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ÉTOFFES HISTORIÉES (P!. XXXII XXXV

imité par nos reines de l’époque romane, et qui servit au treizième siècle à la parure obligée des courtisanes : ce sont ces tresses qui faisaient dire dans Sainte-Sophie au même S. Chrysostôme 1 : « Ici, dans le lieu saint, des cheveux tressés; venez-vous doncà des danses, accourez-vous à des noces? » Rien, en vérité, ne manque à nos deux dames de ce qui enflammait le zèle de l’apôtre de Bysance, ni les boucles d’oreilles, ni les broderies, ni les pierres précieuses, ni les bracelets, ni les magnifiques ceintures2. Il ne faudrait pas confondre les ceintures que l’on voit ici avec des ceintures ordinaires : c’est la ceinture d’honneur, qui signalait les hauts offices de la cour, celle des patriciennes3. Le petit manteau bleu jeté sur une épaule pourrait être Vottxôq, fait d’une étoffe légère afin de se développer au grand air comme des ailes d’aigle. Chacune des deux femmes porte deux robes. Celle de dessous, tunique étroite descendant jusqu’aux pieds, sera le gixipia v. Par dessus Hotte au dessus des genoux une tunique sans manches : c’est, je pense. 1’açy.eXauo-ia. L’aigrette du casque, ornée de plumes de paon, réveille le souvenir des étoffes remarquées par le moine de S. Gai4 *, de la couronne papale décrite paf Guibert6, et de l’antique flabellum dont parlent Martial et Claudien0. Mais pourquoi les pieds nus ? Par un excès peut-être d’obséquiosité, tel que celui qui choqua Luitprand à la cour de Nicéphore Phocas7; ou plutôt pour conserver aux deux femmes leur caractère de personnages allégoriques.

Entre les deux reines apparaît l’empereur à cheval et dans toute la splendeur des grandes solennités. Son cheval est blanc : c’étaient des mules blanches que préféraient les dames, et que choisissaient les grands8; l’empereur ne pouvait pas en monter d’ati-

1 T. XI, p. 590.

2 (T. VII, p. 836.) O femmes, combien de ventres all'amés ce luxe vous fait laisser dans la souffrance ! Ne vaudrait-il pas . mieux donner du pain aux pauvres que de suspendre inutilement à vos oreilles ce qui soutiendrait la vie de mille infortunés.

(T. III, p. 176.) Du temps des apôtres, voyait-on comme aujourd’hui la grande préoccupation des femmes consister à se couvrir de superbes robes et à importuner leurs maris pour effacer par leur toilette celle de leur voisine ?

(T. VIII, p. 411.) Maintenant toute l’admiration est pour les bijoutiers et les fabricants d’étoffes.

(T. VI, p. 516.) Vos corps sont couverts de soie; mais vos âmes sont chargées de haillons.

(T. V, p. 739.) Quand vous donnez à vos chevaux des freins d’or, à vos serviteurs des bracelets d’or, quand vous couvrez vos fronts de lames d’or, quand vos vêtements sont d’or, vos chaussures d’or, vous dépouillez les orphelins, vous arrachez le pain des veuves.

(T. XI, p. 279.) Le pontife reproche aux vierges elles-mêmes le trop grand choix de leurs robes bleues et leur trop grand soin à serrer leur ceinture contre la poitrine comme des dan-

seuses de théâtre.

5 Const. Porphyr. de cœrimoniis aul. Bys., p. 36Ü.

4 Ap. Ducliesne , t. Il, p. 137. Cæteri... Phœnicum pellibus avium serico circumdatis et pavonum collis cum tergo et clunis [nibus] mox llorescere... procedebant.

5 Ap. Murat. Ber. Ital. t. III, p. 643 : ...

.... Diadema vetuslum iinperii signum, pavonis corlice candens.

6 AI art. 1. XIV, Ep. 67.

Lambere quæ turpes prohibet tua prandia museas,

Alitis eximiæ cauda superba fuit.

Claud. in Eutrop. 1.1.

Et cum de rapido fessam projecerat æstu l'atricius roseis pavonuin ventilât alis.

