X. sot ; Y. scu ; seul
44 Atteinte, brèche (brisure) ; lat. fractus. X. n’i oui frète. Delà, sans doute, la f relie du blason et de l’architecture.
OBSERVATIONS
Malgré mon indignité, et malgré l’exclusive formelle donnée parle savant G. Cuvier à toute licorne passée ou future, j’avoue que je ne désespère pas du tout de l’avenir pour cet animal si décrié après tant de panégyriques. La corne sera mobile ou non, persistante ou caduque, ce n’est pas ce qui m’importe ; mais elle sera unique, j’ose m’y attendre; et Punicorne figurera dans nos collections à côté de l’ornithorbynque, qui était bien aussi improbable qu’elle avant qu’on nous Peut envoyé, ou bien dans ie voisinage des ptérodactyles, qui avaient été à peu près absurdes aussi jusqu’au moment où ils ont reparu quasi de toutes pièces.
Quant à la licorne des anciens et à son histoire, je ne répéterai point ce que j’en ai dit ailleurs ( Vitr . de Bourges , nc 72; p. 130, sv. ); d’autant plus que ce symbolisme et les récits sur lesquels il repose se trouvent pour ainsi dire partout.
La belle réputation octroyée dès l’antiquité à la licorne parles Orientaux, qui semblent en avoir fait le symbole des animaux purs, a donné lieu de vendre chèrement sa corne, ou ce que l’on présentait pour tel, à raison du merveilleux office qu’elle était censée rendre en signalant la présence du poison ou même en le dissipant d’une manière infaillible. Aussi la corne de licorne figure-t-elle fréquemment dans les services de table chez les princes du quinzième siècle surtout. Et puis comme on ne trouvait pas toujours de la corne de licorne parfaitement authentique, on étendit quelque chose de ses vertus à la corne de céraste, \oici ce qu’en dit Albert-le-Grand ( De animalib. lib. XXV; t. VI, G67) avec sa prudence ordinaire : « Cornu cerastis sunt qui dicunt præsente veneno sudare, et ideo ferri ad mensas nobilium; et fieri inde manubria cultellorum quæ, infixa mensis, prodant præsens venenum. Sed hoc non satis probatum est. »
38 (Fig. A P).
L I G RIPONS1.
Uns oiseax est, qui est apelés gripons. Phisiologes nos dist que il est en une partie des désers d’Inde abitant; et iluec conversent cist oisel. Si nos dist que ces manières d’oiseax laissent onques des désers, si ce n’est cose2 que il ne poent trover que il voelent mangier. Cil oisel sont par droite nature si fors que il prennent ben I buef tôt vif; et s’envolent alot-\ et l’enportent à lor pochins.
Cest oisels senefie diable; le iiuef senéfie l’ome qui vit en mortel péchié, et il ne s’en velt départir ne retraire. Quant la mort vient, si l’estuet morir; lors vient li gripons des désers volant, et quiert sa pasture. Et prent la caitive âme, et s’enrevole vers les désers atot, et le jète devant ses pochins; et li pochin le prennent et detirent ou ni. Et iluec brait et crie la caitive, comme un torpor4 la honte qu’èle endure. Li désers sénéfie infers dont il vint volant. Li pochin sénéfient diable qui gisent ès désers ; c’est ens les ténèbres d’infer où la caitive âme est ostelée3 entre les mains de ses anemis.
1 Rien sur cet animal dans tes manuscrits R. et S, pas plus que dans A, B, C, etc., quoique le griffon paraisse fréquemment dans les sculptures du onzième et du douzième siècle, et qu'il figure dans certains manuscrits grecs du Plnjsiologus.
2 Si ce n’est qu’ils ne puissent... Voici de nouveau l’ancienne
trace de l’expression alambiquée qui subsiste encore chez les
Italiens sous la forme conciossiacosacli^. Cf. p. 187, n. 3.
3 Avec; dans les campagnes qui environnent Paris on dit encore étout et itout (avec le tout, brochant sur le tout).
4 Je ne sais ce que cela veut dire.
5 Logée ; il ne nous reste qu 'hôtel, hôtellerie. Hôtelier (akgl. InTstler) n’appartient presque plus aujourd’hui qu’au langage monastique ; mais les Poitevins disent encore ousteau (logis).
BESTIAIRES (PL XXI)
OBSERVATIONS
Vincent de Beauvais ( Specul. IdsL, IV, 37) a décrit cette bête merveilleuse dans les voyages d’Alexandre-le-Grand, d’après les conteurs grecs; aussi la retrouve-t-on en un passage du Romans d’ Alixandre (ed. Henri Michelant, Stuttgard, I8/16; p. 385, svv.) que les monuments nous donneront occasion de rappeler quand nous traiterons des applications du Bestiaire, après avoir terminé la publication des textes du Physiologus. Mais si l’on veut percer au-delà de ces récits, c’est une grande affaire entre les défenseurs de l’antiquité et ceux qui font bon marché de son témoignage que de savoir ce qu’il faut penser des griffons. M. Berger ( Trad . tératol . , p. à85-à90, 26/t, svv.) a rassemblé avec beaucoup d’érudition les éléments dont nous pouvons disposer jusqu’à présent pour la solution de ce problème ; et ce n’est pas une conjecture trop hasardée que celle de M. Boulin, qui propose le tapir comme ayant été le type primitif de cette création complexe. Mais quand Élien (IV, 27) et Ctésias vont jusqu’à décrire la couleur des plumes du griffon sur les diverses parties de son corps, il fallait que l’ornithologie eût déjà englouti le tapir avec une certaine puissance d’assimilation. Si d’ailleurs nous faisons attention à l’analogie sensible qui rapproche à la fois les noms de la grue et du griffon ( gruis , ou même et ypinp) d’une part, puis les guerres de la grue avec les pygmées (Leopardi, I. cit., 2/jl-2à7) et celle des griffons avec les Arismaspes (Leopardi, 265-269), n’est-il pas permis d’espérer qu’une connaissance plus complète soit des mœurs des animaux étrangers, soit de la littérature et des monuments asiatiques, nous ouvrira une voie différente pour l’explication de cette énigme (Cf. Brotier, in P lin . X, 23, al. 30) ? Il semble que ce devra être la lutte de quelque peuplade misérable, peut-être même de certaines espèces de singes, contre de grands oiseaux de proie ; ou un récit altéré de ces chasses faites en commun par l’homme et les faucons : fait dont on avait douté malgré les relations classiques, et qui s’est trouvé exister encore en plus d’un endroit et sous plus d’une forme (Cf. Roulin, Revue des deux Mondes). Le rok des conteurs arabes ( Mille et une Nuits, passim) semble se rattacher aussi au griffon par quelques traits, et le rok pourrait bien correspondre à quelque réalité dont nous aurions perdu la trace.
