PLANCHES XV, XVI, XVII
Je dois la connaissance de ces tissus à l’extrême bienveillance du vénérable évêque de Ratisbonne, qui, non content de m’honorer de son hospitalité, voulut bien réunir autour de moi ce que les Eglises de la vieille capitale possédaient de meubles plus antiques et plus sacrés.
La Planche NY présente l’orfroi d’une chasuble qui porte le nom de S. Wolfgang.
S. Wolfgand, ainsi que le remarque Mabillon 1 , fu t un des hommes les plus distingués du
Pauli) dit aux païens : « Cur mortuos vestros auratis obvolvitis vestibiis?» Ces riches vêtements restaient étendus par honneur sur des sarcophages, comme le voile de pourpre qui fut enlevé sur le tombeau de Dioclétien (Amrnian. Marc. 1. c. p. 21 et ibid. lÀndenbrogii observ. p. 123). D’autres étaient enterrés avec les morts. Nicolas de Viterbe, dans un Diarium manuscrit cité par Bzovius {Annal., t. xvn, an 1458), raconte <pie l’on trouva cette année, dans un tombeau du Vatican où se trouvaient deux corps, 832 livres de fils d’argent et 40 de fils d’or. Dans le tombeau de Marie, femme d’Honorius ( Marliani , Topogr. arb. 1. v, c. 21, et Bosio Rom. subt. 1. 11 c. vu), on découvrit, sous Paul ni, 40 livres d’or soit en fil, soit en bijoux. Le sarcophage de Probus et de Proba renfermait également une grande quantité de fds d’or tombés de leurs vêtements ( Baronius , an 395).
De telles richesses devaient exciter la cupidité des malfaiteurs. De là tant d’anathèmes dans les inscriptions funèbres contre les violateurs des sépultures, et l'indignation des orateurs chrétiens contre ces nombreux sacrilèges (S. Chrysost. ed Ben. T. iv, p. 746; v, p. 221; vu, p. 218; et surtout x,|p. 330).
Les SS. PP. ne manquent pas de faire servir ces usages à des leçons salutaires sur la vanité des biens du monde. Ainsi S. Ambroise (1. de Nabuthe,c. I,) : «quis discernât, s’écrie-t-il, species mortuorum? Redoperi terrain , et si potes, divitem deprehende. Erudeêato paullo post tumulum, et si cognoscis egentem, argue. Nisi forte hoc solum, quod cum divite plura pereunt. Scricæ vestes et auro intexta velamina, quibus divitis
corpus ambitur, damna viventium, non subsklia defunctorum sunt. •> Et S. Basile ( liom . vu) fait ressortir l’ingratitude des hommes en montrant les serviteurs, après la mort de leurs maîtres, adressant aux héritiers ces paroles : « à quoi bon tant de dépenses pour un corps qui ne respire plus. Ne vaudrait-il pas mieux garder ces vêtements précieux pour l’usage des vivants au lieu de les enfouir avec les morts ? »
Cependant si la modestie chrétienne condamnait les excès du luxe, la piété envers les morts réclamait pour eux des honneurs conformes à leur mérite. Ainsi S. Grégoire de Nvsse se servait de vêtements précieux pour ensevelir sa sœur Maerine [Eus. hist. VII, 14). On étendit, raconte S. Jérôme, un voile d’or sur le tombeau de Blésille. (Ep. 116 de ob. Blés.) Les clercs enterraient avec pompe leurs évêques revêtus des ornements pontificaux (Baron, t. 111, an 310, etc.). Les solitaires eux-mêmes couvraient leurs frères décédés de vêtements spletidides ( Vita Pair. 1. i. c.34). Et quand il s’agissait des martyrs rien ne paraissait trop riche pour honorer leur courage. Aster, sénateur romain, revêtait le martyr S. Marin d’une robe splendide et précieuse; il l’entourait ensuite d’un linceul magnifique et somptueux, et le portait au cimetière sur ses épaules ( Euseb . hist. I. VII, c. 14). Le pape Eutichien (Vit. Pont. Anast., an 21b) prescrivit : « utquicumque fidelium martyrem sepeliret, sine dalmatica aut colobio purpurato nulla ratione sepeliret. » V. Canne teria sacra Spondani 1. 1. Pars nr, c. iv.
1 Acta SS. Bened. Secc. v, p. 812.
M E LA NGES D’A RC 1 1É0L0GIE.
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dixième siècle. Elevé dans l’abbaye de Richenau, il se fit remarquer des principaux évêques d’Allemagne, et fut appelé d’abord à Trêves par l’archevêque Henri, puis à Cologne par l'archevêque Brunon. S’étant ensuite retiré dans l’abbaye d’Einsidlen, il y devint l’âme d’une école florissante à laquelle il fut ravi par S. Udalric d’Augsbourg. Les Hongrois étaient encore idolâtres; i\ alla en 972 leur annoncer l’Evangile, et devint malgré ses répugnances évêque de Ratisbonne par l’influence d’Othon II. Ratisbonne lui dut la réforme de ses principaux monastères. Celui de S. Emmeran , jusqu’alors gouverné par les évêques, fut confié par lui à S. Romuald, moine de Saint-Maximin de Trêves, personnage que nous aurons l’occasion de retrouver plus tard en décrivant le manuscrit de Charles-le-Chauve restauré par ses soins. 11 donna de nouvelles règles aux religieuses de Nieder-Munster, ou devint abbesse Brigitte, fille du duc Henri de Bavière,, princesse dont il avait dirigé l’éducation. 1 S. Wolgang mourut en 99 lx, et fut canonisé par le pape S. Léon IX en 1052.
Ces dates s’accordent parfaitement avec la forme de la chasuble et avec le goût des galons. Ces galons, dont on remarquera les rapports avec ceux de la tapisserie de Bayeux et avec l’or- Iroi de la pl. XVI, paraissent à un savant que j’aime à citer, M. Francisque Michel , avoir été brochés espoulinésà quatre couleurs, en Perse ou dans l’Inde. Rien au contraire n’oblige de taire venir d’aussi loin les rinceaux du centre, brodés en or sur des fonds brodés en soie. Ce <pie l’on appelait YOpus anglicannm devait avoir ce caractère au onzième et douzième siècle.
On regarde comme un don de l’empereur S. Henri à l’abbaye de Saint -Emmeran la chasuble cijointe. dont on voit un détail de grandeur d’exécution sur la pl. \\ 1 .
Les données de l’archéologie s’accordent avec la tradition locale pour rapporter ce monument à la tin du dixième ou au commencement du onzième siècle. Si le tissu est asiatique, rien ne prouve qu’il en soit ainsi des bandes de pourpre brodées en perles qui rappellent les laticlaves des anciens.
1 (Mabillon, I. c. p. bTi et Bull, acta SS. T. ni, Jul. Henri devint en effet l'empereur S. Henri, Brunon fut évêque p. 755.; Le duc Henri l’avait chargé d'élever ses quatre en- d’Augsbourg, Gisèle épousa S. Etienne, premier roi de Honlants : Henri, Brunon, Gisèle et Brigitte. On raconte qu’au mo- grie, et Brigitte mourut abbesse. D’après les mêmes récits, ment où ces enfants vinrent pour la première fois recevoir sa S. Wolfgang aurait encore d'une autre manière annoncé au bénédiction il donna a Henri le titre de roi, celui d’évêque «à jeune Henri ses grandeurs futures. A une époque où celui-ci Brunon, celai de reine à Gisèle et celui de \ierge à Brigitte, ne pouvait songer à l’empire, il se vit en songe dans l’église de