7 Rer. Hat. t. II, p. 480. « Accessit et ad dedecoris hujus augmentum quod vulgi ipsius potior pars ad laudent ipsius nu dis processerat pedibus. Credo sic eos putasse sanctam ipsam ipsius exornare Kpoelwa tv. »

8 « Les mulets et les chevaux blancs, remarque Montfaucon [Mém. de L’ Acad. t. XIII, p. 474), passaient jadis parmi les princes pour une marque de souveraineté. Selon Hérodote, les Ciliciens étaient obligés de donner tous les ans à Darius, roi de Perse, trois cent soixante chevaux blancs. Denys, tyran de Syracuse, dit Tite Livc, sortait de son palais sur un char

très', et lui seul pouvait pénétrer à cheval clans les cours du palais2. Le luxe des harnais de sa monture était imité par les riches; aussi S. Chrysostôme leur reprochait-il de donner à leurs chevaux des toilettes de femmes resplendissantes d’or3. Les caparaçons du cheval impérial devaient être couverts d’or, de pierres précieuses et de perles, et des bandelettes de pourpre [yïap.zvlot.) richement brodées devaient flotter aux jambes et à la queue 4. On remarquera la forme de l’étrier conservée à peu près par les Arabes. Sur le long étrier d’or s’appuie un pied couvert de pourpre et de bandelettes blanches. Cette chaussure était, d’après Procope, un brodequin montant jusqu’aux genoux5, ainsi qu’on peut le voir dans le sceau de Baudoin IL L’empereur des Romains partageait avec le roi de Perse l’honneur du brodequin de pourpre °, et c’était, dit Léon diacre 7, le principal insigne de sa dignité sacrée. 11 fallut pourtant accorder cet insigne dans les derniers temps au roi redouté des Bulgares8. 11 paraît qu’on y brodait des aigles d’or°; mais il est douteux que cet usage, dont nous ne voyons pas ici de trace, remonte au temps de notre étoffe.

La robe splendide qui descend jusqu’aux pieds est la yj.rtnv ouverte au bas, non sur le côté comme nos dalmatiques occidentales, mais au milieu jusqu’à la hauteur des genoux. La taille est serrée par une large ceinture où le luxe a épuisé ses ressources, car il s’agissait de l’emporter en magnificence sur les grands dont les ceintures signalaient le rang et la richesse. La chlamyde est agraffée sur l’épaule gauche (on ne doit pas oublier que la gravure ainsi que la lithographie représente le sujet à l’envers). Ce manteau différent du manteau grec, qu’on relevait sur les deux épaules, était un souvenir romain en rapport avec le titre dont les empereurs de Bvsance étaient le plus jaloux, celui d’autocrate des Romains. Dans l’empire grec la chlamyde était un vêtement réservé à l’empereur : les grands seigneurs devaient se contenter du 2/.apocnxyyi:v ou pluvial ouvert sur la poitrine. L’empereur partageait au contraire avec ces

attelé de quatre chevaux blancs et fut imité en cela par Hcironymus, un de ses successeurs. Néron entra aussi dans Naples sur un char traîné par quatre chevaux blancs, dit Suétone. Plusieurs Papes prirent l’usage des chevaux blancs en signe de souveraineté, et accordèrent ce même usage à certains évêques. Quant aux empereurs d’Occidenf, ils ont continué de se servir de chevaux blancs jusqu’aux plus bas siècles. Quand Charles IV, empereur, vint voir son cousin Charles V à Paris, ce prince lui envoya un cheval noir et un semblable à Yenceslas, son (ils, et monta un cheval blanc pour entrer au milieu d’eux dans Pars. »

1 Constant, et Codin. passait.

- Const. rorplnjr. p. 50, Dut ange ad Villehard. p. 304. Cet usage durait encore sous les ( omnènes. Voyez Niceias Chômâtes , p. 35, ctCinnamus, I. IV, p. 16., parlant de Baudoin IV, roi de .lérusalem, qui se permit de descendre de cheval à l’endroit où l’empereur mettait pied à terre, ce qui choqua vivement Manuel Comnène.

T. N, p. 27b. Les croissants en particulier appartenaient

à la toilette des femmes. S. Jérôme remarque (in Isaï. c. III, n. 18) que : « Habent mulieres in similitudinem lunæ bullas dependentes,» ornements empruntés peut-être aux sénateurs qui les portaient aux pieds. * ( Stuce , Sylv. t. Il, 28.) »

Sic te, clare puer, genitum sibi curia seusît Prima que patricia clausit vestigia luna.

