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UNE FÊTE-DIEU AU QUINZIÈME SIÈCLE

longer ou se raccourcir selon la largeur des rues, pour arrêter la poussée de la multitude.

Derrière, tout le peuple. 1

« Cette année les bâtons du dais étaient tenus à gauche par : le quatrième conseiller. Gérard de Soler ; l’envoyé de Valence; le premier conseiller, Félix de Ferreras; et l’envoyé des majorquains, Louis de Gualbes. — A droite par : le troisième conseiller, Bertrand Serra ; l’envoyé de Venise; LE SEIGNEUR ROI 2; le deuxième conseiller, Galceran Carbô : le conseiller Baltasar de Gualbes.

« Les bourdons 3 étaient portés par le viguier ( veguer)% divers envoyés de Tortose et de Valence, et plusieurs consuls et citoyens notables; tous ensemble au nombre de vingt.

« En 1535, l’empereur Charles-Quint porta également le dais à Barcelone, accompagné de plusieurs conseillers, de l’infant de Portugal, du duc de Cardona, et de Don Fernand de Calabre. Mais on trouve pour d’autres années que les rois se contentaient de suivre le saint sacrement, portant à la main l’épée nue ou une pique. »

Les notes qui ont servi à rédiger cette description sommaire, et qui n’épargnent point les détails, ne disent absolument rien des géants qu’on a fait figurer depuis dans ces solennités. 11 semble en effet que leur introduction, du moins aux fêtes d’Espagne, ne remonte pastrès haut. 4

L’écrivain espagnol que j’ai suivi pas à pas semble surpris de ne voir aucune mention d’un déploiement de troupes. Je suis très porté à croire que l’idée de faire intervenir en pareil cas des gens de guerre ne se présentait alors à l’esprit de personne. Il eût fallu en ce temps-là quelque chose comme de la folie pour s’aviser de troubler semblable fête par une grave irrévérence : c’eût été braver tout un peuple, pour ne parler que de sentiments naturels. Quant aux simples inconvenances, nous avons vu d’abord l’invention originale à laquelle on avait recours pour maîtriser l’empressement du peuple derrière le dais; il est probable que les anges et les diables armés de verges ou de fouets ( percucients ) étaient disposés à prêter main forte aux deux hommes sauvages en cas de besoin, et nous apprenons en outre qu’à Valence 5, au commencement de notre siècle, il était encore d’usage que six ou huit diacres tenant de longues baguettes (comme quand on fait le catéchisme, en plusieurs lieux d’Espagne) s’en ser-

1 Un grand nombre probablement avec des cierges. Du moins à Valence (d’Espagne) la proclamation faite par ordre de la municipalité en 1355 ( ap. Villanueva , 1. cit., p. 170) signifie à tous et un chacun qu’on ait 'a suivre la procession avec un cierge d’une demi-livre. « Per ço que ab major so-

lemnitat è lionor, è ab deguda reverencia lo nom de Jesu-

Christ sia loat, per tal los dits honrats justicies è jurats è prohomens ab la présent publica crida signifiquen a tuits en general que cascuns senyors y dones, ab lurs ciris de mitja livra, dijous primer vinent per lo mati, etc.» Ceci est assez cu-

rieux pour l’Espagne, où jamais aujourd’hui les femmes ne

prennent aucune part dans les cérémonies de l’Église.

2 II se peut que l’intervention du roi, en ceci, se bornât à soutenir le dais pendant une partie quelconque de la procession, après quoi il aurait cédé sa place à un autre ; ainsi s’expliquerait pourquoi nous trouvons cinq personnes du côté droit et quatre seulement à gauche.

5 Bordon en Espagne signifie soit un bourdon de pèlerin, soit le bâton d’argent que portent les chantres; était-ce ici quelque chose comme la baguette (baleine) de nos bedeaux, pour rappeler à l’ordre les spectateurs qui se seraient oubliés ? Nous verrons qu’à Valence des diacres étaient chargés de cette fonction, avec un attribut assez semblable.

