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AVANT-PROPOS A

L’opuscule qui sera l’objet des études suivantes n’aurait guère fixé mon attention si j’avais voulu prendre pour modèle plusieurs de ceux qui ont eu occasion de le rencontrer sur leurs pas jusqu’à ce jour. Les auteurs qui ont succédé aux Bénédictins dans la rédaction de notre Histoire littéraire ont été conduits plus d’une fois à en dire au moins quelques mots 1 2, et toujours ils semblent avoir eu hâte d’en finir avec cette singulière production, que tant d’obscurité environne. On pourrait présumer que les premiers rédacteurs eussent été moins dédaigneux s’il leur avait été permis de poursuivre leur œuvre ; du moins s’étaient-ils contentés d’ajourner la question 3, à propos d’un ouvrage qui pouvait les mettre sur la voie. Et comme ils promettaient une critique du Bestiaire attribué à Hugues de Saint-Victor, il semble que l’examen de ce livre les aurait pu conduire à des recherches sérieuses qui eussent rendu inutile le travail auquel seront consacrées ces pages. Toutefois il est permis de douter que leurs vues aient été bien méconnues en ceci par leurs successeurs, et que cette matière eût paru aux compilateurs primitifs mériter beaucoup d’étude. Déjà ceux-ci avaient été fort laconiques à l’occasion d’un petit poème tout semblable4 publié sous le nom d’Hildebert, et qui avait certainement puisé à la source qu’il s’agit ici de faire connaître ; mais dans une circonstance bien autrement faite pour exciter leur attention, deux de leurs doctes confrères ne s’étaient pas

1 Durant l’absence de mon collaborateur, qui voyage dans l’intérêt de nos études communes, je publie cette introduction h un travail qui ne la suivra pas immédiatement. Il s’agissait de ne pas retarder la livraison actuelle ; et d’ailleurs ce volume ne s’achèvera pas sans que le Bestiaire y trouve place. L’espèce d’enjambement produit par cette introduction quelque peu séparée de son texte sera du moins un commencement de réponse à l’empressement obligeant de plusieurs personnes qui, sachant que notre travail sur le bestiaire était depuis longtemps rédigé, ont pris la peine de s’informer soit auprès de notre éditeur, soit auprès de nous, si cet opuscule serait publié prochainement.

2 Hist. littéraire de la France, t. xm, 698, sv. ; xvi, 220,

221, 622 ; xix, 311. Legrand d’Aussy avait frayé celte facile route dans les Notices... des mss. (t. v, 275, svv.) ; et l’on dirait qu’après lui nul n’a cru pouvoir se permettre de songer à remettre en cause une affaire écartée par un juge si grave. Cor Aristarchi ! dirait à bon droit un Riltershuys.

3 Hist. littér. , xn, 68 (Hugues de Saint-Victor).

4 Hist. litt. , xi, 373, sv. Un Supplément au tome xi, qui a été publié récemment avec la réimpression de l’ancien volume, avance bien peu la question (p. 22, sv.), et n’indique même pas les divers mss. latins que possède la Bibliothèque du Roi. Cela n’est donc satisfaisant ni comme bibliographie ni comme histoire littéraire. Je ne m’en plains pas autrement ; car cette incurie excuserait en moi, au besoin, l’excès opposé.

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montrés plus émus. 11 s’agissait de compléter la publication des œuvres de S. Ambroise en réunissant les écrits qui avaient (à droit ou à tort) porté son nom, et le Physiologus est de ce nombre ; mais les éditeurs se contentent de l’indiquer \ et de dire qu’il a disparu depuis longtemps. Dom Malherbe (si je ne me trompe) s’était chargé de préparer une nouvelle édition de S. Ambroise, lorsque la Révolution de 1789 vint briser ce projet avec bien d’autres. Avait-il remarqué cette lacune, et cherché à la combler? Il se pourrait bien que non, parceque les ouvrages faussement attribués à quelque saint Père ont généralement été assez mal vus par la critique un peu hautaine des Bénédictins de Saint-Maur, que préoccupait le soin de leurs principales publications-. D’ailleurs, qui sait jusqu’où avait pu être conduit le travail préparatoire de cette édition nouvelle ; mais, supposé que les recherches eussent été avancées, qui pourra dire ce qu’elles sont devenues ?