4 Const. Porpli. de Car, p. 48. Codin... qui les appelle KaiCiiuv-x [de offuiis, etc., c. XVII, § 47. J La représentation assez rare de ces flammules est un des faits archéologiques qui donnent un grand prix à notre étoile. On voit dans la bulle d’or de l’empereur Baudoin , publiée par Ducange dans son Villehardouin, p. 320, qu’au treizième siècle cette décoration avait perdu de sa pompe.

5 fj. III, de Ædificiis Jnst.

6 Cour in Codin. I. 2, p0 142.

7 llist. I. 111, p. 27. V. Coripp. I. IL

8 Cedrenus, p. 638.

5 Pliranzes, I. HT, p. 18.

ÉTOFFES HISTORIÉES. (PI. XXXII-XXXVj.

derniers la distinction bizarre du Taoh:v sur le manteau, ornement formé des plus riches broderies d’or, imaginé peut-être primitivement par le désir de représenter sur un vêtement guerrier l’extrémité du lorum consulaire. Il sera aisé de reconnaître dans le sceptre soutenu de la main droite, ou plutôt offert par l’empereur à la vénération de la foule, l’antique laêccpov, le plus auguste des sceptres impériaux ou, à la place du monogramme sacré, des pierres précieuses entourent peut-être une parcelle de la vraie croix. Bien que les traits du prince aient disparu, sa couronne est restée presque intacte ainsi que l’extrémité des pendants de perles xocraaeiaoc descendant près des épaules. Cette couronne est le 2-ïey.pux, bandeau d’étoffe d’or couvert de perles et orné d’une grosse pierre au milieu du front. Ni sur le casque ni sur la couronne offerte n’apparaît la croix : elle se montre au contraire sur la tête de l’empereur, comme à l’époque où S. Jean-Chrysostùme pouvait dire 1 : «tous nous portons la croix, sur le front et nous nous en faisons gloire, non seulement les simples citoyens, mais les monarques: ils l’aiment mieux que leur couronne, cette croix qui vaut plus que d’innombrables diadèmes2. »Je n’ai pas besoin de signaler à l’attention le large nimbe où l’on dirait un vestige des apothéoses payennes; il n’y faut voir qu’un symbole de l’autorité divine donnant une sorte de consécration à son dépositaire mortel, quelles que fussent ses œuvres. C’est ainsi que les Hérode et les Julien-l’Apostat reçoivent le même nimbe que les saints dans le Ménologe de Basile. L’Orient ne fut pas seul à admettre ce rapport du double reflet divin de l’autorité souveraine et de la sainteté personnelle. On voit également dans les verrières du douzième siècle

L’éclat de la majesté impériale est un thème auquel le grand orateur, modèle accompli de l'éloquence apostolique et populaire , aime à revenir sans cesse dans ses discours : tant ces pompes de la cour de Bysance, si complaisamment décrites par l’empereur Constantin , impressionnaient l’imagination de la foule.

Parle-t-il de son type affectionné, S. Paul? (T. XI, p. 53), «Non. dit-il, ce diadème impérial, formé de perles, ne saurait parer l’homme comme le fait une chaîne portée pour Jésus- Christ (t. IV, 39). Vous avez vu les empereurs... brillants d’or, au milieu de leur cour où l’or étincelle... J’aimerais mieux mille fois voir Paul sortant de son cachot, couvert de ses chaînes. (Ibid. p. 69.) Quand les écuyers pressent leurs chevaux dans les courses du cirque , ils ne songent qu’aux regards de l’empereur, qui doit les couronner : Dédaignez ainsi les applaudissements des hommes... pour agir en vue de Dieu...

(T. VI, p. 500.) L’empereur ne pouvant être partout, partout brille son image, dans les tribunaux, au lorum, aux théâtres... pour rappeler son autorité... Ainsi Dieu invisible vous donne des signes de la sienne.

(T. VI, p. 295.) Rappelez-vous la splendeur du monarque terrestre, les courtisans inondés d’or, les mules blanches aux harnais dorés, le char orné de pierreries, le lapis blanc comme la neige, les lames d’or suspendues au char et agitées au vent, les dragons peints sur les vêtements de soie...

(T. IX, p. 591.) Quand paraît l’empereur, nous n’avons plus de regards que pour le contempler, pour admirer ses vêtements de pourpre, son agraffe, sa chaussure, l’éclat de son visage... et maintenant élevez vos pensées, songez au jour terrible où le Christ viendra... ce ne seront plus les chars d’or, les dragons des étendards, mais les puissances des cieux, etc.»