4 Cf. Villanueva, l. cit., p. 12. — 5 Idem, l. cit., p. 1 h.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

vissent pour admonéter ceux qui manquaient au respect exigé par une cérémonie si auguste- En parcourant cette description abrégée d’une procession du Saint-Sacrement au quinzième siècle dans la capitale de la Catalogne, bien des lecteurs français y comprendront peut-être pour la première fois le sens et l’ancienne portée de quelques débris qui surnagent encore çà et là dans nos restes de fêtes des provinces. Ces petits S. Jean-Baptiste, ces Madeleines que l’on tolère à peine, mais enfin que l’on laisse introduire dans nos processions avec l’espoir de voir cela s’éteindre insensiblement, montrent combien le peuple aimait les joies pieuses de nos ancêtres, et combien toute la chrétienté était jadis semblable à elle-même chez les nations diverses. On avait compris partout qu’autour de Jésus-Christ caché dans le sacrement de son amour il fallait grouper pour son triomphe tout ce que l’on pouvait rassembler des merveilles de la nature et de la Grâce. Aux pompes de l’art, aux fleurs des champs, on joignait les prodiges de l’Esprit sanctificateur, ces fleurs du Paradis éternel : les saints qui ont orné l’Église et brillent pour toujours dans le ciel. La terre s’est-elle beaucoup embellie depuis que nous avons assombri ces solennités où, comme toujours, le bonheur de l’homme gagnait à la gloire de Dieu? Fi du monde que nous nous sommes ainsi fait! Nous en voici venus à ce point que notre orgueil même ne suffit plus à nous aveugler complètement sur nos malaises et sur les dangers ultérieurs qu’ils recèlent. Quand j’en écrivais quelques mots (fortmodérés, certes, car je savais bien qu’on était tout disposé à classer a priori un jésuite parmi les malcontents) il y a huit ans \ tel me jugeait atrabilaire (et me le disait pour mon bien) qui probablement aimerait assez aujourd’hui à pouvoir encore penser que j’eusse été abusé par la mauvaise humeur. Cela ne prouve point du tout que je fusse grand prophète, cela montre au contraire combien nous tenions à nous déguiser nos plaies ; à la façon de ce professeur de stoïcisme qui disait magnifiquement (mais devant des témoins illustres, circonstance qui fait que nous ne sommes pas bien sûrs de ce que celui-là pensait au fond) dans les tortures de la goutte : « Tu as beau faire, douleur, je n’avouerai jamais que tu sois un mal. » On commence cependant à s’en douter.

« Fin clie non sia più tempo, aspetla tempo. <>

1 Vitraux de Courges, n° 88, sv. (p. 153, svv.). etc. ClIARLES CAHIER.

RECTIFICATIONS POUR LE MYSTÈRE DES FÊTES DE NOËL (t. i. p. 259, sv.).

P. 259, Ire colonne, ligne 8 : Præclara voce nec non istud resonare.

— 26 et 28. Ce semble être une ancienne forme de la cinquième antienne des laudes pour l’Épiphanie ; quoique

dans l’Antiphonaire de S. Grégoire elle soit comme nous le disons aujourd’hui : « Stella ista sicut flamma coruscat, etc. #

— 39. Reges tune ense jugulari præco minatur.

— A3. Vivas œternus, rex semper vivere dignus.

• — A8 refero præsagia natis.

2e colonne, ligne 16. Etregem regum nutum Stella duce quœrunt.

— 20. Qui sint, cur veniant.

— 23. Ad regem veniant ;

P. 260, 1TC colonne, ligne 17. Talia cantet (cantabit?).

— 28 primus in or... Une déchirure assez ancienne coupe ce dernier mot, qui doit sans doute être restitué

conformément à la leçon de M. Du Méril : in ordine fari.

— A5 ut et ipse scias q'uid adorent.

— 50, sv. C’est la dernière partie de l’antienne pour Magnificat, aux premières vêpres de l’Épiphanie.

LE PHYSIOLOGUS

OU

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