X. ... de sesdcnz et de sa bouche
Si les loche (sic, comme en Lorraine).
Y. aisse, et baisse.
26 Dissimulation ; franc, fard, farder.
27 Z. regnart , autre forme de rcinard. J’ai aussi oublié goupille (qui s’enfonce dans un trou, comme le renard se terre).
BESTIAIRES (Pl. XXI, XXX).
Signefie le mal gopil
Que 28 le pople 29 met en eissil 30 ;
C’est li malfez qui nus guerreie3',
Chascon jor vent sur nus en preie.
A cels qui vivent charnelment,
Se feint 32 tôt mort certeinement Pur ceo que plus près les atraie 33 ;
Mès il n’i ad point de manaie 34 Pois qu’il les tent en son goitron,
Tost les dévore cel larron 35 Cume li gopils fait l’oisel Quant le sent près de son musel.
Mès il i ad oisels plosors Que les guiches 36 et les estors37 Del gopil aparceivent ben ;
Si n’i descendereient pur ren.
Ni l'araignée, ni le basilic, ni l'arbre aux oiseaux n < sauce.
Li gaiz 3H i descent, et la pie,
Et meint qui ne se sèvent mie De sa grant traïson garder;
Légier sunt mult à enginner.
De foie gent est tôt 39 ausi :
Tant sunt apris et adenti A leicheires 40, à malvesté 41 ,
Que jà ne seront chastié Jusque il cheient ès denz renard ;
Et donc 42 vent le chastier tard.
Mès 43 li sages qui aperceit 44 Le larron qui les fol desceit,
Se trait en suz45des léchéries,
Des ivresces, des béveries
Que 4fi les granz ordures norrissent
Dunt 47 le cors et l’aime porrissent48.
trouvé place dans les vieux Bestiaires de ma connais-
28 X et Y. qui.
î9 On dit encore en Picardie: se moquer du peuple, pour.... des gens. X. pueple : Y. puple.
30 X et Yr. essit ; ruine, perte, désastre.
34 X et Y. guerroie, et proie.
32 X. fet ; Z. fait ; Y. faint.
33 x. apaie.
34 Merci, quartier? Je n’ose rapprocher cela de Tilulien mannaja.
35 Y. li g lot on.
36 Finesses ; allem. Witz ? On sait que Robert Guiscard ( Guichard ) fut ainsi nommé à cause des ressources de son esprit matois.
37 Attaques ; allem. sturm ; ital. stormo. Z. retors.
38 X. jais.
39 Y. est-il ausi ; X. i et autresi.
40 X et Y. lëcherie.
41 X et Y. mauvestié.
42 X. adonc ; Y. adon.
43 X et Y. omis. Li sages, qui bien.
44 Y. aperçoit, et déçoit.
45 Cette expression s’est conservée chez les Picards pour dire se séparer, quitter, abandonner.
46 Z. dont ; X. donc ; Y. don.
47 Y. omis : Les cors et les armes; XetZ. qui.
48 X. enordissent, souillent.
OBSERVATIONS
Quelles que soient les ressources du renard et sa fécondité en expédients, je ne pense pas que jamais sa ruse exposée par notre Physiologus ait été racontée par un témoin dont l’autorité fût de nature à contrebalancer l’étrangeté du récit. Ce n’est pas qu’Élien n’en ait (VI, 24) de presque aussi singuliers, mais il ne se porte point garant de ce qu’il rapporte; et comme on prête volontiers aux riches, il est probable que les ruses du renard lui auront fait ouvrir un large crédit chez les conteurs comme chez les fabulistes. Il est certain que plusieurs oiseaux, et la pie en particulier, haïssent le renard; mais que ce soit au point de donner dans un semblable piège, voilà ce qui mériterait confirmation, et ce que je ne saurais attester.
J’aurais peut-être dû [supra, p. 207, note 1), pour quelques lecteurs, avertir que je me range à l’opinion qui regarde le poème Reinardus vulpes comme une sorte de pasquinade en quatre chants, contre un Reinhart, ou Rainer, gouverneur du Hainaut et de la Hesbaie au neuvième siècle. Voyez l’édition pr inceps donnée par M. Mone (Stuttgard, 1832).
