PLANCHES XXXII, XXXIII 2, XXXIV, XXXV
Dans l’excursion en Bavière, qui nous a procuré les étoffes précédentes, j’appris à Munich, de M. Gaertner, l’architecte du roi Louis, à qui l’on doit l’église Saint-Louis et la bibliothèque, qu’ayant eu à réparer, quatre ou cinq ans auparavant, la cathédrale de Bamberg, il avait trouvé dans le tombeau de l’évêque Gunther, placé au centre du vieux chœur, un superbe tissu tellement tombé en lambeaux qu’il avait renoncé à en prendre une copie. Je me flattai qu’une volonté plus forte me rendrait plus heureux, et me rendis à Bamberg, où, grâce à la protection de Monseigneur l’archevêque, je pus obtenir du chapitre tout ce que je désirais. En disposant les précieux fragments, je vis devant moi un travail aussi propre à décourager
3 Act. .9.9. t. Il, Feb. Vita s.JVolb, nurt. riiWppo, Ep. ciebant, de prædiis, de mancipiis, de rebas mobilibus, de Eisl : Omne monaslerium quod in spiritualibus bene regitur auro, de argento, de geinmis, de auro texlis vestibus, per in lemporalibus oplimegubernatur. Quod vero in spiritualibus manum Wunibaldi aique S. Walpurgis V., oblationes Deo et in bis quæ suntad Deuin negligitur, in temporalibus et ex- offerebant.
teriori adininistratione cito dilabitur... Et hoc experientia do- 2 Le sujet se trouve malheureusement à l’envers sur les cet... et omnes qui spiriluali ædificatione per verbum S. Wu- pl. XXXIII et XXXIV. nibaldi... et exemplaritatem sanctitatis B. Walpurgæ V. profi
MÉLANGES D’ A RC HÉOLOG I E.
qu’à séduire. Le tissu est une sorte de mince taffetas, où les diverses nuances, au lieu de se fondre, sont brusquement juxta-posées; l’on eût ditde fines découpures d’étoffes différentes, rapprochées par un lil imperceptible, de telle sorte qu’on ne pouvait distinguer de revers. A peine les couleurs merveilleusement bien assorties avaient-elle perdu quelque chose de leur fraîcheur. Quant à la partie centrale, altérée par la décomposition du corps, elle était sans exagération réduite en un millier de morceaux. Et pourtant c’était là que les fragments, plus reconnaissables, appelaient surtout la curiosité : mais le moyen de retrouver la place de tant de débris, la plupart insignifiants par eux-mêmes, et appartenant à un ensemble inconnu? 11 fallut s’armer de toute la patience qui peut être dévolue aux antiquaires, et passer près de quatre jours étendu à terre, en une salle peu éclairée, la face tournée contre l’étoffe, pour accomplir cette petite conquête. Tout fut retrouvé, excepté le visage de l’empereur et la tête du cheval. Je me sentis amplement dédommagé de ma peine en voyant se développer la noble scène qu’offre en entier la pl. XXXIV. J’étais à la brillante cour de Constantinople, à une époque ou florissaient les arts. L’héritier de Constantin, se croyant le maître du monde *, s’avançait en grande pompe pour recevoir l’hommage de l’orient et de l’occident, représentés par les deux Romes, et celles-ci, sous les traits de deux reines, venaient les pieds nus offrir au monarque le casque de la guerre et la couronne de la paix.
Je ne pense pas en effet qu’on puisse se méprendre sur le nom des deux femmes si semblables à celles qui se voient derrière les chaises curules, sur les dyptiques consulaires. L’usage de représenter par des femmes les villes ou les provinces se retrouve non seulement dans l’art de Bysance, mais aussi sur nos ivoires carlovingiens 1 2, et même au onzième siècle dans les miniatures des manuscrits de Bamberg à Munich. Les créneaux des couronnes ont de la sorte leur explication la plus naturelle ; car on ne doit pas les confondre avec la coiffure entourée de tours inp:r.:lwu(x) dont les miniatures nous donnent la forme évasée en montant et rappelant celle des corbeilles. Que l’on ne soit pas surpris de voir ces têtes couronnées en présence de la majesté impériale. Un privilège des grands dignitaires était de rester couverts devant l’empereur, comme les grands d’Espagne devant leur roi, et les privilèges des hommes étaient partagés par leurs femmes. C’était bien le moins que les deux capitales de l’empire fussent mises au rang des princesses. De longues chevelures llottent sur leurs épaules : c'est ce qui faisait dire à S. Chrvsostôme 3 : « Si l’homme nourrit sa chevelure, honte à lui ; mais que la femme entretienne la sienne ; c’est son honneur, les cheveux lui ont été donnés pour voile. » Ici, au lieu de servir de voiles, ces cheveux sont tressés avec un art séducteur,
1 On sait les prétentions de Constance, qui ont fait dire à 2 Voyez dans ce volume le mémoire sur cinq ivoires
Ammien Marcellin (/. c. de Const.) : « A justitia declinavit... sculptés, p. 39. ita ut dictando scribendoque propria manu orbis totius se Do- 3 Opp. ed. Bened., T. X, p. 235.
minum appellaret. »