2 Deux détails m’ont paru mériter d’être observés à part : les Heurs brochées de la Xi ;wv cl les deux bandes verticales qui descendent des épaules sur la poitrine.

Les (leurs de la robe impériale sont des cœurs et des trèlles, et le fond de l’étoffe est semé de piques. Il est difficile de ne pas être frappé du rapport de ces figures avec celles de nos cartes à jouer : la coïncidence des formes ne vous paraîtrat-elle pas encore plus remarquable si vous vous rappelez les carreaux et les cœurs de l'étoffe verte et rouge (pl. Xll), et tout à fait singulière si vous rapprochez tout ceci des carreaux et des trèfles, des cœurs et des piques répandus sur les vêtements de Nicéphorc Botoniale et de ses courtisans (Mont faucon, Bibliot- Seguieriana. ViUemin, Mon.fr. 1. 1, pl. AO). Sans nier que le hasard ait eu parfois des jeux étranges, n’aurezvous pas quelque peine à croire qu’il ait su introduire un ordre si suivi an milieu de ses caprices. En parlant du manuscrit, le docte auteur du texte de Villemin (p. 27) fait la remarque que « c’est là sans contredit un de ces rapprochements extraordinaires dont il faut bien laisser, quoi qu’on fasse, tout le mérite au hasard. » Je m’imagine que les nouveaux monu-

à Strasbourg, où l’influence bysantine est, il est vrai, très prononcée, des nimbes ceindre le front des empereurs d’Occident les plus hostiles à l’Église.

Il nous a paru indispensable de présenter ici en même temps que l’étofïe de Gunther le tombeau en marbre blanc où elle a été trouvée., d’autant plus que ce dernier monument est lui-même d’un intérêt de premier ordre (PI. XXXV). Mais avant de nous arrêter sur le tombeau disons un mot du personnage lui-même.

Gunther est probablement ce chancelier de

ments expliqués par ce mémoire confirmeront dans leur opinion ceux qui entrevoient dans la question obscure de l’origine des cartes une filiation orientale.

Quant aux deux bandes verticales descendant des épaules sut la poitrine de l’empereur, je relève également ce fait plutôt pour appeler que pour apporter la lumière. Ces bandes se remarquent sur les épaules d’un serviteur portant un Ilumbeau parmi les bas-reliefs d’une boîte de toilette romaine publiée à Itome, par E. Yisconti, en 1827 (in-Zr, pl. vi).

ou une sainte martyre Domna est ainsi représentée {/ig. C. I. c. t. II, p. 63) précisément pour indiquer qu’elle s’était déguisée en homme. Je crois voir dans ces deux bandes un reste du paludamenlum antique, un souvenir des courroies qui retenaient la cuirasse, l'huméral proprement dit. Ces courroies réunies par une bande transversale ont formé, si je ne me trompe, le i&txiawi dont il est si souvent question dans Constantin Porphyrogénète, vêtement d’honneur que portaient les patrices, les Césars et que l’empereur changeait ainsi que la cou-

.’empire dont l’annaliste Lambert de Hartfeld

Elles se retrouvent, à la fin du neuvième siècle, dans le beau 5. Grégoire de Naziance , de la Bibliothèque Nationale, manuscrit contemporain de Basile 1er, et qui le représente de la sorte. Fig. A ( Villemin , Mon. fr. II, pl. lù). On voit de nouveau ces bandes à la fin du neuvième siècle, dans le ménologe de Basile II, où elles figurent sur les épaules de l’empereur Théodose (fig. B. Mén. t. II, p. lo7), et sur celles de divers soldats. Que ce soit un ornement viril et non une parure de femme, nous en avons la preuve dans le même manuscrit

t onne et la chlamyde au moment de procéder à certaines grandes cérémonies. C’est ce vêtement que nous venons de voir au cou des deux empereurs. En quoi sa forme différait-elle du collier «a>Ki ov, récompense militaire et insigne des hauts emplois de la cour et de l’armée, dont les soldats se servaient, surtout aux quatrième, cinquième et sixièmes siècles, pour couronner leurs empereurs en le leur mettant sur la tète {dmm. More. I. xx. 2GS. Sociales , lit, llist. eccl. î. etc.)? Il n’csl pas aisé de le préciser ; mais il est certain que ces deux ornements ne

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