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
33 (Fig. AK).
L’ARAINGNE ET LA MOSCHE L
Phisiologes nos dist de l’araingne que ce est une orde beste et malvaise ; et si dist que la salive d’ome en jun 2 tue le bot5 et l’araigne, se il en gostasentpou ne grant. Si nos fait ci à entendre que li araigne trait de ses entrailles le fil qu’ele file, de coi ele fait sa roi 4. Et si a tel nature : quant èle a sa roi ovrée, ele se muce en I angle, et repont soi, que on ne le voit ; et ascoute adès à sa roi se mouche i vole ens, ou autre petit ver 5 que sa roi puet tenir. Et quant ce avient que la mouche i vole ens, èle crie durement et se paine moult por issir ; et quant faraingne Lot crier, èle cort à la mosche et le dévore et cist ( ocist ?), et li mangue le sanc qu’èle a en soi.
Tôt altresi a deables adès sa roi apareillie et tendue por prendre l’âme del home. Quant li home pèche par luxure, par ivrèce, ou d’omécide, ou par covoitise, ou en altre manière comment que ce soit ; dont l’a deables en sa roi. Et si tost comme deables l’a en sa roi, il cort cèle part6. Se il li trueve dedens, il l’estrangle et ocist, sicomme l’araigne fait la mosche; et li mangue le sanc hors del cors : c’est à entendre l’âme que il li prent hors du cors, et l’emporte avoec lui en infer; et là est èle dévorée de diables, à tos jors vivre en dolor sans morir. Et iluec brait 7 et crie entre les mains d’anemis, comme la mosche fait en la roi quant li iraigne (sic) le tient et dévore.
1 Mouche, ital. rnosca; en Lorraine, molilie. Cetarticle ne elle désigne ainsi la plupart des bêtes malfaisantes que i on
se trouve point dans R et S. tue presque uniquement pour les détruire, et non pour aucune
2 A jeun. utilité que l’on prétende tirer de leur chair ou de leur dé-
5 Serpent. pouille. Mais c’est en anglais surtout que le vieux mot ver-
4 Toile, filet, rets; lat. retc, espagn. rez. min a conservé quelque chose de son ancienne étendue.
5 Insecte, annelide, etc. Le mot vermine témoigne encore 6 Vers cet endroit.
de l’ancienne extension donnée à la classe des vermes. La vé- 7 Gémit, pleure. Les Picards donnent encore ce sens au uerie enchérit sur cette classification déjà si ample quand mot braire.
OBSERVATIONS
Notre compilateur français est à l’abri de la critique dans ce qu’il dit du travail de l’araignée ; mais quant à l’effet toxicologique de la salive d’homme à jeun sur divers animaux malfaisants, si on le conteste, il pourra en appeler à Élien (VII, 26) et à Pline (XXVIII, 7 ; VII, 2 ; etc.) entre autres. Du reste l’auteur de Y Image du monde dans le même manuscrit (fol. 173 v°) se déclare aussi pour l’affirmative :
La salive del home en geun Tue araigne et bol lot en un.
Que dire à cela? Une seule chose, ce me semble, c’est que l’empirisme et la théorie ont
BESTIAIRES (PI. XXI). 213
perdu eu bien des choses le droit de se condamner mutuellement. L’excès de l'affirmation et l’excès du septicisme se confèrent un droit réciproque à l’absolution; car pour nous borner à l’agent que vante ici notre empirique du moyen âge, il est sûr que si la médecine populaire a beaucoup exagéré ses vertus, souvent elles ont été beaucoup trop dépréciées aussi par la médecine savante. On se doit donc indulgence de part et d’autre,
« Veniam petimusque da musqué vicissim. »
§!x (Fig. AL).
