ÉTOFFES HISTORIÉES. (PI. IX, X, XI
de Beeck avait été induit en erreur, et cette première découverte ne tarda pas à se compléter quelques jours après. Des fouilles opérées dans l’intérieur de l'église nous firent trouver le sarcophage du saint martyr au fond d’un caveau situé du côté de l’épître sous la travée du bas côté qui touche l’entrée du chœur.
Lorsque le procès-verbal eut été rédigé, les ossements lurent réunis avec soin dans un nouveau linceul de soie, et je pus calquer les deux tissus avant qu’on les déposât de nouveau dans l’intérieur de la Châsse. La Châsse elle-même 11e tarda pas à reprendre tristement sa place ordinaire à l’étage élevé où l’œil des curieux devra se contenter de la voir comme auparavant à distance et par une seule de ses faces, jusqu’au jour où ce qu’on appela jadis la chrétienté se relevera en Europe et trouvera bon d’accorder au tombeau de son Charlemagne au moins la splendeur que la France donne en ce moment à celui de son Napoléon.
A quel siècle, à quelle contrée rapporter notre brillante étoffe ?Ene réponse inattendue s’est offerte dans le tissu même. En l’examinant avec le plus grand soin j’eus le bonheur de découvrir à l’un des angles l’inscription brochée qui a été déjà citée à la page 103, et dont nous produisons le fac-similé sur la planche XL
lu antique usage de l’Eglise consistait à venir dans certaines cérémonies encenser la partie de la basse nef qui est contiguë a la sacristie : personne ne sachant rendre compte de cet usage, M. le prévôt Claëssen avait eu la pensée, pour en découvrir la cause, de faire des fouilles en cet endroit dans l'hiver de l’année précédente. Ces fouilles avaient en effet amené la découverte d’un caveau où était renfermée une châsse en plomb. Tout s’arrêta là pour le moment, le prévôt ayant jugé à propos de prévenir le roi et d’attendre ses ordres. A Berlin la curiosité fut vivement piquée. On se rappelait les divers récits des chroniqueurs qui ont décrit la sépulture de Charlemagne. D’après eux, le monarque, grand dans la mort comme il l’avait été pendant la vie, avait été assis dans son caveau sur un trône d’or et couvert de ses vêtements impériaux. Son front, resté droit, portait encore ‘a couronne; sa main droite tenait le sceptre, et la gauche s’appuyait sur un évangéliairc couvert d'or et de pierreries. C’est dans cette altitude qu’Othon 111 l’avait découvert en 1001; mais celle majesté du tombeau 11’avait pu en imposer à ses respects. Il n’avait pas craint de dépouiller l’auguste mort pour attacher à sa dynastie le prestige du nom de Charlemagne, en consacrant ses insignes à la cérémonie du couronnement des empereurs; action sacrilège qui lui valut, ajoutent-ils, une (in prématurée. Jusqu’à quel point l’histoire et la légende se mélangeaient-elles dans ces récits? Le caveau où Charles avait été inhumé, où Othon 1 1 1 l’avait découvert et d’où Fiédéric l’avait relevé en 1166 apres l’avoir fait canoniser par l’anti-pape Paschal, existait-il encore ? Conservait-il quelque vestige de la poétique magnificence que lui prêtaient les chroniques. S’il existait encore, se trouveraitil au centre de l’octogone où se lit sur le marbre une inscription qui dit en si peu de mots de si grandes choses ;
CVROLO MAGNO,
ou bien à l’endroit que le docteur Claëssen avait découvert ? M. le conseiller intime d’Olfers venait s’en enquérir.
Nous consacrâmes à ces fouilles une partie des nuits d’octobre. M. le professeur Bo<k, connu par un savant Mémoire sur le palais carlovingien d'Aix, s’était joint à nous ainsi que M. le comte de Furstemberg, l’illustre protecteur de l’art chrétien à qui l'on doit l’Église d’Apoilinarisberg. AB'1 le coadjuteur de Cologne, aujourd’hui cardinal de Geissel, s’y sei ait également trouvé s’il n’avait eu à remplir en ce moment un douloureux devoir auprès de sa mère mourante. Au centre de l’octogone on ne découvrit rien que des débris de canal en briques romaines. Mais à l’endroit indiqué par le prévôt nous lûmes sur la châsse en plomb celle inscription assez grossièrement gravée :
Cl.AUDITUR I!1C MA CX US LEOPARDUS XOMIXE CI.ATVUS CUJUS AU OBSEQUIO P.EGNABAT TERTIUS OTTO.
Sous la voûte correspondante du côté de l’Évangile s’ouvrait, à la même profondeur, un caveau pareil, où une châsse en plomb, semblable à la première, portait les vers suivants :