Il serait donc très possible, assez probable même, que plusieurs hommes capables déclarassent médiocrement fructueuses les heures employées à faire revivre un écrit si peu remarqué par des gens qui devaient s’y connaître1 * 3 ; mais tous ne seront point si sévères sans doute. L’habile orientaliste Tychsen 4 et le savant cardinal Maï5 n’ont pas cru devoir négliger des lambeaux de ce même livre, qui s’étaient trouvés sous leur main ; or ce n’étaient pourtant que des lambeaux ou rien (mais rien) n’est entier. Deux anciennes traductions tudesques, après avoir attiré l’attention de Lazius et de Michel Denis 6, ont été reproduites plusieurs fois depuis quelque vingt années par des compilateurs allemands, comme monuments primitifs de l’idiome germanique ; et même le patriotisme de M. G. Th Græsse7 va jusqu’à lui faire présumer que le Physiologus pourrait bien avoir été primitivement rédigé en langue allemande. 11 n’en est rien, selon toute apparence raisonnable; et s’il ne s’agissait que d’amour-propre national, la France serait un peu plus fondée à s’attribuer le livre et l’auteur, puisqu’elle peut produire plusieurs manuscrits, latins il est vrai, mais antérieurs de plusieurs siècles, et dont deux (ceux de Berne) viennent probablement de Saint-Benoît-sur-Loire 8. Mais de pareilles querelles seraient une simple plaisanterie, car le texte original doit plutôt avoir été grec. Je

1 Ambros., Opp., t. n, Prœfat., fol. a iij r°.

1 C’était la maladie du temps, la critique d’alors étant surtout négative : au lieu de chercher à qui appartenait un ouvrage, on était tout heureux et tout aise de faire voir (plus ou moins clairement) qu’il n’était point de l’auteur dont il avait porté le nom dans des éditions précédentes. Mais de qui était-il? ce n’était pas la question. On notait d’ignorance et de crédulité ses prédécesseurs; assez joli résultat, dont on se tenait pour satisfait. Et le public d’applaudir; car la critique (cette critique-là, un peu expéditive) était à la mode. Or la mode, c’est tout dire, et particulièrement en France.

3 Quant à l’avis de Casimir Oudin ( Comment . de scriptt.

eccl., t. ii, p. 1107, sqq.), il peut bien compter comme étant

de nulle valeur au moins dans le cas présent ; puisque le sé-

vère critique prétend reconnaître dans le Bestiaire attribué à Hugues de Saint-Victor des emprunts nombreux faits à S. Pierre Damien. C’était dire équivalemment qu’il n’avait pas pris la peine de lire avec quelque attention les pièces du procès; et il est un peu coutumier du fait. Défiez-vous, disait le comte J. de Maistre, de la science des gens qui n’ont point de conscience.

4 Tychsen, Physiologus syrus..., Rostoch, 1795.

5 Classicor. auctor. e vatic. codd. t. vu, 588, sqq.

6 Cf. H. Hoffmann, Funügruben für Gescli. deutsch. Sprache, i, 17,

7 Lelirbuch ein. Literœrgesch... d. Miltelalt., i A., n H., § 38 (p. 539).

8 L’un et l’autre ont appartenu à Bongars.

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l'avais soupçonné dès l’abord, avant d’en rien connaître que le nom, puisque j’avais cru pouvoir le faire remonter jusqu’à Tatien 1 ; et ce soupçon acquiert tous les jours plus de consistance à mes yeux.