BASILE COC L
Une beste est qui est apelée basilecoc. Phisiologes nos dist de sa nature comment il naist, si nos fait à entendre que il naist del oes d’un coc. Quant li coc a passé VII ans, si li croist I oef el ventre. Et quant il sent cel oef, il demaine 1 2 3 merveillé de lui meisnie, et sent la plus grant angoisse que beste peust sentir ne soffrir. Lors quiert il privéement I liu caut, sor I fiemier ou en un estable, et grate des piés tant qu’il y fait une fosse por ponre ens son oef. Et quant li cos 5 ara sa fosse faite, il i corra cascun jor X fois de plus, que tôt dis s’en quidra délivrer. Et li crapaus est de tel nature que il sent par flair le venin que li coc porte ou ventre ; si le gaite adès, que il ne puet aler à la fosse que il ne le voit. Et assitost comme li coc se départ dou liu où il doit ponre son oef, alsitost i est li crapaus por véir se li oef i est pons. Quer il est de telle nature que il prend l’oef et le kewe 4, se il y puet en alcune manière avenir. Et quant il l’a tant cové que tans est d’esclore, si est une beste qui a la tête et le col et la poitrine tèle comme de coc; et le cors par daval [d’aval?) est tel comme de serpent s. Et alsitost que cèle beste puet, si quiert I privé lieu en une viès crevache ou en une viès anchienne chisterne ; et iluec se tient, que nus ne le puise véir. Quer il est de tel nature se boni le peust veir avant que il veist l’ome, que il en morait; et se il voit Pomme ançois, il en covient l’ome morir. Quer la beste est de tel nature qu’èle gète son venin par
1 Basilic. Cet animal, qui reparaîtra une troisième fois dans le Bestiaire de l’Arsenal (n° Mx), n’a point trouvé place dans les autres éditions du Physiologies que j’ai rencontrées.
2 Je pense que ce mot signifie cette fois : il reste , il demeure; c’est pourquoi j’ai écrit merveillé avec un accent.
3 Coq. On sait que l’s final est en roman un signe du nominatif singulier. En Picardie on prononce co.
4 Couve ; il aurait peut-être fallu transcrire keuve.
5 Cette singulière naissance du basilic est un fait constant pour la plupart des naturalistes du moyen âge, en dépit d’Albert-le Grand, qui s’en moque (Opp. t. vi, 666 : «Hoc verissime falsum est, et iinpossibilc »). Certaines circonstances varient dans les récits qu’ils nous en ont faits , mais le fond demeure. Cf. Tbeophil. Divers, art sclied., lib. m, CQp. â7 (ed. Car. de l’Escalopier, p. 180, sqq. ; et 275) ; et ci-dessous, p. 215 (aux observations).
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
les ex; et a si venimeux regart, qu’ele en tue les oiseaus qui par deseure lui volen*t, se èle les puet veir entre les II ex. Cèle beste est rois sur tous autres sarpens, et redoutés de tous autres serpens ; si comme li lions est poissans et redoutés sor tous autres bestes. Et si ne passe ja sor terre, que cil lieu où èle passe ne pert sa vertu : qu’èle jamais puise riens porter, erbe ne altre cose. Et se il touche à arbre il en pert sa vertu, que jamais ne portera fruit; si le covient0 périr et séchier. Ne quedent est la beste bêle, et de bele color tachelée 6 7 de blanc. Mais il est ensi de mainte cose qui bêle est, et si est niaise 8. Qui ceste beste voldroit tuer, il li covenroit avoir I cler vaisel 9 de cristal ou de voire 10 par coi il peust veir la beste parmi la clarté. Quer quant il aroit la teste el voire ou el cristal, que il ne peust celui aperclioivre que dedans seroit, et que li regars de la beste arestast al cristal ou al voire : que la beste a tel nature quant èle gète son venins par les ex, et s’il areste encontre alcune cose, qu’il ressorst sor lui arière; et si l’en covient morir.
