Berger, /. cit. p
Pour moi, j’en ai déjà fait un peu mention dans ces Mélanges (t. I, p. 153, sv.) à propos d’un chapiteau de Vézelai ( ibid ., pl. XXV bis) ; et actuellement je me contente de laisser la parole au grave Albert-le-Grand, dont voici quelques passages. — De animal ., XXIII, 24 (Opp. t. VI, p. 639) : « Quod autem/licunt decrepitum gallum ovum ex se generare, et hoc in fnno ponere;... et quod ovum fimi calore fœcundetur in basiliscum qui est serpens in omnibus sicut gallus, sed caudam longam seipentis habet; ego non puto esse verum. Tamen Hermetis ’ dictum est, et a multis acceptum propter dicentis auctoritatem. » — Id ., ibid.,
libr. XXV, tract, unie. ( ibid. p. 666 ) : « Dicitur autem quod mustela interficit eum, et
quod incolæ ( Terrœ Achobor in Nubia).... immitunt mustelas in antra eorum, et quod.... mustela interficit eum. Et si hoc est verum, hoc videtur esse mirabile.... Dicit etiam Hermes quod argentum cincre ejus delinitum (Cf. Theophil., I. c.) accipit auri splendorem et pondus
et soliditatem. Dicunt etiam quidam quod est quoddam basilisci genus quod volât, sed hoc non legiego in libris sapientum et philosophorum. Etc. »
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
35 (Fig. AM).
L’ARBRE DONT LT OISEL NAISENT FORS ET CHIENT 1 JUS QUANT IL SONT MEUR 2.
Phisiologes nos dist qu’il est un arbre sor une aighe de une mer, qui porte oiseax qui resamblent ouwes3, mais il sont I pou plus petit. Et quant ces oiseax croissent, il pendent par le bec à l’arbre tant qu’il sont meur. Et quant il sont meur, si cheent jus sicon une poire fait d’un arbre quant èle est meurre. Et quant cil oisel chient jus, cels qui chient en l’aighe il llotent en voie 4 et sont gari, que il n’ont garde de mort. Et cels qui chient de fors l’aighe sor la terre, cist demerent iluec tôt coi s gisant, et muèrent, et sont perdu.
Ce sénefie que nus boni n’est rengénéré, ne parfais, se il n’est avant cheus en aighe où il est lavés en nom de baptesme. Et ceaus qui ne sont lavé en aighe par nom de baptesme, il sont perdu sicomme li oiseax qui ciet de l’arbre sor la terre, qui mort est et perdu.
1 Du verbe cheoir, bien entendu; esp. caer. Cf. 198, n. 8.
2 Mûrs. Ce curieux arbre a été négligé par tous les autres Bestiaires que je connais. R ni S n’en disent mot. D’après Y image du monde A ans ce même manuscrit de l’Arsenal (fol. clxxviii v°), c’est en Irlande (pays de l’imagination) que se voyait cette merveille.
Devers Irlande sor la mer
Voit on alcuns oisiaus voler
Qu’en arbre croissent par les bés {becs) ;
Et quant de méurer {mûrir) sont près,
Cil c’a terre chiet ne puet vivre Etc.
Mais Gervais de Tilbury [O lia impérial. Dec. III. cap. 133) réclame cette gloire pour l’Angleterre, et désigne le lieu précis où naissent ces oiseaux, ainsique le nom qu’on leur donne.
3 Oies? Je ne saurais dire bien au juste quel animal est caché sous cet ancien nom.
4 Cela voudrait-il dire en vie ?
5 Immobile, T.at. quietus ; nous avions jadis le verbe acoiser, calmer, etc.; ital. quietare.
OBSERVATIONS
Que nombre d’oiseaux naissent sur les arbres, ce ne serait pas une grande nouvelle ; mais l’arbre dont il est question dans cet endroit produit les oiseaux en guise de fruits pendants
BESTIAIRES (PL XXI)
par branche , et l'imagination ne s’est pas arrêtée en si beau chemin. Cependant, pour ne pas être trop rigoureux envers l’auteur de cette historiette, disons que probablement une parabole (ou, si l’on veut, un apologue) un peu bizarre aura été prise pour un récit réel; en sorte qu’au lieu de fonder une leçon morale, comme ailleurs, sur des faits que l’on avait lieu de croire exacts, on aura ici composé un fait d’après la leçon qu’il s’agissait d’inculquer. Puis l’apologue symbolique aura été religieusement recueilli par un compilateur de curiosités instructives, plus empressé de grossir sa collection que d’en vérifier les diverses parties prises de confiance. C’est ce que je trouve de plus obligeant et de plus scientifique à dire sur l’origine de ce conte, qui ne serait sans cela qu’une mystification impertinente; mais si c’est une idée transformée en un fait, l’origine d’un tel conte plaide pour la circonstance atténuante. Quoi qu’il en soit, Albert-le-Grand (Opp. t. VI, p. 613 et 617; De Barbatibus , etc.) n’épargne pas les qualifications de mensonge et d’absurdité à ceux qui répétaient ces enfantillages avant Pierre-le-Picard. Vincent de Beauvais n’est point du même avis (Spec. natur. XVI, kO ; p. 1181) ; il a vu l’oiseau, et c’est la bernache. (Je le veux bien, car j’en pourrais dire autant ; mais les avoir vus pousser sur l’arbre, voilà l’affaire !) Plusieurs témoignages complètent sa narration, et ses éditeurs y ajoutent Giraldus Cambrensis. Qui voudra quelque autre curiosité surdejmême sujet la pourra trouver dansL<? moyen âge et la renaissance, chasse, fol. XXIV, sv.
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36 ( Fig. AN).
UN SERPENS QUI EST APELÉS TIRIS; DE LI FAIT ON LE TRIACLE ‘ QUI OSTE LE VENIM2.
Une beste qui est apelé tyris (sic) ; et c’est I serpens dont on fait le triade qui les venins oste où on le toclie. Phisiologes nos dist qu’il est moult sages de sa nature, et qu’il vit tant longement que nus hom ne le crérait se il ne seust de sa nature. Quant il se sent foibles par sa viellece, il se confont par jeûner; si se laise tant afamer que il n’a nient de son cors fors sa pel. Si va à une piere que trueve treuée3; et se met parmi le treu outre, à moult grant destroit et à moult très grant paine, si que tote sa peax i demore. Et puis li revient novèle peax arière4; et ansi reforme son eage et sa force et sa vigor, comme beste qui moult est sage.
C’est example del home qui a maint jor vescu en péchié ; la piere où il se met outre, que la peax i demore, nos sénéfie le prestre à qui il dit sa confession. La pénance nos sénéfie no-
1 La thériaque. 4 On verra fréquemment le mot arière signifiant de nou-
2 Cette bète ne figure point dans R et S. veau, une seconde fois (comme le zurück des Allemands).
* Percée, trouée; à quelques mots d’ici paraîtra treu, qui Les Picards s’en servent tous les jours avec certaines accep-
est demeuré en Picardie. tions singulières que je n’ai jamais pu exactement analyser.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
vele peaus et force et vigor dont il se refait, et reforme son cors et s’âme comme sages. La bone volenté à Dieu servir et la boue repentance des mesfaits, et la vraie créance d’avoir merci et perdon,, nos sénéfie le triade qui oste le venin.
BESTIAIRE LATIN