Quoi qu’il en soit, quelle peut être l’utilité de cette exhumation tardive? Mais d’abord, — et ce n’est pas une consolation fort ambitieuse, — cela vaudra bien, par exemple, certaines facéties (comme on les appelle) dont je n’ai, à vrai dire, jamais lu que les titres, — c’est bien assez — ; et que l’on a réimprimé de nos jours avec toute sorte de coquetteries typographiques, comme si une première publication faite il y a trois ou quatre siècles n’était pas déjà de trop peut-être. Tristes restes de la dissolution d’un moyen âge avorté au moment de mûrir ! Quelle si grande hardiesse y aura-t-il à fouiller vers les germes de quelques idées qui ont préoccupé ce moyen âge si complexe et si mystérieux, lorsqu’on pardonne à d’autres de se complaire aux débris de sa décomposition ? On exhume avec une sorte de respect certaines débauches du seizième ou du quinzième siècle; et il faudrait des excuses pour avoir recueilli, même avec quelque superstition, les pieuses naïvetés du onzième siècle et du cinquième, si ce n’est même du deuxième ! Ne fût-il donc question que d’un opuscule ignoré, mais qui attesterait, sans autres conséquences, de communes préoccupations de l’esprit humain à une époque où nos connaissances historiques ne pénètrent pas encore très avant, il y aurait cependant de quoi ne pas encourir le reproche d’inutilité laborieuse. Car l’histoire même de de l’erreur est une vérité ; et c'est une noble propriété de l’esprit humain que la découverte du vrai, à quelque ordre qu’il appartienne, lui soit une jouissance qui paie bien des labeurs.

Ce n’est pourtant pas quelque chose de si purement spéculatif qui a déterminé cette recherche du bestiaire , dont voici les premiers résultats. Elle a été amenée presque inévitablement par la poursuite du langage que tenaient à nos pères quelques anciens monuments restés aujourd’hui sans voix ; enquête où c’est débonnaireté peut-être, mais conscience, de ne vouloir admettre que les dépositions des vieux textes, lorsqu’il serait si expéditif de se borner au témoignage d’une imagination résolue et à l’expertise d’une sagacité plus ou moins tranchante2. Quelques scènes d’une zoologie étrange, reproduites dans les vitraux par la peinture, ou par le ciseau du sculpteur sur les chapiteaux et les frises jusqu’au quatorzième siècle, auront sans doute attiré souvent et parfois découragé la curiosité des observateurs attentifs. L’obscurité de ces énigmes n’a point de quoi humilier ceux qu’elle arrête, puisque pour l’antiquité païenne elle-même* exploitée depuis longtemps par des scrutateurs infatigables, le sa-

1 Monogr. de la cathédrale de Bourges, Vitraux du trei- saurait soustraire l’archéologie des temps chrétiens à des con

zièmc siècle, n° hh, sv. (p. 77-82). ditions de travail que l’archéologie profane subit et porte si ré-

2 Assurément on peut donner dans l’excès d’un côté comme solument. C’est d’ailleurs pour notre genre de recherches préde l’autre, et l’érudition a ses entraînements aussi bien que cisément que le grave Baronius disait dans la préface de ses l'interprétation spontanée ; mais soit qu’il s'agisse de la valeur Annales : <> Quod a recentiori auctore de rebus antiquis sine des résultats, soit que l’on pèse les facilités de l’étude, rien ne alicujus vetustioris auctoritate profertur, contemnitur. »

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vaut E. Q. Visconli, aussi modeste qu’habile, convient* que la signification des figures d’animaux dans les monuments est encore un point fort obscur. Mais s’il y a loyauté à convenir de ce que l’on ignore, l’honneur veut qu’on ne s’avoue pas vaincu avant d’avoir épuisé toutes ses ressources; or l’antiquité chrétienne pourrait bien recéler sur ce sujet certaines lumières qui ont été refusées ou dérobées jusqu’à présent à l’archéologie profane. Lors donc qu’interprétant les vitraux de Saint-Étienne de Bourges (en 1842), nous eûmes à interroger les anciens textes sur la signification de quelques-uns de ces symboles, nous trouvâmes les auteurs presque unanimes jusqu’aux temps d’Origène, à se réclamer d’un Physiologies - qui devait avoir le secret de la zoologie mystique,, et qui nous échappait au terme de nos investigations. Ainsi la lueur s’évanouissait à l’instant où il semblait qu’elle dût nous faire atteindre l’objet de notre curiosité. Il fallut bien alors suspendre cette poursuite, mais ce ne fut pas sans entretenir le projet de revenir à loisir sur un travail dont la simple ébauche avait fixé l’attention de

