, chasteté, humilité, et autres.
17 R. donc ères tu encraissiés ; S. dont seras tu engraissiës par dehors il’ ordes charoignes.
18 Nourri, engraissé, de même (|ue nous avons vu crape ("grappe) ; j.at. incrassatus.
19 R. morteus ; S. mort eux.
0 Galat. v, 19.
21 S. Cest assavoir fornicacions, yvresse, avoutire, et convoitise.
2- Le traducteur lisait évidemment un texte où la ponctuation était différente de celle qu’a fixée notre Vulgate. La même forme se retrouve dans le Bestiaire rimé.
23 Prier Dieu, adorer. R. quant tuoureras. (S. aoureras), len...
24 Ps. îv, 7.
25 Visage; i.at. vultus, itai,. vollo. Nos aïeux juraient par le saint voult de Lacques, portrait (ou censé l’être) de notre Seigneur, qui attirait de nombreux pèlerins en Italie.
26 S. porroient.
27 Navires, nefs. Ces allusions à la forme de la croix, toutes forcées qu’elles semblent être, sont répétées avec une affection marquée par les SS. Pères des premiers siècles ; et il eût été aisé d’en citer maint exemple, si cela eût pu être utile ici. Mais je n’ai pas cru que l’on me sût beaucoup de gré si j'avais à celte occasion entassé force textes des écrivains ecclésiastiques grecs et latins. Toutefois S. Justin [Dialog. cum Tryph., c. 86, 89-91, 9û, 97, etc. — Apologet. c. 89-97) mérite peut-être d’être particulièrement désigné quand il s’agit d’un ouvrage qui m’a semblé pouvoir être attribué à son disciple Tatien.
28 S. estoit.
29 R. Tant coin nos nos tenons droit en bones vertus, tant vaincons nos Amaleth, ce est le deable.
30 R et S... cuers de bien faire, donc, etc.
31 S. noient.
32 Luc. ix, 60.
33 Laissez; ital. lasciate. R. laissiez.
BESTIAIRES (PI. XXI)
BESTIAIRE LATIN