Cette beste senefie diable, le meisme sathanasqui mucha 11 en paradis, qui Evain 12 engingna et Adam; par coi mangièrent le fruit devée ,3. Par coi il furent caciés fors de paradis; et quant il trespassèrent del siècle u, trébuchirent il en la cisterne d’enfer. Ensi furent envenimé, ettuit cils qui vindrent d’Adam Mil M ans 15, qui tôt morurent et trébuchèrent en la chisterne avoec le basilecoc ; c’est à entendre avoec le diable en infer. Un fils de roi en prist pitié que cele beste fut si venimeux et qu’il tua ( tuast ?) tote la gent, et nus ne pot la beste tuer ne veir. Lors se mit le fils le roi en un vaisel asés plus cler que voire ne cristal ; c’est à entendre que le Fils Dieu se mist el beneoit cors Nostre Dame, la plus clère nète virge, Marie sa mère. Lors geta li basilecoc par les ex son venim, del regart qu’il fit sor le vaisel où li fils le roi fu ens; et li venin aresta encontre le vaisel, que il ne pot nuire à nului s’à la beste non. Et lors resorst li venin arière sor la beste, et langui la beste tresc’a dont que li fils le roi fu hors del vaisel où il estait ens ; c’est à entendre que Dex Jhésu Crist fu el ventre sa mère, de coi li anemi languisoit tresc’a dont que il fu mis en crois, dontmorut. Et quant Dex fu mis en sa sépulture, et il resuscita al tiers jor ; lors ala li fils al roi, Jhésu Crist, et entra en la viés cisterne; et en traist 10 hors tos ses amis que li basilecoc i ot attrait et tués par son venin , dès l’ore que Adam i chai ens ; et les mist en clarté et en joie tôt cels qu’il enmena o lui. C’est
6 II est réduit à périr, il faut qu’il périsse. Les Italiens continuent à employer cette locution d’une manière assez semblable à l’usage que nous en faisions autrefois. Nous la retrouvons deux phrases plus loin : il li convenrait avoir (il lui faudrait...) etc.
7 Nous avons rencontré ailleurs pintelé, p. 177, note 7.
8 Mauvaise; en Lorraine, mâhe.
9 Vase ; vaisselle a conservé la trace de cet ancien nom, qui ne subsiste plus qu’avec un sens détourné dans le mot vaisseau.
10 Verre.
11 Mucher, ou mucer (comme chisterne ou cisterne ) est d’un usage quotidien en Picardie et ailleurs, pour dire cacher.
12 Plus bas nous trouverons Eve, et ailleurs Jonain pour Jonas. Cette finale était souvent donnée aux noms propres.
13 Défendu ; ital. divieto.
14 Du monde, de la vie ; locution empruntée au latin ecclésiastique.
15 Quatre mille ans; sorte d 'ablatif pour dire: durant quatre mille ans. Une main postérieure a écrit en surcharge: el plus.
16 Retira ; lat. traxit.
BESTIAIRES (PI. XXI)
à entendre que Dex despoilla infer de ses amis, por la mort qu’il volt soffrir pour son pople.
OBSERVATIONS
Le basilic (pauvre bête!) se trouve n’être plus aujourd’hui pour les naturalistes qu'un saurien un peu singulier, mais presque aussi inoffensif que nos petits lézards gris d’Europe. Toutefois ce n’est là, il faut bien le dire, ni le basilic de Thistoire ni celui des fables. Le basilic historique est l’uræus (Cf. Horapoll. Hierogl. I, 1; II, 61. — Leemans,mM. //., p. 118, sqq. ; et 354), que les monuments égyptiens reproduisent mille fois, et que la nature ne désavoue point : c’est la vipère H a je. Quant aux fables un peu graves par l’antiquité des récits ou la qualité des narrateurs, aucune d’elles ne fait du basilic un animal pourvu de pieds. Il n’aurait donc pas fallu embrouiller, par une fausse application de ce mot, une thèse d’histoire naturelle ancienne qui était déjà suffisamment inextricable sans ce nouvel élément de confusion. Au point où en est venue aujourd’hui l’obscurité produite par ces mélanges disparates de relations puisées à diverses sources, il faudrait une sorte de Mémoire pour établir un peu nettement ce que l’on a entendu par le basilic aux époques dont les assertions ont quelque portée. Or, comme l’occasion d’ébaucher ce travail s’offrira bientôt à nous dans une suite prochaine de ces recherches (N° 42), il peut suffire pour le moment d’avoir nommé les principaux écrivains qui ont traité ce point d’érudition avec détail. Tels sont Bochart, P. II, libr. 111, c. 9 et 10 (t. Il, p. 399-407); — L. Bossi, Dei basllischi, dragoni, etc.
(Milano, 1792) ; — Leemans, /. cit. ; — Savigny, histoire naturelle de l’Ibis , p. 121-124,