M. Hurter5. Quelque chose d’assez complet devait avoir existé au fond de tout cela; en sorte que, moyennant patience et recherches, il y avait chance d’arriver à un livre utile pour l’intelligence des monuments chrétiens. Vers le même temps avait paru à Londres un Bestiaire anglo -normand rimé ; mais ce n’était là que l’œuvre du douzième siècle, et rien n’obligeait d’y voir autre chose qu’une expression individuelle sans portée peut-être, et conséquemment d’un intérêt fort restreint. Restait toujours à savoir ce qu’avait été le Physiologus allégué par les vieux textes. Si ce n’eût été cet accord des témoignages, on aurait pu croire que ce nom indiquait tout simplement, par une sorte de personnification, la science du naturaliste telle que l’antiquité l’avait transmise. On pourrait penser toutefois qu’il s’agit peut-être uniquement de quelque recueil de curiosités zoologiques, comme cette collection syriaque qu’a publiée G. Tychsen, d’après un manuscrit du Vatican. Mais lorsque Tatien 1 2 * 4 nous annonce qu’il avait composé un traité sur les animaux, qui croira que ce génie impétueux et animé d’un ardent prosélytisme a pu s’astreindre à une simple compilation scientifique? En outre, dès la. première fois que les papes prononcent solennellement l’exclusion de certains livres s, nous trouvons un Physiologus noté dans ce décret comme ouvrage des hérétiques ; et l’orthodoxie n’avait sans doute rien à voir dans un écrit de pure zoologie, quelque bizarre ou fabuleuse que son auteur l’eût faite. Rédigé par un hérétique ou un athée, il n’importe; ce

1 E. 0- Visconti, Esposizione... d’ un antico musaico (di Poggiomirteto), p. 8.

2 Vitraux de Bourges, n° hh, 52, 53, 70-72 (p. 77-81, 96-102, 127-132). Cet accord des auteurs à citer le Physiolocjus dès le temps d’Origène n’a pas échappé à Tychsen. Cf. Phys, syr., p. x.

•' Dans son Geburt und Wiedergeburt, l’historien d’innocent III a pris la peine d’analyser un fragment de ces pre-

mières recherches tiré à part avec le litre : Sur quelques points de Zoologie mystique. Cet honneur tout à fait inat-

tendu me fut un encouragement à rechercher dès lors les moyens de compléter des aperçus qu’il avait fallu jeter à la hâte en continuant un ouvrage où ils étaient de simples accessoires.

4 Tatian. Or. ad Grœcos (ed. W. Worth), n" 2 A, p. 57; et ap. Galland, cap. 15 (t. I, 650).

5 Concil. Rom., A. A96. Cf. Zaccaria, Slor. polem. délie proibiz. de ’ libri, p. 33-56. — Sedulii Opp. ed. Arevalo, p. A2 A, Ù38. — Mansi, SS.’ Concil. supplem., t. i, p. 37ù.— Bianchini, Anastas. Viti. roman, pontif., t. iv, lxvii.

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traité ne pouvait éveiller la sollicitude de l’Église que par des manifestations d’athéisme ou d’hérésie. Gomme d’ailleurs le décret dont il s’agit ne prononce guère que sur des ouvrages qui avaient passé pour édifiants, au point même d’être parfois regardés comme propres à une lecture publique dans les réunions des fidèles, il est évident que de la simple histoire naturelle n’y aurait pas obtenu la mention qu’on en fait.

Le Physiologus si mal noté par S. Gélase, et sans doute aussi celui de Tatien (car il semble bien que ce soit une seule et même chose), étaient donc très probablement un bestiaire moralisé; en sorte que les propriétés plus ou moins bizarres que l’on y attribuait aux êtres inférieurs n’y figuraient que pour amener des applications morales à la conduite de l’homme, en manière de ce que l’on a nommé depuis les leçons de la nature L Que ce livre renfermât, avec ces leçons de ia nature, des erreurs ou des passages susceptibles d’interprétations hétérodoxes, ce sont deux choses tout à fait compatibles, ainsi que je l’ai fait voir ailleurs; mais il y aura lieu de revenir plus tard sur ce point, car tout ceci n’est qu’une entrée en matière, et pour cette fois il semblé bon de se borner à faire connaître le texte tel qu’il a pu être établi. Plus tard, et même dans un autre volume, afin qu’il soit plus aisé d’avoir en même temps sous les yeux l’ancien opuscule et son commentaire, on trouvera des considérations qui pourraient ici entraver notre marche. De rapides observations sur l’origine des récits qui ont fourni le fonds du Physiologus seront seules admises aujourd’hui ; et ces bases établies, il sera temps de montrer non plus les précédents du Bestiaire, mais son influence sur les âges postérieurs. La seule fusion des différentes sources qui concouraient à la rédaction du texte exigeait déjà bien assez de notes pour réunir sous les yeux du lecteur les matériaux d’une bonne critique, il a fallu ajourner presque tout le reste.