Quand notre prosateur picard parle des bœufs enlevés par le griffon, il prétendait sans doute donner une idée plus grande du poids que pouvait soulever le monstre; mais la véritable tradition du moyen âge était surtout pour la lutte entre le griffon et le cheval, comme nous le ferons voir ailleurs en expliquant d’anciennes sculptures historiées. La miniature du Bri~ tish muséum (en tête de cet article) est donc plus fidèle aux vieilles données lorsqu’elle peint le griffon enlevant un poulain.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
39 (Fiç. AQ).
LI CASTOIRES *.
Une beste est qui estapelée castoires. C’est li bures1 2 * qui moult est soef5beste. Phisiologes dist que ses coilles ont grant médecine en els, et porfitent à plusors enfermetés. Et la beste est de tel nature que quant li veneor le cacent4 qu’il esgarde tos jors derière5 soi; et la beste est tant sage de nature de li meisme, que èle sait bien que on le cace por ses coilles avoir, et por medicine faire. Et por ce fuit à grant paor, et regarde adès se li veneor li aprocent. Et quant la beste voit qu’èle est si apressée que près est du prendre, si gète les dans as coilles et les aert, et les trenche jus ; si les gète al veneor en mi le vis. Li venères les rechoit et ne le sieut 6 plus ; et s’en retorne atot les coilles de la beste. Et s’il avenist que autres vénères por cèle meisme beste cacliast, il est si sages, s’il voit que il ne poet escaper, il mostre al veneor que il a tranchiés ses coilles7. Et quant li vénères voit que la beste n’a8 nules coilles, si s’en retorne et laist la beste, que plus ne le velt cachier.
Tôt altresi cil qui velt garder le commandement de Deu, et vivre nètement, il doit trenchier 9 soi meisme de tos mais vices et de tos mesaaisiés (sic) fois (fais), et jeter les el visage del veneor ; c’est del diable qui tous jors le cache I0. Et quant li diables voit qui (qu’il) vit en Deu et qu’il est sans viesce u, il s’en retorne ; et quant il voit que li hom est mal ovrant, et qu’il se tient ès malvais visces, si dist diables de lui12 : Je le sivrai et le prendrai. Et por ce, hom, ne dois tu avoir oevre en toi qui al diable apartiengne ; que13 tu puisses dire 14 ; A moi vint li princes du monde, et si n’i trova nul mal. Li Apostres nos dist et amoneste que nos rendons à Deu ce que nos li devons; c’est frais esperitels. Quel sont-il? charités, patience, pais, contenance 15, en bones oevres permanoir : en almosne10, en visiter les malades et en la cure des povres, et en la loenge de Dieu. Ensi resamblerons nos le castoire 17 qui oste ses généraines 18 ; c’est que nos arons osté trestos les vices de nos 19.
1 Castor; H. castre.
2 H et S. ce est li bièvres. Je suppose que le texte primitif aura écrit b ivre (allem. biber). Il [tarait que certains exemplaires de R. Sal. Jarçhi donnent Livre ( BiBRA ) comme nom français du castor ; Cf. Tyciisen. op. cil., p. 35. Le manuscrit D porte « Est animal quod dicitur castor vel liber, nimis acer ingenio ; cujus, etc. »
■ li. Soucz beste. Si génétaire ont mêcine, et porfilent, etc.
4 lî.... cliace (S. chassent), il esgarde.
5 R* darder (comme nous disons en arrière ) soi ; et quant il voit le veneor ciprochier de lui, il trenche a ses dons ses gênetaires, et les giète devant le vis au veneor.
6 R... suit plus, mais retorne s'en. S'il avient que, etc.
7 R. gênetaires; S. genetoires.
8 R... n’en a nul, il s'entorne.
9 R. trenchier ses gênetaires ; ce sont toz les vices; el toz les mauvais gès (gesta? S. fais) geter ou visage, etc.
10 Poursuit, chasse : rie. cachoire (fouet). S. cliace.
11 R et S. vice. Nous aurons visces à la ligne suivante.
12 L’auteur fait sans doute allusion au Ps. xvij, 38.
13 S. si que tu...
Joann. xu. 31.
15 Gai. v, 22.
16 R. aumônes; angl. alms, almoncr; ai.i.em. alniosen
17 R. castre.
18 R. gênetaires ; S. gêniioircs.
19 Pi. de scur (S. desur) nous.
BESTIAIRES (PI. XXI, XXX)
BESTIAIRE LATIN
Point de Caslor dans C.