Trois manuscrits seront les principaux guides. Il en existe d’autres peut-être aussi importants, quoique non pas à Paris, ce semble ; mais pour en profiter, il eût fallu des voyages et des lenteurs dont le résultat eût bien pu ne pas payer la peine. De même, bien que j’aie appelé à mon secours quelque texte imprimé, je n’ai guère tenu compte des ressources que pouvait offrir entre autres Barthélemy de Glanvil. L’agglomération des variantes n’est pas un labeur à quoi semblent devoir sourire beaucoup les lecteurs français ; tel qu’est ce travail, je me tiens pour assuré d’y dépasser la patience de plusieurs, et c’était une chance qu’il importait de ne pas aggraver.

Un manuscrit de la Bibliothèque royale de Bruxelles1 2, que les auteurs du catalogue regardent comme appartenant aux dernières années du dixième siècle, a fourni un texte générale-

1 Dans l’antiquité classique même nous voyons Élien se pro- peine que je prononce son nom, craignant sans doute qu'un

poser souvent un but assez semblable. mot de plus ne devienne un éloge de son obligeance et de la

2 II est coté 1007A, mais relié avec les nos 10066-10075 et modestie avec laquelle il dissimule en quelque sorte ses séautres. J’en dois la connaissance à M. Stengel, qui permet à rieuses études sur le moyen âge.

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ment bon, mais trop souvent tronqué. Deux autres, du cabinet de Bongars^ actuellement à la bibliothèque de Berne, étaient fort bien indiqués par le catalogue de J. R. Sinner1, et ils ont suppléé fréquemment aux lacunes du manuscrit de Bruxelles. Leur texte est le plus souvent fort maltraité et parfois presque inintelligible; mais ayant fait exécuter, à la fin de 1843, une copie signée par M. Alb. Jalm qui en garantissait la fidélité scrupuleuse, je m’y suis abandonné avec sécurité, comme appuyé sur une base solide2. Aussi préférerai-je la leçon de cette copie à celle que donnent les extraits publiés par Sinner, lorsqu’elles différeront l’une de l’autre.

Les manuscrits de Berne sont bien moins deux exemplaires d’un seul texte que comme deux traductions, plus ou moins libres, d’un même original. Dans certains articles ils paraissent copier un modèle commun 3, tandis que dans d’autres ils se ressemblent à peine4 ; et il est des sujets qui sont exposés fort longuement dans l’un, sans figurer en aucune façon dans l’autre5. Ainsi le plus complet a besoin de celui qu’on aurait pris volontiers au premier coup d’œil pour un abrégé. Mais lors même qu’ils semblent guidés par une seule pensée, on reconnaîtra qu’il n’était pas inutile de les faire marcher de front. Le plus étendu et le plus généralement conforme au manuscrit de Bruxelles est reporté par J. R. Sinner jusqu’au huitième siècle, ce qui est bien peut-être lui faire beaucoup d’honneur; mais je ne l’ai point vu, et je n’ai point caractère pour réformer les jugements des paléographes. Il est in-folio, et coté 233. Le second (in-4°, 318) est marqué comme appartenant au neuvième siècle; ainsi tous les trois seraient antérieurs aux manuscrits d’après lesquels on a publié les anciennes versions allemandes 6. Voici les indications qui distingueront les manuscrits latins employés pour le collationnement ; car un manuscrit latin du British muséum (Harley., n° 4751, treizième siècle), qu’il faut cependant mentionner, n’a été mis à contribution que pour un certain nombre de miniatures qui seront imprimées çà et là dans notre texte 7:

A. Manuscrit de Bruxelles, 10074-

B. — Berne, 233.

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